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"Il y a bien longtemps, dans une galaxie lointaine..." Houm houm..."trépigner",Houm humm... c'était un peu fort peut-être, Houm...puisqu'il aura fallu attendre pus d'un an pour que Hummm je m'y mette vraiment...;-) Tom Bombadil a commencé, modestement, entre 1925 et 1934, par être le personnage d’une histoire jamais achevée qui aurait eu pour but d’amuser les enfants de Tolkien, John et Michael. Seules nous sont parvenues les premières phrases du conte qui commençait par : « Tom Bombadil était le nom d’un des plus vieux habitants du royaume »…l’amusement étant à trouver dans la description du personnage, description qui restera attachée à Tom, celle d’une poupée hollandaise qui appartenait à Michael [Carpenter, p.216]. Et si John n’aimait pas la poupée de son petit frère, Tolkien s’attache au personnage qu’elle avait permis d’engendrer visuellement. Ainsi, Tom Bombadil réapparaît dans un poème, achevé celui-là, Les aventures de Tom Bombadil, publié pour la première fois le 13 février 1934 dans The Oxford Magazine. Il existe un autre poème, à placer certainement autour de cette période, mais non publié à l’époque [cf. HVI, p.115-6]. Et si Les Aventures de Tom Bombadil commence par un « Old Tom Bombadil was a merry fellow » des plus programmatiques, le poème inédit du vivant de Tolkien se termine par une « chanson » de Tom sur deux strophes tout aussi porteuses d’une synthèse du personnage :
(And he sang) Alors, et au moins jusqu’en 1938, Tom Bombadil représente « the spirit of the (vanishing) Oxford and Berkshire countryside » [L19, 16/12/1937]. Tolkien, à cette époque (fin 1937), suite au succès de Bilbo le Hobbit, continue d’écrire, et commence « une nouvelle histoire sur les Hobbits », le premier chapitre est déjà écrit : ‘Une réception depuis longtemps attendue’…et, souhaitant également au fil du temps faire de Tom « le héros d’une histoire » [L19], décide de l’introduire dans l’univers littéraire naissant du Seigneur des Anneaux et donc de le rendre participant du Légendaire de la Terre-du-milieu :
« In historical fact I put him in because I had already 'invented' him independently (he first appeared in the Oxford Magazine) and wanted an 'adventure' on the way. » [L153, 09/1954] Tom Bombadil, par cet acte, est devenue « une énigme […] (intentionnellement)» [L144, 25/04/1954] Tolkien à l’époque où il compose et enrichit le personnage de Tom Bombadil connaît depuis fort longtemps déjà (1911) la mythologie finnoise grâce au Kalevala, une collection de poèmes épiques recueillis, organisés et façonnés par Elias Lönnrot au XIXème siècle à partir de la tradition poétique populaire finnoise.
L’objet des comparaisons littéraires qui vont suivre est, tout en essayant de faire découvrir la beauté des chants du Kalevala, de montrer que la nature et les caractéristiques de Tom Bombadil s’inspirent (en partie seulement) de la mythologie finnoise, et plus particulièrement du héros finnois qu’est Väinämöinen.
« Car un détail ‘vu’ peut ne pas avoir été ‘fait’ ;
un détail peut être ‘inventé’, au sens archéologique du terme, par le désir de celui qui regarde. Mais, si ce détail a été incontestablement voulu et fait par le peintre, qu’en est-il alors du peintre dans ce détail et dans le tableau ? » Daniel Arasse -- Le Détail Rques: (1) J’appellerai la “section Bombadilienne” cette partie du Seigneur des Anneaux qui s’étend depuis la première apparition de Bombadil (“Soudain il s’arrêta” = SdA I.6 {140}) à son adieu aux quatre hobbits (“…et s’en fut en chantant dans le crépuscule” = SdA {170}) (2) les citations du Kalevala seront tirées de la traduction de G. Rebourcet pour la collection de L’aube des Peuples, Gallimard et notée [K. chant] ou [chant.vers] ou (vers) en référence au dernier chant cité. (3) Les citations du Seigneur des Anneaux peuvent avoir leurs références entre crochets (auquel cas, elles renvoient à l’édition anglaise en trois volume d’Houghton Mifflin (renewed 1993-1994 by Ch. Tolkien) ou bien entre accolades ( édition française dite « du centenaire » (1992)). (4) Les poèmes de Tom Bombadil seront référencés par les termes ATB (Les Aventures de Tom Bombadil) et BB (Bombadil en Bateau).
(1) Le Premier et le sans âge
Au cours du Conseil d’Elrond, Glorfindel dit de Tom qu’« il fut le Premier » (« he was First »[259]{294}), Elrond, juste avant, venait de dire que Tom, autrefois (il y a si longtemps qu’il en avait oublié le bonhomme !), « même alors, était plus vieux que les vieux » et se nommait « Iarwain Ben-adar, le plus ancien et le sans-père » ( « oldest [= le plus vieux] and fatherless » [258]{293}).
« and if 'in time' Tom was primeval he was Eldest in Time. » = et si ‘dans le temps’ Tom fut primordial il fut l’Aîné dans le Temps. [L153] Et Tom Bombadil confirmera cela de son propre aveu, parlant aux quatre hobbits qu’il a secouru (Frodon, Sam, Merry et Pippin) de temps les plus reculés, avant l’arrivée des Hobbits, avant celle des Hommes, avant même celle des Elfes, un temps où la Terre-du-milieu, déserte d’hommes, était également sans arbres, car sans pluie et sans gland pour faire pousser le chêne :
When they caught his words again they found that he had now wandered into strange regions beyond their memory and beyond their waking thought, into times when the world was wider, and the seas flowed straight to the western Shore; and still on and back Tom went singing out into ancient starlight, when only the Elf-sires were awake. Then suddenly he slopped, and they saw that he nodded as if he was falling asleep. The hobbits sat still before him, enchanted; and it seemed as if, under the spell of his words, the wind had gone, and the clouds had dried up, and the day had been withdrawn, and darkness had come from East and West, and all the sky was filled with the light of white stars. = Quand ils entendirent de nouveau ses paroles, ils s'aperçurent qu'il était passé à présent dans des régions étranges qui dépassaient leur mémoire et leur pensée éveillée, en des temps où le monde était plus vaste et où les mers montaient droit à la côte ouest; et toujours allant et venant, Tom chantait la lumière d'anciennes étoiles, du temps que seuls les aïeux Elfes étaient éveillés. Puis il s'arrêta brusquement, et ils le virent dodeliner de la tête comme s'il s'assoupissait. Les Hobbits étaient assis devant lui, immobiles, enchantés, et il semblait que, sous le charme de sa parole, le vent fût parti, les nuages se fussent desséchés le jour eût été retiré, les ténèbres fussent venues de l'est et de l'ouest, et que tout le ciel fût empli de la clarté de blanches étoiles. Il se trouve que Väinämöinen est, lui aussi, « le Premier » ! Par trois fois, Väinämöinen est présenté comme le premier homme, surgi de la mer, venu s’échouer sur un monde sans arbres : une « terre ferme, terre sans arbres » [1.334], une « terre nue, la terre sans arbres » [2.4], « coulant sa vie dans l’île rase, île sans nom, toute nue, la terre sans arbres » [2.6-8]. Pellervo, le fils de la terre, vient l’ensemencer des graines de tous les arbres [chant 2.13-42], Väinämöinen « vient regarder la levée des grains » (45-6), mais constate que « manque aux semailles le chêne, l’arbre Dieu » (49-50), ce qui l’énerve puisqu’«il peste et maudit la canaille » (51), attendant une « longue semaine » de le voir pousser, en vain. Heureusement :
Tursas surgit de la mer (…) Il faut donc désormais « abattre le chêne grand » (107) comprend Väinämöinen qui fait appel à l’aide de sa mère, laquelle envoie un « homme pareil à l’homme (…) venu casser le chêne et fracasser l’arbre fragile » (139, 141-2) Et c’est ainsi que depuis :
Lors, qui lui chaparde une branche Väinämöinen qui, jusque là, s’était contenté d’observer, participe à l’ensemencement de la terre avec « sept grains pour la semaille » (299). Il crée donc l’agriculture. En cela il se dissocie radicalement de Tom Bombadil, pur observateur de la Nature et hors de l’histoire humaine. Mais il le rejoint lorsque, pour « faire lever les germes par mille », il demande à « Ukko, Dieu dessus les dieux » de faire pleuvoir visiblement pour la première fois tant la description de la prière et de la pluie proprement dite est conséquente :
« Ô Ukko, Dieu dessus les dieux, Ainsi, Väinö, le premier habitant de Kaleva, tout comme Tom, premier habitant de la terre-du-milieu, fut l’observateur de la « première pluie » et de la venue des arbres, tout particulièrement du chêne à partir du « premier gland ». Voilà pourquoi on l’appellera le « sans âge », expression qui souligne le caractère « primordial » de son apparition, évoquant un temps sans observateur pour enregistrer sa venue. Mais une autre expression, plus prosaïque, s’attachera aux deux personnages.
(2) Vieux Tom et Väinö le vieux
Dès qu’il apparaît et tout au long de la section Bombadilienne, Tom est décrit débordant de vitalité mais également associé à la vieillesse : c’est un « vieux chapeau cabossé» qu’il porte ([117]{141}) et « sa figure [est] plissée de mille rides », certes des rides « de rire », mais des rides malgré tout. Son ennemi, l’Homme-Saule ( « the Willow-man » ([124]{149}), est également un « vieil » ennemi, aux désignations diverses mais jouant toujours sur son âge avancé : En 1934, le premier texte qui met en scène Bombadil fait également profusion de références à « Old Tom Bombadil » (ATB 1, 70, 93, 117, 129), « Old Tom » (ATB 7,50) et « Wise old Bombadil » (ATB 101).
Note internaliste : Curieusement, le second poème des Aventures de Tom Bombadil et autres vers tirés du Livre Rouge, rédigé beaucoup plus tard (en 1962, cf [L240]), reprend exceptionnellement ces dénominations pour l’Homme-Saule (« old Willow-man » : BB 150) ou pour Tom (« Old Tom » en BB 62 & 135). Par contre il y est question du « Vieux Cygne » (BB 67, 75, 151) et du « Vieux Maggot » (BB 141 ; « old farmer » : 115 ; « old friends » : 120). Manifestement, ce poème tiré du Livre Rouge est d’une main autre que celle de l’auteur du premier poème, car l’utilisation de l’adjectif « old » est bien différente : plutôt que d’être appliquée à l’Aîné, au « plus ancien que les anciens » (Tom) et à un « des pères des pères d’arbres, qui se souvenaient du temps où ils étaient seigneurs » (le « dangereux Grand saule » {152}), l’adjectif sert à qualifier un oiseau et un hobbit, êtres qui, certes, peuvent être âgés, mais dont la durée de vie est finalement très limitée.
On retrouve cette manière de désigner un même personnage par diverses variations autour d’un groupe de mots similaires (« vieux », « chanteur », « sage », barbe « grise », « l’aïeul » ou « l’ancêtre ») pour désigner Väinämöinen dans le Kalevala; le phénomène est encore plus impressionnant et s’appuie systématiquement sur la vieillesse de Väinö :
« Le vieux Väinämöinen, chanteur sage, barde sans âge » [25.407-8] Ilmarinen l’appelle « Väinö, barbe vieille » [10.64 ; 37.206], « Väinö, barbe blanche » [10.102 ; 18.457], « Väinö, barbe blanche, barde sage, chanteur sans âge » [10.77-78] et « Väinö, vieille barbe ! Mage sage, barde sans âge ! » [49.387-8]
(3) Sans Père Le mystère des deux personnes augmente lorsqu’on découvre que toutes deux sont sans père. Pour Tom, nous le savons grâce à Elrond qui rappelle que son ancien nom Iarwain Ben-adar signifiait « le plus ancien et sans-père » (« oldest and fatherless » [258]{293}). Rque : bien qu’un poème du Livre Rouge attribue, à un certain « Tom », un oncle « Tim », frère du père de Tom (« Tam » ? ;-) ; cf. Stone Troll 10, 17 et24 en [201-203]), et tout en reconnaissant que ce « Tom » est décrit portant des bottes comme Tom Bombadil, rien ne nous est dit sur l’auteur de cette chanson très populaire à l’époque de Sam (« vieil air » [201]) ; un auteur qui, plutôt que de rapporter des faits, semble avoir voulu faire œuvre éducative et festive. Väinämöinen lui aussi, est sans géniteur masculin. Et sa conception hors norme a lieu alors que le monde est vide de vie :
les nuits nous viennent seules, noires, Väinämöinen n’a pas de père puisque Ilmatar n’a pas connu d’homme : « la vierge vit […] jour et jours en vie de pucelle », elle est « fille du ciel » et « dame belle de la nature » (111-114). En fait c’est « la mer [qui] engrosse la pucelle » (136), mais il s’agit d’une auto fécondation, puisque Ilmatar est « mère de l’eau » (143), « la mère des eaux , dame de l’eau, vierge du ciel » (195-6), « vierge de l’air » (218) et « mère du monde » (344).
le temps passe, le temps s’avance, S’ennuyant, il décide de naître pour « regarder la lune au ciel, le soleil aux rayons de joie, (…) apprendre la Grande Ourse et reguigner vers les étoiles » (310-314).
Lors il dévale vers la mer, Nous retrouvons l’écho du cheminement de Väinö dans celui de Tom ; rappelons-nous ses propres paroles (en revenant à la version primitive entre crochets d’après [HVI, p.121)]) où il se présente comme « L’Aborigène » de la Terre-du-milieu, véritable témoin cosmogonique («primeval [being] ») :
« [Je suis un Aborignè, c’est ce que je suis, l’Aborig,nèe de cette terre]. (…) Notons que ce plaisir qu’il a de contempler les astres traverse des Âges puisqu’il invite les hobbits à chanter « soleil, étoiles et lune » :
« Now let the song begin! Let us sing together = Que les chants commencent ! Chantons en chœur Notons encore que la chanson qu’il apprend à Frodon et à ses compagnons repose, en partie, sur une invocation « par le feu, le soleil et la lune » ([145]{156}) et relevons plus particulièrement combien Tom, tout comme Väinö, semble attaché ou lié aux étoiles :
(…) and it seemed as if, under the spell of his words, = et il semblait que, sous le charme de sa parole [Tom], (…) tout le ciel fût rempli de la clarté de blanches étoiles. Sosryko To be continued... |
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(4) Liés à la navigation en barque Le seul titre de Bombadil en bateau nous rappelle que Tom est lié à l’eau et à la navigation, entretenant et réparant lui-même son propre bateau :
This day I'll mend my boat and journey as it chances Väinämöinen fait de même ; mieux encore, il fabrique sa barque, « compagne aux riens de l’eau » :
« J’ai chantourné la barque bonne, Car pour les voyages, c’est en bateau que Väinämöinen aime à se déplacer :
Väinö le vieux parle mieux : Même si, « la route des eaux » [40.5] n’est pas toujours facile :
Le vieux Väinämöinen Ce qui n’est pas sans rappeler Tom descendant la rivière Tournesaules (Withywindle) jusqu’à son arrivée agitée à Grindwall :
then down the river went, singing: "Silly-sallow, (5) Mariés à une jeune fille liée à l’eau
En fait, si les deux poèmes qui lui sont consacrés (maiségalement la section bombadilienne) associent Tom Bombadil à l’eau, le lecteur retient surtout que Tom est le compagnon de Baie d’Or (Goldberry), femme perpétuellement jeune (« aussi jeune et aussi ancienne que le printemps » [120]{143} ; « young Goldberry » = ATB 24) ; laquelle « Belle dame Baie d’Or », plus encore que Tom, est explicitement associé à l’eau jusque dans ses appellations.
Ses cheveux blonds tombaient en longues ondulations sur ses épaules; sa robe était verte, du vert des jeunes roseaux, chatoyant d'argent semblable à des perles de rosée; et sa ceinture était d'or, façonnée comme une chaîne d'iris des marais émaillée des yeux bleu pâle de myosotis. A ses pieds, dans de grands vaisseaux de poterie verte et brune, flottaient des lis d'eau, de sorte qu'elle semblait trôner au milieu d'un étang. On découvre alors que Baie d’Or aime à s’entourer de plantes aquatiques (roseaux, joncs, iris des marais, les myosotis qu’elle porte à son marriage [ATB 119]…) mais qu’elle affectionne tout particulièrement les nénuphars (ou « lis d’eau » = ‘water-lilies’), avec leurs « feuilles vertes » et leur « lis blancs », que Tom lui apporte, se souvenant les jeux de séduction parmi les nénuphars avec Baie d’Or (cf. ATB 11-14) :
I had an errand there: gathering water-lilies, = J'avais à faire par là: cueillir des lis d'eau, Ainsi ne faut-il pas nous étonner de découvrir « la belle jeune Baie d’Or » porter des vêtements aux couleurs du « vert des roseaux » ({154}), du blanc de fleurs de nénuphars ou de l’argent des poissons et des reflets sur l’eau ( « elle étaie toute vêtue d’argent avec une ceinture blanche » {154}) ; ne nous étonnons pas non plus alors de la voir se chausser de « chaussures ressemblant à des écailles de poissons », elle qui, « jeune Baie d’Or », « plongeait au plus profond », « là où l’eau est plus sombre, plus bas que les roseaux » (ATB 21-3). Ses cheveux « coulent » en cascade (« flowing hair » ATB 107) ; lorsqu’elle danse « une lumière semblable au reflet de l’eau sur l’herbe humide de rosée étincelle sous ses pieds » ([132]{157}) tandis qu’alors qu’elle « tient une chandelle (…) protégeant de la main la flamme (…), la lumière coule au travers, comme un rayon de soleil au travers d’un blanc coquillage. » ([129]{154}) Et si, comme Bombadil, elle affectionne tout particulièrement le chant, elle est spécialisée dans les « chansons de pluie » ([127]{151}), les « vieilles chansons d’eau » (ATB 108) et sa « voix claire (…), [est] semblable à la chanson de l’eau joyeuse coulant dans la nuit d’un brillant matin des collines, (…) argentine » ([120]{143}) ; au point que lorsqu’elle chante ses « chansons commencent gaiement dans les collines et retombent doucement dans le silence ; et durant les silences, [on] voit en pensée des étangs et des eaux plus vastres que toutes celles (…) connues » ([129]{154}).
Rque : Dame Rivière (River-woman) est une personne, tout comme l’Homme Saule (Willow-man) ; elle est ; explicitement mentionnée à deux occasions comme « la mère » de Baie d’Or (ATB 23-24 et 115).
Väinämöinen, quant à lui, est très malheureux en ménage, mais les trois femmes qu’il convoite, toute des jeunes filles, sont associées à l’élément liquide (la mer, mais aussi les rivières de par la mère d’une des jeunes filles). Ainsi, suite à un concours de chant magique qu’il a remporté, Väinämöinen se voit promis pour femme la sœur de Joukahainen, la jeune Aino. Celle-ci désespérée, meurt noyée.
« Mieux vaudrait vivre dans la mer Lorsque sa mère apprend la nouvelle, elle « pleure à grand sanglots / l’eau ruisselle à son nid de larmes » (435-6), « roule une larme, une autre larme » (451, 455, 459, 463, 467) le long de son corps jusqu’au sol où :
(…) l’eau déroulée jusqu’en terre Non seulement la mère de la femme convoitée par Väinämöinen est associée aux rivières (puisqu’elle les crée de ses propres larmes), mais ce passage qui décrit le cycle de l’eau allant des rivières aux rapides et des rapides à la mer (cf « les brisants ») n’est pas sans rappeler la chanson de pluie de Baie d’Or :
Tandis qu'ils regardaient par la fenêtre, descendit doucement vers eux, comme portée par la pluie, la voix claire de Baie d'Or. Ils n'entendaient que quelques mots, mais il leur parut évident que c'était une chanson de pluie, aussi douce que les averses sur les collines desséchées, et qu'elle contait l'histoire d'une rivière de sa source dans les hautes terres jusqu'à la mer, loin en contrebas. Par la suite, Väinämöinen découvre qu’Aino n’est pas morte mais qu’elle est devenue (à nouveau ?) femme poisson, fille de Vellamo (dame de l’eau) et d’Atho (roi des eaux) ; elle lui dit :
« Ô Väinö barbe très-vieille ! Väinö est triste, « le cœur chagrin », il « déchante sa triste parole » :
« Jour et jour j’ai langui pour elle, Après Aino et la femme poisson (qui étaient initialement deux personnages différents que Lönnrot, le compilateur du Kalevala, a fondus en un seul) apparaît une troisième jeune fille, « la fille de Pohja, la belle, la pucelle » [18.677-8], « Annikki la belle nommée » [18.41, etc] :
Le vieux Väinämöinen Annikki, « la belle pucelle », à la nuque « natée » n’est pas sans rappeler Baie d’Or, « la belle vierge » (‘pretty maiden’ ATB 19) qui pouvait à l’occasion porter des « tresses blondes » comme nous l’apprend ATB 134 (« fair Goldberry combed her tresses yellow »). De plus, lorsque Baie d’Or apostrophe Tom Bombadil venu « tremper sa barbe au fil de l’onde » (ATB 11), elle le fait d’une manière identique à celle dont use Annikki, « au rebord de la jetée » (47), voyant Väinämöinen, dans sa barque, venu « galanter la fillette, (et) quêter la main de la pucelle » (195-6) :
« Hey, Tom Bombadil ! Wither are you going ? » Et Väinö, menteur, de lui répondre, les deux premières fois, qu’il veut « pêcher le saumon, frayer la truite du lac » (113-4), puis qu’il part « à la traque des oies » (134) ; ce qui nous ramène au « poisson effrayé » (‘frightening finny fish’) et aux « canards d’eau » (‘dabchicks’) mentionnés par Baie d’Or. Rque : Arrivé à ce stade, et sachant que nous n’avons au mieux parcouru que la moitié du chemin dans cet inventaire des points de contacts entre Tom et Väinö, je serais tenté de voir dans les termes « finny fish », au-delà de leur fonction poétique, un jeu de mot sur « Finnish » (= finnois). C’est que Tolkien n’est pas à un jeu de mots près ; on pourra, pour s’en convaincre se reporter à la lettre [L55, note 7], ou à la présentation par Christopher Tolkien de l’appendice des noms dans le Livre des Contes Perdus :
Il mérite d'être remarqué que mon père introduisit ici et là des sortes de « calembours historiques » : ainsi par exemple la racine SAHA « être brûlant » produit (en plus de saiwa « chaud » ou sára « ardent ») Sahóra « le Sud », et de NENE « couler » vient nen « rivière », nénu « nénuphar jaune », et nénuvar « étang de nénuphars ». L'on trouve aussi plusieurs ressemblances avec le vieil anglais qui ne sont évidemment pas le fruit du hasard, tels hôr « vieux », HERE « régner », rûm « secret (murmure) ». De plus, on connaît un autre jeu de mots de Tolkien en forme de néologisme sur le terme ‘finnish » ; en effet dans une lettre écrite en 1955, Tolkien, parlant de son excitation à la découverte de la grammaire finnoise dans la bibliothèque de la faculté d’Exeter, invente le verbe « finlandiser » ou « finnoiciser » :
« C’était comme découvrir une cave à vin complète remplies de bouteilles d’un vin extraordinaire d’un terreau et d’une saveur jamais connus jusqu’alors. J’en fus quelque peu enivré ; (…) et ma « propre langue » – ou les séries de langues inventées – ont été fortement finnoicisées [« Finnicized » (sic)] quant à leur structure et leur style phonétique. » [L163, p.214] Peut-être donc que la mention, en 1934, du «finny fish » est effectivement un clin d’œil à ajouter à la longue liste des points communs entre les poèmes et la section bombadilienne d’une part et le Kalevala d’autre part. Quoiqu’il en soit, il est temps désormais de passer à une série de points capitaux. Sosryko |
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(6) Le chant (6.1) La vie comme un chant Dire que le chant est important pour décrire le personnage de Bombadil serait le plus provocant des euphémisme ! En effet ce pas moins de 54 référence au(x) chant(s) et à l’action de chanter (‘Sing’, ‘sang’, ‘sung’, ‘singing’, ‘song(s)’, ‘tune’) que l’on relève dans la seule section bombadilienne; et que ce chant soit lié à la personne de Tom, nous le constatons avant même sa première apparition (!), alors même que Frodon entend une voix qui chante (trois fois mentionnée dans la VO) et qui annonce (à trois reprises) Tom :
Suddenly [Frodon] stopped. (…) He turned round and listened, and soon there could be no doubt: Hey dol! merry dol! ring a dong dillo! = Soudain, il s'arrêta. (…) Il se retourna pour écouter et il n'eut bientôt plus de doute : quelqu'un chantait une chanson; une voix profonde et réjouie chantait avec une heureuse insouciance, mais les paroles n'avaient aucun sens : Holà ! Viens gai dol ! sonne un dinguedillon ! [116]{140} De plus il est fait 11 fois mention des « paroles » de Tom (‘(Tom’s) words’) ; or, presque toujours, il faut voir derrière ce terme une parole chantée :
Suddenly out of a long string of nonsense-words (or so they seemed) the voice rose up loud and clear and burst into this song (…) He then told them many remarkable stories, sometimes half as if speaking to himself, sometimes looking at them suddenly with a bright blue eye under his deep brows. Often his voice would turn to song (…) = Il leur raconta alors maintes histoires remarquables, parfois comme se parlant à demi à lui-même et parfois les regardant soudain d'un œil bleu et brillant sous ses sourcils touffus. Sa voix se muait souvent en chant, (…) Les poèmes confirment cette vie chantée de Tom Bombadil (‘singing’ : ATB 26, BB 23, 43, 151 ; ‘sang’ : ATB 28, 120, 131; ‘song(s)’ : ATB 108, BB 66, 129, 146). Tom chante comme il respire, Tom respire en chantant ; ce n’est pas sans raison que Tom est décrit par trois fois « chantant » et « sifflant » comme un sansonnet (‘starling’ ; ‘sang’ ATB 120, 131 ; ‘whistling’ [126]{150}) Rque : Vous pouvez écouter un chant d’étourneau sansonnet ici . Et à nouveau, nous découvrons le même mode de vie que Tom (le chant en guise de parole) chez Väinämöinen, « le barde », « le vieux barde », « le barde sage », « le chanteur », « le chanteur de Suvantola », « le chanteur aux runes sans âge », « le barreur de rune outre mémoire » :
Le vieux Väinämöinen, Sosryko qui aimerait bien par cette lourde chaleur "dévaler vers la mer" [K.1.325] |
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(6.2) le chant joyeux L’autre aspect étonnant du chant de Bombadil est qu’il s’agit souvent d’un chant de joie ; nous touchons là à la nature même de Tom ; n’oublions pas la première phrase qui l’introduit, en 1934 :
Old Tom Bombadil was a merry fellow = Le Vieux Tom Bombadil était un joyeux drille [ATB 1] Ainsi, puisque le Vieux Tom est, par essence, « joyeux », il est normal que ses chansons le soient également (cf. « Tom’s merry song » BB 66) et surtout, cette joie, par le chant, est une joie qui se communique. Tom génère la joie autour de lui, on le sent à la lecture de la section bombadilienne qui regorge du vocabulaire de la joie, le seul mot ‘merry’ apparaissant 24 fois dans le texte ( ‘joy’ : 4x ; ‘glad’ : 7x ; ‘merrily’ : 3x : mirth : 1x) ! La conséquence de cette vague de joie communicative, c’est le rire, un rire qui forme pour Tom Bombadil une trilogie avec la joie et le chant :
Run, fair Sun, through heaven all the morning, Ceci explique pourquoi Tom Bombadil peut « éclater » de rire comme il peut « éclater » en chansons :
Tom Bombadil burst out laughing et ce lien entre le rire et le chant comme mode de vie rend le rire omniprésent (‘laughter’, ‘laugh’, ‘laughing’: 18x), premièrement chez Tom :
(…) his eyes were blue and bright, and his face was red as a ripe apple, but creased into a hundred wrinkles of laughter. He laughed, and going to Goldberry, took her hand. = Il rit et, s’avançant vers Baie d’Or, il lui prit sa main. Then suddenly he put it to his eye and laughed. (…) Tom laughed again, and then he spun the Ring in the air (…) = Tom le porta soudain à son œil et rit. (…) Tom rit de nouveau, puis il lança l’Anneau en l’air (…) Ensuite chez Baie d’Or :
But before they could say anything, she (…) ran laughing towards them (…) = Mais avant qu’ils n’eussent pu prononcer un mot, (…) elle accourut vers eux en riant (…) ‘The rain has ended,’ she said (…) ‘Let us now laugh and be glad!’ = – La pluie a cessé, dit-elle (…) Rions maintenant, et soyons heureux ! et finalement chez les hobbits :
Then Tom and Goldberry set the table; and the hobbits sat half in wonder and half in laughter : so fair was the grace of Goldberry and so merry and odd the caperings of Tom. = Puis Tom et Baie d’Or mirent la table, et les Hobbits restèrent assis, mi-étonnés et mi-riant, tant était séduisante la grâce de Baie d’Or et joyeuses et bizarres les gambades de Tom. It was a supper even better than before. The hobbits under the spell of Tom’s words may have missed one meal or many, but when the food was before them it seemed at least a week since they had eaten. They did not sing or even speak much for a while, and paid close attention to business. But after a time their hearts and spirit rose high again, and their voices rang out in mirth and laughter. = Ce fut un souper encore meilleur que le précédent. Peut-être, sous le charme des paroles de Tom, les Hobbits avaient-il manqué un ou plusieurs repas; mais, quand la nourriture fut devant eux, il leur sembla qu'il devait y avoir une semaine qu'ils n'avaient mangé. Ils ne chantèrent, ni même ne parlèrent durant un moment, consacrant toute leur attention aux affaires. Mais après quelque temps, leurs coeurs et leur entrain s'élevèrent bien haut, et leurs voix retentirent, dans la joie et le rire. Ainsi, non seulement la joie de Tom est communicative pour ceux qu’il accueille dans sa maison (« the joy of this house » [128]{152}), mais les chants et « le charme des paroles de Tom » ont le pouvoir d’« enchanter » leurs auditeurs (‘enchanted’ : 3x) :
Hey! Come derry dol! Can you hear me singing? = Holà ! Viens derry dol ! M’entends-tu chanter ? Ainsi, Frodon et ses amis, « enchantés » par une joie indéfinissable découvrent, « émerveillés » (‘wonder’ : 6x), un monde de « plaisirs / délices » (‘delight’ : 6x), sous le « charme » des « voix claires » de Tom ou de Baie d’Or (‘spell’ : 3x) qui inspirent leurs cœurs et délie leurs langues :
(…) Tom went singing out into ancient starlight, when only the Elf-sires were awake. = (…) Tom chantait la lumière d'anciennes étoiles, du temps que seuls les aïeux Elfes étaient éveillés. Puis il s'arrêta brusquement, et ils le virent dodeliner de la tête comme s'il s'assoupissait. Les Hobbits étaient assis devant lui, immobiles, enchantés, et il semblait que, sous le charme de sa parole, le vent fût parti, les nuages se fussent desséchés le jour eût été retiré, les ténèbres fussent venues de l'est et de l'ouest, et que tout le ciel fût empli de la clarté de blanches étoiles. ‘Come dear folk!’ she said, taking Frodo by the hand. ‘Laugh and be merry! (…) O slender as a willow-wand! O clearer than clear water! Suddenly he stopped and stammered, overcome with surprise to hear himself saying such things. But Goldberry laughed. = -- Venez, chers amis! Dit-elle, prenant Frodon par la main. Riez et soyez joyeux! (…) Ô toi, svelte comme une baguette de saule ! Il s’arrêta soudain et se mit à bégayer, succombant à la surprise de s’entendre prononcer pareilles choses. Mais Baie d’Or rit. Sosryko
Lucy -- Chacun de nous a un caddie, et le monde est notre supermarché... |
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Cette « joie quon ne comprend pas », cette « joie cachée dans les chansons », c’est aussi celle que Väinö répand dans les cœurs, lui qui peut chanter pour enchanter un public, comme lors du banquet des noces d’Ilmarinen et d’Annikki à Pohjola :
Väinö chante, le vieux barde, Väinämöinen ne chante pas que pour un public, son chante « naturel » est un chant de joie :
Le vieux Väinämöinen Or, cette joie chantée du jour couchant, nous la retrouvons à l’identique chantée par Tom :
Hop along, my little friends, up the Withywindle! = Trottez, mes petits amis, le long du Tournesaules; La joie, c’est, avec la connaissance, l’élément central des chants de Väinö. Nous en avons vu deux exemples, mais un troisième confirmera mieux encore cette affirmation. C’est Väinämöinen qui a l’idée de fabriquer le kantélé (cithare traditionnelle) à partir des reste « du grand brochet » [40.210] qu’il a tué :
Or donc Väinö le vieux barde, et l’instrument, dont personne ne sait jouer [40.245-332], devient véritablement « l’outil de joie » [40.277] qu’il était destiné à être sous les seuls doigts de Väinämöinen, car lui seul sait « jouer la joie sur la harpe neuve » [40.290], lui seul peut la faire « vibrer pour la joie » [40.324] ; la harpe elle-même demande à « rire aux doigts du chanteur » [40.337]. Alors :
Le vieux Väinämöinen, … et tous les hommes et animaux accourent « pour entendre la voix des cordes » [41.62], « le chant des cordes » [41.70] et « lorgner la joie merveilleuse » [41.36, 56, 76, 122], tous « s’émerveillent de la joie grande, le kantélé, chanson joviale » [41.107-8], même
Atho, roi de l’eau, roi des vagues, Ce premier kantélé disparaîtra en mer [K. 42], mais Väinämöinen en fabriquera un nouveau [K. 44], à partir de bois de bouleau cette fois, mais le résultat sera le même : lorsque « Väinö le vieux chanteur / pince les voix du kantélé » (249-250) « tous les rochers viennent à frémir » (260) et tout le monde , « gaillards aux alentour», « femmes à la ronde » , filles, « gamins » (273-278) et toute « bête à l’entour » (289) « accourent en torrent, ruisseau de hâte » (267-8) pour entendre « les fils de joie / cordes tendues, fils ajustés » (240-1), « s’ébahir devant la joie » (272) « et se ravir au chant de joie » (296). Et la nature entière se réjouit devant « Väinö le vieux chanteur » (307) qui « joue un jour, l’autre jour / soirs et matins » (310-1) :
Au logis, quand il joue l’arpège, la joie et le chant, le chant et la joie et le « rire à la joie merveilleuse » sont tellement attachés à la personne de Väinö que la mère de Joukahainen lui défend de le tuer, l’avertissant ainsi :
« Si tu vises Väinö Ainsi donc, la trilogie chant-joie-rire est présente dans le Kalevala et exclusivement associée à Väinämöinen, tout comme elle est réservée à Tom Bombadil dans le Seigneur des Anneaux. Et dans cette trilogie, le couple joie/chant est le plus important dans le Kalevala, puisque le rire découle de celui-ci. Il en est de même pour Tolkien qui établit son importance et la relation « amoureuse » qui lie les deux notions au cours d’un dialogue chanté entre Tom et Baie d’Or, cette dernière reprenant un vers du premier après avoir modifié un seul mot, posant l’équivalence entre joie et chant :
Now let the fun begin! Let us sing together! = Que le plaisir commence ! Chantons en chœur !. En fait il y a bien plus que l’équivalence entre joie et chant : la joie véritable ne commence « let the fun begin » que lorsque le chant est partagé entre les hommes : « Let us sing together ». Frodon et ses amis expérimentent cette joie dans ce chant qui est chant de communion, « plus naturel que la parole » seule et qui produit la joie :
The guests became suddenly aware that they were singing merrily, as if it was easier and more natural than talking. [123]{147} Cette dimension de partage du chant qui crée alors la joie n’est pas si éloignée de la notion de partage, de service du barde qu’on trouve dans le Kalevala : le barde sert à la joie « de la terre », le chant est pour « le monde ». Voilà pourquoi Glorfindel, au Conseil d’Elrond, peut dire :
– Mais en tout cas, (…) envoyer l’Anneau [à Tom] ne ferait qu’ajourner le jour néfaste. (…) tôt ou tard le Seigneur des Anneaux apprendrait le lieu de sa cachette et y porterait tout son pouvoir. Ce pouvoir pourrait-il être bravé par Bombadil seul ? Je ne le pense pas. Je crois qu’en fin de compte, si tout le reste est conquis, Bombadil tombera, le Dernier comme il fut le Premier ; et alors viendra la Nuit. la Nuit serait la Nuit avec la disparition de Tom ; voilà le signe d’une victoire totale du Mal en Terre-du-milieu : Sauron ayant réussi à éradiquer toute étincelle de joie. Mais la Nuit ne sera pas la Nuit si la joie existe encore ; et tant que « Tom va devant » les habitants de la Terre-du-milieu, Tom-« merry dol », il y aura toujours une « lumière scintillant, jaune », une « porte » susceptible de « souvrir » « quand tomberont les ombres de la nuit » ([118]{142}). Sosryko
Lucy - La vie est comme un jeu, Charlie Brown... |
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Bravo Sosryko pour cette joyeuse synthèse :-)) Cathy Tiens, un p'tit passage des proverbes qui m'a toujours fait penser à ce vieux et joyeux Tom :
"Yahvé m'a créée au début de ses desseins, Qui suis-je ??? (chut Sosryko ;-)) |
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Cathy, c'est la sagesse, bien sur. Bel extrait de Pr 8,22-31. Nat |
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Qui suis-je ??? (chut Sosryko ;-)) En fait, la "synthèse" n'est pas encore terminée, bien qu'il faudra attendre un peu (promis cette fois Vinyamar et les autres un tout petit peu, juste quelques jours) pour avoir la suite et la fin Sosryko |
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Tiens, nous nous sommes croisés Eva! |
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Ben comme d'habitude, un p'tit voyage en Eriador, avec Isengar comme joyeux organisateur Lol Cathy |
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Par le titre alléchée, ma curiosité à pointé le bout de son nez ;-) Ce que j'aime bien chez toi, Sosryko, c'est que tu fais toujours de longs exposés agréables à lire ;-) |
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"De la crème jaune et des rayons de miel...", encore un Silmaril qui vient s'ajouter au Forum ;-). Bravo Sosryko, encore un travail magnifique à ajouter à la somme de tes écrits déjà remarquables. Vinyamar, on ne pourra pas dire que tu n'as pas reçu une réponse ;-) |
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oui, mais je n'en suis qu'à la crème :-)) Sacré tablée qui se présente ! |
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hi!hi! |
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Excellent Sosryko. Et tellement instructif. Sinon, je me demande bien pourquoi vous "chuchottez" tous, comme ça ? ;o) I. |
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parce que le conférencier parle :o) Bon j'ai fini tout ça, mais comme tu t'en doute Sosryko, ton dernier chapitre est intolérable, car il m'abandonne en plein milieu du repas au moment où j'attend le plus, avec une tension toute joyeuse, le parallèle du chant magique !! (le seul que j'avais détecté, alors c'est pour ça). Vinyamar :-) |
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Cathy : avec toutes ces discussions sur TB, je me demandais pourquoi tu ne faisais pas part au forum de ton idée ! |
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(6.3) le chant qui endort Lorsque Tom enchante le Vieux Saule, c’est après lui avoir commander de s’endormir (« Go to sleep! Bombadil is talking! ») que Merry est délivré et qu’«un silence absolu s’établit » ([118]{142}). C’était au moins la seconde fois qu’il menaçait d’imposer ce charme au Vieil Homme-Saule ; il use effectivement de cette menace en trois occasions en ATB : à l’encontre de Baie d’Or qui le taquinait un peu trop « dessous les nénuphars » (14) :
« Go down! Sleep again where the pools are shady » (ATB 21) à l’encontre de l’Homme Saule donc :
« Go back to sleep again like the River-daughter! » (38) puis face à Maître Blaireau, sa femme et ses nombreux enfants (51, 52) :
« Go back to sleep again on your straw pillow, Väinämöinen le chanteur est, lui aussi, capable d’un tel enchantement :
Le vieux Väinämöinen, (6.4) le chant de sagesse Väinämöinen, « barbe sage », n’est pas « sage » seulement par la quantité de connaissances qu’il a accumulées ; il possède également la sagesse que lui confère sa grande et difficile expérience de la vie :
Le vieux sage parle en ces mots, De son côté, Tom est également qualifié de « sage », dès ses premières aventures (« Wise old Bombadil » (ATB 101)) ; au point que son « vieux Gros-Balourd » de poney est également capable de paroles de sagesse, jouant auprès des poneys un rôle similaire à celui de Tom auprès des Hobbits :
« Quand vos poneys étaient chez moi, ils avaient faits la connaissance de mon Balourd ; ils l’ont senti dans la nuit, et ils sont accourus à sa rencontre. Je pensais qu’il les chercherait et qu’avec ses paroles de sagesse il leur ôterait toute peur. » [141] {167} Et, bien que cette sagesse ne soit pas véritablement associée au chant de Tom, ce dernier fait preuve à plusieurs reprise de sagesse par les bons conseils et mises en garde dont il prodigue les jeunes Hobbits dans leur aventure :
– Je ne suis pas maître du temps, dit-il, non plus qu’aucun être qui va sur deux pattes. Sosryko |
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(7) La connaissance de l’Univers chantée (7.1) Väinö, « chanteur sans âge », « le barreur de rune outre mémoire », « mage du savoir éternel »
Pour comprendre le pouvoir de Väinämöinen, le « connaisseur éternel », il faut comprendre que dans « la poésie populaire finnoise (…) la connaissance des conditions dans lesquelles fut créé le prototype [d’un être, d’un animal, d’un élément, d’une matière, etc.] donne à l’homme pouvoir sur les représentants du genre. » (R. Boyer, Universalis, art. ‘Kalevala’).
Le vieux Väinämöinen, Si Väinämöinen a pouvoir sur la matière et les êtres, ce pouvoir passe par : (a) Une connaissance intime de l’objet
Väinö raille, le vieux sage : (b) Les mots sacrés Une telle connaissance ne souffre aucune imprécision ; il faut donc des « mots », des « mots sacrés » [3.475] pour que la « maissance » soit correctement décrire.
J’ai serré les mots par centaine, (c) La connaissance chantée Enfin, cette connaissance devenant active lorsqu’elle devient chant dans la bouche du barde,
Le vieux Väinämöinen Ainsi pour commander/modifier/altérer un objet ou une personne, Väinö « chante l’objet/la personne » ; Väinämöinen, par le seul pouvoir de son chant, transforme les objets inanimés de l’attelage de Joukahainen en végétation, son cheval et son chien en pierre ; les pennes de ses flèches redeviennent ‘faucon nerveux’, la garde de son épée est transformée en éclair, son écharpe en traînée d’étoiles…(v.287-326). Quant à Joukahainen, il se retrouve s’enfonçant inexorablement dans la lande boueuse d’un marécage.
Ainsi Väinö le vieux chante, Väinämöinen, par son chant, est celui qui ouvre par son chant la lourde porte qui tient le Sampo au secret « au creux de la colline en bronze » :
Il part en queste du Sampo, Son chant est si puissant, qu’il devient par endroit quasiment synonyme d’acte créateur :
Et Väinö, le vieux, le barde, Sosryko
la suite est prête |
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(7.2) Tom l’observateur avide de connaissance Tom est celui qui « connaît », celui qui cherche à « savoir », à accumuler de la connaissance :
(1) He appeared already to know much about them and all their families, = Il semblait déjà connaître beaucoup de choses sur eux et leurs familles; et, en fait, beaucoup de choses sur toute l'histoire et les événements de la Comté jusqu'à une époque à peu près oubliée des Hobbits eux-mêmes. Cela ne les étonna plus; mais il ne cacha pas qu'il devait une bonne part de son récent savoir au père Maggotte, qu'il semblait considérer comme un personnage plus important qu'ils ne l'avaient imaginé. - Il y a de la terre sous ses vieux pieds, et de l'argile sur ses doigts; de la sagesse dans ses os, et il a les deux yeux ouverts, dit Tom. Il était également clair que Tom avait des rapports avec les Elfes, et il apparaissait que, d'une façon ou d'une autre, des nouvelles lui étaient parvenues de Gildor au sujet de la fuite de Frodon. Ce point est essentiel, puisque Tolkien fait de cette « aspiration à la connaissance » le fondement de son interprétation allégorique de Tom dans ses Lettres :
[Tom] he is (…) a particular embodying of pure (real) natural science: the spirit that desires knowledge of other things, their history and nature, because they are 'other' and wholly independent of the enquiring mind, a spirit coeval with the rational mind, and entirely unconcerned with 'doing' anything with the knowledge: Zoology and Botany not Cattle-breeding or Agriculture . = [Tom] est (…) une incarnation particulière des sciences naturelles pures (véritables) : l’esprit qui aspire à la connaissance des autres choses, de leur histoire et de leur nature, parce qu’ils sont ‘autres’ et totalement indépendant de l’intelligence qui s’informe, un esprit du même ordre que l’intelligence rationnelle, et sans aucun désir de ‘faire’ quoique ce soit de cette connaissance : la Zoologie et la Botanique mais ni l’Élevage ni l’Agriculture. He is in a way the answer to them in the sense that he is almost the opposite, being say, Botany and Zoology (as sciences) and Poetry as opposed to Cattle-breeding and Agriculture and practicality. = Il est d'une certaine façon une réponse [aux femmes des Ents] dans le sens qu'il est presque leur opposé, étant tourné vers la Botanique et la Zoologie (en tant que sciences) et la Poésie par opposition à l'Élevage, l'Agriculture et le sens pratique. Cet aspect qui place Tom au rang des perpétuels étudiants, de l'intellectuel et non pas de l'ingénieur, du poète et non pas de l'artisan, et qui se retrouve, imagé, dans la définition que Gandalf donne du personnage (« un ramasseur de mousse » [974]{1061}) était présent très tôt dans la rédaction du Seigneur des Anneaux ; ainsi, dans une première version, Pippin demandait à Sylvebarbe s’il connaissait Tom Bombadil qui « semblait comprendre les arbres » à la façon d’un Ent, et Sylvebarbe de répondre :
‘Tombombadil? Tombombadil? So that is what you call him. Oh, he has got a very long name. He understands trees, right enough; but he is not an Ent. He is no herdsman. He laughs and does not interfere. He never made anything go wrong, but he never cured anything, either. Why, why, it is all the difference between walking in the fields and trying to keep a garden; between, between passing the time of day to a sheep on a hillside, or even maybe sitting down and studying sheep till you know what they feel about grass, and being a shepherd.’ = « Tombombadil ? Tombombadil ? Alors voilà comment vous le nommez. Oh, il a un très long nom. Il comprends les arbres, suffisamment bien ; mais il n’est pas un Ent. Il n’est pas un gardien de troupeau. Il rit et il n’intervient pas. Il ne fait jamais allez mal les choses, mais il n’en a jamais guérie une non plus. Pourquoi, pourquoi, c'est toute la différence entre marcher à travers champs et essayer d’entretenir un jardin ; entre, entre passer toute une journée avec un mouton sur le versant d’une colline, ou même s’asseoir et étudier les moutons jusqu’à connaître ce qu’ils ressentent vis-à-vis de l’herbe, et être un berger. » Tom est donc celui qui « place ses délices dans les choses pour elles-mêmes, sans référence à lui-même, regardant, observant et connaissant jusqu’à un certain point. » [L144, 25/04/1944] « jusqu’à un certain point »…Son savoir n’est donc pas illimité ; d’ailleurs, Tom est le premier à le reconnaître lorsqu’il répond à Pippin que « vers l’est, le savoir [lui] manque. » ([144]{170})
Sosryko |
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Oups!...il manque la référence du dernier texte cité : HoME VII.416. |
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(7.3) Tom le Maître Le passage précédant est bien utile car, de la bouche même de Tom, son « savoir » est lié à sa « maîtrise » :
‘Out east my knowledge fails. Tom is not master of Riders from the Black Land far beyond his country.’ = – Vers l’est, le savoir me manque. Tom n’est pas maître des cavaliers de la terre Noire, bien au-delà de son pays. [144]{170} Tolkien revient dans ses lettres sur cette relation intime entre l’autorité et le savoir de Tom :
He is master in a peculiar way: he has no fear, and no desire of possession or domination at all. He merely knows and understands about such things as concern him in his natural little realm. = Il est maître d’une menière particulière : il n’a aucune peur, et absolument aucun désir de posséder ou de dominer. Il connaît et comprend seulement les choses qui le concerne dans son petit royaume de nature. [L153] Pourquoi n’est-il pas mâitre des cavaliers ? il donne la réponse lui-même : parce qu’ils sont « bien au-delà de son pays » ; or sa maîtrise s’exerce en « son petit royaume de nature » seulement et sur ce qu’il contient ; Baie d’Or nous le dit :
‘He is the (1) Master of (a) wood, (b) water, and (c) hill.’ = – C’est le Maître de la forêt, de l’eau et de la colline. Fidèle à la structure ternaire lorsque la narration du conte aborde un point capital, Tolkien d’une part associe à trois reprises Tom avec une « connaissance » extraordinaire (cf. 7.2 [130]) et d’autre part, par l’intermédiaire de Baie d’Or, nous présente à trois reprises Tom comme le « maître », et cette maîtrise est liée à trois domaines : (a) le vivant (les bois, la forêt), (b) l’eau et (c) la terre (les collines et ce qu’elles renferment, « dans la lumière (c2) ou dans l’ombre (c1) »). Si Tom est un tel Maître, c’est parce qu’il connaît la nature intime de la Vieille Forêt : il connaît « les vies de la Forêt » {152}, c’est-à-dire la genèse et l’intimité de chaque habitant et participant de la forêt, les arbres premièrement qui en constituent « le bois », mais aussi « rivière », « ruisseau » et « cascades » {152} qui les alimentent, et les cailloux, rochers, crevasses et « collines » redoutées des Hauts des Galgals {153} lesquels, s’ils sont « au-delà de la Forêt », n’en faisaient pas moins partie auparavant :
Les paroles de Tom mettaient à nu les coeurs des arbres et leurs pensées, souvent noires et étranges, emplies de la haine des étres qui vont et viennent librement sur terre, rongeant, mordant, brisant, démolissant, brûlant: destructeurs et usurpateurs. Ce n'était pas sans raison qu'on l'appelait la Vieille Forêt, car elle était certes ancienne, survivante de vastes forêts oubliées; et en son sein vivaient encore, sans vieillir davantage que les collines, les pères des pères d'arbres, qui se souvenaient du temps où ils étaient seigneurs. (…) le Grand Saule (…) son chant et sa pensée couraient les bois des deux côtés de la rivière. (…) Gardons à l’esprit que ces « paroles » de connaissance et « propos » de Tom sont en fait des paroles chantées puisque « sa voix se muait souvent en chant, et il se levait de son fauteuil pour danser autour » {152} ; un discours chanté qui subjugue son auditoire, et semble modèler le temps comme l’espace :
Quand ils entendirent de nouveau ses paroles, ils s'aperçurent qu'il était passé à présent dans des régions étranges qui dépassaient leur mémoire et leur pensée éveillée, en des temps où le monde était plus vaste et où les mers montaient droit à la côte ouest; et toujours allant et venant, Tom chantait la lumière d'anciennes étoiles, du temps que seuls les aïeux Elfes étaient éveillés. (…) Les Hobbits étaient assis devant lui, immobiles, enchantés, et il semblait que, sous le charme de sa parole, le vent fût parti, les nuages se fussent desséchés le jour eût été retiré, les ténèbres fussent venues de l'est et de l'ouest, et que tout le ciel fût empli de la clarté de blanches étoiles. [128]{153} On retrouve l’Ainé, le témoin et la mémoire des premiers âges du monde, l’observateur des choses premières, celui qui « était ici avant la rivière et les arbres », celui qui « se souvient de la première goutte de pluie et du premier gland », celui qui « a tracé des sentiers avant les Grandes Gens » {153}. Sosryko Can you hear me singing? |
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(a) Le Maître des bois et de la forêt Or, selon le Kalevala, connaître la genèse des arbres et leur nature (« leurs cœurs » et « leurs pensées »), c’est pouvoir commander aux arbres, en leur rappelant leur rôle, en « chantant » leur rôle :
‘My friends are caught in the willow-tree,’ cried Frodo breathlessly. = – Mes amis sont coincés dans le saule, cria Frodon, haletant. Comme « Le vieux Väinö parle à l’arbre » [44.159], ainsi, Tom Bombadil chante le saule, c’est à dire chante la connaissance de l’ordre naturel du saule : un saule n’est pas destiné à avaler des Hobbits (ou des Tom Bombadil comme en ATB !), par contre, un saule doit (1) manger de la terre, (2) la creuser de ses racines et (3) boire de l’eau ! Pourtant « le vieil Homme-Saule gris est un puissant chanteur » ([124]{148}) et « nul n’est plus dangereux que le Grand Saule », cet arbre « rusé », « au cœur pourri » et à « la force verte » {152}…mais il ne peut rien face à Tom qui a autorité, lui qui « connaît l’air » (c’est-à-dire les « mots » !) pour réduire au « silence absolu » {142} la « clameur de ses feuilles » {140}. (b) Le Maître de l’eau De même, connaître la genèse de la rivière et de la pluie, ce n’est pas les posséder, mais c’est avoir pouvoir sur la rivière ou sur la pluie. Ainsi, nous comprenons la scène étrange au cours de laquelle Frodon découvre un Tom maître de l’eau :
Tout autour de la maison ne se voyait plus qu’eau tombante. Frodon se tenait près de la porte ouverte à regarder le chemin crayeux et blanc se muer en une petite rivière de lait et descendre en bouillonnant dans la vallée. Tom Bombadil apparut, trottant, au coin de la maison ; il agitait les bras comme pour écarter la pluie – et, de fait, quand il franchit le seuil d’un bond, il paraissait entièrement sec, sauf pour ses bottes. [127]{151-2} Sosryko Now let the fun begin! |
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(c) Le Maître des collines et la seconde triade (c2) Finalement, on comprends alors l’autorité de Tom sur les Êtres des Galgals, « anciens rois de petits royaumes » {152} et désormais habitants ténébreux sous les tombes des collines, mais dont Tom connaît l’origine :
Après un long et lent moment, [Frodon] perçut clairement, mais de très loin, comme venue à travers la terre ou des murs épais, une voix qui répondait (1) en chantant : Tom Bombadil est un gai luron, (…) Sors donc, vieil Être ! Disparais dans la lumière du soleil ! À ces mots, un cri retentit, et une partie de l’extrémité de la pièce s’écroula avec fracas. Puis il y eut un long cri traînant qui s’évanouit dans une distance indevinable ; et après, ce fut le silence. [139]{164-5} Cet extrait est essentiel pour notre propos : après avoir vu que la maîtrise de Tom était liée à sa connaissance, nous avons confirmation d’une seconde triade qui caractérise la nature de Tom, la triade connaissance-chanson-maîtrise ; en effet c’est en « chantant » (3 occurrences, encore une fois) que Tom manifeste son autorité sur « son pays », et « ses chansons sont des chansons plus fortes » que le « chant » de l’Être des Galgals, cette « incantation », « ce froid murmure » {163} parce qu’elles reposent sur une sagesse et une connaissance bien plus ancienne, parce que Tom « était ici avant les rois et les tombes et les Êtres des Galgals » {153} ! Ainsi, tout comme Joukahainen, par ce qu’il croit être son « haut savoir » [3.54] et ses « chantines d’enfant » [3.287], ne peut rien contre les « chants [et] tours d’enchanteur » de Väinämöinen [3.285-6], les chants de l’Homme-Saule ou de l’Être des Galgals sont inefficaces face à ceux de Tom.
(c1) Les cinq poneys qui appartenaient à Merry ont suivi les Hobbits dans « la course sur les collines » {159}, de « colline escarpée » {158} en « colline au sommet large et aplati » {159}, jusqu’aux « collines redoutées » {153}, ces « collines couronnées de tertres verts » {159} des Hauts des Galgals ; avec les Hobbits, ils ont soutenu, « les uns contre les autres, la tête basse », l’arrivée inquiétante du « brouillard épais, froid et blanc », dans « l’air silencieux, lourd et glacial » {160}, mais lorsque « l’obscurité parut tomber autour [d’eux] », chaque « poney déguerpit et s’évanouit dans la brume » {161}.
Il bondit sur la pente de la colline, sifflant et criant. Frodon le suivit des yeux et le vit courir vers le sud, toujours sifflant et criant, le long du creux verdoyant qui séparait leur colline de la suivante. Ohé ! voyons ! venez, voyons. Holà ! Où vaquez-vous ? Ainsi chantait-il, courant bon train, jetant son chapeau en l’air et le rattrapant, jusqu’au moment où il disparut derrière un repli de terrain ; mais pendant quelques temps, ses Ohé, voyons ! Ohé, voyons ! continuèrent de venir, portés par le vent qui avait passé au sud. Puis Tom revient de sa « chasse » par les collines ensoleillées :
He reappeared, hat first, over the brow of the hill, and behind him came in an obedient line six ponies: their own five and one more. The last was plainly old Fatty Lumpkin: he was larger, stronger, fatter (and older) than their own ponies. Tom est bien celui qui connaît ou qui cherche à connaître la nature de chaque être et chaque chose ; il a appris à connaître chaque poney de manière intime (cf. « my little lad »), connaissance qu’il dévoile en partie : (1) « ils ont plus de sens que vous autres Hobbits » (2) « ils flairent devant eux le danger » (3) « ils courent du bon côté » (4) « ils ont le cœur fidèle » (5) « ils ne sont pas faits pour affronter la peur des Êtres des Galgals » Une telle connaissance lui permet de les nommer selon leurs qualités et nature : « Sharp-ears, Wise-nose, Swish-tail and Bumpkin, / White-socks » ; il ne fait pas que les appeler ou les siffler, il les chante (« ainsi chantait-il »), il chante leurs noms qui sont leurs natures. Ceci explique que les « nouvelles appelations que Tom leur avait assignées » dureront « pour le restant de leur vie ». Et si Merry est bien le ‘propriétaire’ des cinq poneys (ils lui « appartenaient »), c’est Tom Bombadil qui en est le ‘maître’, car sa connaissance a fait de lui le ‘maître’ de leurs ‘noms’ : il les appelle « un par un » par leurs ‘noms’, aussi le suivent-ils « en file obéissante » et « franchissent l’arête », à son signal, « pour se tenir sur un rang », « revenant et rapportant tout leur chargement ». Ainsi, tout au long de la section Bombadilienne, nous avons l’illustration, dans l’ordre, de l’affirmation de Baie d’Or : Tom « est le Maître de la forêt, de l’eau et de la colline ». Sosryko We'll be wainting for you! |
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(8) Hommes des bois Depuis le vol du Sampo, Louhi n’a cesse de se venger d’Ilmarinen, de Lemminkäinen et de leur chef, Väinämöinen ; aussi elle dresse Otso, « l’ours de la lande », « le grand brun » et l’envoie tuer « le bétail de Kalevala » [46, 7-10]. Väinämöinene refuse de le laisser « écharpiller » ses chevaux et son bétail et s’en va en chasse dans le séjour de Tapio, maître de la forêt, de Mielikki, son épouse et de Tellervo, sa fille :
le vieux Väinämöinen Puis Väinämöinen d’expliquer comment il a pu venir à bout de l’ours :
« forêts charmées, le bois soumis » Bien que Väinö n’aura quitté « les gens pour les bois » et compté « parmi les homme de la Forêt » [46.51, 53] que pendant une courte durée, voilà qui l’associe à nouveau à Tom que le petit peuple de Breredon et de Fin-de-Barrière appelle par deux fois « Tom l’Homme des Bois » (‘Woodman Tom’ BB 81 et 91), la classant parmi « les gens de la forêt » (‘Forest-folk’ BB 84) De plus, à ce thème de l’Homme des bois, on retrouve lié celui du maître de la forêt en la personne de Väinämöinen comme en la personne de Tom. Mais, à l’instar de Tom, Väinämöinen n’est pas propriétaire de la forêt et la Nature ne lui appartient pas ; par contre tout repose sur une question de connaissance, de cette connaissance de la nature même de la Nature, de cette connaissance qui lui permet de charmer le pertuis de terre [K. 17.620], de charmer le bois et de soumettre la forêt [46.473], tout comme Lemminkäinen, par son chant magique « charme la mère des bois, / plaît au père de la forêt / (…) envoûte les filles blanches » [14.234-5]. Alors Väinö qui nous dit que la « fillette frêle des forêts » lui « souffle la route juste », préparant « les jalons du chemin », me fait penser à la rapidité avec laquelle Tom Bombadil se déplace dans une forêt :
– Eh bien, mes petits amis, (…) suivez- moi aussi vite que vous le pourrez ! Et les quatre Hobbits d’arriver « dans l’obscurité », « très fatigués », traînant les pieds comme « dans un rêve qui ne menait à aucun réveil » le long d’un « sentier difficile à suivre » jusqu’à l’orée de la forêt et de « voir surgir devant eux une grande étendue d’herbe », « la rivière, à présent petite et rapide, bondissant joyeusement à leur rencontre », comme pour les accueillir, « sous la pâle nuit étoilée », à « la maison de Tom Bombadil sur et sous la colline » {143}. Tom les accueillera en riant, « son épaisse chevelure brune (…) couronnée de feuilles automnales » {147} ; un Tom arrivé bien avant eux, comme si, effectivement, la « vierge du bois », tombée sous le charme de « sa voix forte » et de « ses chansons » (« dépourvues de sens » pour qui ne connaît le langage de la forêt), avait « jalonné chaque colline » pour lui, le « guidant dans les ornières », pour « lui montrer la trace » à suivre [K.46] alors que « le soleil sombrait (…) dans les arbres » {142}, parmi les « brumes blanches » et « la vapeur ténébreuse qui surgissait pour se mêler au crépuscule qui tombait rapidement » {143}. Un Tom parti en éclaireur (« Tom va devant vous ») , pour charmer la forêt et protéger « ses petits amis » « des bruits étranges (qui) couraient furtivement parmi les buissons et les roseaux de part et d’autre » {143}. Sosryko L’eau commença de murmurer |
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(9) « La table est toute chargée » « pour en régaler les convives » Un point surprenant lorsqu’on découvre Bombadil est son régime alimentaire, végétarien et lacté, trois fois mentionné dans les textes ; une première fois lorsqu’il persuade Baie d’Or de l’épouser :
‘Here's my pretty maiden! Une seconde fois, lorsqu’il invite les Hobbits à venir se reposer et se restaurer dans sa maison :
‘Well, my little fellows!’ (…) Les termes identiques et dans le même ordre apparaissent, complétés, une dernière fois :
‘Here’s my pretty lady!’ (…) = – Voici ma belle dame ! (…) Voici ma Baie d’Or vêtue de vert-argent avec des fleurs à sa ceinture ! La table est-elle mise ? je vois de la crème jaune et des rayons de miel, du pain blanc et du beurre ; du lait, et du fromage, des herbes vertes et des baies mûres récoltées. Cela nous suffit-il ? La souper est-il prêt ? [122]{147} Or le Kalevala regorge littéralement de ces aliments, comme s’ils étaient, avec le poisson, la seule nourriture, comme s’ils étaient, avec la bière, omniprésente, les seules boissons. Ainsi, Lemminkä (=Lemminkäinen) évoque l’île paradisiaque où il a séjourné :
« Là-bas je vivais de vie douce, Car si le Kalevala est la pays de la bière, boisson qu’affectionnait tant Tolkien, il est aussi celui du miel [9.225-8, 249, 423-4, 428-430, 433-4 ; 14. 67-70, 169-170 ; 15.387-534 ; 18.577-8, 581-2, 602, 623 ; 28.75 ; 45.205-228 ; 46.78, etc…], ‘miel’ dont on fait des gâteaux (« la miche de miel » [28.75]) mais également ‘miel’ lié à la bière par la « miessée » qui est une boisson de miel fermentée.
« Le fabre aussitôt dit ces mots :Abeille, ma dame fluette ! Dans le Kalevala, lors des grands repas, tel le repas de noces d’Annikki et d’Ilmarinen, chez les parents de la fiancée [Chant 20], « la bière épatante » (493) doit être « bien brassée » (499) « pour la soif de la troupe grande » (495), et le pain est visiblement un aliment noble et essentiel de ces « ripailles » (516,564), du « long festin » (515) :
La patronne de Pohjola Il y a du lait également à disposition :
Un marmot joue sur la plancher, Le lait qui, avec le miel, sont deux boissons chères et chéries pour les hommes de Kalevala et de Pohjola, puisque exaltées par le chant de Väinö lors du repas de noces :
« Si le seigneur venait chanter |
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Mmmmh... ta dernière partie est bien appétissante ;-) Bravo et merci Sosryko pour ce remarquable essai ! |
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>Sosryko : Ton exposé nous laisse une nouvelle fois sans voix mais puisque tu réclames quelque commentaire, je me permettrai un petit prolongement sur le chapitre (7.3) Tom le Maître. Ce qui me frappe surtout à la lecture de tes citations, c’est l’absence répétée de l’article avant le nom « maître » : 1. Tom n’est pas maître des cavaliers de la terre Noire, bien au-delà de son pays. Bien sûr tout cela est contrebalancé par les occurrences suivantes : 4. C’est le Maître de la forêt, de l’eau et de la colline. L’usage ou non de l’article défini n’est certes pas le fruit du hasard, il signifie bien des choses et nous éclaire sur le statut si particulier du personnage de Tom Bombadil. Qu’en penses-tu, maître Sosryko ? NIKITA |
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Petite remarque en passant suite à l’intervention de Moraldandil : Moi aussi, l’évocation de ces mets savoureux me rappelle des contes lus dans mon enfance, de Perrault (la galette et le petit pot de beurre du Chaperon Rouge) à Daudet (il est question de pain et de crème dans je ne sais plus quel conte)…etc. Il y a donc quelque chose d’enfantin, de primitif dans l’évocation de ces aliments mais plutôt que d’écouter ce que la psychanalyse aurait à nous dire sur le sujet, je préfère citer Tolkien parlant du recouvrement dans les contes de fées : NIKITA qui s’en va désormais festoyer… |
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Dix, cent coups de chapeau, Sosryko ! Voilà un parallèle fascinant. Je pense sincèrement qu'une fois terminé, il méritera largement une place dans la section "essais" de JRRVF... ce serait d'ailleurs vrai de bon nombre de tes contributions :-) Il ne faudrait pas venir sans biscuit au festin tout de même... La "section bombadilienne" n'est pas le seul passage chez Tolkien où l'on voit le pain, la crème, le miel, la bière et la miessée (joli mot que Rebourcet est allé chercher en moyen français pour éviter "hydromel", dont les résonances lui paraissaient trop grecques dans un contexte finnois) faire office d'aliments par excellence. On retrouve des scènes très semblables dans The Hobbit chez Beorn (chapitre 7 "Un curieux logis") :
(...) comme homme, il [=Beorn] entretient du bétail et des chevaux presque aussi étonnants que lui-même. Ils travaillent pour lui et lui parlent. Il ne les mange pas ; non plus qu'il ne chasse ni ne mange les bêtes sauvages. Il a un grand nombre de ruches d'abeilles féroces, et il vit principalement de crème et de miel. Enfin, Gandalf repoussa son assiette et son pichet – il avait mangé deux miches entières (avec des masses de beurre, de miel et de crème caillebottée) et bu pour le moins un litre d'hydromel – et il tira sa pipe : [Beorn à Bilbo] Jeannot Lapin redevient gras et appétissant, à force de pain et de miel, ajouta-t-il en gloussant. Venez donc en prendre encore un peu ! Le même genre de repas en gros se trouve tôt dans le SdA, pendant la rencontre de Frodon, Sam, Pippin en route vers Creux-de-Crique avec la compagnie de Gildor Inglorion (il n'est peut être pas insignifiant qu'ils s'annoncent d'abord par leur chant ?):
Pippin se rappela peu de chose, par la suite, de la nourriture ou de la boisson, car il avait l'esprit accaparé par la lumière sur les visages des elfes et le son de voix si variées et si belles qu'il avait l'impression de vivre un rêve éveillé. Mais il se souvint d'un pain qui surpassait en saveur une belle miche blanche pour un affamé ; et de fruits aussi doux que des baies sauvages et plus parfumés que les fruits cultivés des jardins ; il vida un coupe remplie d'une boisson odorante, fraîche comme une source claire, dorée comme un après midi d'été. Assurément il y a entre ces festins des ressemblances singulières... N'y aurait-il pas là comme une sorte d'archétype ? Moraldandil
> J’en fus quelque peu enivré ; (…) et ma « propre langue » – ou les séries de langues inventées – ont été fortement finnoicisées [« Finnicized » (sic)] quant à leur structure et leur style phonétique. » |
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Je ne sais pas si j'oserai me hasarder à quelques commentaires sinon élogieux mais je tiens à ce que Sosryko sache bien que ses efforts supplémentaires de traduction n'auront pas été vains puisqu'ils permettent à des personnes comme moi d'apprécier pleinement son travail. |
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Merci pour ces retours constructifs qui font bien bien plaisir à lire! je commençais à croire que vraiment tout le monde était parti en vacances ;-))...
Nikita : Qu’en penses-tu, 'maître' Sosryko ? Moraldandil Ne serait-ce pas plutôt "finnisées" ? ;-)
Sosryko |
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Une toute petite réflexion que j'espère pas trop stupide ou déplacée: |
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Cher Sosryko...........BRAVO ! Quel talent :-) J'en redemande de ce régime sucré et lacté. Voila un fuseau plein de douceurs, de quietude et de chants. L'idéal pour un retour de vacances. |
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Merci Simo, content de te voir revenu, j'attendais ton retour avec impatience! |
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C'est ce qu'on appelle nous laisser sur notre faim... :-) |
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(10) – Baie dorée, baie sucrée
Goldberry, Baie d’Or…quel beau nom pour désigner la fille de la Rivière, celle vers qui se tournent les yeux et les pensées de chacun lorsqu’elle parle{158} ! Quel étrange nom toutefois pour désigner une jeune femme liée à l’eau, que ce soit par l’étang de la vieille forêt ou la rivière Tournesaules ; à la rigueur s’attendrait-on à un nom de fleur, et plus particulièrement un nom qui l’associerait à sa fleur, le nénuphar : en effet, les vêtements de la « belle dame, tout de vert argent vêtue » {157} et « ses bras blancs » {145} à la peau aussi blanche qu’un « blanc coquillage » {154} évoquent le lis d’eau à la blanche fleur (white water-lily {141, 145}) tandis que ses cheveux blonds {145} l’associent aux lis des marais (flag-lily) dont s’inspire sa ceinture {145}.
« Porte-nous la couette meilleure, [Now, get out your finest bedding ] Ce onzième poème du Kalevala est loin du manifeste féministe. Mais, bien que la relation entre Tom et Baie d’Or soit plus équilibrée et ce, dès le départ (cf. les jeux aquatiques en ATB 11-26), il n’en demeure pas moins vrai que Tom enlève Baie d’Or à sa famille :
Il l’attrapa, la serra fort ! Et de tout temps Tom semble avoir fait une fixation sur les oreillers moelleux :
Le Vieux Tom Bombadil s’étendit sur son oreiller « Reposez-vous sur l'oreiller ! » ordonne-t-il aux Hobbits ; et le texte de préciser que « leurs matelas et leurs oreillers avaient la douceur de la plume, et les couvertures étaient de laine blanche » {149} ou bien que Pippin, réveillé dans la nuit, « sentit les doux oreillers céder sous ses mains » et « se recoucha, soulagé » {150}. Nul doute que dans la chambre des hôtes les oreillers sont tout aussi doux… Enfin, si nous gardons en mémoire les paroles de la mère de Lemminkä, il n’est plus surprenant d’entendre Tom expliquer aux Hobbits l’absence de sa Baie d’Or : « c’est le jour de lessive de Baie d’Or, et aussi de son nettoyage d’automne » (‘This is Goldberry’s washing day (…) and her autumn-cleaning’ [127]{152}). Mais, pour être juste, n’oublions pas que Tom se distingue de Lemminkä en ce qu’il n’est pas étranger à toute tâches ménagères : il sait faire un repas (ATB 112 : « la table est servie ») et ne rechigne pas à mettre la table avec Baie d’Or :
Il revint bientôt, portant un grand plateau chargé. Puis Tom et Baie d'Or mirent la table, et les Hobbits restèrent assis, mi-étonnés et mi-riant, tant étaient séduisante la grâce de Baie d'Or et joyeuses et bizarres les gambades de Tom. D'une certaine façon, cependant, ils paraissaient ne composer qu'une seule danse, ne se gênant ni l'un ni l'autre, entrant et sortant ou tournant autour de la table; et, avec une grande célérité, la nourriture, les récipients et les lumières furent disposés. Les chandelles blanches et jaunes flamboyaient sur les dessertes. Tom s'inclina devant ses hôtes. [129]{154} Sosryko |
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(11) Le motif du chanteur bondissant : Nous le savons, Tom Bombadil a dû mal à rester en place, sautant en l’air, bondissant plutôt que marchant (Hop, hopping : 8 ; bound, bounding : 3 ; leap, leaping : 9). Cela arrive aussi à Väinämöinen, tout à la joie d’échapper à l’ogre Vipunen :
Sitôt Väinö le vieux barde Mais, au contraire de Tom, ce n’est pas une constante chez Väinö. Par contre, le Kalevala mentionne plusieurs êtres bondissant. Les lapins et les lièvres, bien entendu :
Then the hare went off a-running, Rimy are the rabbits hopping [48.339] Mais aussi Ilmarinen, sautant dans son traîneau (Then he leaped into his sleigh [38.287]), ou Pellervo, l’étrange petit homme « jailli de la mer » « venu casser le chêne » dont « le ramage envahit le ciel » [2.137, 141, 84] :
Un premier pas de pirouette, Tout aussi digne d’intérêt est l’association entre le bondissement des animaux et la joie à l’écoute du chant de Väinämöinen
Les élans trottent par la lande, Enfin, si Väinämöinen est le barde inégalé, il n’est pas le seul chanteur du Kalevala. Un second personnage apparaît au chant 11, bien plus jeune mais également capable de « prendre la voix de l’enchanteur » (165) ; il s’agit de Lemminkäinen, encore appelé Athi ou Kauko, véritable coureur de jupons que nous rencontrons pour la troisième fois bien décidé de séduire « Kyllikki, la toute fine, toute mignonne, fleur de l’île » (161-2), « sa baie de sucre » (248). Il l’enlève donc (203-235), lui promettant « une vie de miel » (250) et de « gorgée de lait » (263) ; Lemminkä n’a pas froid aux yeux ! rien ne l’arrête ! voilà pourquoi on l’appelle systématiquement « le cœur fol » (245, 335, 351 etc.) ou « la tête folle » [12.213 ; 13.141 ; 14.79, etc.]. Perpétuel insatisfait, Lemminkä jette son dévolu sur la plus belle des les filles de Louhi, « la vieille de Pohja » [13.2]. Celle-ci lui impose trois épreuves terribles : (1) la première : aller « au tréfonds des champs de Hiisi », c’est-à-dire aux enfers, pour « traquer d’abord l’élan d’enfer » (29-30). Athi accepte le défi immédiatement, sa détermination, sa bravoure et donc son absence de peur percent régulièrement dans le texte ; il suffit pour cela de relever les nombreux « Sitôt » qui décrivent un Lemminkäinen toujours agissant et jamais lassé [13.31, 175 ; 14.95] ou bien ses affirmations impatientes :
« fais-moi des lugeons (…) Mais c’est uniquement parce qu’il « chante sa rune aux bosquets » [14.233] qu’Athi « charme la mère des bois, / plaît au père de la forêt / (…) envoûte les filles blanches » (234-7) ; lesquelles « débusquent » de sa « cache l’élan d’enfer », le mettant ainsi « à la portée de l’enchanteur » (238-244). Athi revient à Pohjala triomphant :
« j’ai traqué l’élan de Hiisi, (2) La seconde épreuve : brider l’étalon de l’enfer, « au fond des prairies de Hiisi » (278).
Et Lemminkä la tête folle / (3) Sa troisième et fatale épreuve est de tuer d’une seule flèche :
(…) le cygne blanc, cette fois le danger est ultime, puisque le fleuve de Tuoni, fleuve de non-retour, n’est rien moins que le fleuve de la Mort ; un berger, « le vieux de Pohjola, l’aveugle » y puisera « le serpent de l’eau » pour s’en servir de flèche et tuer Lemminkä. Mais auparavant, c’est avec la plus parfaite désinvolture que Lemminkä se sera approché du fleuve noir :
Et Lemminkä la tête folle, Ainsi, le Kalevala associe le motif du chanteur bondissant et de la danse — qu’on retrouve chez Bombadil, au rire et à l’absence de peur (quand bien même on part affronter les êtres infernaux), thèmes tout aussi Bombadiliens (l’Homme-saule au bord de la rivière étant comparable au cygne blanc de la rivière des morts). Sosryko |
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Dès sa première apparition, Tom nous est présentée avec une « figure (…) plissée de mille rides de rire » [117]{141}. Et à peine les Hobbits délivrés de l’Homme-saule et remerciant Tom Bombadil pour cela, celui-ci « éclata de rire » et leur annonce que « Baie d’Or [les] attend ». C’est « en riant » que Baie d’Or « accourut vers eux » pour accueillir quatre Hobbits qui « la regardaient avec étonnement » {145}, tout comme ils avaient été « trop surpris (…) pour parler » et répondre à l’invitation de Tom [118]{142} . Pourtant, il ne faudrait pas que ce rire en cache un autre, plus mystérieux, celui qui anime Tom lorsqu’il considère l’Anneau de Frodon :
— Montrez-moi le précieux Anneau! dit-il brusquement au milieu du récit. Intéressant aussi de remarquer que juste après leur avoir « appris une poésie à chanter si, par malchance, ils rencontraient quelque danger ou difficulté le lendemain », Tom « donna à chacun une tape sur l’épaule », une tape « accompagnée d’un rire » ; quatre tapes sur l’épaule de chaque Hobbit, et donc quatre rires, rires sans aucune explication puisqu’« il les ramena à leur chambre » immédiatement [131]{156}. Or nous savons que le danger des Hauts de Galgals frappa les Hobbits le lendemain et que Frodon eut à chanter cette poésie pour que Tom vienne à son secours. Même sentiment d’étrangeté lorsque Tom, « sautant à bas du tertre et riant » annonce aux quatre Hobbits qu’il vient de délivrer «Vous ne retrouverez plus vos habits » [140]{166}. Or, tout comme Tom Bombadil, « Merlin rit étrangement et ce rire intrigue » car « mythologiquement parlant, le rire sans motif apparent est signe de prescience » [Merlin ou le savoir du monde, Philippe Walter, Imago, 2000, p.147, 150] :
Merlin rit trois fois, à ce qu’on dit. Allant sur la place et voyant un homme acheter des souliers et de quoi les réparer, il rit et dit : « Il n’usera pas les chaussures et il achète de quoi les réparer ! » De même, voyant un bailli conduisant au gibet un voleur qui avait dérobé un vêtement de peu de valeur, il rit et dit : « Vraiment, voilà qui est admirable, car un grand voleur en conduit un plus petit au gibet ! » (le bailli avait en effet volé des choses plus importantes : rentes et propriétés). De même, voyant un prêtre conduire un enfant au tombeau et chanter, alors que les parents suivaient en pleurs, il rit et dit : »Je vois des choses merveilleuses car celui qui pleure devrait chanter et celui qui chante devrait pleurer (l’enfant était en effet le fils du prêtre ». Ainsi, Merlin ‘rit’ parce Merlin ‘sait’ ; Merlin rit devant l’ironie des situations offertes à sa vue et à sa connaissance de la nature, du temps et de l’histoire, dans son passé comme dans son avenir :
« J’ai ri, Rodarch, parce que (…) pendant que tu enlevais, il y a un instant, la feuille que la reine, sans le savoir, portait dans ses cheveux, tu lui étais plus fidèle qu’elle ne le fut envers toi quand elle se laissa choir dans l’herbe et quand son amant la rejoignit pour s’unir à elle. Pendant qu’elle était étendue là, une feuille tomba par hasard et s’accrocha dans ses cheveux. C’est cette feuille que tu as enlevé, ignorant tout de la situation. » Le rire de Merlin « signifie la prescience d’un autre monde, d’un autre temps que le temps humain ordinaire. Ce rire signifie que le temps va s’inverser. (…) le rire (…) repose sur l’intuition d’une vérité supérieure marquée par des réactions à contretemps. Merlin ne rit pas quand il faut rire. Seul un être qui possède une vision secrète dans l’Autre Monde comme le devin peut exprimer ce rire qui confine à la plus haute sagesse. » [Merlin, p.155] Sosryko |
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Comment ne pas être tenté d’appliquer ce commentaire à Tom Bombadil lui-même ? Le rire de Tom n’est certainement pas si anodin et léger qu’il y paraît à la première lecture. Et la Vie de Merlin (Vita Merlini), de Geoffrey de Monmouth, un texte essentiel pour la théorie du rire prophétique de Merlin, pourrait être un autre texte qui, plus ou moins consciemment, à influencé Tolkien dans la description de Tom Bombadil. Car ce texte recèle plusieurs thèmes qui sont autant de passerelles entre Merlin et Tom Bombadil. Ainsi, Geoffrey de Monmouth « conserve au héros la dimension héritée des traditions celtiques d’un Merlin ‘ensauvagé’ (…) qui développe ses dons prophétique au contact de la nature et des bêtes des bois. » [Le Merlin en prose, Emmanuèle Baumgartner et Nelly Andrieux-Reix, Puf, 2001, p.20]. Et si, au début du texte, Merlin « était célèbre de par le monde, étant roi et devin » [Vita 20-21], très vite il devient un Homme des Bois. La raison est très intéressante. En tant que roi, il était un des chefs de guerre des Bretons. Au cours d’une terrible bataille contre les Scots (Irlandais) aux côtés des rois écossais Peredur et Rodarch, Merlin se trouve confronté à l’horreur de la guerre : il perd trois de ses frères lors de « la terrible bataille », alors que « les bataillons s’affrontaient », que « les ennemis se donnaient mutuellement des coups mortels », que « le sang coulait de toute parts et [que] des hommes mouraient dans les deux camps » [Vita Merlini, in Le devin maudit, p.59-61].
Merlin pleura trois jours entiers. Il refusait toute nourriture tant la douleur qui le consumait était immense. Soudain, alors qu’il faisait retenir ses plaintes nombreuses et répétées, un nouvel accès de fureur le saisit : il se retira en secret et s’enfuit vers la forêt, ne voulant pas être aperçu dans sa fuite. Il pénétra dans le bois, heureux de s’allonger et de se cacher sous les frênes. Il admira les bêtes sauvages paissant l’herbe du sous-bois. Tantôt il les poursuivait, tantôt il les dépassait dans leur course. Il se nourrissait de racines de plantes, d’herbes, des fruits des bois comme s’il était consacré à la forêt. [Vita Merlini, in Le devin maudit, p.61-3] Le régime végétarien et la vie dans les bois n’est pas sans rappeler le régime et le mode de vie de Tom ; tout comme l’admiration de Merlin pour les animaux rappelle les études zoologiques de Tom lors de ses ballades en forêt. Geoffrey de Monmouth poursuit en décrivant un marcheur qui rencontre Merlin en pleine forêt ; « Merlin prit la fuite et le voyageur le suivit sans pouvoir rattraper le fuyard » [Vita 117-8]. Là encore, cette facilité avec laquelle Merlin se déplace en forêt au point que personne ne peut le suivre rappelle avec quelle rapidité « Tom disparut devant [les Hobbits], le son du chant se faisant de plus en plus faible et lointain » {142}. Mais revenons aux raisons qui ont poussée Merlin à se réfugier dans la forêt : les horreurs de la guerre. Ces horreurs ne sont-elles pas des blessures dans la mémoire de Tom qui, s’il ne les a pas causées comme Merlin, en a été témoin ? la folie de la guerre, dans le texte de Tolkien, conduisant à des êtres contre nature comme les Êtres des Galgals :
Des murs verts et des murs blancs se dressaient. Il y avait des forteresses sur les Hauts. Des rois de petits royaumes se battaient entre eux, et le jeune soleil brillait comme du feu sur le métal rouge de leurs neuves et avides épées. Il y avait des victoires et des défaites; et des tours tombaient, des forteresses étaient incendiées et des flammes montaient dans le ciel. De l'or était entassé sur les catafalques des reines et des rois morts; et des tertres les recouvraient et les portes de pierre étaient closes; et l'herbe poussait sur le tout. Des moutons s'avancèrent un moment, mais bientôt les collines furent de nouveau vides. Une ombre sortit de sombres endroits au loin, et les ossements s'agitèrent dans les tertres. Des Êtres de Galgals errèrent dans les creux avec un cliquetis d'anneaux sur des doigts froids et de chaînes d'or dans le vent. Des cercles de pierres grimaçaient de la terre comme des dents brisées dans le clair de lune. [128]{152-3} Le pacifisme de Tom n’a peut-être rien à voir avec un pacifisme de nature ; à l’instar de Merlin, il pourrait très bien s’expliquer comme le résultat d’une réflexion face à l’Histoire de la part de Tom, témoin de la venue des Grandes Gens et de l’arrivée des Petites Personnes, de la montée de rois, de leurs multiqples chutes sanglantes et de leur remplacement par les Êtres des Galgals {153}. Soryko |
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Toujours dans la Vita Merlini, Merlin a une sœur qui s’appelle Ganieda et une femme nommée Gwendolyne. Plus généralement, comme le critique W. A. Nitze le note, Merlin est « souvent entouré de femme dont le nom (Gwendoloena, Ganieda, Gwendydd) comporte l’élément gallois gwyn qui signifie ‘blanc’ » [Merlin…, p.175]. Ainsi, « le nom de la femme de Merlin s’explique par le gallois gwenn ‘blanche’ et elain ‘la biche’. Elle est donc ‘Biche-blanche’ » [Le devin maudit, p.69]. Voilà qui nous ramène à Baie d’Or aux « bras blancs » {145} et aux mains blanches comme le blanc des coquillages {154}, telle une primitive Yseut aux Blanches Mains. Merlin, dans plusieurs textes dont celui qui nous intéresse ici, est lié au pommier, « arbre magique, (…) dispensateur d’un pouvoir sacré (…) lié au pouvoir magique de la parole » [Le devin maudit, p.30]. Dans le texte de Monmouth, il se plaint de l’hivers qui « n’autorise ni la terre à produire ses fleurs aux multiples couleurs, ni le chêne à produire ses glands, ni les pommiers leurs pommes rouges » [Vita 153-4]. Or Tom Bombadil est également associé au pommier ; de par son physique avec « sa figure d’un rouge de pomme mûre » {141}, mais aussi par la « douce odeur » que répand dans sa maison le feu « dans la vaste cheminée », « comme s’il fût fait de bois de pommier » {147}. Est-il besoin de rappeler que, dans la geste du devin, si nous nous autorisons à quitter la Vita Merlini, Merlin, est, tout comme Tom, un homme « sans père » ? Avant même que Robert de Boron n’en fasse le fils du diable, il était associé par Geoffrey de Monmouth dans l’Historia regum Bitanniae à Ambrosius, « l’enfant sans père » d’une prophétie destinée au roi breton Vortigern en lutte contre les saxons [Merlin, le veilleur du temps, Michel Brasseur, éditions errance, 2002, p.11-18]. Si on relève que Merlin-Ambrosius vient du grec ambrosios qui signifie ‘immortel’, on retrouve un Tom Bombadil sans père et sans âge « qu’on appelait Iarwain Ben-adar, le plus ancien et le sans-père » {293}, « l’Aîné » des hommes {153}. N’oublions pas non plus l’amour qui lie Merlin à Viviane. Viviane (ou Niniane, forme équivalente, certainement primitive) qui est sans aucun doute possible liée à l’eau.
(…) le nom de Niniane rappelle (…) celui d’une rivière appelée Ninian passant en lisière de la forêt de Brocéliande. Peut-être faudrait-il envisager une relation de Ninian avec le thème indé-européen nigw « laver », représenté en grec par nizein « nettoyer en frottant », le sanskrit nenekti « il lave », l’ancien irlandais nigid. Ce thème donne le nom de la nixe, « nymphe des eaux ». Souvenons-nous également que Viviane est la Dame du Lac dans certaines versions. « Ce lac est son domaine privilégié. Elle lui appartient autant que le lieu lui appartient » [Brocéliande, p.172]. Et nous voilà revenu au personnage de Baie d’Or, fille de la rivière Tournesaule, rivière qui, tout comme la Ninian vis à vis de Brocéliande, est liée à la Vieille Forêt. Baie d’Or tellement proche de l’eau de cette rivière et de l’étang qu’elle nourrit qu’on pourrait penser que c’est une des raisons majeures pour laquelle Tom habite toujours là, avec elle, malgré la présence des Hauts des Galgals et de l’Homme-saule. N’oublions pas cet étang où vivait Baie d’Or et où tout à commencé entre elle et Tom (ATB), au point qu’il est devenu un véritable lieu de pèlerinage pour les amoureux :
Chaque année, à la fin de l'été, je vais les chercher pour elle, dans un grand étang profond et clair, loin en aval du Tournesaules; là, ils s'ouvrent les premiers au printemps et là, ils durent le plus longtemps. Près de cet étang, jadis, j’ai trouvé la fille de la Rivière, la belle jeune Baie d’Or, assise dans les joncs. Doux était son chant, et son cœur battait ! {148} Il y a là un véritable attachement à la rivière et à l’étang, lesquels, finalement, délimitent le domaine de Tom. Voilà qui n’est pas non plus sans rappeler « l’enserrement » de Merlin par Viviane et ce cercle magique qu’elle trace autour de lui, définissant les fondations d’une tour d’air infranchissable, véritable « prison d’amour » [Brocéliande, p.170-1]. Enfin, le retrait dans la forêt et le refus de vivre trop près des hommes ne se rencontre pas seulement dans la Vita Merlini :
Dans le Didot-Perceval [ou encore le Perceval en prose] Merlin décide de son plein gré de se retirer du monde, après avoir atteint un degré élevé de spiritualité. (…) [Et] dans le Livre de Taliesin, Finntan, un des avatars de Merlin, est associé (…) à Élie et Énoch. Il était inévitable que la figure initialement celtique de Merlin se christianise au cours du temps ; inévitable qu’on le compare aux figures bibliques enveloppées de mystère telles Énoch, Élie et Melchisédek (John Matthews, Blanford 1995, cité par Brasseur p.87). Ne soyons donc pas étonnés si Tom Bombadil, lui aussi, partage des points communs avec le plus mystérieux des trois, Melchisédek. Sosryko |
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Eh bien! Le Sosryko nouveau est arrivé! Et toujours aussi instructif... J'espère pour toi, cher Sosryko, n'être pas le seul de retour de vacances, car ton travail mérite beaucoup plus qu'un lecteur (qui, cela dit, est pour sa part enchanté!) C'est donc finalement un bonheur que revenir de vacances pour lire ces excellentes pages! Plus encore que le point sur Baie d'or/Kyllikki et le "motif du chanteur bondissant", c'est les rapports entre Tom et Merlin qui me séduisent. Car si les points communs évoqués dans les deux premières parties (sont-elles les dernières en lien au Kalevala?) sont bien réels, ils sont un peu plus évasifs et paraissent moins largement cohérent que ceux de la superbe partie sur Merlin. Celle-ci est très intéressante pour plus d'une raison. Entres autres, j'avais déjà eu l'occasion de m'interroger sur le rire de Tom, mais je n'avais qu'en tête, sur la question du rire médiéval, celui que Bakhtine nomme "carnavalesque" qu'on trouve principalement dans les fabliaux et le roman de Renart. Or ce rire est porteur soit d'une inversion des valeurs soit d'une indifference à la morale (comme l'image de Renart trônant sur la Roue de Fortune). Je ne trouvais pas que cela corresponde au rire de Tom,bien que celui-ci eutquelque chose de fou, mais j'avais oublié le rire 'préscient' de Merlin chez Montmouth. Merci! un fidèle lecteur, |
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Bonjour, cher Laurent :-)) "Tout un enseimble de rites de Carnaval est explicitement destiné à faire rire. Or, la Chandeleur/St Blaise (2 et 3 février) tombe toujours en plein Carnaval. Le personnage de Merlin, conçu le jour de la St Blaise, se trouve mythiquement et rituellement associé à cette mythologie du rire et de Carnaval."
III.1 – Melchisédek
Melchisédek est une figure biblique des plus obscures : sorti de nulle part, il apparaît, auréolé de mystère, dans trois versets seulement du chapitre 14 de la Genèse, au milieu du cycle d’Abraham, pour disparaître aussitôt…
17 Après qu’Abram fut revenu vainqueur de Kedorlaomer et des rois qui étaient avec lui, le roi de Sodome sortit à sa rencontre dans la vallée de Schavé, qui est la vallée du roi. À l’acte d’Abraham, motivé par l’attachement familial et la justice, répond l’apparition de Melkisédek don le nom signifie « Roi de Justice ». Cette même apparition marque la fin de la guerre puisque Melkisédek est le « roi de Salem », c’est à dire le roi de la Paix (par l’homophonie entre shalem et shalom ; cf. He 7 :2 et Philon Leg All III 25-26 §79-82) Melchisédek est « prêtre du Dieu Très-Haut, créateur du ciel et de la terre ». Cette invocation au Dieu « créateur » a toute une tradition à interpréter le personnage de Melkisédek comme modèle du « prêtre païen, idolâtre, qui a été frappé par la vision du ciel et de la terre et a découvert l’existence d’un dieu créateur » [La Bible d’Alexandrie, 1.La Genèse, Marguerite Harl, p.161]. Hormis ces trois aspects, le texte ne nous dit rien d’autre de la personne de Melchisédek. Ce qui surprend le plus, c’est l’absence de généalogie. La Bible est tellement habituée à cerner un homme par sa descendance (« A engendra B, B engendra C… ») ou bien ses ancêtres (« A, fils de B, fils de C ») qu’en ce qui concerne Melchisédek, le texte crie par son silence. Les traditions juives et chrétiennes, bibliques comme extrabibliques ont beaucoup glosé sur ce silence, le considérant comme un mystère. Le Psaumes 110 présente Melkisédek comme type du Messie, sous entendant que les deux sont éternels (« Tu es prêtre à jamais, selon l’ordre de Melchisédek » (v.4)) et les représentants d’un autre type de sacerdoce que celui des prêtres institués : en effet, Melchisédek semble connaître et servir Dieu par une révélation « naturelle » ou « intérieure », jamais explicitée dans le texte et sans rapport avec la révélation faite à Abraham ou à Israël sur le Mont Sinaï, celle qui instituera, bien plus tard, la prêtrise « officielle », de père en fils, de la tribu de Lévi. On comprend alors également l’utilisation de la figure de Melchisédek par l’auteur de l’épître aux Hébreux pour en faire un type du Christ, se servant à de multiples reprises de Ps.110:4 pour l’appliquer à Jésus [He 5:6.10, 6:20, 7:11.15.17]. Rapportons He 7 :1-3 pour notre propos, car ces versets reprennent la tradition de Gn 14 en comblant ses silences, tout particulièrement au verset 3 :
1 Ce Melchisédek était roi de Salem, sacrificateur du Dieu Très-Haut; il alla à la rencontre d’Abraham qui revenait de la défaite des rois, et il le bénit; À cette même période, nombreuses sont les littératures à prendre position sur la nature de Melchisédek : Philon et Josèphe voient en lui un homme valeureux et juste, mais simplement un homme, en opposition à l’exégèse de la l’épître aux Hébreux ou au courant essénien dont le manuscrit principal (11QMelch = Écrits Intertestamentaires, p.423-430) décrit un Melchisédek angélique, voire divin, dont les paroles font dire à de nombreux exégètes qu’il n’est autre que l’archange Michel ou l’Ange de l’Éternel [cf. La croyance des Esséniens en la vie future : Immortalité, résurrection, vie éternelle ?, Émile Puech, Gabalda, 1993, t.II, p.546-561]. Un autre texte retrouvé parmi les manuscrits de Qoumran fait de Melchisédek un être sans père, fils divin de la femme de Nêr, frère de Noé, placé en Éden pour le soustraire à la méchanceté des hommes et au déluge à venir (cf. Annexe B). Certaines versions du Talmud de Babylone (Codex de Munich) identifient les « quatre forgerons » [Za 2:3] au Messie fils de Davdi, au Messie fils de Joseph, à Élie et à Melchisédek, semblant impliquer par là que Melchisédek, tel Élie, fut transporté au Ciel et qu’il réapparaîtra aux temps messianiques. D’autres traditions rabbiniques identifient Melchisédek à Shem, le fils de Noé…[cf. Anchor Bible Dictionary, IV.684-686, Doubleday, 1992] Sosryko |
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III.2 – Tom couronné
On le voit, le personnage de Melchisédek, par sa mystérieuse description initiale et les interprétations multiples de sa nature qui ont suivi, évoque irrésistiblement Tom Bombadil et la volonté de découvrir un autre personnage qui se cacherait derrière ce nom. Le texte dit bien que Melchisédek avait offert, dans un signe d’hospitalité toute orientale, un repas constitué de « pain et de vin », c’est-à-dire un repas digne d’un roi (comme le remarque Vogels en renvoyant à 1S 16:20 [Abraham, p.165]). Nous trouvons un repas similaire dans la section bombadilienne. Certes, sous le toit de Tom Bombadil, viande et alcool sont exclus, la viande car signe de violence, l’alcool parce qu’il risquerait de conduire à une joie factice. Aussi, la boisson qui accompagne le « pain blanc » {142, 147} n’est pas le vin mais l’eau. Pourtant, Tolkien précise que si « la boisson dans leurs bols semblait de la simple eau fraîche », « elle leur montait au cœur comme du vin » [123]{147}.
14 Aussi bien le Seigneur vous donnera-t-il lui-même un signe: Voici que la jeune femme est enceinte et enfante un fils et elle lui donnera le nom d’Emmanuel. Ce qui est intéressant ici, c’est que l’ordre crème/miel se rencontre à l’identique et en tête des trois listes de repas de Bombadil : « de la crème jaune et des rayons de miel » ({142, 147} et ATB 113). L’Emmanuel d’Ésaïe est rempli de paix et de douceur, à l’image de la crème et du miel dont il se nourrit ; par conséquent, il « sait rejeter le mal et choisir le bien ». Or, c’est exactement ce que Tom Bombadil fera face à la tentation de l’Anneau : Tom est tellement et naturellement bon que l’Anneau n’a aucun pouvoir sur lui. Citons également ce passage sensuel d’une des « repas » du Cantique des cantiques (constitué non seulement de vin, de lait, de miel mais aussi de « rayon de miel ») placé sous le signe de l’amour des fiancés et de la joie du partage entre amis [Ct 5:1] :
1 J’entre dans mon jardin, ma soeur, ma fiancée; Je cueille ma myrrhe avec mes aromates, Je mange mon rayon de miel avec mon miel, Je bois mon vin avec mon lait… Comment ne pas voir dans ce chant où « la nourriture et la boisson des amants ne sont que la métaphore de leur plaisir d’amour » [Le Cantique des Cantiques, Othmar Keel, Cerf, 1997, p.200] l’équivalent de l’invitation pressante faite à Baie d’Or à céder aux avances de Tom qui, lui aussi, associe le chant sémantique du manger et l’amour ?
But one day Tom, he went and caught the River-daughter, He caught her, held her fast! Water-rats went scuttering Quant à la fin du verset (« Mangez, amis, buvez, enivrez-vous d’amour! » [Ct 5:1]), ses impératifs adressés aux « amis » (ou encore « compagnons » [TOB] ou « bien-aimés » [BJ]) évoquent les invitations de Tom ( « Venez gai dol ! Sautez, mes braves ! (…) Que le plaisir commence! Chantons en chœur ! » {143}) ou de Baie d’Or (« Venez, chers amis ! (…) Riez et soyez joyeux ! » {145}). Revenant au repas entre Abraham et Melchisédek, il faut remarquer que « les mains qui apportent le pain et le vin sont les mains du prêtre, et la nourriture et la boisson ne peuvent être séparées de la bénédiction dont Melchisédek dispense Abraham au nom de son Dieu. » [Genesis 12-36, Claus Westermann, Fortress Press,1995, p.205] En effet Melchisédek répète par trois fois le verbe « bénir » [Gn 14:19]. A notre tour, il n’est pas exagéré de décrire la rencontre de Tom Bombadil par les Hobbits comme une véritable bénédiction. Il suffit, pour s’en convaincre, de revenir au vocabulaire de l’enchantement et de l’émerveillement ou, plus directement, de remarquer que le texte lui-même parle en deux endroits de bénédiction.
— Hâtez-vous maintenant, bons hôtes! dit-elle. Et tenez-vous-en fermement à votre dessein! Le nord avec le vent dans l’œil gauche et une bénédiction sur vos pas! Hâtez-vous, tant que le soleil brille! Cette bénédiction, c’est la paix du cœur malgré l’épreuve et la fatigue. Une telle paix, Baie d’Or sait la dispenser par sa présence (« Soyez en paix maintenant, dit-elle, jusqu'au matin! » [123, 125]{147, 150}), tout comme Tom (« Ne craignez pas d'aulnes noirs! Ne vous souciez pas des saules chenus ! Ne craignez ni racine ni branche! Tom va devant vous » [118]{142}) ; et cela, à l’image de Melchisédek, qui la dispense en tant que « roi de paix ». Nous pourrions croire que Melchisédek, présenté comme un « roi », s’éloignerait sur ce point du personnage de Tom, mais il n’en est rien. Tom n’est-il pas le « Maître » de son domaine ? de plus, Tolkien a laissé des indices associant cette maîtrise à la notion de royauté ; en effet, en deux occasions discrètes, Tom est présenté non pas avec son chapeau mais comme étant couronné de la végétation du domaine dont il est le Maître : lors de son mariage avec Baie d’Or, il est « couronné de boutons d’or » (ATB 118) tandis qu’il vient accueillir dans sa maison Frodon et ses amis avec « son épaisse chevelure brune (…) couronnée de feuilles automnales » {147}. Enfin, baie d’Or, son épouse, est comparée par les Hobbits à « une belle jeune reine-elfe » {145}. Autant de traits qui participent à l’aspect royal de Tom. De fait, les propos de Baie d’Or qui présente Tom comme le Maître sans peur (« Tom Bombadil est le Maître. (…) Il n’a aucune peur. Tom Bombadil est maître » {146}) renvoient doublement au « roi de paix » qu’est Melchisédek. Bien entendu, comparant Tom Bombadil à Melchisédek, nous sommes conduits dans une lecture chrétienne particulière de Tom : Tom serait l’homme qui, face à la Nature, découvre Dieu et la religion « naturelle » ; on pourrait même voir en Tom, immortel et enfantin, l’unique représentant de l’homme d’avant la Chute, l’homme tel qu’il devait être dans son rapport avec la Nature dans le Jardin d’Éden. À ce propos, nous découvrirons des arguments qui me semble essentiels dans la section suivante. En attendant, deux détails peuvent être donnés qui justifient cette lecture. Sosryko |
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Et bien voilà un exposé qui mériterait de retrouver les articles déjà présents sur ce site ! Et en plus qui me donne envie de lire ce livre sur Merlin/Laïloken, en plus des Eddas ;-) |
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Bis repetitae : merci Sosryko ! ;-)
Ton analogie, ou tout au moins, la mise en évidence des ressemblances entre Merlin et Tom est particulièrement convaincante !
Concernant le lait et le miel, le mouvement des Croisades a connu la "popularité" que l'on sait grâce à la "confusion" que faisait les hommes d'alors entre la Jérusalem céleste et terrestre, prenant en effet cette dernière pour celle où coule, justement, en abondance le lait et le miel ? Cédric. |
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Désolé, je ne crois pas que la comparaison Jérusalem céleste / maison de Tom soit valable, car les rôles sont radicalement différent (une telle interprétation satisfairait peut-être ceux qui voient en Tom rien moins qu'Eru, mais certainement pas moi!) Quant à Merlin, à ma connaissance (mais actuellement, je ne suis pas en mesure de vérifier), il n'a jamais été un humain "normal", puisque toujours prophète et mage, ce n'est pas ce que j'appellerai un "simple humain" ;-) Sosryko |
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Bien que fervent défenseur, dans la très zen interrogation sur l' identité bombadilienne, de l' hypothèse d' un Eru venu jouir de sa création, je partagerai, avec Sosryko, son refus de voir, dans la gentille bicoque du brave Bombadilon, une quelconque analogie avec la très chrétienne Jérusalem Céleste... |
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Juste pour faire remonter le bijou :) Stéphanie - en pause pour quelques minutes, avant d'aller goûter parce que cette présentation donne faim :) |
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O, Merci Stéphanie :-))) Sosryko |
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Chic :) J'étais tombée juste :) Et comme Silmo, je regrette que tu ne puisses venir à Paimpol... parce que j'ai un brouillon qui sera peut-être terminé d'ici là sur une certaine promenade en bateau... :) |
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J'ai pensé à toi, Sosryko, en plongeant avec délice dans les méandres d'un livre enfin reçu :
La plus belle des demeures serait pour moi au creux d'un vallon, au bord d'une eau vive, dans l'ombre courte des saules et des osières. Et quand octobre viendrait, avec ses brumes sur la rivière... Te laisserais-je, te laisserais-je deviner l'auteur de ces si belles phrases, digne d'un Tom Bombadil ? Oh sans doute, sans doute le connais-tu... mais sait-on jamais :) Stéphanie – qui va retourner avec moult grimaces à ses cours de droit... |
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Génial!! :-)) |
Comment ça ? Mais bien sûr que si, ne crois pas t'en tirer comme ça :) Je ne l'ai reçu qu'hier, je dois en être à la quinzième page... mais la lecture coule de source, et... me servira pour autre chose que j'ai en tête... peut-être se rejoindra-t-on sur quelques chemins, Faërie est bien assez vaste pour qu'on s'y retrouve :) Car cet homme est un Poète, assurément, et il sait où trouver le Lumineux Passage, à n'en pas douter... qui sait, alors, si son livre ne me réserve pas un terrain fertile pour y laisser germer mes graines en dormance ? Ta brassée de lis d'eau rejoindra alors mon modeste petit lis, ou plutôt l'inverse, j'aime à le croire :) |
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J'ai enfin eu le temps de lire ce magnifique fuseau en entier. Waouw !!! A quand la suite ? |
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Oulala-lala, cela fera bientôt un an que j'ai initié ce fuseau, et plus d'un ans après mes premières ballades dans la Vieille Forêt, je ne suis toujours émerveillé par la discrète beauté de VBaie d'Or et la sagesse euphorisante de Tom. Sosryko |
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J'ai déjà lu ces fuseaux, il ne me reste donc plus qu'à attendre ... Soeur Anne, ne vois-tu rien venir ? |
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A retravailler discrètement mes Promenades, l'envie m'a pris de relire ce beau fuseau... ô surprise : à quelques heures près, maître Dior a également tissé un lien vers le forum Tolkiendil... Autant le faire partager à ceux qui ne le connaissent pas encore. I. |
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...ou (re)(re)(re)(re)(ad lib.)-lecture :) S. -- évidemment, je met ma jolie jupe violette toute neuve et des sandales, il flotte, et le train est à la bourre, exeprès pour que je me trempe bien les pieds... :) |
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Cette fois-ci, ce n'est pas Dior mais Tilkalin qui a tissé un lien vers Tolkiendil ;) Et gourmande comme je suis, vous vous doutez bien que je redévore le fuseau :D Du coup je le remonte, zou, pour le plaisir ! (et signaler qu'on ne l'a pas oublié ;)) Amusant aussi de voir qu'il y a deux ans, Isengar retravaillait déjà ses Promenades, et qu'il y a quatre ans je devais avoir une idée en tête qui m'a échappée depuis... S. -- coïncidence ? Je parlais de jupe violette deux ans auparavant... et j'en porte une aujourd'hui :) Sans compter le joli bouquet de violettes qui embaume tout mon appart' -- ramassées à l'ombre, leurs tiges sont plus longues, leur couleur plus foncée, leur parfum plus prononcé... |
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Décidément, depuis quelques années et essentiellement grâce à toi Laegalad (combien tu possèdes de jupes violettes ? ;-)), ce fuseau aime jouer au saut à l'élastique ;-) Je suis étonné de constater que Tom et Baie d'Or accompagnent mes rêveries en Terre-du-Milieu et ailleurs depuis bientôt 5 ans ! Bien des expéditions en Vielle Forêt ont été entreprises depuis, et j'espère qu'il ne faudra pas attendre 5 autres années pour vous en faire part ;-) Peut-être sauras-tu retrouver ton idée d'alors pour notre plus grand plaisir (mais ne nous dispersons pas trop, un autre projet de saule et de bouleau, est dans l'air il me semble ;-)) S. |
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Hi hi :) mais je ne suis pas la seule à le relire fréquemment, il semble ;) Et j'espère, oui, qu'il ne faudra pas languir encore 5 ans avant de voir le résultat de tes... Promenades en Vieille Forêt (et plus loin encore ?), pour reprendre le titre d'un ouvrage bien connu en ces lieux :D Quant à l'idée, je pense avoir retrouvé ce que c'était, mais pas trop de choses d'un coup, comme tu dis :D Le saule et le bouleau m'occupent assez en ce moment ;) Soigne bien tes cordes vocales, et si le miel ne suffit pas, le lait chaud -- plutôt que la crème ;) -- fait du bien aussi :) S. -- De jupes violettes ? Une en lin pour l'été, et une en velours pour l'hiver, sans compter la robe d'été en lin aussi ;) |
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Up jubilaire +8h ;) |
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Je me permets de remonter le présent fuseau à la suite d'un message laissé par Vinyamar dans un autre, dans la mesure où ce fuseau-ci méritait tout aussi bien d'être remonté des abysses du présent forum, quasiment dix ans après la dernière remontée de bathyscaphe bombadilien ! ^^ Dans un fuseau voisin, Vinyamar a écrit :
Je ne sais pas si JR/Isengar s'en souvient, mais lors des échanges des conférenciers avec le public de la journée de clôture du Séminaire Tolkien à l'ENS l'année dernière, nous avions évoqué ensemble, un peu en aparté, la possibilité de voir en Tom Bombadil une sorte de Pan victorien... et lorsque une personne du public nous avait posé la fameuse question « Qui est Tom Bombadil ? », j'avais spontanément répondu : « Tom Bombadil est... ce que vous voulez ! » ^^ Amicalement, Hyarion. |
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Tout à fait d'accord. C'est tout le plaisir de ce personnage.
Mais je note tout de même que, dans une autre discussion sur ce forum où j'avais évoqué la présence très claire du sacrement du baptême dans la libération des tombeaux des Galgal (? de mémoire), c'est Tom Bombadil qui opère cette libération, et c'est donc lui qui est le ministre du baptême donné aux Hobbits (bien que je m'aventure un peu sur ce point). bug end |
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À la suite, je signale ici le lien vers l'excellente analyse par Moraldandil du nom d'Iarwain soit le « jeune-vieux ». À signaler également les articles de l'auteur qui ont repris et étendu son travail, avec « des fondements plus solides et étoilés » dans :
Yyr |
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Quelque temps plus tard... Dans le cadre de certains travaux d'écriture, j'aurai besoin de faire le point sur certains éléments concernant Tom Bombadil et Baie d'Or, éléments à propos desquels je ne me souviens pas d'avoir lu grand-chose, sinon dans de vieilles discussions en ligne pour la plupart oubliées... Toute aide est la bienvenue. Concernant Tom, nous savons qu'il était là, en Arda, dès le début... mais lorsqu'il dit à Frodo (SdA, I, 7) « [qu']il traçait des sentiers avant les Grandes Gens », « [qu'il] a vu les Petites Gens arriver », et « [qu'il] était déjà ici, avant que les mers soient fléchies » et que « les Elfes ont passé dans l'Ouest », cela veut-il bien dire qu'il a toujours vécu dans la même région d'Eriador, autour de la Vieille Forêt et avant même que celle-ci existe ? Ce dont je voudrais m'assurer, c'est que même à l'époque où le Beleriand existait, alors que Tom était donc déjà là, au Premier Âge (et même avant, donc), il vivait déjà toujours dans le même endroit et mais rien n'indique qu'il ait voyagé dans les territoires occidentaux non encore engloutis, même si théoriquement, il aurait pu, même je le vois mal, compte tenu de son côté régionaliste (si j'ose dire), accomplir une grande distance... à moins qu'il ait eu lui-même à déménager lors de la submersion du Beleriand ? Je ne me souviens de quelque-chose qui pourrait contredire cette hypothèse d'école, sauf encore une fois, le côté casanier du maître Tom, et le fait qu'il ne parle au fond que du lieu d'Eriador où il a pu s'installer dès la création d'Arda. Question annexe, dont je ne me souviens plus si j'ai su la réponse : qui sont les Elfes passés dans l'Ouest qu'évoque Tom devant Frodo, d'où venaient-ils, et à quelle époque par rapport au Troisième Âge ? Concernant Baie d'Or, je ne me souviens pas d'avoir trouvé d'indication chronologique précise quant à sa rencontre avec Tom, ni de son âge par rapport à son compagnon (« aussi ancienne que le printemps » : a priori peu de différence avec lui... ^^'), donc je suppose que tout est possible avec ces êtres mythiques devenant des personnes dans le SdA... Est-il possible d'envisager que leur rencontre, même si on peut dire que sa réalité appartient au mythe, ait eu lieu il y a très très longtemps, mais que ce soit les rédacteurs du Livre Rouge qui, à la manière des enlumineurs médiévaux faisant se situer des récits hérités de l'Antiquité dans un contexte contemporain (médiéval), auraient pu situer la rencontre formellement au Troisième Âge alors qu'elle aurait pu tout aussi bien avoir lieu avant ? L'histoire de la région de la Vieille Forêt et de celle du Comté se prête-t-elle à cette hypothèse d'école ? Je n'essaie pas de tordre le récit pour une quelconque théorie ou invention narrative, mais je réfléchis plutôt en termes de simples possibilités factuelles par rapport aux éléments fournis par Tolkien pour la mise en scène de ses personnages... Enfin, une dernière question, concernant Tom Bombadil et... Ungoliant. Il m'est arrivé par le passé (lointain) de voir en ligne certains parallèles faits entre ces deux figures du Légendaire, en raison de leur ancienneté littéralement primordiale. Toutefois, peut-être parler de figures parallèles ? Elles sont peut-être du même âge, et cependant pas de la même origine, aussi bien d'un point de vue externe qu'interne à la subcréation tolkienienne : Tom semble comme plus ou moins lié à Arda dès son apparition, avec une parenté humaine avec les Elfes et les Hobbits, alors que Ungoliant semble initialement extérieure à Arda et l'incertitude de son origine, méconnue même des Elfes, en fait presque une parente des Grands Anciens de Lovecraft, ce qui n'est assurément pas la même chose. Reste une énigme : Tom Bombadil a peut-être une origine divine, même s'il reste paradoxal qu'une création d'Eru Ilúvatar puisse être formellement dite « sans-père » (« fatherless ») ce qui laisse sur le principe un (petit) espace pour le doute (oui, oui, j'en connais qui n'aiment pas ça... mais on ne se refait pas !), Ungoliant semble encore plus mystérieuse, compte tenu de son rôle littéralement toxique, aux antipodes de Tom... C'est peut-être là la seule relation entre eux : celle de deux figures à l'identité incertaine, toutes deux d'une ancienneté semblable, mais pour le reste, totalement antithétiques. Voila, voila... je crois que tout y est (pour le moment du moins)... Qu'en pensez vous ? Peace and Love, B. P.S.: Yyr a signalé ailleurs qu'il préparait des fusions de fuseaux à thématique bombadilienne... J'espère que ce message ne perturbera pas son travail, mais au milieu de tout un tas d'anciens fuseaux parlant de Tom B. et ne voulant pas en rajouter avec un nouveau, il m'a semblé que le plus approprié était de poster dans ce qui me parait être le fuseau de référence. ^^ |
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Les Elfes passés à l'Ouest évoqués par Tom me semblent être les Elfes qui ont écouté la convocation des Valar à les rejoindre au Valinor : Premier Âge donc. Les paroles d'Elrond sous-entendent que Tom a voyagé dans tout l'Eriador, et que ses voyages ne se limitaient pas à la Vieille Forêt réduite en superficie telle qu'elle se présente au lecteur du SdA. Sans ses voyages, il n'aurait pas pu être connu des Hommes du Nord comme des Nains : of the Old Forest many tales have been told: all that now remains is but an outlier of its northern march. Time was when a squirrel could go from tree to tree from what is now the Shire to Dunland west of Isengard. [...] I had forgotten Bombadil, if indeed this is still the same that walked the woods and hills long ago, and even then was older than the old. [...] Iarwain Ben-adar we called him, oldest and fatherless. But many another name he has since been given by other folk: Forn by the Dwarves, Orald by Northern Men, and other names beside LotR, II.2 Il n'en reste pas moins lié à la terre d'Eriador, et à sa création : I am an Aborigine, that's what I am., the Aborigine of this land. [...] Tom was here before the River or the Trees. [...] He saw the Sun rise in the West and the Moon following, before the new order of days was made. HoME VI, p. 121
S'il était là avant la rivière, et que Baie d'Or est fille de la rivière, il y a bien eu un temps où Tom était sans Baie d'Or. Normal, Tom est le plus ancien, il n'y en a pas d'autres. J'ai des choses à faire, ajouta t’il, ma composition et mon chant, mes discours et ma promenade, et ma surveillance du pays. Tom ne peut pas toujours être dans les environs pour ouvrir les portes et les fentes des saules. Tom a sa maison à soigner, et Baie d'Or attend. SdA, I.8
Au-delà de l'esprit d'indépendance, il y a un sentiment de responsabilité qui émerge de ces propos : d'une part « la surveillance du pays » (que Tom a conscience de devoir garder d'une manière ou d'une autre, en tant que « Maitre du bois, de l'eau et de la colline ») mais aussi la personne de Baie d'Or. And now he is withdrawn into a little land, within bounds that he has set, though none can see them, waiting perhaps for a change of days, and he will not step beyond them.' LotR, II.2
Pour ma part, cet isolement est lié à sa rencontre avec Baie d'Or, dont on pourrait douter de l'existence si Frodo et ses compagnons ne l'avaient rencontrée. Eux-mêmes n'en évoquent jamais le souvenir par la suite, sinon Frodo dans sa rédaction du Livre Rouge : si on juge du caractère mystérieux d'un sujet au regard du peu qu'on en connaît, Baie d'Or est un plus grand mystère que Tom lui-même. Elle apparaît aussi dans le poème hobbit des «Aventures» ainsi que dans «Once Upon a time», mais on doit les supposer postérieurs à (et possiblement inspirés par) la rencontre avec Frodo et ses compagnons (dans le cas inverse, si les poèmes leur avaient été déjà connus, ils n'auraient pas été surpris de rencontrer Tom et Baie d'Or). Tom , quoique «sans père», reconnaît l'autorité des Puissances d'Arda (cf. Pour la gloire de ce monde, p. 53), et donc l'autorité du Père de tout. On peut toujours douter que Tom n'est pas un être créé par Ilúvatar, mais à part pour suggérer que Tom est Ilúvatar lui-même (ce que contredit sa soumission aux Valar ou la connaissance que Glorfindel a de lui), je ne vois pas en quoi cela ferait sens avec son autorité sur une région spécifique de cette création et son histoire liée à cette même région, que ce soit pour le commencement comme pour la fin, selon les paroles de Glorfindel : I think that in the end, if all else is conquered, Bombadil will fall, Last as he was First; and then Night will come LotR, II.2 Une remarque sur Ungoliant, sans que cela fasse bien avancer je crains : à l'époque du récit du Seigneur des Anneaux, Ungoliant, comme Tom, décide de réduire la voilure et de se limiter à un lieu. Mais on pourrait dire de même de beaucoup de personnages : Elrond, Galadriel, Sauron... autant de maître, Dame et seigneur qui se sont réfugiés dans leurs royaumes. S. |
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Mmm ... Je n'ai pas mes livres sous la main mais je verse au dossier que :
- La Vieille Forêt était bien plus vaste jadis, je crois ? Tom aura très bien pu parcourir bien des lieux sans la quitter ;) Yyr
PS : des questions bien sympas en tout cas, comme dans le temps :) |
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Oui, de mémoire aussi (à vérifier) la Forêt était bien vaste, du Beleriand à l'Eriador. Ceci dit Tom ne parcourait pas que les bois puisqu'il va jusqu'aux Galgals. |
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Merci beaucoup pour ta réponse détaillée, Sosryko, et merci aussi à Yyr et Silmo pour leurs propres remarques. En ce qui concerne les voyages potentiels de Tom Bombadil, j'avoue que je ne pensais pas du tout à des voyages en terres du Harad ou à Númenor, dans un contexte qui me semblerait déjà trop tardif (qu'il s'agisse du Deuxième Âge ou du Troisième), mais plutôt à une éventuelle connaissance que Tom, au Premier Âge, aurait pu avoir du Beleriand avant sa submersion, dans la mesure où cela pourrait compatible avec une exploration d'un contexte naturel que l'on peut imaginer assez proche de l'Eriador (il y a eu une certaine continuité territoriale) , la connaissance qu'avaient de lui les Hommes du Nord (supposés apparentés au Peuple de Hador) et les Nains, et la connaissance que Tom a eu lui-même des Elfes du Premier Âge. Je ne sais pas jusqu'à quel point on pourrait pousser cette hypothèse, et je ne tiens pas à forcer l'interprétation des textes, mais je me demande simplement ce qui peut relever à la fois du possible et du vraisemblable. Tom a-t-il pu aller dans des terres longtemps relativement proches de l'Eriador (ou du moins dans son « prolongement » vers l'Ouest, comme le rappellent certains amusements cartographiques du Dragon Didier) mais disparues au Troisième Âge ? Le fait que Tom connaisse les Ents renvoie sans doute au fait qu'à une époque, effectivement, si je me souviens bien, la forêt de Fangorn et la Vieille Forêt ont correspondu à une seule et même vaste forêt couvrant l'Eriador. Mais au-delà ? Y-a-t-il pu y avoir une certaine continuité sylvestre avec le Beleriand, par exemple, rendant envisageable quelque pérégrination de Tom de ce côté-là (jusqu'à la grande étendue forestière de Taur-im-Duinath à l'Ouest, voire jusqu'à la forêt de Brethil, au Nord-Ouest) ? sosryko a écrit :
Je suis d'accord avec toi, Sosryko, en particulier pour dire que Baie d'Or est peut-être en effet un plus grand mystère que Tom Bombadil. Et il est vrai également que l'on ne pas exclure que les poèmes qui parlent d'elle, non seulement soit postérieurs au témoignage supposé direct des Hobbits, mais aussi seulement possiblement inspirés par ledit témoignage. On est ici véritablement, à l'intérieur même de la subcréation, aux frontières du mythe, si j'ose dire, un peu comme avec la figure d'Atali dans la nouvelle La Fille du Géant du Gel, chez Robert E. Howard... sosryko a écrit :
Ce que tu identifies dans ton essai comme une reconnaissance de l'autorité des Puissances d'Arda par Tom (SdA, I, 8) est assez subtil : je ne sais pas si une orientation à l'Ouest de Tom renvoie particulièrement à une demande du pouvoir de relever les Hobbits de leur sommeil de mort, ou à un « simple » relèvement par Tom lui-même des Hobbits. Tom peut se réclamer d'un horizon spirituel occidental vers lequel est censé tendre la Terre du Milieu, mais a-t-il besoin de demander un pouvoir ? Je ne suis pas sûr que l'on puisse répondre à cette question, faute d'identification claire de ce qu'est Tom Bombadil. De mon point de vue, la part de doute ne consiste pas vraiment à envisager Tom comme étant Ilúvatar, a fortiori dans la mesure où les textes ne plaident effectivement guère en ce sens. Par contre, le fait que Tom soit considéré comme « sans père » peut en fait renvoyer aux limites de la subcréation, sur un plan externe comme interne. D'un point de vue externe à la subcréation, même si selon moi, comme je l'ai déjà écrit ailleurs, le Royaume de Faërie ne subsume pas au (ou sous) un « mythe vrai » renvoyant à la foi religieuse, dans la mesure où l'écrivain entend traiter d'un monde secondaire monothéiste (l'auteur a été clair sur ce point : « Ce monde est monothéiste, avec une « théologie naturelle » (It is a monotheistic world of ‘natural theology’) » [Lettres, 165, lettre à la Houghton Mifflin Company, 1955]), la question est réglée par la volonté de Tolkien : Ilúvatar est bien le « Père de tout », Tom apparaissant dès lors simplement comme étant créé dès la naissance d'Arda, et en ce sens, je suis d'accord avec Yyr pour dire que « le titre de « Sans père », le fait qu'il soit sans généalogie « humaine », ne signifie pas « incréé ». » D'un point de vue interne à la subcréation, c'est un peu différent, du moins sur un plan factuel de transmission du récit : l'histoire d'Arda n'est censée nous être connue que par le Livre Rouge et plus largement par des sources relevant de ce que Philippe Garnier a appelé les traditions textuelles des Jours anciens. Si on joue le jeu de la fiction, le qualificatif de « Sans père » peut renvoyer, d'un point de vue interne, à une perception mythique ne relevant pas forcément du monothéisme voulue explicitement d'un point de vue externe. Quelle valeur accorder à ce qualificatif si tout le monde, sans exception, est censé dépendre d'Ilúvatar quant à son existence ? Cela peut poser la question de la place effective du monothéisme en Arda d'un point de vue interne, mais aussi, d'un point de externe, cela pose parallèlement la question des limites d'un exercice totalisant en matière de subcréation, en ce sens qu'il est difficile de construire un monde fictif en se réclamant d'un système central qui, comme dans le Monde dit Primaire, ne peut pas toujours tout expliquer, a fortiori lorsqu'une oeuvre de fiction s'appuie sur une mise en abîme, en matière de sources fictives par lesquelles un récit est censé nous être transmis. Bien entendu, on peut considérer là, en quelque sorte, que « C'est le mystère de Faërie » comme on pourrait dire « C'est le mystère de la religion », mais la question ici, de toute façon, reste pour moi avant tout littéraire... Tolkien a lui-même sciemment voulu laisser une part d'ombre s'agissant de l'identité de Tom. On peut essayer d'aller dans le sens d'une intention supposée de l'auteur quant à la cohérence générale de l'œuvre (ici celle d'une subcréation conçue comme monothéiste), mais je crois que l'espace laissé au doute, fut-il peu important (même si les tolkienophiles adorent s'intéresser aux détails, il ne faut pas forcément faire du détail une finalité), peut correspondre aussi à une intention de l'auteur, laquelle, dans le cas de Bombadil, peut dès lors amener à une contradiction (relative) de la cohérence générale... mais n'est-ce pas, au fond, un « risque » assumé d'imperfection que de laisser quelque-chose d'inexpliqué au milieu d'une subcréation et d'une mythographie si sophistiquées ? Il y a bien entendu, un conflit entre la technique « littéraire » et la fascination liée à l'élaboration, en détail, d'un Âge mythique imaginaire [...]. [...] Et même dans un Âge mythique il doit y avoir des énigmes, comme il y en a toujours. Tom Bombadil en est une (intentionnelle). There is of course a clash between ‘literary’ technique, and the fascination of elaborating in detail an imaginary mythical Age [...]. [...] And even in a mythical Age there must be some enigmas, as there always are. Tom Bombadil is one (intentionally). J. R. R. Tolkien, Lettres, 144 (lettre à Naomi Mitchison, avril 1954), p. 249 (VO, p. 174). Tom peut, dès lors, apparaître comme une sorte de miroir tendu aux lecteurs, a fortiori à ceux qui sont (dans le sillage de l'auteur lui-même) les plus fascinés par l'univers de Tolkien et l'illusion de cohérence parfaitement élaborée, ce qui renvoie à la possibilité (parmi d'autres), que Tom représenterait la lectrice ou le lecteur, avec tout ce que cela comporte d'idéalisme et de faiblesse (comme dans le cas de la lectures de livres considérés comme sacrés, même aussi, heureusement, il n'est question ici que de littérature). Ainsi, Tom serait ce que vous voulez, comme j'ai déjà pu l'écrire, tout autant qu'un miroir de vous-même... Peace and Love, B. |
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Sans prétendre répondre à la question du qualificatif "Sans Père", il y a une lettre de Tolkien datant apparemment de la fin 1968 qui clarifie le rapport entre Bombadil et Treebeard : Iarwain = old-young, presumably because as far as anybody remembered he had always looked much the same: old but very vigorous [...] I do not know his [Tom Bombadil’s] origin though I might make guesses. He is best left as he is, a mystery. There are many mysteries in any closed/organized system of history/mythology [...] Eldest was the courtesy title of Treebeard as the oldest surviving Ent. The Ents claimed to be the oldest ‘speaking people’ after the Elves [illegible] until taught the art of speech by the Elves [...] They were therefore placed after the Dwarves in the Old List [...] since Dwarves had the power of speech from their awaking... Wayne Hammond & Christina Scull,"The Lord of the Rings: A Reader’s Companion", 2005, p. 128, 134, 382.
Je pense que Hyarion appréciera de voir Tolkien affirmer qu'il ne sais pas lui-même qui est Tom Bombadil, même s'il pourrait "faire des suppositions". E. |
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Sur un plan interne, que Tolkien parle d'énigme ou de mystère ne signifie en rien que l'énigme ou le mystère est insoluble. On sait que Tolkien ne souhaitait pas donner sa réponse et qu'il pensait que certains mystères ne gagnent pas à être résolus, mais je n'imagine pas que l'auteur d’«Énigmes dans l'obscurité» pense qu'une énigme n'a pas de réponse qui puisse être devinée. C'est bien son propos en 1968. |
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En vrac, d'après moi :
- Tom s'intègre dans toute une symbolique qui dépasse la seule et subtile « reconnaissance de l'autorité des Puissances d'Arda par Tom », et cette symbolique, elle, est reliée à cette autorité (et opposée à celle des Seigneurs Ténébreux) ; En fait, tout cela rejoint davantage la perspective et la discussion d'une lecture agnostique de Tom Bombadil, à laquelle je viendrai sans doute, lorsque j'aurai un moment, dans le fuseau idoine. En revanche, je serai d'accord avec l'idée que Tom puisse « apparaître comme une sorte de miroir tendu aux lecteurs ». C'est là une des fonctions éminentes de Faërie. C'est du reste ce que Sosryko a montré. Et c'est peut-être une des clefs de l'énigme ;). |
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Elendil a écrit :
Merci pour la référence, Elendil (je l'avais oublié, et elle a toute sa place dans ma bibliographie). Disons que cela fait toujours plaisir de voir, parfois, son intuition confirmée, a fortiori au milieu de discours consistant essentiellement à vous expliquer à quel point vous n'avez « pas compris » Tolkien... Les quelques éléments reçus en réponse à mes derniers propos ici tendent, hélas, à me confirmer qu'il n'y a pas vraiment de dialogue possible, puisque l'on persiste à opposer à mon modeste point de vue une lecture univoque de l'œuvre, en convoquant l'auteur comme bon cela semble suivant les circonstances. Est-il même bien utile, à cette aune, d'envisager « la discussion d'une lecture agnostique de Tom Bombadil » si le but affiché dès le départ est d'affirmer qu'une grille de lecture chrétienne (sous couvert de parler de Faërie, ou de littérature) est, au fond, la seule possible ? Je l'ai déjà écrit plusieurs fois : étant curieux et ouvert d'esprit, apprenant tous les jours, je ne cherche pas à avoir raison. Mais si vouloir « aider à percevoir » une vérité spirituelle (semble-t-il inévitablement connotée) à travers le Conte d'Arda est, au fond, même si l'on s'en défend, la seule chose qui compte dans le cadre d'un débat contradictoire sur une œuvre littéraire, est-il encore utile de discuter, ou même de partager ? Voila notamment une des raisons (une parmi bien d'autres raisons diverses et personnelles) qui m'ont souvent découragé d'aller au bout de mon travail : si c'est pour passer sempiternellement pour un « mal-comprenant » aux yeux d'interlocuteurs divisant le monde entre « étoilés » et « carnassiers », à quoi bon ? Le ton que j'emploie reste amical, mais je crois que je ne peux plus cacher à quel point je suis las... Bonne soirée à tous (et bonne observation astronomique, si cela est possible), B. |
