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Le Vinyar Tengwar 43 a enfin - joie - publié quelques écrits en Quenya du Professeur. Joyau d'entre ces joyaux la prière du Notre Père :) Une première question, qui s'adresse plus particulièrement aux experts en exégèse (suivez mon regard ;) ... les amis Sosryko & Vinyamar sont-ils dans la maison ?) : En Quenya le premier vers donne : Presque certainement il est ici fait usage d'une interjection : Átaremma = A Ataremma = 'Ô Notre Père'. En Français, en Anglais, et vraisemblablement en Latin et en Grec, si j'ai correctement interprété les versions dont je dispose, nous interpellons notre Père sans utiliser d'interjection. Les exégètes peuvent-ils nous en dire plus sur les textes d'origine de cette prière des Evangiles ? Ceux-ci ou certaines traductions ont-ils fait usage d'une interjection ? Jérôme |
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Cher Yyr, désloé de n'avoir pas vu trop vite ce message resté sans réponse. Mais je ne sais pas si Tolkien voulait prêter ce texte à ses Elfes, ou si c'était seulement un jeu pour lui que de le traduire. Question à mon tour: on trouve deux fois ëa dans cette ligne. Pourrais-tu donner la traduction littéraire la plus au ras du texte possible ? (j'attend que sosryko, véritable exégète lui, vienne donner son point de vue.) Vinyamar |
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Inutile de forcer les recherches, aucune manuscrits ne présente une interjection en ouverture du Notre Père, que ce soit en Matthieu ou en Luc (lorsque celui-ci a été corrompu par comparaison avec Mt et porte la trace ‘Notre Père’ à la place de la version courte ‘Père’). non circunscritto, ma per più amore ch'ai primi effetti di là sù tu hai, laudato sia 'l tuo nome e 'l tuo valore Vegna ver' noi la pace del tuo regno, Come del suo voler li angeli tuoi Dà oggi a noi la cotidiana manna, E come noi lo mal ch'avem sofferto Nostra virtù che di legger s'adona, Quest' ultima preghiera, segnor caro, §§§§ « Ô notre Père, qui es dans les cieux, que ton nom soit loué, et ta valeur, Que vienne à nous la paix de ton royaume, Comme tes anges te font le sacrifice Donne-nous aujourd’hui la manne quotidienne, Et comme à tous nous pardonnons le mal Notre vertu, qui succombe aisément, Cette ultime prière, Seigneur bien-aimé,
Un autre texte, attribué à Dante Alighieri et dérivant certainement du chant XI du Purgatoire est santificato sia sempre il tuo nome, e laude e grazia di ciò che ci fai. Avvenga il regno tuo, siccome pone questa orazion: tua volontà si faccia, siccome in cielo, in terra in unione. Padre, dà oggi a noi pane, e ti piaccia che ne perdoni li peccati nostri; nè cosa noi facciam che ti dispiaccia. E che noi perdoniam, tu ti dimostri esempio a noi per la tua gran virtute; acciò dal rio nemico ognun si schiostri. Divino Padre, pien d'ogni salute, ancor ci guarda dalla tentazione dell'infernal nemico e sue ferute. §§§§ O our Father, who art in heaven, *** Tolkien pouvait-il connaître Dante? En fait, il le connaissait très bien, comme nous pouvons le comprendre grâce à une lettre, en ne tenant pas compte de l’excès d’humilité du professeur. Ainsi, en 1967, Tolkien corrige les propos tenus en interview en vue de la publication d’un article [L294, 08/02/67]: My reference to Dante was outrageous. I do not seriously dream of being measured against Dante, a supreme poet. At one time Lewis and I used to read him to one another. I was for a while a member of the Oxford Dante Society (I think at the proposal of Lewis, who overestimated greatly my scholarship in Dante or Italian generally). It remains true that I found the 'pettiness' that I spoke of a sad blemish in places. Voilà, voilà ;-) et encore désolé d'avoir râté cette belle remarque! Sosryko |
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Merci Sysko pour cette brillante analyse. J'avais totalement oublié l'appartenance de T aux Amis de Dante. EJK
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Je suis un grand amateur de Star trek Deep Space 9 mais pas au point de prendre le nom du commandant Sysko ;-)) S. |
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Un grand merci à vous deux, amis Vinyamar & Sosryko ! Qu'il est agréable d'échanger autour de ce magnifique cadeau qui nous a été legué depuis 2000 ans ... et quel bel emballage cadeau confectionné par JRR Tolkien :)< @ Vinyamar : [...] Mais je ne sais pas si Tolkien voulait prêter ce texte à ses Elfes, ou si c'était seulement un jeu pour lui que de le traduire. Difficile à dire ; en tout cas merci de tes propres commentaires sur la question. NB : Si je dispose d'une version grecque du Notre Père, je n'ai pas de connaissance dans la langue pour autant [j'ai en revanche quelques petites connaissances en latin c'est tout] @ Vinyamar : Question à mon tour: on trouve deux fois ëa dans cette ligne. Pourrais-tu donner la traduction littéraire la plus au ras du texte possible ? Tolkien n'a ni traduit ni commenté sa version de l'Átaremma. Pour ce qui est du premier vers, je m'aligne pour l'instant sur l'interprétation du VT à savoir i ëa : qui existe han ëa : au-delà du Monde. eä désigne en quenya à la fois le verbe exister et l'Univers, d'après la parole d'Ilúvatar (Silm / Ainulindalë) :
et le serment de Cirion (UT / Cirion & Eorl) :
[...] Eru qui existe/demeure au dessus de tous les trônes à jamais Mais il est vrai que le second ëa ne porte pas de majuscule ... Edouard, as-tu eu le temps de te pencher sur le texte ? As-tu une opinion sur ce point ? Le mot-à-mot est peut-être i ëa han ëa : qui est/existe au-delà d'être/exister (sous-entendu d'exister comme existe ce qui a été créé par lui) ... @ Sosryko : Et toi, Yyr, qu'en dis-tu ? convaincu ? Convaincu ? Mon cher Sosryko ce fut un délice de te lire ! Oui tout à fait convaincu. Très bien vu par ailleurs pour le Père 'au-delà du monde' (cf. aussi ci-dessus en réponse à Vinyamar) ... c'était ma deuxième question à venir ;) Ha ! Ha ! Ha ! Bravo ! Je n'ai absolument rien à ajouter et Edouard a été clair : merci infiniment pour cette brillante analyse Erundil ! @ Edouard : Les elfconnors peuvent nous envier quelques french tolkiendili, non ;) ? Jérôme |
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Yyr Quand Eru dit "Eä", c'est au moment où il donne existence au monde qui n'a été que "vu" dans la vision, fruit de la Grande musique. Cette vision est, mais n'existe pas. Eru dit: que cela soit (Let it be), Eä, mais ce verbe être me semble davantage faire référence à l'existence, comme tu as toi même traduit. Dans leur langue, Tolkien définit donc Eru comme "l'existant au delà de ce qui existe". (conformément à ta traduction). C'est un peu comme s'il donnait à Eru un 'être' supérieur, un sur-être. Les Elfes "sont", Eru "sur-est". Je crois que cette conception va plus loin, bien plus loin, que le texte de Dante (dont je ne renie pas la paternité possible). Au fait, quelle est la notion de père utilisée ici par Tolkien dans "Átaremma" . Je ne retrouve rien de ce qu'on trouve dans Ben-Iarwain: qui n'a pas de père (je sais, il y a Sindarin et Quenya et d'autres, mais je ne susi pas versé dans les langues elfiques, et ce fuseau est le premier qui me donne d'entrer réellement dans une rubrique que j'ai toujours trouvée hors de ma portée :-)) ).
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>Au fait, quelle est la notion de père utilisée ici par Tolkien dans "Átaremma" . Je ne retrouve rien de ce qu'on trouve dans Ben-Iarwain: qui n'a pas de père (je sais, il y a Sindarin et Quenya et d'autres, mais je ne susi pas versé dans les langues elfiques, et ce fuseau est le premier qui me donne d'entrer réellement dans une rubrique que j'ai toujours trouvée hors de ma portée :-)) ). Le nom Tom Bombadil en sindarin est Iarwain ben-adar. C'est "ben=adar" qui veut dire "fatherless", adar = père = father = atar. Le verbe ea- en quenya signifie "exister", le verbe "être" (dans sa fonction de copule, "je suis dans le jardin") est na-. EJK |
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> Le verbe ea- en quenya signifie "exister", le verbe "être" (dans sa fonction de copule, "je suis dans le jardin") est na-. Il semble également posséder d'autres utilisations, voir la note publiée dans VT 43 p. 14 : « na preced. = 'let it be' : na aire 'be holy', aire_na 'is holy'. » Les éditeurs ajoutent : « na has also a subjunctive or imperative sense when preceding a verb, e.g. aranielya na tuluva 'thy kingdom come' (At. V-VI), na care indómelya 'thy will be done' (At. VI), na etrúna me ulcallo 'deliver us from evil' (At. I). » (comme quoi, les commentaires d'Hostetter et Cie ne sont pas toujours inintéressants !) A la vue de cela, la formule en nai + futur semble directement formée d'aprée le verbe na-. Pour ce qui est de l'interjection, elle semble être utilisée en sindarin aussi (voir le titre du Pater Noster en sindarin : Ae Adar Nín), mais je ne peux pas juger sur pièce (je n'ai pas encore commandé le dernier VT). Namárië. Toko |