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… Je me permets d’ouvrir ce fuseau afin de pouvoir discuter plus à l’aise, d’un sujet évoqué au plein milieu des commentaires concernant … les Oscars 2003… Alors… d’abord une petite compilation pour situer la question et pouvoir reprendre la discussion à l’endroit où elle a été abandonnée… Cirdan (25-03-03) a écrit :
Sosryko (25-03-03) a écrit :
Cirdan (25-03-03) a écrit :
Semprini (25-03-03) a écrit :
Ylem (25-03/03) a écrit :
Semprini a écrit :
Cirdan a écrit :
Semprini a écrit :
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Ensuite, ma tentative réponse… … à Cirdan : Maintenant, tu t’es effectivement expliqué ensuite de manière très claire sur ce que tu voulais dire, et que tu développes d’ailleurs aussi dans ton étude sur « l’imaginaire médiéval et mythologique dans l’œuvre de Tolkien » - à savoir (tu me corrigeras, je suppose, si mon interprétation est inexacte ou lacunaire), que, pour Tolkien, le cours de l’Histoire suit une courbe descendante, une sorte de « syndrome chinois », dans lequel le devenir de l’humanité s’enfonce en se dégradant progressivement. D’où ton idée que, pour Tolkien, « il n’y a pas de salut dans l’histoire », puisque son déroulement s’éloigne progressivement de l’Age d’or des origines. Toutefois, sur ce point aussi, il ne me semble pas que ce soit aussi « catégorique », disons plutôt, aussi absolu, aussi fermé… Car, dans ce cas, quelle place ferait Tolkien à l’avènement du Christ ? Je ne sais pas s’il en parle ailleurs, mais, il me semble, dans la religion chrétienne (à laquelle Tolkien était, on le sait, très attaché), le Christ amène bien le Salut aux hommes… Et il s’agit d’un événement avant tout historique – Dieu envoyant son Fils à un moment donné de l’histoire des hommes. Celui-ci s’incarnant, devenant un homme de chair et d’os, pour apporter le Salut aux hommes tant dans leur vie terrestre que dans l’au-delà. (aux forumistes férus de théologie à me contredire si je dis des bêtises !) J’ai du mal à imaginer que pour Tolkien, l’Incarnation et la Résurrection ne seraient, comme tu l’écris, Cirdan, que des promesses de Salut par delà l’Histoire. Surtout dans l’Ancien Testament mais aussi dans le Nouveau Testament, les interventions de Dieu dans la vie des hommes se succèdent – preuve, pour les chrétiens, de son intégration dans l’Histoire et donc de son souci direct du devenir des hommes. On a démontré à plusieurs reprises sur ce forum que Tolkien sous-entendait volontairement et à plusieurs reprises, l’intervention (discrète) de la divine Providence. Pourquoi interviendrait-elle, si ce n’est pour assurer le Salut des hommes ? Voilà qui m’amène aussi à la question du Progrès. L’idée de progrès n’est pas absente de l’œuvre de Tolkien. C’est très clair en ce qui concerne les personnages du Sda. Ceux-ci doivent progresser, faire grandir leur potentiel, l’enrichir par l’expérience et les relations pour appréhender leur monde avec une vision plus mûre, plus responsable, du rôle qu’il ont à y jouer. Cette vison acquise au bout du récit est meilleure que celle du départ – Il y a bien un progrès, une évolution vers un mieux. Que Tolkien s’insurgeait contre l’idée que le Progrès technologique amènerait l’humanité vers un Idéal à atteindre, ça me semble incontestable. Peut-on l’étendre à la notion de Progrès défendue par certaines philosophies ou celle qui a présidé au développement de la révolution industrielle (Tolkien se trouvait bien au milieu de ces bouleversements) ? Je n’en sais trop rien (il me faudrait pour me faire une opinion, me replonger attentivement dans celles-là et aussi approfondir ma connaissance de Tolkien !) Mais en tout cas, je ne pense pas que l’on puisse dire que Tolkien était contre le concept de progrès au sens usuel (amélioration des connaissances, capacités, amélioration d’une situation,…). Voilà pour tenter d’exprimer (ainsi que tu me le demandais, Cirdan) pourquoi ça me paraissait un peu catégorique d’affirmer sans nuances ou précisions que Tolkien « ne croit pas en l’Histoire, au Progrès et toutes ces superstitions « humanistes ». Il reste encore la dernière partie de ta phrase, « et toutes ces superstitions « humanistes » ». Ca m’intéresserait que tu puisses préciser ce que tu entends pas là.
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Cher Ylem, Merci de consacrer un fuseau pour me répondre. Je crois en effet que le sujet mérite un fuseau, même si pour l’instant je vais rester assez loin du légendaire. Ylem a écrit :
L’expression « ne pas croire en l’Histoire » me semble assez claire. On peut bien dire « je ne crois pas en l’homme » sans remettre en cause l’existence de celui-ci, non ? Il s’agit simplement d’une utilisation du verbe croire comme synonyme d’espérer. Y a-t-il un espoir à retirer des leçons du passé ? (Je suis presque sûr, à la lecture des œuvres et des lettres que Tolkien qu’il eut répondu non) Je ne voulais pas dire que l’Histoire n’est pas consubstantielle à la perception du monde.
Quitte à passer pour celui qui se contredit ou qui joue l'avocat du diable, je dirais « Après tout, qui sait ? » Je ne suis pas assez calé sur ce sujet pour affirmer quoi que ce soit, mais après tout es-tu bien certain qu’il n’y ait, par exemple, nulle part en ce bas monde quelque courant spirituel niant la mort, même en tant que porte ? (auquel cas il me semble possible de considérer la vie en dehors de toute temporalité, et donc de la notion d’histoire) ou niant l’idée d’existence de l’homme (en pensant par exemple la vie et le monde comme un rêve). Je laisse ce point, car cela nous écarterait trop de notre sujet, déjà bien large…
Je vois bien ce que tu veux dire, mais le salut terrestre, si je ne me trompe pas, c’est, par le biais de l’Incarnation et de la Résurrection, la connaissance de la vie éternelle. Aussi, ce salut ne peut être qu’individuel ; sa réalité est personnelle, elle existe dans le rapport d’un chrétien à sa foi. Petite parenthèse qui n’est pas sans rapport avec cette idée, je suis en train de lire Pierre Teilhard de Chardin (Ecrits du temps de la guerre, Hymne de l’Univers), et l’admirable énergie positive, cet amour de la vie terrestre chez un homme qui écrit ses pensées entre deux voyages dans les tranchées, voilà bien pour moi l’archétype du salut terrestre, qui ne peut naître sans une grande ferveur dans la foi. Mais ce salut là, sauf propos hérétique de ma part (les théologiens du forum pourront me corriger...:-)), ne peut être considéré comme un salut dans l’Histoire. Ce n’est pas parce qu’un homme a atteint un tel degré de plénitude salvatrice dans son rapport au monde, qu’il en va de même de tous les autres chrétiens et plus encore de la société des hommes dans son ensemble. Voilà pourquoi je crois que Tolkien refuserait cette idée d’un salut historique après la venue du Christ.
Donc, pour récapituler, je pense qu’un salut individuel existe déjà dans l’Histoire chez certains chrétiens très réceptifs au bonheur de la foi dans leur rapport au monde mais, de là à voir un salut dans l’Histoire de la société en tant que telle (c’est-à-dire l’histoire politique), non – le message chrétien, devient alors la promesse d’une société meilleure mais par-delà l’histoire du monde, et seulement pour ceux qui seront repêchés. Je persiste à penser que Tolkien ne croit pas, n’espère aucune amélioration de la société des hommes à long terme.
Nous sommes d’accord. :-)
Certes, je ne parle pas du Progrès comme concept philosophique. Je suis trop ignorant pour me risquer à prendre en compte une idée qui doit différer d’un philosophe à l’autre alors même que je n’en ai guère lu plus de trois ou quatre ! :-) Mais ici je n’évoquais pas simplement technologique pour autant. Il est évident que Tolkien ne partageait pas la conception hugolienne du Progrès. La révolution industrielle faisait assez horreur à Tolkien qui abandonna tôt la voiture, n’eut jamais de machine à laver ni de télévision. Voici un extrait de lettre de 1944,déjà citée par Cathy il y a peu, mais qui est très intéressant pour ce sujet : The bigger things get the smaller and duller or flatter the globe gets. It is getting to be all one blasted little provincial suburb. When they have introduced American sanitation, morale-pep, feminism, and mass production throughout the Near East, Middle East, Far East, U.S.S.R., the Pampas, el Gran Chaco, the Danubian Basin, Equatorial Africa, Hither Further and Inner Mumbo-land, Gondhwanaland, Lhasa, and the villages of darkest Berkshire, how happy we shall be. At any rate it ought to cut down travel. There will be nowhere to go. So people will (I opine) go all the faster. Col. Knox says ⅛ of the world's population speaks 'English', and that is the biggest language group. If true, damn shame – say I. May the curse of Babel strike all their tongues till they can only say 'baa baa'. It would mean much the same. I think I shall have to refuse to speak anything but Old Mercian. But seriously: I do find this Americo-cosmopolitanism very terrifying. Quâ mind and spirit, and neglecting the piddling fears of timid flesh which does not want to be shot or chopped by brutal and licentious soldiery (German or other), I am not really sure that its victory is going to be so much the better for the world as a whole and in the long run than the victory of —— C'est assez clair. Des propos sceptiques quant au futur. On imagine mal Tolkien pensant,à la libération que la fin de cette maudite guerre allait ouvrir les portes à un avenir radieux ou les hommes tireraient enfin les leçons de l'Histoire...
En fait ce que j’entends par là, c’est bien l’impérialisme « humaniste », celui qui veut imposer au monde la voie de ce qu’il nomme Progrès (en fait, une morale confuse et décadente) tout en ne doutant pas lui-même que sa conception de la démocratie, de la fameuse liberté de la presse, de la religion, de la sexualité, de la nutrition… ne soit peut-être pas si merveilleuses que cela, en dépit de leur modernité. N’a-t-on pas entendu il y a peu que des bombardements seront effectués avec un maximum d’ « humanité » ? Les « superstitions humanistes », même si je dois avouer que l’expression est malheureuse, c’est bien la foi dans le "Progrès" au sens ou on nous le propose, que ce soit celui de l’« american sanitation, morale-pep, feminism and mass production » ou celui d’un prolétariat universel, heureux jusqu’à la fin du monde. Cirdan (qui espère avoir à peu près répondu aux questions...) PS : Il n’est pas impossible de rattacher ce sujet au Légendaire - puisqu’on est dans cette rubrique, j’aimerais autant la respecter, aussi, j’essaierais de organiser différents exemples tirés du légendaire, pour illustrer ces propos. Cela risque malheureusement de prendre un certain temps avant de pouvoir poster ce prochain message, tant j’ai peu de temps, ces temps-ci… :-) |
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L'Histoire a-t-elle un sens ... vaste sujet et vaste problème. Je suis très heureuse, bien que je me sente toute petite par rapport à certains d'entre vous, que l'on reparte sur des sujets aussi profonds. Alrrs, l'Histoire a-t-elle un sens ( dans le sens de direction, ) ou à-t-elle un sens ( dans le sens de signification ) J'ai difficile ) voir chez Tolkien un "sens" linéaire à l'Histoire. Du début du Silmarillon jusqu'à la fin du troisième âge, je n'y vois que la répétition de chutes successives. Chutes qui, à la fin de chaque âge, sont brutalement stoppées par une défaite - provisoire - du Mal, à un renouveau, à une renaissance, passant le plus souvent par un homme ( au sens général du terme ) providentiel ( ce qui est loin de vouloir dire parfait ). Earendil et ses fils, Elendil et ses fils. Frodon, Aragorn et leurs compagnons. Mais, à chaque fois, la chute recommence, le mal revient, sous une forme ou une autre. Sera-ce également le cas après la fin de la guerre de l'anneau ? Probablement, car même si gandalf affirme à Prosper Poirredebeurré ququ'ils vont "à des temps meilleurs", Tolkien avait bien commencé une "suite" qui parlait, si je ne me trompe, d'un "retour de l'Ombre". Peut-on dans l'Histoire réelle, et non plus légendaire, parler d'un "sens de l'Histoire", d'un progrès en quelque sorte ? Je parle d'un progrès terrestre, pas d'un salut de l'Ame . On peut au travers de l'Histoire concevoir qu'il y a en effet "progrès" sur certains points ( abolition de l'esclavage notemment ). Mais le fait de considérer ce progrès, soit comme inéluctable, soit comme but à atteidre par tous les moyens, finit par dévoyer ce sens même de progrès, par aboutir à cette "tentation du Bien" qui aboutit régulièrement au mal ( j'allais dire absolu ). |
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Petite précision avant de poursuivre : il n’est pas de mon intention de nier la courbe descendante que Tolkien fait prendre à l’histoire de la Terre du Milieu, ni les aspects cycliques de cette conception ou de la structure de ses récits. Mais, dès qu’il nous semble avoir trouvé un fil indiscutable pour retisser son univers, on peut compter sur Tolkien pour en griser les contours et nous montrer que tout ne s’emboîte pas exactement comme on le pensait. D’autre part, je déteste autant l’expression « croire en l’Histoire » que « croire en l’Homme », qui de mon point de vue strictement personnel, font partie de ces paroles fourre-tout que chacun comprend à sa manière, ou ne comprend pas d’ailleurs, mais dont tout le monde use en se persuadant qu’elle contient une vérité universelle. Ces expressions véhiculent un présupposé culturel et idéologique qui ne l’est pas. Les mots « humanisme » ou « démocratie », par exemple, font, pour moi, partie de ce même paquet ainsi que nombre de concepts qu’on l’un utilise pour se donner bonne conscience, et finissent par ne plus être que des paroles creuses que l’on utilise à tort et à travers. Ils ont d’ailleurs actuellement une fâcheuse tendance à se multiplier dans les médias. (Si je lis bien entre tes lignes, Cirdan, je pense qu’on devrait être sur la même longueur d’ondes à ce sujet ?) . Mettons de côté ce « différend sémantique ». Il est clair que Tolkien ne pense pas que la marche de l’Histoire conduise automatiquement le monde vers un idéal. Mais je dirais plutôt que Tolkien n’a aucune confiance en la capacité de l’Homme à tirer parti du passé. (Formulé comme ça, je pense que nous sommes d’accord !). Ca me semble, pour ma part, assez clair dans l’histoire de Turin. L’Histoire elle-même n’est pas fautive : en « repassant les plats », elle offre à chaque fois à Turin une occasion de se sortir de son mode de fonctionnement. Or, Turin ne retient rien du passé ; à chaque fois il reproduit les mêmes erreurs, tant il est aveuglé par son orgueil et/ou sa colère. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, ça mène à la catastrophe. Ainsi, pour moi, la célèbre Malédiction n’en est pas vraiment une, sinon celle de l’Homme, incapable ou refusant de retenir les leçons du passé pour modifier sa manière d’agir et de penser. Je pense que, pour Tolkien, l’Histoire offre des ouvertures, des espaces, à l’Homme pour opérer ses choix, pour exercer sa liberté. Mais ce sont les décisions les plus « improbables » qui conduisent au Salut ou au « mieux ». En conclusion (et en renonçant à ma susceptibilité de forme !), je ne dirais donc pas que Tolkien ne croit pas en l’Histoire, puisque l’Histoire contient les potentialités nécessaires pour évoluer vers un mieux, mais plutôt qu’il ne croit pas en l’Homme ou plus précisément, qu’il ne fait pas confiance à l’Homme Mais voilà, Tolkien dans son habitude de nous dire « c’est comme ça, mais, dans le fond, si on n’y regarde bien, ce n’est peut-être pas tout à fait comme ça », laisse aussi des portes ouvertes à l’espoir d’un monde meilleur (c’est ce que tu avais repéré, Lambertine, non ?). L’Espérance n’est-elle pas un fondement de la religion catholique… Alors, démonstration par l’absurde : si Tolkien se tenait de manière absolue, « intégriste » à l’idée de la Chute de l’Histoire ou de l’Homme, « Des temps meilleurs approchent toutefois. Peut-être meilleurs qu’aucun dont vous puissiez vous souvenir. (…) Il y a de nouveau un roi, Prosper. Il tournera bientôt son attention de ce côté-ci. Alors le Chemin Vert sera rouvert, ses messagers viendront dans le Nord, il y aura des allées et venues, et les mauvaises choses seront chassées des terres incultes, et il y aura des gens et de champs dans ce qui fut le désert » Livre VI chap. VII Moi, je pense que non ! Ylem. NB1 : il est clair que je me ferai un plaisir de développer une argumentation en sens inverse à tout qui défendrait une vue exclusivement « heureuse » ou « progressiste » de l’œuvre de Tolkien ! NB2 : la notion de « Salut » ne me semble pas encore très claire… peut-être une suite pour plus tard, s’il me semble avoir l’une ou l’autre idée digne d’intérêt à ce sujet. |
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Je n'ai hélas pas le temps de me consacrer à ce fuseau comme il le mérite, Ylem, mais j'aimerais relever juste à la fin : Ylem a écrit :
Je pense qu'il y a confusion : Au sujet du Salut, le Protestantisme a défendu et défend l'idée selon laquelle l'homme est sauvé par sa Foi et elle seule, tandis que le Catholicisme dit que le Salut dépend de la Foi et des oeuvres par lesquelles elle s'exprime, mais, pas moins pour le Protestantisme que le Catholicisme, le Salut se gagne sur la Terre ! A la rigueur, c'est peut-être même le Protestantisme qui est le plus strict à ce niveau, car le Catholicisme parle de purification après la mort (dans le purgatoire, qui, sauf erreur de ma part, n'est pas accepté par les protestants). Merci à ceux qui corrigeront éventuellement mes erreurs ;) Je ne comprends pas, non plus, Or, Tolkien était bien catholique, en terre protestante. Yyr PS : Dans ces éléments taillés à coup de serpe, il faut faire exception des Calvinistes, sans doute, qui au sein des Protestants, parlent de prédestinations, donc de l'homme sauvé (ou non) par avance ... j'ignore ce que cela implique pour eux pour le Salut par rapport à la vie sur Terre. |
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… je crois qu’on ne s’est pas bien compris, Yyr. Je ne voulais pas dire que, pour la vision catholique, la vie terrestre peut être elle-même un aboutissement. Mais plutôt que, toujours du point de vue catholique, il y a un lien très fort entre l’Histoire des hommes et le Salut. Ou autrement dit que, comme tu l’écris, c’est par la Foi, mais aussi par les oeuvres – cad par les actes posés au cours de la vie terrestre – que l’Homme peut gagner son Salut dans l’Au-delà. Je continue pour expliciter mon raisonnement ! Sorry d’avance si c’est un peu schématique… Si le Salut est accessible aux hommes par la Foi, mais aussi par les œuvres, il est promis ou en tout cas favorable, à celui qui se comporte « bien » dans sa vie terrestre. Le temps passant, cette idée s’est précisée, structurée, au point qu’il s’est agit de définir ce qu’était le péché et les bonnes actions, les différentes degrés de péché (mineurs, capitaux, ceux qui sont une raison d’excommunication, etc), puis leur degré de conséquence sur la vie après la mort. Un peu comme s’il s’agissait de faire une comptabilité précise, afin de savoir si, compte tenu de ce qu’on avait fait ou non, on serait sauvé. Le raisonnement a fini par être conduit jusqu’à l’absurde, quand on a même pensé que l’on pouvait acheter, parfois moyennant monnaie sonnante et trébuchante, des « remises » de fautes ou des années de moins au « Purgatoire ». C’est la fameuse pratique des indulgences. (Je sais, c’est sans doute très schématique – il y de nombreuses nuances que je suis bien incapable de faire, n’étant pas du tout spécialiste de la théologie catholique ou protestante. Il n’empêche que je n’invente rien non plus – c’est le type d’infos que l’on peut trouver dans la plupart des encyclopédies et des ouvrages généraux historiques). J’en termine donc : mon raisonnement était le suivant : il me paraît un peu étrange qu’un catholique convaincu comme l’était Tolkien (et qui devait d’autant plus argumenter qu’il vivait en pays protestant), pourrait penser qu’il n’y a de Salut qu’en dehors de l’Histoire – alors cette idée serait essentiellement protestante (*). Voilà. J’espère avoir répondu de manière suffisamment claire à ton interrogation :-) (*) A moins de considérer, qu’en effet, Tolkien, tout catholique qu’il était, comptait d’importantes influences protestantes. Mais bon, je ne continue pas sur ce thème. On en avait déjà discuté sur un autre fuseau où, si je me souviens bien, mon idée dans ce sens avait été amplement rejetée. |
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Juste un message pour vous dire à vous, Ylem, Yyr, Lambertine et Cirdan, que ce fuseau est passionnant ! Bravo à vous et merci :) Amicalement |
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Ylem a écrit :
Je vois, en effet :) La question n'est donc pas le découplage Salut/Vie Terrestre mais Salut/Histoire. OK, j'ai raccorché les wagons :) Quoi qu'il en soit, je ne pense pas que le Protestantisme rompe plus que le Catholicisme le lien Salut/Histoire (s'il existe), du moins au travers des éléments qui ont été exposés ici. Ceux qui ont été amenés en faveur d'un lien : l'Incarnation et les révélations successives, valent autant pour une confession que pour l'autre. De même, les éléments qui ont été donnés ici et qui tendent à considérer le Salut uniquement sous l'angle de l'histoire personnelle de chacun valent, m'est avis, autant pour les protestants que pour les catholiques. J'ai mis "(s'il existe)" car j'ai du mal à trancher entre Laurent et toi ... je réfléchis ; mais c'est sûr que les lumières de Vinyamar et Sosryko seraient les bienvenues ... ;) En passant, la distinction qui pourrait être faite entre les deux confessions en lien avec le sujet, est peut-être celle, de la Communion des Saints et de l'Intercession des Saints (qui intègrent le crédo des catholiques mais pas celui des protestants) : Les deux sous-tendent une participation et une édification communes vers le Salut, mais la question reste entière de savoir si cela implique éventuellement un lien Salut/Histoire ... Yyr |
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quelques ébauches de précisions ... |
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Lothiriel a écrit :
D'abord un grand merci pour cette synthèse, Lothiriel, bien faite et très lisible ! C'est un plaisir (un seul détail : je ne suis pas sûr que les protestants et les catholiques s'accordent sur la Communion des Saints et toute idée, d'ailleurs, de salut "collectif", mais j'avoue n'en avoir qu'une impression ; aucune connaissance définitive ...). Il y a bien en Arda un thème qui répond au salut dont tu parles, celui de la Guérison d'Arda. Arda a été créée Alahasta, c'est-à-dire Arda Saine, pure de toute souillure et de tout mal, mais Melkor l'a corrompue et elle devenue Hastaina, Arda Blessée, par le mal et la souffrance. Les traditions des Eldar comme des Edain parlent, dans ce contexte, de la Guérison d'Arda, accomplie par Eru, et Ses filles et Ses fils (c-à-d. Ses Enfants qui font Sa volonté), qui devra l'amener à un nouvel état Envinyanta, Arda Guérie, régénérée, pure de tout mal, mais plus grande qu'Alahasta à cause du chemin parcouru depuis lors. Cet état ultime sera atteint à la Fin (Arda Envinyanta est sans doute associée à la Seconde Musique ... à ce niveau j'ai égaré mes références ...). [HOME X] Arda Guérie se situe bien en dehors du Temps, éternelle et indestructible, dans la plupart des évocations (somme toute assez limitées ) qui en sont faites. Question de lecture ou de relecture j'imagine, cette notion de guérison / salut m'apparaît personnellement très bien dans le SdA : le coeur et les actions investis par les hérauts des Peuples Libres sont autant d'actes de don de soi, d'espérance, de réconciliation ... et donc de guérison, qui préfigurent ou participent à la Guérison d'Arda (dont Eru seul peut provoquer l'avènement, bien sûr) Yyr |
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Yyr a écrit :
j'ai un doute aussi, j'ai farfouillé avant de poster sans trouver de certitude. merci pour les précisions sur la guérison d'Arda, je ne connaissais pas cette idée (je n'ai pas lu HoME, je sais, c'est pô bien). |
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Ayant été absent quelques temps, je me dois, pour intervenir, de remonter à l’origine de ce fuseau (et pardon si j’enfonce des portes qui, depuis, ont été ouvertes)… A) Une définition faible du salut et de l’histoire : la Machine Si on se limite à la définition ‘faible’ de « salut », au sens de ‘recouvrer un état heureux’, et si par « Histoire » on comprend le Progrès Technique, alors, définitivement, Laurent a raison de dire que Tolkien « ne croit pas en l’Histoire » car ce dernier opposait radicalement les deux notions. A.1) Quel « progrès » ? Tolkien ne pouvait espérer en une société occidentale qui n’avait su éviter la Seconde Guerre Mondiale, qui l’avait achevé dans l’horreur, sans compassion ni respects pour les vaincus, à l’instar d’une armée d’Orcs, une société qui ne se rendait pas compte que cette guerre laissait tout le monde plus pauvre et qu’il n’y avait aucun vainqueur si ce n’est les Machines qui allaient désormais imposer leur loi à leurs « serviteurs » humains : I have just heard the news..... Russians 60 miles from Berlin. It does look as if something decisive might happen soon. The appalling destruction and misery of this war mount hourly : destruction of what should be (indeed is) the common wealth of Europe, and the world, if mankind were not so besotted, wealth the loss of which will affect us all, victors or not. Yet people gloat to hear of the endless lines, 40 miles long, of miserable refugees, women and children pouring West, dying on the way. There seem no bowels of mercy or compassion, no imagination, left in this dark diabolic hour. By which I do not mean that it may not all, in the present situation, mainly (not solely) created by Germany, be necessary and inevitable. But why gloat! We were supposed to have reached a stage of civilization in which it might still be necessary to execute a criminal, but not to gloat, or to hang his wife and child by him while the orc-crowd hooted. The destruction of Germany, be it 100 times merited, is one of the most appalling world-catastrophes. […] Well the first War of the Machines seems to be drawing to its final inconclusive chapter – leaving, alas, everyone the poorer, many bereaved or maimed and millions dead, and only one thing triumphant: the Machines. As the servants of the Machines are becoming a privileged class, the Machines are going to be enormously more powerful. What's their next move? L96, 1945 Il est évident que Tolkien considérait qu’à la suite de la Seconde Guerre Mondiale (la première Guerre des Machines), le monde était entré dans un « âge sombre » et « diabolique » : [The failure of Frodo] arose naturally from my 'plot' conceived in main outline in 1936. I did not foresee that before the tale was published we should enter a dark age in which the technique of torture and disruption of personality would rival that of Mordor and the Ring and present us with the practical problem of honest men of good will broken down into apostates and traitors. L181, 1956 in this evil time when daily people of good will are tortured, 'brainwashed', and broken L192, 1956 Suite à ce changement d’époque, l’enseignement même est devenu source de corruption des esprits : those of (apparently at any rate) higher intelligence that have been corrupted and disintegrated by school, and the 'climate' of our present days. L314, 1969 Ces jours sombres deviennent des jours tristes, en territoire ennemi et corrompu, lorsque Tolkien se retrouve seul, sans la femme aimée à ses côtés : In 1904 we (H[ilary] & I) had the sudden miraculous experience of Fr Francis' love and care and humour – and only 5 years later (the equiv. of 20 years experience in later life) I met the Lúthien Tinúviel of my own personal 'romance' with her long dark hair, fair face and starry eyes, and beautiful voice. And in 1934 she was still with me, and her beautiful children. But now she has gone before Beren, leaving him indeed one-handed, but he has no power to move the inexorable Mandos, and there is no Dor Gyrth i chuinar, the Land of the Dead that Live, in this Fallen Kingdom of Arda, where the servants of Morgoth are worshipped ... L332, 1972
Où donc avait eu lieu le mauvais choix ? Quelle avait-été l’erreur fatale de toute une civilisation ? You can make the Ring into an allegory of our own time, if you like: an allegory of the inevitable fate that waits for all attempts to defeat evil power by power. L109, 1947 Cette course s’est poursuivie après la guerre, elle s’est traduite par « mécanisation » qui flatte l’égo des nations, qui ne repose pourtant sur aucune réflexion honnête, qui corrompt les esprits et les mène à l’« esclavage » : I am not a 'democrat' only because 'humility' and equality are spiritual principles corrupted by the attempt to mechanize and formalize them, with the result that we get not universal smallness and humility, but universal greatness and pride, till some Orc gets hold of a ring of power – and then we get and are getting slavery. L186, 1956 Il n’est pas étonnant qu’on retrouve ces thèmes dans la mythologie tolkienienne tant le monde contemporain de Tolkien ressemble dans sa barbare course au Pouvoir à celui de Morgoth : But in the next year, ere the winter was come, Morgoth sent great strength over Hithlum and Nevrast, and they came down the rivers Brithon and Nenning and ravaged all the Falas, and besieged the walls of Brithombar and Eglarest. Smiths and miners and makers of fire they brought with them, and they set up great engines; and valiantly though they were resisted they broke the walls at last. Then the Havens were laid in ruin, and the tower of Barad Nimras cast down; and the most part of Círdan's people were slain or enslaved. Silm, p.196/QS.20 Au point que le monde Primaire est décrit avec les termes de la Terre-du-Milieu ; là où il y a décadence de la création secondaire à la création originale, c’est qu’en ce « Royaume Déchu d’Arda » on ne trouve aucun Elfes, mais seulement des « serviteurs du Mordor », des « anneaux de pouvoir » et des « Orcs » auxquels ressemblent de plus en plus les hommes d’aujourd’hui : […] the Orcs – who are fundamentally a race of 'rational incarnate' creatures, though horribly corrupted, if no more so than many Men to be met today. L153, 1954 Tolkien n’est pas dupe de l’époque dans laquelle il vit ; malgré le progrès technique, elle demeure soumise à de véritables Orcs, aux « tyrants » séducteurs et « Seigneurs du mensonge » ; ainsi est-il a moitié amusé a moitié dévasté de découvrir « ce vieux meurtrier assoiffé de sang de Joseph Staline inviter toutes les nations à former une heureuse familles d’amis dévoués à l’abolition de la tyrannie et de l’intolérance ! » [L53, 1943] Au cours de la Guerre des Machines Tolkien anticipait non seulement la corruption par les machines mais également la « mondialisation », comprendre l’américanisation des esprits ; comme Laurent le relevait en citant une autre lettre que la suivante, cette homogénéisation des cultures et des langues l’insupportait au possible : But I suppose the one certain result of it all [la Seconde Guerre Mondiale gagnée par les Alliés menés par les « Big Folk », [les Américains] is a further growth in the great standardised amalgamations with their mass-produced notions and emotions. L77, 1944 Bien entendu, Tolkien, à la suite de ce paragraphe pouvait écrire : « There still lies some hope that, at least in our beloved land of England, propaganda defeats itself, and event produces the opposite effect. » Mais cet espoir, on le sait désormais, n’était qu’un vœu pieu qui n’aura pas été exaucé. A.2) Tolkien et la Machine En 1951, Tolkien expliquait que l’objet principal de son œuvre de fiction était une réflexion sur « la Chute, la Mort et la Machine » (« Anyway all this stuff is mainly concerned with Fall, Mortality, and the Machine. »). Il interprétait tout de suite pour le dernier terme de la sorte : the Machine (or Magic). By the last I intend all use of external plans or devices (apparatus) instead of development of the inherent inner powers or talents — or even the use of these talents with the corrupted motive of dominating: bulldozing the real world, or coercing other wills. L131, 1951 7 ans années auparavant, effectivement, une autre lettre traduisait cette interrogation devant le besoin, le « désir » de « pouvoir/puissance » de l’homme sur le Monde : There is the tragedy and despair of all machinery laid bare. Unlike art which is content to create a new secondary world in the mind, it attempts to actualize desire, and so to create power in this World; and that cannot really be done with any real satisfaction. Labour-saving machinery only creates endless and worse labour. And in addition to this fundamental disability of a creature, is added the Fall, which makes our devices not only fail of their desire but turn to new and horrible evil. So we come inevitably from Daedalus and Icarus to the Giant Bomber. It is not an advance in wisdom! This terrible truth, glimpsed long ago by Sam Butler, sticks out so plainly and is so horrifyingly exhibited in our time, with its even worse menace for the future, that it seems almost a world wide mental disease that only a tiny minority perceive it. Even if people have ever heard the legends (which is getting rarer) they have no inkling of their portent. How could a maker of motorbikes name his product Ixion cycles! Ixion, who was bound for ever in hell on a perpetually revolving wheel! Well, I have got over 2 thousand words onto this little flimsy airletter; and I will forgive the Mordor-gadgets some of their sins, if they will bring it quickly to you ... L75, 1944
Ce « désir » débridé (par la « Chute ») d’imposer sa domination sur le Monde (= « monde réel » et « esprits ») ne peut conduire qu’à un « enfer » sur terre, l’humanité étant petit à petit touchée dans son esprit (« mental disease ») et donc son Salut (« sins ») par ces « gadgets du Mordor » qui créent un besoin perpetuel (« endless », « bound for ever […] on a perpetually revolving wheel ») de nouveauté, de surenchère de puissance (« actualize[d] desire »). A.3) La Machine et la Technique
Il est très intéressant de remarquer combien la pensée de Tolkien sur son siècle et son jugement du Progrès coïncide avec la vision tout aussi prophétique qu’en avait Jacques Ellul (homme de droit, philosophe, théologien, …). la proposition selon laquelle « en définitive Hitler a bien gagné la guerre » figure déjà chez Ellul en 1945, et elle n'a rien d'une affirmation de circonstances puisqu'elle sera réitérée tout au long de son œuvre. « Le modèle nazi s'est répandu dans le monde entier ». Qu'est-ce à dire sinon que le vaincu a littéralement corrompu le vainqueur ? Que pour vaincre le régime hitlérien, les démocraties se sont moralement condamnées en voulant combattre le mal par le mal, autrement dit en s'engageant sans réserve dans le culte de la puissance technicienne. Et l'on aborde ici l'essentiel de sa pensée : la technique, c'est à dire la recherche du moyen absolument le plus efficace dans tous les domaines, constitue la clé de notre modernité. En substance, l'homme croit se servir de la Technique et c'est lui qui la sert. L'homme moderne est devenu l'instrument de ses instruments, pour parler comme Bernanos. Le moyen s'est transformé en fin, la nécessité s'est érigée en vertu, la culture technicienne ne tolère aucune extériorité.
D’autres propos (trouvés dans une traduction anglaise ; Ellul est plus respecté aux Etats-Unis qu’en France, « nul n’est prophète en son pays ») méritent d’être relevés : The term technique, as I use it, does not mean machines, technology, or this or that procedure for attaining an end. In our technological society, technique is the totality of methods rationally arrived at and having absolute efficiency (for a given stage of development) in every field of human activity. Les avertissements d'Ellul sont sans ambiguïté [là] : "Il y a une erreur à éviter, ce serait de croire que la technique serait un objet, et que, par rapport à elle l'homme serait le sujet " (ST p. 100). Parmi les idées reçues qu'il pourfend dans son Exégèse des Nouveaux Lieux Communs, il y a celle qui consiste à croire que "la machine est un objet neutre dont l'homme est le maître" [ENLC p.223]. C'est là pour lui, il ne cessera de le dire dans chacun de ses livres, "une formule de signification nulle, parfaitement absurde" [Le Bluff Technologique, p.383]. Ainsi, pour Ellul comme pour Tolkien :
Des décennies après ces annonces, Jacques Ellul confiait au journal "Le Monde", en 1981: « Je décris un monde sans issue, avec la conviction que Dieu accompagne l'homme dans toute son histoire. » Sosryko PS : Suite (j'espère...) in B) L'origine maléfique de la Machine. |
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Un grand merci, Sosryko, pour ce post et les liens extrêmement intéressants. Ylem – qui guettera la suite promise ;-) Note : je persiste cependant dans ma conviction qu’il est indispensable pour une compréhension la plus profonde possible, de distinguer « sens de l’Histoire » (direction et signification) de « l’Histoire » elle-même. |
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Encore une fois... Bravo! C. |
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B) L’origine maléfique de la Machine B.1) Le Mauvais Incarné, le Mal Désincarné Le Nouveau Testament donne une description lucide et terrible du monde dans lequel l’homme évolue : Or nous, nous n’avons pas reçu l’esprit du Monde, mais l’Esprit qui vient de Dieu, afin de savoir ce que Dieu nous a donné par grâce. car tout ce qui est dans le monde, la convoitise de la chair, la convoitise des yeux et l’orgueil de la vie, ne vient pas du Père, mais vient du Monde. 1 Co 2:12, 1 Jn 2:16
Sans vouloir vous assommer de références, on comprend bien à la lecture des deux versets ci-dessus que le « Monde » n’est pas la Terre physique (le monde) mais qu’il est tout ce qui se tient éloigné de Dieu. Il est donc en opposition avec le Royaume de Dieu (cf. partie C), et, pour notre propos, à associer avec la notion d’Histoire. Nous savons que nous sommes de Dieu, et que le monde entier est au pouvoir du Malin. / gît sous l’empire du Mauvais. (TOB) Vous, petits enfants, vous êtes de Dieu, et vous avez vaincu les faux prophètes, car celui qui est en vous est plus grand que celui qui est dans le monde. […] vous marchiez autrefois selon le cours de ce monde, selon le prince de la puissance de l’air, cet esprit qui agit maintenant dans les fils de la rébellion. / cet Esprit qui poursuit son oeuvre en ceux qui résistent (JER) 1 Jn 5:19, 1 Jn 4:4, Eph 2:2 « Le prince de la puissance de l’air » ou bien « Le prince de ce monde » [Jn 12:31, 14:30, 16:11], voilà l’ennemi invisible qui veut exercer son pouvoir sur les volontés et les cœurs des hommes. Et à ennemi invisible correspond un combat invisible, spirituel : Car nous n‘avons pas à lutter contre la chair et le sang, mais contre les principautés, contre les pouvoirs, contre les dominateurs des ténèbres d’ici-bas, contre les esprits du mal dans les lieux célestes. » Eph 6:12 Ces citations nombreuses pour comprendre les affirmations terribles de Tolkien (Laurent avait déjà relevée la première, plus haut) : Actually I am a Christian, and indeed a Roman Catholic, so that I do not expect 'history' to be anything but a 'long defeat' – though it contains (and in a legend may contain more clearly and movingly) some samples or glimpses of final victory. L195, 1956 ou bien : This is a fallen world. The dislocation of sex-instinct is one of the chief symptoms of the Fall. The world has been 'going to the bad' all down the ages. The various social forms shift, and each new mode has its special dangers: but the 'hard spirit of concupiscence' has walked down every street, and sat leering in every house, since Adam fell. L43, 1941 ou encore : the whole human race (as each individual) is free not to rise again but to go to perdition and carry out the Fall to its bitter bottom (as each individual can singulariter). L96, 1945
Ces « esprits du mal » et ce « Monde » qui rejettent Dieu, Tolkien ne les a pas inventés lorsqu’il les dénonce dans ses lettres (« the world or the evil spirit » [L96, 1945]) : ce sont des notions bibliques et on peut dire que, pour Tolkien, la Machine est la manifestation planétaire de ces puissances spirituelles qui influencent le monde, et donc l’Histoire. The Enemy in successive forms is always 'naturally' concerned with sheer Domination, and so the Lord of magic and machines; but the problem : that this frightful evil can and does arise from an apparently good root, the desire to benefit the world and others — speedily and according to the benefactor's own plans — is a recurrent motive. L131, 1951 Then Fingon the valiant, son of Fingolfin, resolved to heal the feud that divided the Noldor, before their Enemy should be ready for war; for the earth trembled in the Northlands with the thunder of the forges of Morgoth underground. Silm, p.109/QS.13 Thus Beleriand in the south had a semblance of peace again for a few brief years; but the forges of Angband were full of labour. Silm, p.160/QS.18 For they came to the seat of Morgoth in his nethermost hall that was upheld by horror, lit by fire, and filled with weapons of death and torment. Silm, p.180/QS.19 Plus tard, Sauron, s’il n’en a pas été l’instigateur, fut le facteur déclencheur de la Seconde Chute des Hommes en faisant naître en l’homme ce « désir de pouvoir sans limite » et cette soif d’imposer « la seule domniation de sa volonté »: Great was the anger of Ar-Pharazôn at these tidings, and as he pondered long in secret, his heart was filled with the desire of power unbounded and the sole dominion of his will […] Therefore he began in that time to smithy great hoard of weapons Silm, p.270/Akallabêth Et Sauron aurait eut la victoire s’il avait pu entraîner, par l’influence de l’Anneau, Elrond ou Galadriel dans une escalade de puissance et de technologique militaire : In any case Elrond or Galadriel would have proceeded in the policy now adopted by Sauron: they would have built up an empire with great and absolutely subservient generals and armies and engines of war, until they could challenge Sauron and destroy him by force. L246, 1963 Là apparaît un point essentiel pour Tolkien et la foi chrétienne : le libre arbitre, la liberté de choisir entre le Bien et le Mal avant qu’il ne soit trop tard, avant de s’être trop avancé sur « le chemin spacieux qui mène à la perdition » [Mt 7:13].
« Garde ton coeur plus que toute autre chose, Car de lui viennent les sources de la vie » disent les Proverbes [Pr 4:23], et Tolkien est conscient du combat invisible, du danger insidieux, au départ souvent anodin, qui se trouve en l’homme. Quel est le but du Mal ? la destruction, destruction du monde (cf. Ainulindalë), destruction des hommes, mieux, la corruption des hommes, cette corruption qui les éloigne les uns des autres et de Dieu, qui les pousse à se détruire entre eux, les distrayant de leur véritable ennemi et les emporte dans les ténèbres : Great was the triumph of Morgoth, and his design was accomplished in a manner after his own heart; for Men took the lives of Men, and betrayed the Eldar, and fear and hatred were aroused among those that should have been united against him. Silm, p.195/QS.20 Encore une fois une description biblique et malheureusement récurrente dans l’Histoire : père contre fils et fils contre père, mère contre fille et fille contre mère, belle-mère contre belle-fille et belle-fille contre belle-mère. Le frère livrera son frère à la mort, et le père son enfant, les enfants se soulèveront contre leurs parents et les feront mourir. Et ce sera pour beaucoup une occasion de chute, ils se trahiront, se haïront les uns les autres. ne faisons pas comme Caïn, qui était du Malin et qui égorgea son frère. Et pourquoi l’égorgea-t-il? Parce que ses œuvres étaient mauvaises, et que celles de son frère étaient justes. Lc 12:53, Mt 10:21, Mt 24:10, 1 Jn 3:12 Le légendaire montre que l’illusion tentatrice de Domination peut être évitée, non seulement par l’individu mais par toute une nation ; seulement il faut qu’elle recherche « la paix » en priorité : For the Dúnedain became mighty in crafts, so that if they had had the mind they could easily have surpassed the evil kings of Middle-earth in the making of war and the forging of weapons; but they were become men of peace. Silm, p.262/Akallabêth Spirituellement parlant, c’est rechercher le Règne/Royaume de Dieu avant d’imposer son propre Règne/Pouvoir : Car le royaume de Dieu, c’est non pas le manger ni le boire, mais la justice, la paix et la joie, par le Saint-Esprit. Ro 14:17 Mais où peut donc aller le Monde alors qu’il est manifeste que son Histoire n’a rien à envier aux mythes de Tolkien qui décrivent des amoncellement d’armes, et une si grande soif de puissance dans les cœurs corrompus des hommes ? alors que les « hommes de paix » sont en nombre inférieur devant ceux qui veulent embraser les forêt et abreuver la terre du sang des frères ? Où peut aller ce jeu du « pouvoir contre le pouvoir », des « Hommes prenant le vie (d’autres) Hommes » ? Tolkien est surpris lui-même, et le monde entier avec lui, par la réponse : l’ampleur de la Chute ne semble pas avoir de limite dans la déchéance et l’horreur : The news today about 'Atomic bombs' is so horrifying one is stunned. The utter folly of these lunatic physicists to consent to do such work for war-purposes: calmly plotting the destruction of the world! Such explosives in men's hands, while their moral and intellectual status is declining, is about as useful as giving out firearms to all inmates of a gaol and then saying that you hope 'this will ensure peace'. […] Well we're in God's hands. But He does not look kindly on Babel-builders. L102, 1945 L’Histoire est bien une « longue défaite » ; l’Ennemi est le Mal (le Péché avec ses effets [L153, 1954 ]) qui ronge le cœur des hommes ; des hommes pour qui, plus le Temps avance, plus l’Histoire se déroule, et plus « leur condition morale et intellectuelle décline ». Heureusement le croyant n’est pas seul dans ce Monde : il a l’assurance que quoiqu’il arrive il est « dans les mains de Dieu ». Sosryko PS : à suivre : B.2) Dieu demeure souverain ; à venir : C) Salut de l'Homme : une définition forte du salut et de l'histoire PPS : merci Ylem, merci Laurent :-)) |
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Whaa ! Quel plaisir ! ! ! Bravo et merci :) NB : C'est du pinaillage, et l'on pourra en rediscuter à l'occasion (car il ne s'agit pas de rompre le fil de ton passionnant exposé) ; tu parles en A) de "course au pouvoir de Morgoth" : je crois qu'il sera plus à propos de comparer nos propres courses au pouvoir à celles de Sauron, Saruman ... elles ont en commun de tout sacrifier pour obtenir le pouvoir pour lui-même, et le fait d'en disposer, parfois même pour de "justes" motivations - ah ah ah ne développons pas ici :). Pour Morgoth, j'ai le sentiment que ces courses au pouvoir et "machinisations", qu'il entretient à dessein chez ses serviteurs, ne sont pas sa véritable fin, mais les moyens les plus terrible pour parvenir à celle, ultime, de la négation d'Eru et de Son dessein pour Ses Enfants. Comme le dit Tolkien, Morgoth est un nihiliste. Le Mal Absolu ? |
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Va falloir que je relise tout cela à tête reposée pour tout comprendre ;-), mais pour le moment, j'en reste sans voix, ou si peu... Vinch' |
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B.2) Dieu demeure Souverain
Donc l’Histoire, du moment que Dieu n’intervient pas, ne peut pas aller vers une fin bonne, au contraire, l’homme, abandonné à lui-même, ne peut conduire l’humanité et le monde que de déchéance en déchéance. Tolkien revient sur cette notion d’autorité autorisant son interventionnisme dans une autre lettre : But the One retains all ultimate authority, and (or so it seems as viewed in serial time) reserves the right to intrude the finger of God into the story: that is to produce realities which could not be deduced even from a complete knowledge of the previous past, but which being real become part of the effective past for all subsequent time (a possible definition of a 'miracle'). » L181, 1956 La pensée est typiquement chrétienne puisque la Bible présente Dieu comme le Seigneur « des temps et des moments » ([1Th 5 :1]) ; c’est Lui qui les « fixe de sa propre autorité » ([Ac 1 :7]). Alors, entre chaque intervention divine « du doigt de Dieu » ([Ex 8:19 ; Lc 11:20] =) dans la toile du Temps (pour juger ou pour sauver), se déploient des temps particuliers, des « âges » dirait Tolkien, où Dieu laisse aux nations qui écrivent l’Histoire toutes libertés parmi lesquelles celle de s’approcher de lui ; ce sont les temps de l’ignorance ([Ac 17:30]), de la promesse ([Ac 7:17]), du désert ([Ac 7:23]), de l’exil ([Dn 9:2]), les temps des nations ([Lc 21 :4]) … Mais l’intervention finale, qui éradiquera le Mal qui ronge la Terre et le cœur des hommes avide de pouvoir, n’aura lieu que lorsque l’Histoire de ce mal sera achevée : « The real theme for me is about something much more permanent and difficult: Death and Immortality: the mystery of the love of the world in the hearts of a race 'doomed' to leave and seemingly lose it; the anguish in the hearts of a race 'doomed' not to leave it, until its whole evil-aroused story is complete. » L186, 1956
Comment comprendre l’Histoire désormais, puisque tant que Dieu n’intervient pas, elle ne peut aller vers aucun « chemin élevé » mais ne peut que se précipiter vers un « fond amer » ? If we ask why God included us in his Design, we can really say no more than because He Did. L310, 1969 Et la bonne part pour l’homme embarqué dans l’Histoire en marche, quelque sombre et terrible qu’elle puisse être, consiste à placer sa confiance en Dieu : […] mercy does sometimes occur in this life. L192, 1956 We are in God's hands. Our lot has fallen on evil days: but that cannot be by mere ill chance. Take care of yourself in all due ways (aequam serva mentem, comprime linguam) ... L61, 1944 Cette dernière citation latine (« garde un esprit calme, et retiens ta langue ») rappelle l’attitude pleine d’espérance du psalmiste ou du prophète : Oui, c’est vers Dieu que mon âme (se tourne) en silence; De lui vient mon salut. Il est bon d’attendre en silence le salut de l’Éternel. Ps 62:2 ; Lm 3:26 Tolkien était extrêmement attaché à cette attitude de confiance à l’égard de Dieu, cette certitude qu’il est Bon et que « tout concourt au bien de ce qui aiment Dieu, de ceux qui sont appelés selon son dessein » [Ro 8:28] ; bien mieux : il ne me semble pas exagéré d’y voir un des fondements, si ce n’est le fondement,de sa foi : trust in Eru the Lord everlasting, that he is good, and that his works shall all end in good. HX, p.245 En attendant ce « bien » à venir, à la « fin des Temps », les hommes doivent faire face à la Machine et au Péché. Or, vis-à-vis du Péché, Tolkien a un discours radical ; nul homme ne peut résister au « pouvoir du Mal » : But one must face the fact: the power of Evil in the world is not finally resistible by incarnate creatures, however 'good' ; and the Writer of the Story is not one of us. L191, 1956 Ce discours n’est pas éloigné de celui de Paul dans l’épître aux Romains : […] par un seul homme le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort, et qu’ainsi la mort a passé sur tous les hommes, parce que tous ont péché […] Car il n’y a pas de distinction: tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu; et ils sont gratuitement justifiés par sa grâce, par le moyen de la rédemption qui est dans le Christ-Jésus. Ro 5:12 ; Ro 3:23-24
Dans les deux cas, la « rédemption », cette « résistance » au Mal qui vient au secours des « créatures incarnées » « privées de la Gloire de Dieu » pour les remplir d’espérance est du seul fait de Dieu, l’ « Écrivain de l’Histoire », « Celui qui a été manifesté en chair » ([1Tm 3:16]), en Jésus-Christ, Dieu fait homme, Dieu qui vient dans l’Histoire, dans le « Drame » des hommes. Finrod, however, sees now that, as things were, no created thing or being in Arda, or in all Eä, was powerful enough to counteract or heal Evil: that is to subdue Melkor (in his present person, reduced though that was) and the Evil that he had dissipated and sent out from himself into the very structure of the world. Only Eru himself could do this. Therefore, since it was unthinkable that Eru would abandon the world to the ultimate triumph and domination of Melkor (which could mean its ruin and reduction to chaos), Eru Himself must at some time come to oppose Melkor. But Eru could not enter wholly into the world and its history, which is, however great, only a finite Drama. He must as Author always remain 'outside' the Drama, even though that Drama depends on His design and His will for its beginning and continuance, in every detail and moment. Finrod therefore thinks that He will, when He comes, have to be both 'outside' and inside; and so he glimpses the possibility of complexity or of distinctions in the nature of Eru, which nonetheless leaves Him 'The One'. […] that is to an imaginative guess or vision that Eru would come incarnated in human form. HX, p.334-335 Ce texte nous permet d’aller plus loin dans la théologie, orthodoxe encore une fois, de Tolkien : le « Drame » qui se joue n’a, en fin de compte, qu’un seul « Auteur » et l’Histoire des Hommes « dépend de Son dessein et de Sa volonté quant à son commencement et à son déroulement, en chacun de ses détails et de ses moments ». Les lettres de Tolkien confirme que cette affirmation du légendaire est partie intégrante de la foi de Tolkien : au-delà du simple groupe des croyants, le monde entier est « dans les mains de Dieu » ; c’est là le véritable sens de l’expression utilisée dans les lettre 102 et 61 ci-dessus. Oui, le croyant doit être assuré que Dieu, souverain, guide sa vie, quand bien même le chemin terrestre qu’il lui demande d’emprunter n’est pas un chemin de tout repos : But there is still some hope that things may be better for us, even on the temporal plane, in the mercy of God. L64, 1944 My dear old Geoffrey, […]I have thought much of things since – most of them incommunicable thoughts until God brings us together again if it be only for a space. L5, 1916 Your grandmother […] for she was a gifted lady of great beauty and wit, greatly stricken by God with grief and suffering L44, 1941 Et oui, Dieu veille également sur les nations entières, les bénissant ou les maudissant. Ainsi Dieu peut éprouver la nation allemande qu’il abandonne à « un homme inspiré par un démon dévastateur et fou » : People in this land seem not even yet to realize that in the Germans we have enemies whose virtues (and they are virtues) of obedience and patriotism are greater than ours in the mass. Whose brave men are just about as brave as ours. Whose industry is about 10 times greater. And who are – under the curse of God – now led by a man inspired by a mad, whirlwind, devil: a typhoon, a passion: that makes the poor old Kaiser look like an old woman knitting. L45, 1941
L’écrivain et prophète biblique présente également Dieu comme l’Auteur de l’Histoire, au sens de celui qui conduit toutes choses, les tolère, les laisse faire, ou, au contraire, les fait cesser lorsqu’elles sont parvenu à « leur comble » ([Gn15:16, Ez 21:29, 35:5, 1Th 2:16]). That Sauron was not himself destroyed in the anger of the One is not my fault: the problem of evil, and its apparent toleration, is a permanent one for all who concern themselves with our world. L211, 1958 Ce qui est certain, c’est que Dieu est bon (« he is good »), à la fois Juge et maître des Temps et des circonstances (cf. « in every detail and moment » [HX, p.334-335/ Athrabeth] ), aussi, s’« Il a fait que toutes les nations humaines, issues d’un seul (homme) habitent sur toute la face de la terre, il a [également] déterminé les temps fixés pour eux et les bornes de leur demeure » ([Ac 17:26])
Et parmi les « temps fixés », se trouve annoncé la chute de tous les tyrants, image de la « vistoire finale » sur le Péché et la Mort. Car le Mal est destiné à disparaître, par nature. Tolkien croit cela et le traduit dans son légandaire par des incarnations du Mal qui provoquent leur propre perte. Thus too, as oft was seen, the evil of Melkor was turned against him; for the swords of the Gnomes did him more hurt than anything under the gods upon this Earth. HX, p.188 But he [= Morgoth] that sows lies in the end shall not lack of a harvest, and soon he may rest from toil indeed, while others reap and sow in his stead. HX, p.95/AAm§95 Et il en est de même pour Sauron : And in his thought which deceived him, for the liar shall lie unto himself, he believed that over the Children he might hold absolute sway and be unto them sole lord and master, as he could not be to spirits of his own kind, however subservient to himself. HX, p.379 [Sauron] probably deluded himself with the notion that the Valar (including Melkor) having failed, Eru had simply abandoned Eä, or at any rate Arda, and would not concern himself with it any more. HX, p.397 [l’ennemi] est très sagace, et il pèse toute chose avec précision dans la balance de sa malice. Mais la seule mesure qu’il connaisse est le désir, le désir du pouvoir, et c’est ainsi qu’il juge tous les cœurs. Dans le sien n’entrera jamais la pensée que quiconque puisse refuser ce pouvoir, qu’ayant l’Anneau, nous puissions chercher à le détruire. Si c’est notre but, nous déjouerons ses calculs. SdA, p.298 Ainsi, le Mauvais contient la cause même de sa perte ; le diable travaille contre lui-même, incapable d’imaginer les motivations de Dieu, puisque incapable d’aimer ou de faire don de soi : Mais chacun est tenté, parce que sa propre convoitise l’attire et le séduit. (BJ : « le leurre ») Le SEIGNEUR s’est fait connaître, il a rendu la sentence, il prend le méchant à son propre piège. Jc 1:14 ; Ps 9:16b (9:17b) Vérité biblique qui permettait à Tolkien de dire à son fils : All we do know, and that to a large extent by direct experience, is that evil labours with vast power and perpetual success – in vain: preparing always only the soil for unexpected good to sprout in. L64, 1944
Voilà un des fondements de l’espérance du chrétien : le « vaste pouvoir » du Mal, s’il nous impressionne par ses « succés incessants » est « vain » ! Alors que « les œuvres [de Dieu] conduiront au Bien », ce « Bien inespéré qui germera » d’un « sol » actuellement meutri par « le Mal qui œuvre ».
Sosryko
PS : rah, ces vacances! la majorité est à se dorer au soleil, et ceux qui restent non seulement ne sont pas foule mais sont "sans voix" ;-)) |
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@ Yyr : je ne parlais pas vraiment de la "course au pouvoir de Morgoth"; et si je traçais le parallèle entre "notre monde contemporain" ressemblant au "monde de Morgoth" c'est parce que la Machine est apparue dans le légendaire de Tolkien au temps de Morgoth et sous son initiative. |
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Effectivement :-((( |
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Sos. a écrit :
Oups :) Au temps pour moi : j'ai lu que la _course au pouvoir_ dans notre monde ressemblait à celle de Morgoth, alors que tu as bien écrit que, dans sa course au pouvoir, notre _monde_ ressemblait à celui de Morgoth. Désolé, et tout à fait d'accord ;) Heu ... mais au fait :) je suis tout de même dubitatif quand tu dis que Morgoth ou Sauron seraient aujourd'hui bien dépassés : Les orcs, oui, sans aucun doute. Sauron, peut-être, ou alors il réussirait très vite à faire encore pire, à l'aide de ces nouveaux "moyens" ... Quant à Morgoth, pourquoi en parler au conditionnel ? Il est ce "mal dans le coeur de l'homme" (ou plus exactement celui qui le sème) plus à craindre que Sauron lui-même, comme tu le dis justement. Et j'ai plutôt l'impression que c'est lui qui nous dépasse, riant sous cape en tirant les fils de ses marionnettes (ayant rompu celui, de liberté, qui les relie à Dieu), ayant magnifiquement réussi à remplacer dans le coeur de bien des hommes Dieu par le Néant, la Confiance par la peur, et l'Amour des autres par la sécurité et les intérêts nationaux. Cf. la citation que tu donnes de l'Akallabêth ; je ne peux m'empêcher de dire à la lumière des événements actuels : Où sont les Dúnedain aujourd'hui ? ... Yyr PS : Qui te suit à 100% dans ce B) et qui est bien en peine de formuler beaucoup de critiques :) :) :) tellement on s'y retrouve ;) |
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Merci Yyr :-)) sinon, tu as entièrement raison, j'y suis allé un peu loin en sous-estimant ainsi Melkor/Morgoth...emporté que j'ai été par l'assurance de la vanité de ses oeuvres ;-) |
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la suite ;-), mais pas encore la fin; au programme : une présentation de quelques notions chrétiennes dans un dialogue avec les Lettres et les écrits de Tolkien, même si le légendaire est peu utilisé aujourd'hui. C) Salut de l'homme, Salut d'Arda C.1) une définition forte du Salut et de l'histoire
Si on adopte enfin la définition 'forte' du salut, la définition religieuse, celle que le Petit Robert (avec Semprini ;-)) donne comme étant un état de " Félicité éternelle ", je suis obligé de prendre une position intermédiaire entre celle de Laurent et celle de Ylem : oui, le Salut est hors de l'Histoire et pourtant, oui, il appartient à l'Histoire, car le Salut est dans le Temps et hors du Temps.
Ainsi, le chrétien est un être qui vit dans le Monde ("Comme tu m'as envoyé dans le monde, moi aussi je les ai envoyés dans le monde. " [Jn 17:18]), parce qu'il doit témoigner, être une "lettre vivante", mais il doit également se tenir hors du Monde, parce qu'il doit préserver son âme, se sanctifier, "n'étant pas/plus de ce monde" (" Ils ne sont pas du monde, comme moi, je ne suis pas du monde. " [Jn 17:16]) Car, je vous le dis, je ne la mangerai plus, jusqu'à ce qu'elle soit accomplie dans le royaume de Dieu. [...] Lc 22:16.18
Ce Royaume de Dieu (ou Règne de Dieu, le mot grec permet les deux lectures) ne s'intègre dans notre Temps, dans notre Histoire (cette Histoire précédant la manifestation de Dieu) que dans le seul cœur des hommes " nés d'en haut/de nouveau " (" En vérité, en vérité, je te le dis : si un homme ne naît de nouveau il ne peut voir le royaume de Dieu. " [Jn 3 :3] ; " Car voyez, le royaume de Dieu est au-dedans de vous. " [Luc 17:21b]) Ar-Pharazôn [...] was filled with the desire of power unbounded and the sole dominion of his will Silm, p.270/Akallabêth alors que le second est lié, chez Tolkien, au Royaume Béni, " the Blessed Realm ", ce royaume où s'exerce l'autorité sage et légitime de Manwë ; hors le Royaume par excellence du légendaire de Tolkien est devenu mythique au sein même du mythe ! En effet, il est désormais inaccessible suite à la rébellion d'hommes dominateurs qui l'ont contraint à disparaître du monde physique : the Blessed Realm removed for ever from the circles of the physical world. Thereafter one could sail right round the world and never find it. L156, 1954 Ainsi, l'homme de bien ([L156]) dans les mythes de Tolkien est semblable au chrétien qui peut dire : Car nous n'avons pas ici de cité permanente, mais nous cherchons celle qui est à venir. Hé 13:14 En adoptant un définition identique à celle du bonheur selon Jules Renard, nous pourrions dire que " Le Royaume de Dieu, c'est de le chercher " (cf. [Mt 6:33] " Cherchez premièrement son royaume et sa justice, et tout cela vous sera donné par-dessus "), sachant qu'à celui qui aura persévéré, il lui sera donné d'y entrer : Il y a là une preuve du juste jugement de Dieu, afin que vous soyez rendus dignes du royaume de Dieu, pour lequel vous souffrez. 2Thess 1:5 Le Royaume de Dieu est donc intimement lié au Salut qui, lui aussi, est à la fois donné et à venir ; en effet, d'une part le Salut est donné dans l'Histoire du Monde avec la venue de Jésus : Jésus lui dit: 'Aujourd'hui le salut est venu pour cette maison, parce que celui-ci est aussi un fils d'Abraham'. Lc 19:9 et, par la suite, Paul annoncera que quiconque se tourne vers Jésus reçoit immédiatement le salut : Nous vous en supplions au nom de Christ : Soyez réconciliés avec Dieu ! Celui qui n'a pas connu le péché, il l'a fait (devenir) péché pour nous, afin que nous devenions en lui justice de Dieu. Car il dit: Au temps favorable je t'ai exaucé, Au jour du salut je t'ai secouru. Voici maintenant le temps vraiment favorable, voici maintenant le jour du salut. 2Co 5:20-21 ; 2Co 6:2 Mais d'autre part, il n'en reste pas moins vrai qu'il faut combattre spirituellement pour conserver ce salut reçu lors de la conversion pour qu'il devienne effectif après la mort, dans l'éternité : Vous serez haïs de tous à cause de mon nom; mais celui qui persévérera jusqu'à la fin sera sauvé. D'autant que vous savez en quel temps nous sommes : c'est l'heure de vous réveiller enfin du sommeil, car maintenant le salut est plus près de nous que lorsque nous avons cru. Mt 10:22 ; Ro 13:11 Dans d'autres textes, apparaît la notion complémentaire du Salut qui est la Vie éternelle. Là encore, puisque " Dieu nous a donné la Vie éternelle " ([1Jn 5:11]), les croyants la possèdent par la foi : Cela, je vous l'ai écrit, afin que vous sachiez que vous avez la vie éternelle, vous qui croyez au nom du Fils de Dieu. 1 Jean 5:13 Toutefois, d'autres passages nous rappellent qu'elle ne deviendra complètement manifeste et définitive que dans " le siècle à venir " ([Lc 18:30]), et qu'il faut, pour en " hériter " ([Mc 10:17 et //]), demeurer fidèle pour être trouvé dans un état de cœur digne de la recevoir : Maintenez-vous dans l'amour de Dieu, en attendant la miséricorde de notre Seigneur Jésus-Christ pour la vie éternelle. Jude 1:21 Ainsi, le Dieu éternel, le " roi des siècles " ([1Ti 1:17; Ps 145:13]) en créant l'homme à son image, a mis dans son cœur la " pensée de l'éternité " ([Ec 3:11]). Par l'incarnation, il s'est abaissé jusqu'à nous dans le temps, pour nous amener à partager avec lui " la Vie, pour l'éternité " ([Ps 133:3]). La prière du croyant est donc qu'il le conduise ainsi sur " le chemin d'éternité " ([Ps 139:24]) et le reçoive par sa grâce dans son " royaume éternel " ([2Pi 1:11]).
Dans notre présentation est apparue la personne essentielle, lien entre le Ciel et la Terre, entre Dieu et l'Histoire des hommes, Jésus, sans qui la foi chrétienne n'a pas de sens. Car le salaire du péché, c'est la mort; mais le don gratuit de Dieu, c'est la vie éternelle en Jésus Christ, notre Seigneur. Il n'y a donc, maintenant, plus aucune condamnation pour ceux qui sont en Jésus Christ. avec lui, il nous a ressuscités et fait asseoir dans les lieux célestes, en Jésus Christ. Ro 6:23 ; Ro 8:1 ; Eph 2:6
Tolkien est conscient de ce grand " mystère " : l'irruption de " l'Incarnation de Dieu " ([L181, 1956]) dans l'Histoire pour guérir, sauver et remplir d'espérance. [...] the love of the Father and the Son (who are infinite and equal) [...] L89, 1944 It takes a fantastic will to unbelief to suppose that Jesus never really 'happened', and more to suppose that he did not say the things recorded of him - so incapable of being 'invented' by anyone in the world at that time : such as 'before Abraham came to be Iam' (John viii). 'He that hath seen me hath seen the Father' (John ix); or the promulgation of the Blessed Sacrament in John v: 'He that eateth my flesh and drinketh my blood hath eternal life'. L250, p.338, 1963 Now I pray for you all, unceasingly, that the Healer (the Hælend as the Saviour was usually called in Old English) shall heal my defects [...] L250, 1963
Jésus est donc la source du Salut pour le chrétien ; mais le salut d'hier - tout comme le salut de mon prochain, ne sera jamais mon salut aujourd'hui (" aujourd'hui est le jour du salut ", " maintenant [...] pour ceux qui sont en Jésus-Christ ") et ne pourra être assurance du Salut à venir que sous réserve que je veille sur mon cœur, que je garde la foi (" J'ai combattu le bon combat, j'ai achevé la course, j'ai gardé la foi. " [Pr 4:23]; [2 Tm 4:7]) Remember your guardian angel. [...] But of course do not grow weary of facing God, in your free right and strength [...]. If you cannot achieve inward peace, and it is given to few to do so (least of all to me) in tribulation, do not forget that the aspiration for it is not a vanity, but a concrete act. I am sorry to talk like this, and so haltingly. But I can do no more for you dearest. ... L54, 1944 But the act of will of faith is not a single moment of final decision : it is a permanent indefinitely repeated act > state which must go on - so we pray for 'final perseverance'. The temptation to 'unbelief (which really means rejection of Our Lord and His claims) is always there within us. L250, 1963 And you were so special a gift to me, in a time of sorrow and mental suffering, and your love, opening at once almost as soon as you were born, foretold to me, as it were in spoken words, that I am consoled ever by the certainty that there is no end to this. Probable under God that we shall meet again, 'in hale and in unity', before very long, dearest, and certain that we have some special bond to last beyond this life - subject of course always to the mystery of free will, by which either of us could throw away 'salvation'. In which case God would arrange matters differently! ... L64, 1944 Ainsi, à la "victoire finale" ([L195]) de Dieu doit correspondre "la persévérance finale" ([L250]) de l'homme pour que la fin de l'Histoire soit synonyme de Vie éternelle.
En attendant cette Fin, les chrétiens, disciples de Christ, savent que " les jours sont mauvais " ([Eph 5:16]), mais, loin d'y voir une raison pour se retirer dans une quelconque attente passive qui consisterait à laisser l'Histoire avancer inexorablement, il y trouvent l'occasion de " mettre à profit le temps présent " ([Eph 5:16]), se disant : " tant que nous disposons de temps, travaillons pour le bien de tous " ([Ga 6:10]). Tolkien, à plusieurs reprises, a désigné les périodes qu'il a vécu, qui l'ont précédé et qui l'attendaient comme des " âges sombres " " dans un monde maléfique " (" in an evil world " [L64, 1944]) : We were born in a dark age out of due time (for us). L52, 1943 As in the former dark age L79, 1944 we should enter a dark age L181, 1956 Et si je n'ai pas trouvé, dans les écrit de Tolkien, une référence explicite à ce désir de voir se réaliser la fin de l'Histoire, véritable cri d'espérance des premiers chrétiens (" Marana tha " [1Co 16:22] = " Viens ! Seigneur " [Ap 22:21]), en maintes occasions apparaît dans ses lettres sa vie de prière, preuve qu'il avait conscience du besoin de se tenir " éveillé " pour " faire face au mal ", que ce mal soit " historique " : And though we need all our natural human courage and guts (the vast sum of human courage and endurance is stupendous, isn't it?) and all our religious faith to face the evil that may befall us (as it befalls others, if God wills) still we may pray and hope. I do. L64, 1944 Ou que ce mal soit " existentiel " ( Cf. " Veillez et priez afin de ne pas tomber au pouvoir de la tentation " [Mc 14:38]) : we pray for 'final perseverance'. The temptation to 'unbelief' (which really means rejection of Our Lord and His claims) is always there within us. L250, 1963 Toutefois, rien ne serait plus faux que de penser que la foi de Tolkien était une foi triste, minée par les troubles du monde et de l'histoire ; Tolkien se souvenait de l'invitation de Paul aux Éphésiens : " entretenez-vous par des psaumes, des hymnes et des cantiques spirituels; chantez et célébrez le Seigneur de tout votre cœur " [Eph 5:19] et, appliquant cette règle de vie spirituelle, il pouvait transmettre ce conseil, en temps de guerre, à l'adresse de son fils : If you don't do so already, make a habit of the 'praises'. I use them much (in Latin): the Gloria Patri, the Gloria in Excelsis, the Laudate Dominum; the Laudate Pueri Dominum (of which I am specially fond), one of the Sunday psalms; and the Magnificat; also the Litany of Loretto (with the prayer Sub tuum praesidium). If you have these by heart you never need for words of joy. L54, 1944 Sosryko
PS : C2) le Règne des Hommes - C3) la Victoire Finale |
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Bravo et merci à toi Sosryko pour cet extraordinaire travail ! J'attend avec impatience le dernier chapitre pour imprimer tout cela et le relire avec toute l'attention qu'un tel document mérite :) Amicalement |
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C.2) Le Règne des Hommes. Dans son légendaire, Tolkien présente l’histoire du Seigneur des Anneaux comme « le ‘mythe’ qui devient Histoire ou Domination des Hommes » tout en annonçant que sa fin n’inaugurait pas un monde de « félicité éternelle » mais annonçait simplement le notre avec son retour de « l’Ombre », image d’un Mal toujours plus pervers et d’apparence vertueuse jusqu’à la « grande Fin » : But they were still living on the borders of myth – or rather this story exhibits 'myth' passing into History or the Dominion of Men; for of course the Shadow will arise again in a sense (as is clearly foretold by Gandalf), but never again (unless it be before the great End) will an evil daemon be incarnate as a physical enemy; he will direct Men and all the complications of half-evils, and defective-goods, and the twilights of doubt as to sides, such situations as he most loves (you can see them already arising in the War of the Ring, which is by no means so clear cut an issue as some critics have averred): those will be and are our more difficult fate. L156, 1954 La suite du passage de cette lettre est également intéressante car elle permet de comprendre comment les mythes développés dans le monde légendaire de Tolkien peuvent servir pour illustrer sa foi et son regard sur notre monde (et inversement) : But if you imagine people in such a mythical state, in which Evil is largely incarnate, and in which physical resistance to it is a major act of loyalty to God, I think you would have the 'good people' in just such a state: concentrated on the negative: the resistance to the false, while 'truth' remained more historical and philosophical than religious. L156, 1954 On pourrait pourtant douter que Tolkien connotait négativement cette période qui ouvre l’Histoire et qu’il appelle la « Domination des Hommes ». Mais comment en serait-il autrement puisque dès le Second Âge a lieu la « Seconde Chute » des Hommes, chute dans laquelle il distingue trois stades : There are three phases in their fall from grace. First acquiescence, obedience that is free and willing, though without complete understanding. Then for long they obey unwillingly, murmuring more and more openly. Finally they rebel – and a rift appears between the King's men and rebels, and the small minority of persecuted Faithful. L131, 1951 Intéressant est le commentaire de Tolkien sur le second stade : In the second stage, the days of Pride and Glory and grudging of the Ban, they begin to seek wealth rather than bliss. The desire to escape death produced a cult of the dead, and they lavished wealth and an on tombs and memorials. They now made settlements on the west-shores, but these became rather strongholds and 'factories' of lords seeking wealth, and the Númenóreans became tax-gatherers carrying off over the sea evermore and more goods in their great ships. The Númenóreans began the forging of arms and engines. L131, 1951 L’éloignement des hommes de Dieu les a conduit à remplir le vide de leur âme par l’accumulation de richesses, une fuite en avant dans le matérialisme ; et ce n’est pas un hasard si ce besoin d’amasser toujours plus aboutit à envisager la guerre, soit pour défendre ses richesses (discours justificatif) soit pour prendre par la force les richesses du voisin (conséquence inévitable de l’accumulation de richesses et de puissance). On retrouve ce « mécanisme » dans le texte même du Silmarillion : But for all this Death did not depart from the land, rather it came sooner and more often, and in many dreadful guises. For whereas aforetime men had grown slowly old, and had laid them down in the end to sleep, when they were weary at last of the world, now madness and sickness assailed them; and yet they were afraid to die and go out into the dark, the realm of the lord that they had taken; and they cursed themselves in their agony. And men took weapons in those days and slew one another for little cause; for they were become quick to anger, and Sauron, or those whom he had bound to himself, went about the land setting man against man, so that the people murmured against the King and the lords, or against any that had aught that they had not; and the men of power took cruel revenge. Silm, p.274/Akallabêth Cette critique du matérialisme, conséquence du rejet de Dieu pour se laisser diriger par le « matérialisme scientifique » ([L96]), non seulement pousse « l’homme contre l’homme », faisant du « conseil de Sauron » un triomphe digne du « triomphe de Morgoth » (Cf. B1, [Mt 10:21]), mais rappelle également la critique des prophètes à l’encontre de Babylone : parce que toutes les nations ont bu du vin de la fureur de son inconduite; que les rois de la terre se sont livrés à l’inconduite avec [Babylone], et que les marchands de la terre se sont enrichis par la puissance de son luxe. Alors un ange puissant prit une pierre semblable à une grande meule, et il la jeta à la mer, en disant: Ainsi sera précipitée avec violence Babylone, la grande ville, et on ne la trouvera plus. (…) Car tes marchands étaient les grands de la terre, toutes les nations ont été séduites par tes sortilèges Ap 18:3, 18:21.23b On retrouve Babylone, « la grande ville », l’orgueilleuse Babel, symbole du Monde qui s’oppose à Dieu. Une symbolique qui n’avait pas échappée ni à Ellul (« Babylone est non seulement signe de toutes les villes, mais aussi du monde. » dans Sans feu ni lieu, p.121), ni à Tolkien qui était attaché à cette image : Well we're in God's hands. But He does not look kindly on Babel-builders. L102, 1945 Au point qu’on peut se demander s’il n’avait pas alors à l’esprit, lui qui écrivait que Dieu pouvait « maudire » une nation ([L45]), la parole de Jérémie : Babylone était dans la main de l’Éternel une coupe d’or, Qui enivrait toute la terre; Les nations ont bu de son vin: C’est pourquoi les nations ont déraisonné. Jr 51:7 En ces temps troublés où les « Big Folk » ([L77]) et la mentalité de la Machine ont « asservi » les nations et envahi la terre pour la transformer en une vaste et unique ville, Babel, pour des raisons officielles (liberté et démocratie) qui ne le dupent pas, Tolkien, plutôt que de se laisser séduire par les illusions d’un discours progressiste, aurait tendance à se souvenir des mots de l’Ecclésiaste : Ce qui a été, c’est ce qui sera, et ce qui s’est fait, c’est ce qui se fera, il n’y a rien de nouveau sous le soleil. Ec 1:9 A small knowledge of history depresses one with the sense of the everlasting mass and weight of human iniquity: old, old, dreary, endless repetitive unchanging incurable wickedness. All towns, all villages, all habitations of men — sinks! And at the same time one knows that there is always good: much more hidden, much less clearly discerned, seldom breaking out into recognizable, visible, beauties of word or deed or face – not even when in fact sanctity, far greater than the visible advertised wickedness, is really there. But I fear that in the individual lives of all but a few, the balance is debit – we do so little that is positive good, even if we negatively avoid what is actively evil. It must be terrible to be a priest! ... L69, 1944
Si cette Histoire, ce Règne des Hommes sont tellement sombres, pourquoi durent-ils si longtemps ? Sosryko
And examining my conscience I had to confess that – as one who has worked alone in a corner and only had the criticism of a few like-minded friends – I was moved greatly by the desire to hear from a fresh mind whether my labour had any wider value, or was just a fruitless private hobby. ;-) L123, 05.02.1950 |
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Pour ma part ( en tant qu' athée ), le texte ( Silm, p274/Akallabêth )est moins une critique du materialisme que d' une de ses habituelles perversions: un classique " capitalisme sauvage ", et de la soif de pouvoir qui le sous-tend ! I have just heard the news......Russians 60 miles from Berlin. It does look as if something decisive might happen soon. The appalling destruction and misery of this war mount hourly: destruction of that should be ( indeed is ) the common wealth of Europe, and the world, if mankind were not so besotted, wealth the loss of which will affect us all, victors or not. Yet people gloat to hear of the endless lines, 40 miles long, of miserable refugees, women and children pouring West, dying on the way. There seem no bowels of mercy or compassion, no imagination left in this dark diabolic hour. By which I do not mean that it may not all, in the present situation, mainly ( not solely ) created by Germany, be necessary and inevitable But why gloat ! We are supposed to have reached a stage of civilization in which it might still be necessary to execute a criminal, but not to gloat, or to hang his wife and child by him, while the orc-crod hooted The destruction of Germany, be it 100 times merited, is one of the most appalling world- catastrophes. Well, well - you and I can do nothing about it. And that shd, be a measure of the amount of guilt that can justly be assumed to attach to any member of a country who is not a member of its actual Government. Well the first War of the Machines seems to be drawing to its final inconclusive chapter - leaving, alas, everyone the poorer, many bereaved or maimed and millions dead, and only one thing triumphant: the Machines. As the servants of the Machines are becoming a privileged class, the Machines are going to be enormously more powerful. What ' s their next move ?
Un beau condensé de la pensée du vieux prof...Isn' t ?! |
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…Absolument d'accord avec toi, TB (= voilà un beau condensé de la pensée du prof) puisqu'il s'agit du tout premier texte que je cite en A1), donc (beaucoup) plus haut que [Silm, p.274], pour introduire la notion de "Machine" ! ! :-))
Quant à la « confusion politique », si, à tout prix, on veut y revenir…elle est parfaitement volontaire ! Sosryko PS : un Tolkien qui, à l'époque de cette dernière lettre citée (30/01/45), vient juste d'avoir 53 ans, il est professeur depuis 20 ans (1924) et le sera encore pendant 14 ans...soyons généreux, ne le taxons pas d'être déjà, en 1945, un "vieux prof" ;-) |
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C.3) La victoire finale Semprini a écrit :
Oui, Tolkien croit en une fin de l’histoire, doublement même : il croit en une fin de l’histoire qui « le rapproche du salut », mais également en un but de l’histoire, autrement dit en une histoire du Salut, conduite par Dieu « notre Sauveur, qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité. » [1 Tm 2:3-4]
L’Histoire, dans cette conception du salut, devient le lieu et la durée où la patience de Dieu s’exerce, le lieu où le temps s’écoule, entre l’expulsion d’un Paradis suite à la Chute, et le jour de la manifestation du Créateur (« One God Creator » = [HX,p.330]), à la fois Juge (« One Judge » = [L86, p.97]) et Sauveur (« Saviour » [L250, p.340]). C’est pourquoi ne jugez de rien avant le temps, avant la venue du Seigneur, qui mettra en lumière ce qui est caché dans les ténèbres, et qui manifestera les desseins des cœurs. Alors la louange de chacun viendra de la part de Dieu. 1Co 4:5
Si « l’avènement du jour de Dieu » ([2P 3:12]), qui verra l’établissement « de nouveaux cieux et une nouvelle terre où la justice habitera » (v.13), peut sembler tarder, c’est que Dieu « use de patience envers [les hommes] » (v.9), Dieu pour qui « un jour est comme mille ans et mille ans sont comme un jour » (v.8), Dieu dont la « patience » est source de « salut » (v.15), car « il ne veut pas qu’aucun périsse, mais (il veut) que tous arrivent à la repentance. » (v.9) There is a place called 'heaven' where the good here unfinished is completed; and where the stories unwritten, and the hopes unfulfilled, are continued. L45, 1941
Laurent écrivait qu’il avait « du mal à concevoir la "victoire finale" selon Tolkien comme un fait historique. » C’est que, selon lui, cette « victoire finale » est hors du Temps, hors de la « temporalité qu'impliquait la Chute par le biais de la mort. » (a) premièrement, pour Tolkien, l’Histoire ne commence pas avec la Chute puisqu’il adopte une lecture semi-historique du Jardin d’Eden : But partly as a development of my own thought on my lines and work (technical and literary), partly in contact with C.S.L., and in various ways not least the firm guiding hand of Alma Mater Ecclesia, I do not now feel either ashamed or dubious on the Eden 'myth'. It has not, of course, historicity of the same kind as the NT, which are virtually contemporary documents, while Genesis is separated by we do not know how many sad exiled generations from the Fall, but certainly there was an Eden on this very unhappy earth. We all long for it, and we are constantly glimpsing it: our whole nature at its best and least corrupted, its gentlest and most humane, is still soaked with the sense of 'exile'. […] As far as we can go back the nobler pan of the human mind is filled with the thoughts of sibb, peace and goodwill, and with the thought of its loss. L96, 1945 (b) De plus, à la suite de ce passage, Tolkien adopte une lecture tout aussi semi-historique du « millenium » : Still I think there will be a 'millenium', the prophesied thousand-year rule of the Saints, i.e. those who have for all their imperfections never finally bowed heart and will to the world or the evil spirit (in modern but not universal terms: mechanism, 'scientific' materialism. Socialism in either of its factions now at war). L96, 1945 Ces lectures littérales, chez Tolkien, de l’Eden comme du millenium, sont tout à fait cohérentes avec cette affirmation de foi : His words are always to be understood litterally. L250, 1963 De ce fait, nous ne devrions pas avoir de « mal à concevoir la "victoire finale" selon Tolkien comme un fait historique. » Une « victoire finale » marque à la fois l’achèvement de l’histoire de ce monde et le début du « monde à venir » ([Mc 10:30, Ep 1:21, He 2:5, …]), car Tolkien est assuré que le Paradis perdu n’est que « l’ombre des choses à venir » ([Col 2:17]) pour celui qui marche sur le « chemin de la repentance » : We shall never recover [Eden], for that is not the way of repentance, which works spirally and not in a closed circle; we may recover something like it, but on a higher plane. (…) Of course, I suppose that, subject to the permission of God, the whole human race (as each individual) is free not to rise again but to go to perdition and carry out the Fall to its bitter bottom (as each individual can singulariter). And at certain periods, the present is notably one, that seems not only a likely event but imminent. L96, 1945 Ce « chemin de la repentance » dont parle Tolkien repose finalement sur un choix de l’homme comme de l’humanité pour s’élever ou s’abaisser et trouve son prolongement dans les remarques de Lamorte ou de Cullman à propos de la vision biblique du Temps : L’expression symbolique du temps biblique est une conception linéaire ascendante, car la ligne qui part de la création a son but situé... en Dieu A. Lamorte, Le Problème du Temps dans le Prophétisme biblique, Beatenberg, 1960, p. 108, et passim [Ce but] imprime à l’ensemble de l’histoire, qui se réalise tout au long de cette ligne, un mouvement d’élévation vers lui. O. Cullmann, Christ et le Temps, Delachaux, 1947 Pour filer l’image de Tolkien, Le Temps de l’Histoire, qu’elle soit individuelle, collective, nationale ou mondiale n’est pas un « cercle » mais une « spirale ». Un Temps toutefois qui n’a pas la même valeur pour chacun, une spirale qui n’a pas le même sens pour tout le monde. Une certitude : que cette spirale soit ascendante (la spirale de la « repentance » qui conduit à un « plan plus élevé ») ou bien descendante (la spirale de la « Chute » qui « conduit à la perdition »), cette spirale, tel l’escalier d’une ziggourat spirituelle, conduit l’humanité vers sa fin (la rencontre avec le Dieu Créateur [L153, L310]), et le croyant vers son but (la rencontre avec son Sauveur [L250,1963])
Mais revenons au caractère « historique » de la « victoire finale ». Men will also 'fade', if it proves to be the plan that things shall still go on, when they have completed their function. But even the Elves had the notion that this would not be so: that the end of Men would somehow be bound up with the end of history, or as they called it 'Arda Marred' (Arda Sahta), and the achievement of 'Arda Healed' (Arda Envinyanta). (They do not seem to have been clear or precise - how should they be! - whether Arda Envinyanta was a permanent state of achievement, which could therefore only be enjoyed 'outside Time', as it were: surveying the Tale as an englobed whole; or a state of unmarred bliss within Time and in a 'place' that was in some sense a lineal and historical descent of our world or 'Arda Marred'. They seem often to have meant both. […]) HX, p.405/MythsT.VII, voir également HX, p.251-252 S’il reste vague sur la situation d’Arda Envinyanta (= Arda Healed # Arda Unmarred [HX, p.251]) une remarque dans ses lettres pourrait faire pencher vers la seconde hypothèse : en [/, 1963], Tolkien écrit que Frodo est parti pour « Arda Unmarred » pour guérir de blessures qui ne peuvent être guéries « sur terre, ou dans le Temps » : 'Alas! there are some wounds that cannot be wholly cured', said Gandalf (III 268) – not in Middle-earth. Frodo was sent or allowed to pass over Sea to heal him – if that could be done, before he died. He would have eventually to 'pass away': no mortal could, or can, abide for ever on earth, or within Time. So he went both to a purgatory and to a reward, for a while: a period of reflection and peace and a gaining of a truer understanding of his position in littleness and in greatness, spent still in Time amid the natural beauty of 'Arda Unmarred', the Earth unspoiled by evil. L246, 1963
Mais il me semble plus juste de penser qu’il ne faut pas trancher : de même que le Tabernacle puis le Temple étaient les représentations physiques (dans ce monde et dans ce temps) d’un plan céleste (hors du monde et hors du temps) montrées par Dieu à Moïse puis à David, de même que la Jérusalem ‘Céleste’ est destinée à prendre corps dans « un nouveau ciel et une nouvelle terre », de même il ne me semble pas illusoire de penser qu’Arda la Guérie est à la fois hors du Temps (l’Arda de la Vision, Arda Unmarred) et destinée à prendre corps en étant façonnée par les « hommes bons » (« 'good Men' – families and their chiefs who rejecting the service of Evil » = [L131]). |
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"And now....the conclusion :-))
Par contre, une chose sûre à mon sens : pour Tolkien, Arda Healed n’est pas ‘figée’, de même que le salut n’est pas statique. Tolkien, je pense, tenait à cette notion de « progrès ». Progression (vers le haut ou vers le bas) de l’histoire qui nous conduit à Dieu, mais aussi progrès dans la Vie éternelle, envisagée non pas comme un état de béatitude sans horizon, mais comme un mouvement de l’âme, « transformée en la même image [que celle de Dieu], de gloire en gloire » [2Co 3:18]. Un premier indice se trouve dans le fait que si Arda Guérie (« Arda Healed (or Remade) » [HX, p.251]) ou « New Arda » [HX, p.251.252] est une Terre exempte de la corruption originelle introduite dans la création par Melkor tout comme Arda Unmarred, elle est également « plus grande » qu’Arda Unmarred ; l’Arda à venir est « plus grande » que l’Arda telle qu’elle avait été conçue initialement ([HX, 351]). But even as Ulmo spoke, and while the Ainur were yet gazing upon this vision, it was taken away and hidden from their sight; and it seemed to them that in that moment they perceived a new thing, Darkness, which they had not known before except in thought. But they had become enamoured of the beauty of the vision and engrossed in the unfolding of the World which came there to being, and their minds were filled with it; for the history was incomplete and the circles of time not full-wrought when the vision was taken away. And some have said that the vision ceased ere the fulfilment of the Dominion of Men and the fading of the Firstborn; wherefore, though the Music is over all, the Valar have not seen as with sight the Later Ages or the ending of the World. Silm, p.19-20/Ainulindalë D’où les Valar d’encourager les hommes de Númenor quant à l’avenir d’Arda en leur disant : Hope (…) that in the end even the least of your desires shall have fruit. The love of Arda was set in your hearts by Ilúvatar, and he does not plant to no purpose. Nonetheless, many ages of Men unborn may pass ere that purpose is made known; and to you it will be revealed and not to the Valar. Silm, p.265/Akallabêth
Enfin, Tolkien relevant si souvent l’aspect Créateur d’Eru, je trouve cohérent de penser que la Vision ne sera jamais achevée, parce que les Enfants d’Eru, à l’image d’Eru, ne pourront jamais se passer de créer. Puis je vis descendre du ciel un ange qui tenait la clef de l’abîme et une grande chaîne à la main. Il saisit le dragon, le serpent ancien, qui est le diable et Satan, et il le lia pour mille ans. Il le jeta dans l’abîme, qu’il ferma et scella au-dessus de lui, afin qu’il ne séduise plus les nations, jusqu’à ce que mille ans soient accomplis. Après cela, il faut qu’il soit délié pour un peu de temps. Je vis des trônes. A ceux qui s’y assirent fut donné le pouvoir de juger. Et (je vis) les âmes de ceux qui étaient morts sous la hache à cause du témoignage de Jésus et de la parole de Dieu, et de ceux qui ne s’étaient pas prosternés devant la bête ni devant son image et qui n’avaient pas reçu la marque sur le front ni sur la main. Ils revinrent à la vie, et ils régnèrent avec Christ, pendant mille ans. Les autres morts ne revinrent pas à la vie jusqu’à ce que mille anssoient accomplis. C’est la première résurrection. Heureux et saints ceux qui ont part à la première résurrection ! La seconde mort n’a pas de pouvoir sur eux, mais ils seront sacrificateurs de Dieu et du Christ, et ils règneront avec lui pendant les mille ans. Ap 20:1-6 Plusieurs commentateurs pensent que la seconde Épître de Pierre, reprenant un verset des Psaumes ([Ps 90:4] « Car mille ans sont, à tes yeux, Comme le jour d’hier, quand il passe, Et comme une veille de la nuit ») voulait corriger certaines constructions fondées sur une interprétation littérale du texte de Jean : Mais il est un point que vous ne devez pas oublier, bien-aimés: c’est que, devant le Seigneur, un jour est comme mille ans et mille ans sont comme un jour 2P 3:8 Mais le thème des milles ans véritables aura un rayonnement immense. Il est présent dans une apocalypse juive (possiblement retouchée par un copiste chrétien) : En ce jour-là vient du Ciel l’Oint, le Roi, avec tous les Saints ; il brûle la terre et y passe mille ans. Comme les pécheurs y ont dominé, il créera un nouveau ciel et une nouvelle terre. Il n’y aura en eux ni Diable ni mort. Il règnera avec les saints ; ils montent et descendent ; ils sont avec les anges en tout temps, ils sont avec l’Oint pendant mille ans. Apocalypse d’Élie, III, 97-99, in Écrits Intertestamentaires, La Pléiade Justin dans le chapitre 80 de son Dialogue avec Tryphon rappelle que : pour moi, et les chrétiens d’orthodoxie intégrale, tant qu’ils sont, nous savons qu’une résurrection de la chair arrivera pendant mille ans dans Jérusalem rebâtie, décorée et agrandie, comme les prophètes Ézéchiel, Isaïe et les autres l’affirment. Dial. 80:4 Irénée reprend cet enseignement : […] puis ce sera le septième jour, jour du repos […] ce septième jour est le septième millénaire, celui du royaume des justes, dans lequel ils s’exerceront à l’incorruptibilité, après qu’aura été renouvelée la création pour ceux qui auront été gardés dans ce but. C’est ce que confesse l’apôtre Paul, lorsqu’il dit que ‘‘la création sera libérée de l’esclavage de la corruption pour avoir part à la liberté glorieuse des enfants de Dieu’’ [[Ro 8:19-21]]. […] C’est [Dieu le Père] qui a modelé l’homme et promis aux pères l’héritage de la terre ; c’est lui qui le donnera lors de la résurrection des justes et réalisera ses promesses dans le royaume de son Fils ; c’est lui enfin qui accordera, selon sa paternité, ces biens que l’œil n’a pas vus, que l’oreille n’a pas entendu et qui ne sont pas montés au cœur de l’homme. Il n’y a en effet […]qu’un seul genre humain, en lequel s’accomplissent les mystères de Dieu. Ces mystères, ‘‘les anges aspirent à les contempler’’, mais ils ne peuvent scruter la Sagesse de Dieu […] Car Dieu a voulu que sa Progéniture, le Verbe premier-né, descende vers la créature, c’est-à-dire vers l’ouvrage modelé, et soit saisie par elle, et que la créature à son tour saisisse le Verbe et monte vers lui, dépassant ainsi les anges et devenant à l’image et à la ressemblance de Dieu. Contre les Hérésies V, 36, 3 Ainsi, « au temps du royaume », le centre spirituel de cette « terre renouvelée » est donc « la Jérusalem […] rebâtie sur le modèle de la Jérusalem d’en haut » écrit Irénée en [ Adv. Haer. V, 35, 2] ; et, auparavant, d’interpréter un passage d’Ésaïe comme la description de la vie sur Terre lors du « gouvernement des Saints » (« rule of the Saints », [L96]) : Réjouissez-vous plutôt Et soyez à toujours dans l’allégresse, A cause de ce que je crée; Car je crée Jérusalem pour l’allégresse Et son peuple pour la joie. Je ferai de Jérusalem mon allégresse Et de mon peuple ma joie; On n’y entendra plus Le bruit des pleurs et le bruit des cris. Il n’y aura plus là De nourrisson vivant quelques jours seulement, Ni de vieillard qui n’accomplisse pas ses jours; Car le plus jeune mourra à cent ans, Et le pécheur âgé de cent ans sera (considéré comme) maudit. Ils bâtiront des maisons Et les habiteront; Ils planteront des vergers Et en mangeront le fruit. Ils ne bâtiront pas des maisons Pour qu’un autre (les) habite, Ils ne planteront pas Pour la nourriture d’un autre; Car les jours de mon peuple seront comme les jours des arbres, Et mes élus jouiront de l’oeuvre de leurs mains. Es 65:18-22 À ce texte on peut ajouter, pour notre propos, celui qu’on lit en : Au milieu de la place de la ville [Jérusalem] et sur les deux bords du fleuve, se trouve l’arbre de vie, qui produit douze récoltes et donne son fruit chaque mois. Les feuilles de l’arbre servent à la guérison des nations. Ap 22:2 Il se pourrait qu’un écrit du légendaire de Tolkien soit un écho de ces textes ; en effet, bien que le texte Of the beginning of time and its reckoning en [HX, p.50] repose sur des jeux numérique complexes, une remarque a attiré mon attention après avoir rassemblé les passage présentés ci-dessus : Now measured by the flowering of the Trees there were twelve hours in each Day of the Valar, and one thousand of such days the Valar took to be a year in their realm.
Nous avons donc les parallèles suivant :L’Arbre de vie = les (deux) arbres (de Valinor) Then the fruit was planted in secret, and it was blessed by Amandil; and a shoot arose from it and sprouted in the spring. But when its first leaf opened then Isildur, who had lain long and come near to death, arose and was troubled no more by his wounds. Silm, p.273/Akallabêth
Ainsi, le jeune plant image de Telperion, l’Arbre Blanc de Valinor possède, de par ses feuilles, le même pouvoir de guérison que son homologue, l’Arbre de vie de l’Eden et du monde à venir.Il me semble donc évident que la thématique des arbres et de l’Arbre Blanc, chez Tolkien, relève non seulement de son amour pour la nature et les arbres en particulier mais également marque l’influence de la foi de Tolkien dans le façonnement de son légendaire. Now one of the objects of the Trees (as later of the Jewels) was the healing of the hurts of Melkor » [HX, p.377]. HX, p.261
Ainsi, que ce soit au tout début du mythe, au cours de l’histoire, ou à sa fin, la « guérison des blessures (infligées par) Melkor » est liée aux arbres (par leur action directe, par l’action de leurs images, la lignée des Arbres Blancs, ou bien par celle des Silmarils qui contiennent leur lumière) This then, I propound, was the errand of Men, not the followers, but the heirs and fulfillers of all: to heal the Marring of Arda, already foreshadowed before their devising; and to do more, as agents of the magnificence of Eru: to enlarge the Music and surpass the Vision of the World! HX, p.319 Il est avéré que le légendaire de Tolkien s’est « teinté » toujours plus de sa foi au cours de son élaboration sans fin ; et nous avons une confirmation de l’importance de la guérison d’Arda par l’action des hommes dans ce dernier texte : They [les elfes] still believe that Eru's healing of all the griefs of Arda will come now by or through Men ; but the Elves' part in the healing or redemption will be chiefly in the restoration of the love of Arda, to which their memory of the Past and understanding of what might have been will contribute. Arda they say will be destroyed by wicked Men (or the wickedness in Men ); but healed through the goodness in Men. The wickedness, the domineering lovelessness, the Elves will offset. By the holiness of good men – their direct attachment to Eru, before and above all Eru's works – the Elves may be delivered from the last of their griefs: sadness; the sadness that must come even from the unselfish love of anything less than Eru. HX, p.343 Ce texte nous servira de conclusion, puisque, sous le couvert du légendaire, il synthétise presque la pensée de Tolkien quant au sens de l’Histoire des Hommes et de la Terre. Prisonnier d’un mal qui les ronge (« the wickedness in Men »), les Hommes ne peuvent que détruire la Terre qui leur a été donnée; mais « toutes les peines » et « la tristesse » engendré par le péché trouveront leur fin lorsque Dieu annoncera la Fin des Temps, période au cours de laquelle les « hommes bons », ces hommes qui lui auront été fidèlement « attachés », par leur « sainteté » « guériront » la Terre au cours du millenium. Alors viendra la Fin de l’Histoire, et, « dans le monde à venir », ces « hommes bons » « verront face à face » le Dieu de leur Salut et « connaîtront comme ils ont été connus » ([1Co 13:12]). Un monde à venir éternel où : the good here unfinished is completed ; and where the stories unwritten, and the hopes unfulfilled, are continued. L45, 1941
Sosryko |
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Sosryko a écrit :
J'ai retrouvé ma voix mais je pars ce soir en vacances ;-) Vinch' admiratif |
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Sosryko a écrit :
Je ne pense pas que ce passage donne une indication d'Arda Envinyanta ; l'« Arda Unmarred » pour laquelle Frodo est parti me semble désigner Arda Alahasta (celle de la Vision, pure, sans l'intervention de Melkor), et constitue une image pour désigner Valinor, le Royaume Béni qui s'est protégé de la plupart des ombres de Morgoth, et qui garde le souvenir imparfait de ce qu'aurait été Arda sans Melkor. Sinon, ça me paraît bien tout cela :) :) :) Bravo ! Yyr |
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Yyr :) |
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Quel boulot phénoménal. :) Bravo et merci Sosryko! :) |
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… Si je dois avouer avoir secrètement espéré t’attirer sur ce fuseau, Sosryko, j’étais loin d’imaginer une réponse de cette ampleur ! J’imprime tout ça et je m’en vais entamer une lecture attentive, mais il semble déjà bien difficile de pouvoir y ajouter grand chose, et encore plus de te contester… Qui peut bien rivaliser avec toi sur ce terrain ? Pas moi assurément ;-) A Semprini : si tu en avais l’envie, ça m’intéresserait quand même que tu puisses expliciter ta phrase « l’humanisme moderne (…) se défie de la tentation du bien » (cf. fin du second post de ce fuseau) ;-) |
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Tout comme Ylem, je ne vois pas ce qu'on peut faire hormis s'émerveiller... Que pourrais-je, par exemple, te répondre sur la question de l'historicité de la "victoire finale"? Je comprend maintenant que j'avais mal compris lu(ou de manière trop orientée peut-être). Laurent (applaudissant tout seul devant son ordinateur, sous les yeux interrogateurs de son chat qui le prend soudain pour un fou :-)) |
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Re Sosryko: |
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TB a écrit :
Je m'en voudrais, sincèrement, de t'obliger à de laborieuses interventions...
Rque et digression (tant qu'on y est ;-)) : je comprends bien que certaines lectures ou mises en évidence de l'aspect de l’œuvre ou de la personne du "vieux prof" (en l’occurrence le caractère chrétien) manquent d'intérêt voire peuvent exaspérer certains membres (Silmo, toi,...) TB a écrit :
figure-toi que je trouverait cela beaucoup moins risible que cet amalgame qui égalise tous les "socialismes" : oui ce sont des religions chrétiennes et pour les trois, le fondement, le coeur de la foi sont les mêmes, puisque toutes trois se retrouvent et prennent sens autour de la personne de Christ et du message évangélique; alors que national-socialisme et communisme ne se retrouvent pas dans leurs idéologies. TB a écrit :
Oui, effectivement, sauf qu'en ce qui concerne Franco, la position de Tolkien était bien plus ambiguë que le jugement radical qu'il portait à l'encontre d'Hitler ou de Staline :-((. Mais ces considération sur le jugement politique de Tolkien et de son époque, loin du légendaire, gagneraient à être développées plutôt sur un autre fuseau (dans la section "Tolkien et la littérature" puisque nos sources sont liées à ses Lettres) car nous nous éloignerions sinon du sujet du présent fuseau qui porte sur le "sens" (signification, horizon, but) que donnait Tolkien à l'histoire et la conception qu'il se faisait de son rapport au "salut".
En espérant, malgré tout, que tu trouveras quelque intérêt à la lecture des fils, Sosryko |
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Oulala, l'heure tardive ne pardonne rien pour autant, surtout pas d'oublier l'essentiel : S. |
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Re Sosryko: |
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Bravo Sosryko ! Comme tu as l'air d'avoir besoin de preuves de lecture (je me demande pourquoi, qui n'aurait pas envie de te lire ?), je te signale que cela fait un moment que je t'observe ;-) Mais comme je n'ai pas le niveau pour te suivre sur ces hauteurs, je me contenterai de te féliciter ;-). |
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Ylem a écrit :
Ce fuseau n'est pas le lieu d'une telle discussion, mais je voulais simplement dire que le seul humanisme possible aujourd'hui (et celui dont se sont réclamés un Camus, un Grossmann, ou un Lévinas) pour autant que l'on continue d'user de ce mot par trop employé, ce que j'ai la faiblesse de faire, est celui d'une croyance mesurée en l'homme, méfiante même. On ne peut plus croire aujourd'hui, il me semble, que l'homme puisse faire le Bien, notamment après les crimes commis par les totalitarismes au nom d'un soit-disant Bien, d'un soit-disant royaume bienheureux sur Terre. On ne peut plus, je crois, mener de combat au nom d'un Bien absolu, surtout lorsque les moyens utilisés au présent délégitiment le but à atteindre. Le seul humanisme possible aujourd'hui devrait donc se défier de la tentation du Bien, même s'il faut quand même croire à un Bien relatif. Fin du hors sujet. :) Sosryko a écrit :
Pareil. :) |
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Semprini a écrit :
Arrn ... non, juste encore un peu ; je ne peux m'empêcher finalement :) :) :) Semprini, ce que tu dis là est magnifique ; le corollaire - pour le croyant - est que le Bien, inatteignable par l'homme, ne peut donc être atteint que par Dieu, c-à-d le laisser agir à travers nous. C'est toute la différence, pour refaire le lien avec le sujet, entre ce qui est "du Monde" même "bien intentionné", et ce qui est "de l'Esprit" |
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TB a écrit :
Sos. a écrit :
Je dirais même plus ! :) Sans oublier l'anglicanisme, les religions chrétiennes sont des branches d'une seule et même religion, et leurs différences sont certes importantes, mais il s'agit de différences dans l'interprétation (d'une petite partie) d'une même Révélation (et des mêmes textes) ; il y a unité dans la foi (pour l'essentiel de celle-ci, la majorité ... j'ai du mal à donner le mot juste ...), et il y a possibilité de prières communes. Ainsi mercredi 5 mars de cette année, toutes les églises chrétiennes se sont unies dans la prière et le jeûne pour la paix, après que toutes ces mêmes églises aient unanimement condamné la guerre anglo-américaine, parfois dans des communiqués communs. J'ai d'autres exemples en tête mais bon ... imaginons-nous les tenants d'idéologies politiques bras-dessus bras-dessous, Corée du Nd - USA, Nazisme - Stalinisme ... ? TB a écrit :
Attention à ce que tu entends par œcuménisme :) La prière pour la paix du 5 mars est oeuvre d'œcuménisme par exemple ; la phrase de Sosryko, non ;) tout chrétien la défendra, sans avoir l'impression de faire acte d'œcuménisme. Jérôme |
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Semprini a écrit :
Pourquoi redescendre si loin dans le passé ? Une récente " croisade des Forces du Bien " contre un " diabolique Axe du Mal " me parait exemplifier parfaitement ton assertion...! :)
Re Yyr: TB |
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Merci de m’avoir répondu, Semprini. Dans la mesure où Tolkien envisage son travail comme l’histoire de l’avènement du « règne des hommes », il me semble bien être (aussi) une réflexion sur ceux-ci, sur la place de l’Homme au sein de l’Histoire et sur sa capacité ou non d’évoluer. Dans ce sens, la question de l’humanisme (« position philosophique qui met l’homme et les valeurs humaines au-dessus des autres valeurs » = définition du Petit Larousse) ne me paraît pas être un « hors sujet », plutôt une extension… |
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Mon cher Sosryko, après une longue interruption de ma fréquentation du forum causée par bien des problèmes, puis lectures et relectures de tous ces messages, je me suis vu si heureux de retrouver un peu de temps que je n’ai pas résisté à faire quelques suggestions sur un ou deux points de ton travail qui touchent au cœur d’un questionnement personnel (dans lequel la vision de Tolkien joue un grand rôle). A part ponctuellement, il ne s’agit pas de critiques. Et cela ne garde qu’un rapport secondaire avec « le sens de l’histoire », mais pourrait, je crois, intéresser quelques personnes. J’espère donc que Cédric ne m’en voudra pas trop pour ce long post un peu décalé… :-) 1. Esquisse pour une étude sur « le Monde, chez Tolkien et dans l'Évangile de Jean » Le terme de « monde » est pour le moins ambiguë, comme tu le soulignes. Mais tu parles de la bible en général, or il me semble que c’est en particulier dans l’évangile de Jean que l’on trouve cette notion récurrente du « Monde » non « Terre physique », « mais tout ce qui se tient éloigné de Dieu ». Tu précise que c’est ce monde-là dont parle Tolkien lorsqu’il écrit « fallen world » ou « evil world ». Il y va pourtant de la Terre physique dans cette Arda blessée, amputée ici d’une forêt, là-bas d’une plaine herbeuse devenue étendue de cendre après Dagor Bragollach… Jean utilise effectivement le mot « monde » (la majuscule n’est pas présente dans toutes les éditions de la bible) dans trois sens - selon la Bible de Jérusalem : « tantôt la terre et l’univers, tantôt le genre humain, tantôt enfin les hommes qui refusent Dieu et l’œuvre du Christ » -, mais c’est de loin le troisième sens qui me semble le plus employé. [D’ailleurs d’un point de vue personnel, l’expression choisie en Jn 17:16 est pour moi très gênante, car le drame de cette vie terrestre selon moi se situe dans le paradoxe que souligne Rimbaud - le fait que « nous ne sommes pas au monde ». Malgré la différence « au monde » / « du monde », je ne peux pas suivre Jean sur ce point : mon âme doit être dans le monde, elle ne peux vouloir le beurre et l’argent du beurre : apprécier la création divine, la Terre, en y soustrayant son âme est impossible et dans tous les cas m’apparaîtrait comme néfaste si on nous en donnais la possibilité.] Le christianisme de Tolkien n’est pas de celui d’un refus du monde. (Je suis sûr que tu penses « mais Jean non plus ne refuse pas le monde tel que tu l’entends ») C’est le « nor wholly changed » qui laisse penser que le monde dont la chute accompagne celle de l’homme (qui en est souvent la cause mais pas toujours ; n’oublions pas la chute antérieure de Morgoth/Satan qui imprègne la Terre indépendamment des actions des hommes) ne doit pas être considéré comme la place du Mal. Le lieu, le monde sensible, ne doit pas être réduit à Satan (et c’est, j’imagine, ce que tu veux dire lorsque tu dissocies la notion de Terre physique de celle du « Monde » que tu ne définies que par l’éloignement de Dieu – soit dit en passant, il n’y a pas que le simple concept de l’éloignement de Dieu dans ce terme, j’en suis sûr, sans quoi comment en serait-on arrivé à l’utiliser de cette manière ? Je pense cependant que Jean est peut-être l’évangéliste le plus influant sur notre auteur (n’oublions pas qu’il en porte le nom et s’imprègne de la dualité lumière/ténèbres – si caractéristique de cet évangile - dans toute son oeuvre, mais aussi de la tension du monde sensible entre l’influence du prince de ce monde, Satan et celle de l’Incarnation surtout dans HoME X). 2. Le Royaume de Dieu, aujourd'hui ? >> Paul : « les temps sont courts » (Co 7:29). Ne s’agit-il pas plutôt de la courte attente promises aux premiers chrétiens ? On sait que ceux-ci pensaient le royaume de Dieu très proche. Les synoptiques le soulignent tous : Du figuier apprenez cette parabole. Dès que sa ramure devient flexible et que ses feuilles poussent, vous comprenez que l’été est proche. Ainsi vous, lorsque que vous verrez tous cela, comprenez qu’Il est proche, aux portes. En vérité je vous le dis, cette génération ne passera pas que tout cela ne soit arrivé. Mat 24:32-34 ; également Mc 13:29-30 et Luc 21:30-32 J’ai déjà lu que cela correspondait à un sentiment répandu à l’époque de l’imminence du Jugement. Ainsi, le cri d’espérances des premiers chrétiens me semble plus un sentiment dans la proximité de cette fin qu’un appel – comment, d’ailleurs, Tolkien aurait-il pu être dans la même disposition qu’eux alors que deux mille ans d’attente se sont déjà écoulés ? En relisant bien tes superbes messages, Sosryko, j’ai bien peu de choses à redire, car je ne peux absolument pas rivaliser avec toi sur ce sujet. Mais, quitte à faire des suggestions, je me suis demandé en te relisant si on ne pouvait pas te reprocher de ne pas mettre en valeur la diversité des conceptions historiques du royaume de Dieu suivant les évangiles (mais peut-être est-ce volontaire de ta part): si je ne me trompe pas le double sens du "royaume de Dieu" chez Matthieu est beaucoup moins évident chez Luc qui insiste sur une réalisation future du royaume de Dieu sans souligner la réalité présente de ce royaume (que souligne Mat XII, 28 et sur laquelle se fondent les théories d’ « eschatologie réalisée » de C.H. Dodd). Pour Luc, par exemple, il n’est pas véritablement question d’un royaume de Dieu qui commencerait avec la venue du Christ. Là ou il est question du Royaume de Dieu « présent » chez les autres évangélistes, Luc évite (à mon avis volontairement) cette idée et évoquera davantage de la présence de l’Esprit saint. Je cite le Que sais-je ? d’Oscar Cullmann sur le NT : Jean le Baptiste, sa mère et son père sont remplis de l’Esprit sain (I,15, 41, 67) ainsi que le vieillard Siméon (II 25-27) […]. C’est donc l’Esprit qu’il faut demander dans la prière : « Si vous qui êtes mauvais, vous savez donner à vos enfants, combien plus le Père céleste donnera-t-il l’Esprit sain (Matthieu dit à cet endroit : « de bonnes choses », Matthieu VII,11) à ceux qui le lui demande » (XI, 13), et nous trouvons pour la demande de l’oraison dominicale « que ton règne (ou « que ton royaume ») vienne », [il y a ] une variante attestée par quelques témoins : « Que vienne sur nous ton esprit saint et qu’il nous purifie » (Luc11:2). Que sais-je ? Le Nouveau Testament, p. 39. 3. Statut de la magie chez Tolkien Un détail maintenant, qui n’est pas une critique de ton travail Sosryko mais vise à compléter un point que tu évoquais et qui fut débattu à plusieurs reprises sur ce forum. L’expression « the lord of magic and machine » que tu utilises renvoyant à Morgoth (cf la lettre 131 à Milton Waldman que tu cites) ne doit pas faire oublier que le terme, même s’il l’utilise avec parcimonie, et même à reculons, n’est pas nécessairement connoté aussi négativement même si le terme est fréquent : « and the Elves came their nearest to falling to 'magic' and machinery » (même lettre).
Un peu plus loin il écrit : « But also they enhanced the natural powers of a possessor – thus approaching 'magic', a motive easily corruptible into evil, a lust for domination ». C’est en fait dans la lettre 155 à Naomi Mitchison qu’il s’explique de manière explicite sur les différents sens du terme ‘magic’ et sa complexe relation à la notion de « machinery ». Je citerai cette lettre entièrement pour dissiper les nombreuses questions sur ce sujet, car cette explication, définitive, peut être très utile pour les intervenants de ce forum dans bien d’autres posts : I am afraid I have been far too casual about 'magic' and especially the use of the word; though Galadriel and others show by the criticism of the 'mortal' use of the word, that the thought about it is not altogether casual. But it is a v. large question, and difficult; and a story which, as you so rightly say, is largely about motives (choice, temptations etc.) and the intentions for using whatever is found in the world, could hardly be burdened with a pseudo-philosophic disquisition! I do not intend to involve myself in any debate whether 'magic' in any sense is real or really possible in the world. But I suppose that, for the purposes of the tale, some would say that there is a latent distinction such as once was called the distinction between magia and goeteia. Galadriel speaks of the 'deceits of the Enemy'. Well enough, but magia could be, was, held good (per se), and goeteia bad. Neither is, in this tale, good or bad (per se), but only by motive or purpose or use. Both sides use both, but with different motives. The supremely bad motive is (for this tale, since it is specially about it) domination of other 'free' wills. The Enemy's operations are by no means all goetic deceits, but 'magic' that produces real effects in the physical world. But his magia he uses to bulldoze both people and things, and his goeteia to terrify and subjugate. Their magia the Elves and Gandalf use (sparingly): a magia, producing real results (like fire in a wet faggot) for specific beneficent purposes. Their goetic effects are entirely artistic and not intended to deceive: they never deceive Elves (but may deceive or bewilder unaware Men) since the difference is to them as clear as the difference to us between fiction, painting, and sculpture, and 'life'. Je propose une traduction approximative pour ceux qui ont quelques problèmes avec la lecture de l’anglais :
J’ai peur d’avoir été beaucoup trop imprécis à propos de la « magie et particulièrement dans l’usage du mot ; bien que Galadriel et d’autres soulignent par la critique de l’usage du terme qu’en font les mortels, combien celui-ci n’est fortuit. Mais il s’agit d’une question très large et très difficile et d’une histoire qui, comme vous le dites très justement, est largement concernée par les motifs (choix, tentations, etc…) ; et les intentions quant à l’usage de tout ce qui ce trouve dans le monde ne peuvent qu’être à peine portées dans une dissertation pseudo philosophique ! Je n’essayerais pas de m’engager dans un quelconque débat à propos du fait que la « magie » dans un sens ou dans un autre puisse être réel ou vraiment possible en ce monde. Mais je suppose que, pour les intérêts du conte, quelques-uns diraient qu’il existe une distinction semblable à celle qui fut jadis appelée la distinction entre « magia » et « goeteia ». Galadriel évoque « les tromperies de l’Ennemi ». Ce n’est déjà pas mal, mais « magia » peut, fut, et porte le sens positif (en soi) et Goieteia le sens néfaste. Aucun n’est dans ce conte, positif ou néfaste (en soi), mais seulement vis-à-vis d’un motif ou d’une intention ou d’un usage. Chaque clan utilise les deux, mais pour des motifs distincts. Le motif nuisible est (pour ce conte, dans la mesure où il concerne cela en particulier) la domination des autres libre- arbitres. Les opérations de l’Ennemi ne sont en aucun cas des tromperies ‘goetiques’, mais une « magie » qui produit des effets réels sur le monde physique. Mais la « magia », il l’utilise pour écraser les gens et les choses, et la goeteia pour terrifier et subjuger. La « magia »que les Elfes et Gandalf utilisent (parcimonieusement) est une « magia » produisant des résultats réels (comme un feu prenant dans un fagot humide) dans des intentions bénéfiques. Leur effets, ‘goetiques’ sont entièrement artistiques et ne cherchent pas à tromper :ils n’ont jamais trompé les Elfes (mais ont pu tromper ou ensorceler les humains) dans la mesure ou la différence est pour eux claire comme l’est pour nous celle entre la fiction, la peinture, la sculpture et la « vie ». Cirdan PS : La lettre 156, que tu cites souvent, est aussi une des innombrables preuves montrant le non manichéisme de l’œuvre : « But if you imagine people in such a mythical state, in which Evil is largely incarnate, and in which physical resistance to it is a major act of loyalty to God, I think you would have the 'good people' in just such a state: concentrated on the negative: the resistance to the false, while 'truth' remained more historical and philosophical than religious. » Le mal ne peut chez Tolkien être considéré comme une idée manichéenne mais comme un concept ,d’abord concret (Morgoth/Satan) puis en perpétuelle dissolution à mesure que l’on s’écarte du temps mythique pour entre dans notre temps (celui du doute, de l'Âge de Plastique et de l'homme fragile) ou il n’est pas moins présent mais bien plus difficile à discerner et toujours plus étendu et omniprésent dans le monde,y compris en nous-même. Soyons vigilants ! :-) |
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rque liminaire : une réponse au post de Laurent, sans rapport direct avec le fuseau proprement dit ou le Légendaire...lecteur, tu es prévenu, mais averti également que si les remarques de Laurent t'on intéressé, ce qui suit devrait également retenir ton attention...j'espère ! Très honorable et estimé Círdan :-)) Círdan a écrit :
Justement, non ;-) Il se trouve que, contrairement à l’usage qu’en font les synoptiques (Matthieu (9) ; Marc (3) ; Luc (3)) ou l’épître aux Hébreux (5), c’est effectivement et ultra-majoritairement cette dernière acception (« la multitude sans Dieu, la masse des hommes séparés de Dieu, ceux qui sont hostiles à Christ ») qui prévaut dans l’évangile de Jean parmi les 79 occurrences des quelques 182 utilisations dans le NT du mot kosmos (je le sais, j’ai compté !). Pour tous ces auteurs (mais donc essentiellement Jean et Paul), le « monde-kosmos » est le milieu où le mal est entré par la chute et où désormais règne la mort « étendue sur tous les hommes » [Ro 5.12]. Tous les pécheurs marchent « selon le train de ce monde » [Eph 2.2] qui est tout entier « sous la puissance du malin » [1Jn 5.19]. Satan est en effet, comme tu l’as relevé dans Jean, appelé « le Prince de ce monde » [Jn 12.31; 14.30; 16.11]. Il n’est pas surprenant que « la sagesse du monde » considère l’Evangile comme une « folie » et réciproquement [1Co 1.20-21] car « l’esprit du monde » est tout autre que l’Esprit de Dieu [2.12]. Le monde va plus loin: il « hait » ouvertement le Christ et ses disciples, tandis qu’il « aime et écoute ceux qui lui ressemblent » [Jn 7.7; 15.18-19; 17.14; 1Jn 3.13; 4.5]. Le monde s’est fermé pour ne pas recevoir le Christ, Parole et lumière de Dieu [Jn 1.5, 10; 3.19]. Pourtant, Jésus est venu pour éclairer et « sauver le monde» [12.46-47] tandis que le St-Esprit cherche à « le convaincre » de péché [16.8]; mais, à cause de l’endurcissement des impies, a lieu « le jugement du monde » avec son chef [v. 8-11; 12.31]. Jésus déclare que le monde ne peut recevoir l’Esprit de vérité, et que lui-même ne l’inclut pas dans sa prière sacerdotale [14.17; 17.9]. N’acceptant pas de Sauveur, le monde est donc tout entier reconnu coupable devant Dieu [Ro 3.19]. Et l’attitude du croyant à l’égard d’un tel « monde » est régie par sa relation avec Dieu qui le conduit d’une part à se sanctifier (d’où « séparation » du Monde), d’autre part à témoigner et d’annoncer la Bonne Nouvelle (d’où le « mission », « l’envoi » dans le Monde). a) La séparation. b) La mission.
Conséquences :
Bien entendu, tu as raison.
Il n’y a pas de « majuscule » pour particulariser les noms propres ou certaines notions dans le texte original (soit les manuscrits sont écrit en majuscules [les premiers], soit ils sont en minuscules [plus tardifs] ; on parle d’écriture onciale ou cursive).
Tu vois, je n’ai même pas besoin de répondre ;-)
Par le même processus qui a conduit Jésus à parler du « châtiment de la Géhenne », ce lieu spirituel dont « le feu » peut faire périr « l’âme et le corps » [Mt 10.28 ; 18.8 ; 23.33]…alors que la Géhenne tire son nom de l’expression hébreu ge-hinnom, « vallée de Hinnom », un endroit, tout proche de Jérusalem, où on avait brûlé des enfants en l’honneur de Molok et qui depuis, servait de dépotoir (on y brûlait des immondices) ; c’est donc par analogie qu’il finit par désigner un lieu de destruction et de châtiment.
Je le pense aussi, si tu te limites aux évangélistes. Mais il ne faudrait surtout pas oublier le reste du corpus johannique et surtout (surtout !) Paul si tu parles de l’influence du Nouveau Testament sur Tolkien (le seul couple de Monde-Création étant suffisant pour s’en convaincre).
Mais Jean non plus ne l’oublie pas, cet amour du Monde, puisqu’il y a là son message central ! Car Dieu a tant aimé le monde (kosmos) qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu’il ait la vie éternelle. Jean 3:16 Dieu, en effet, n’a pas envoyé son Fils dans le monde (kosmos) pour qu’il juge le monde (kosmos), mais pour que le monde (kosmos) soit sauvé par lui. Jean 3:17 Sosryko |
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Círdan a écrit :
Rque : [1 Co 7:29]
Tu en reparleras aux disciples qui allaient distraire les lions dans les arènes sous Domitien, à l’époque de la rédaction de l’Apocalypse, ce livre où coule le sang des martyrs et des prophètes [Ap 17.6 ; 18.24] et qui se termine par cet appel touchant « Viens ! Seigneur ! »
Tout simplement parce que pour Dieu « mille ans sont comme un jour et un jour comme mille ans » ;-) Sosryko |
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Círdan a écrit :
Je répète : me trouvant déjà bien assez long, je n’ai pas vu l’intérêt de développer une théologie du Royaume dans cet article consacré à Tolkien. La littérature qui traite de Tolkien ne représentant certainement pas un centième de tout ce qui a été écrit et ne cesse de paraître sur le sujet du Royaume !
J’aime bien Oscar Cullmann , mais il est inutile d’aller chercher des variantes comme celle-là dont on est sûr qu’elles sont tardives, le texte le plus assuré de Luc suffira amplement :-) Si (c’est) par l’Esprit (le doigt) de Dieu (que) j’expulse les démons, alors le Royaume de Dieu est venu jusqu’à vous » Mt 12.28 = Luc 11.20
Bien mieux, alors que Matthieu parle de « l’Esprit de Dieu », Luc parle du « doigt de Dieu », preuve qu’il a eu sous les yeux et conservé (malgré ce qu’on veut lui faire dire) une parole qui s’oppose à une eschatologie qui ne serait que futuriste (avec le sous-entendu qu’il aurait remplacé toute mention du Royaume actuel et présent par la présence de l’Esprit). Interrogé par les Pharisiens pour savoir quand viendrait le royaume de Dieu, il leur répondit : Le royaume de Dieu ne vient pas de telle sorte qu’on puisse l’observer. Luc 17:20-21
Voilà une parole dont même Bultmann (c’est dire !) affirmait qu’elle remontait à une parole « authentique » de Jésus. Nous sommes-là à un des points essentiels de la prédication de Jésus. Dit autrement ces verset affirment que le Règne (plutôt que Royaume) de Dieu s’est approché, il est venu, il est là, « entre vos mains » ou « à votre portée » comme traduisait récemment Jean-Marc Babut ce « au-dedans / milieu de vous » dont l’interprétation est multiple mais qui n’autorise pas d’interprétation futuriste. Le Royaume de Dieu n’est donc pas qu’une catégorie apocalyptique (cf. Ac 28,31). Lui et sa venue doivent être distingué du Fils de l’homme et de sa venue eschatologique dont il va être question aux v.22-37. Les deux réalités sont certes associées, mais une tension existe entre elle, entre l’envoi du Fils de l’homme et sa parousie ultime, entre la présence discrète du Royaume dès maintenant et sa manifestation puissante à la fin des temps. Lc 17,21 affirme la présence, pour mieux permettre aux versets suivant d’articuler l’avenir. Luc 15,1-19,27, IIIc, p.151 |
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Pour terminer, voilà ce qu’écrit Christian Grappe dans un ouvrage récent intitulé Le Royaume de Dieu, avant, avec et après Jésus (Labor et Fides, MdB42, je te donne la référence puisque tu sembles intéressé par le sujet) : On notera d’abord l’importance de la dimension du « déjà », […], dans la mesure où proclamer que le Royaume de Dieu s’est approché (Mc 1,15 // Mt 4,17 ; Mt 10,7 ; Lc 10, 9.11), qu’il est survenu (Mt 12,28 // Lc 11,20), qu’il fait l’objet d’assaut (Mt 11,2 // Lc 16,16), c’est affirmer tout à la fois qu’il est là (dimension spatiale) et qu’il est présent (dimension temporelle) (ainsi Lc 17,20-21). Christian Grappe, Le Royaume de Dieu, avant, avec et après Jésus, pp.182-183 Círdan a écrit :
Certainement. Merci pour ta traduction, beaucoup de travail que cela :-)) ! Sosryko |
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Sos. a écrit :
Pour l'intérêt et l'attention, aucun souci :) mais - cf. ci-après - j'y trouve néanmoins un lien direct avec le Conte d'Arda. Voici ma contribution, qui viendra peut-être en modeste complément de Sosryko, pour ce qui est du "Monde" et d'Arda (en donnant un aperçu du pendant elfique de ses considérations que je rejoins entièrement (j'ai le beau rôle) :)). Même pour le Royaume, il y aurait à dire en Arda, mais je n'en ai pas les moyens aujourd'hui ... :) Cír. a écrit :
Et pourtant si. Le Monde est bien la demeure du Mal (pas seulement du Mal, mais entre autre ; et le Mal n'existe que dans le Monde ; au-delà, en Dieu, il n'est pas) ; ce n'est pas réduire le Monde à Satan que de le constater, et d'user de métonymie* pour désigner le Mal en parlant du Monde (si l'on garde bien conscience du procédé). Ainsi comme le rappelle Sosryko, de l'usage du titre de "Prince de ce Monde" pour Satan. Ainsi aussi de la distinction faite entre les "fils du Monde" et les "fils de la Lumière" ; les derniers qui appartiennent (déjà ?) au Royaume des Cieux et vivent tout autant dans le Monde et l'aiment (mais là le mot Monde commence à désigner aussi la Création ...). En Arda, le Monde est bien la demeure de Melkor, jusqu'à la Fin, jusqu'à la Guérison, disséminé comme tu l'as d'ailleurs, Laurent, magnifiquement dit dans ton PS. Le Monde est bien la demeure du Mal, puisque celui-ci est la Blessure d'Arda ; le Mal c'est le Hastaina de Arda Hastaina, le Morgoth disséminé et corrompant tout. En Arda, nous pouvons tout autant manier la métonymie qui vise à désigner le Mal par sa demeure : le Monde. En revanche (et cf. plus bas) Arda ne sera pas le terme elfique le plus approprié pour cela, cette Arda que tu aimes tant ;) Cír. a écrit :
Sosryko y répond évidemment par l'ensemble de son post, mais pas spécifiquement (si j'ai bien lu). Si le "Monde" dont Satan est le Prince désigne par métonymie* le péché (<-> tout ce qui tient éloigné de Dieu, parce que le Monde est le lieu du péché, soustraire son âme au "Monde" - dans ce sens-là du Monde - ne signifie pas la soustraire à la Création, mais à la partie corrompue, au péché. Aux "fils de la Lumière" qui ne sont pas "du Monde", il est d'ailleurs demandé PAR DESSUS TOUT de vivre dans le Monde, de l'aimer comme Dieu nous aime. C'est la vertu de l'Amour de Charité, dont saint Paul dit que si elle manque, tout (même la foi !!!) est vain ! En écrivant cela, je me rends compte que j'ajoute autmatiquement au "Monde" le sens de "la Création" ;) Car pour aimer véritablement (la Vérité, le Bien ne vient que de Dieu) le Monde (les beautés de la Création et leur prochain), les fils de la Lumière doivent se séparer du Monde (ce qui n'est pas de Dieu), comme l'a si bien dit Sosryko. Le paradoxe n'est que dialectique, si j'ose m'exprimer ainsi. Je ne m'étendrai pas sur la translation en Arda qui me paraît (égoïstement ;)) évidente, afin de consacrer mon peu de temps disponible plus bas Cír. a écrit :
Sos. a écrit :
Je rejoins tout à fait Sosryko ; je ne peux même pas pinailler sur une virgule :) Mais je vais en profiter pour poursuivre cette reflexion sur la dialectique propre au Conte d'Arda. Nous aurons peut-être un terme elfique plus approprié pour désigner "le Monde" :). Le Monde fait en quenya l'objet de deux traductions. Elles sont à première vue interchangeables, mais à la lumière de cette magnifique discussion (les lambendili "amoureux des langues" vont vous devoir une nouvelle fière chandelle, Círdan et Sosryko :)), les Eldar distinguaient le concept de la Terre, le Système Solaire, le Royaume de Manwë, ce que nous avons il me semble ici désigné par "la Création" (ktisis), Arda, du concept de la Terre, signifiant 'Demeure', qui se prête me semble-t-il parfaitement au français "Monde" (kosmos), Ambar. Arda est Royaume, confié à Manwë (< racine elf. √GAR qui désigne ce qui est contrôlé, géré, me semble-t-il : un domaine, une région ...). Elle existait avant le "Monde" dont on a parlé, au moins conceptuellement, puisque les traditions elfiques parlent d'Arda Alahasta. Et même s'il est des expressions chez les Elfes comme "tant que durera Arda", qui désigne assurément Arda Hastaina, il faut voir les références à Arda Envinyanta, éternelle, belle et renouvelée, qui existe(ra) lorsque le "Monde" dont on a parlé est(sera) vaincu et achevé. Ambar est Demeure (< racine elf. √MBAR qui désigne ce qui est habité). Il est habité par les hommes, par la nature ... et logiquement par le Mal ;) Il convient parfaitement à l'usage qui est fait du français "Monde", car il désigne me semble-t-il : Les Eldar auraient ainsi parlé de l'amour d'Arda, en entendant Laurent (et suspecté une ascendance elfique ;)), et sans doute d'Ambar pour désigner tout ce qui tient éloigné d'Eru en écoutant (avec émerveillement ... et 'lifting up their hearts' ;)) notre ami Sosryko.
Jérôme, ___________________________________ * j'entends bien sûr plus que le seul procédé littéraire, quand je parle de métonymie ... métonymie spirituelle ? |
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Ach ... cette proposition a été faite avec enthousiasme et à partir de ma mémoire et de quelques notes seulement. Après avoir pris le temps de réexaminer tout cela, autant l'attribution faite à Arda me paraît toujours intéresante, autant celle faite à Ambar me paraît moins évidente ; elle convient dans l'usage du mot Ambar-metta, mais plus difficilement dans les autres occurrences du corpus ... A mettre entre parenthèses pour l'instant, donc ... :| Jérôme |
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Voilà… après relectures et réflexions multiples, j’avoue gentiment ne me sentir aucune compétence pour apporter quoi que ce soit d’utile ou d’intéressant à ce qui a été dit. une prière : surtout que ça continue ! Même si quelques fois la réflexion prend une direction disons… imprévue… par rapport au thème de départ un modeste sentiment personnel : pour Tolkien, mais aussi pour tous ceux qui se sentent quelques fois écœurés par le monde dans lequel ils vivent, en dissonance avec lui, il est bien difficile à résoudre ce paradoxe entre l’amour de la Vie, l’admiration pour les beautés de la Création, et la révolte ou la profonde tristesse devant le fonctionnement absurde ou destructeur de la société des hommes et de leur Histoire. |
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En guise de petite information connexe sur l'expression Ambar-metta: Dans VT/44 pp. 31-38, nous avons diverses tentatives de Tolkien pour traduire en quenya le "Gloria in Excelsis Deo", sous lequelles apparaissent des fragments qui aboutissent (à quelques mots près) à la phrase prononcée par Aragorn (et earello ... tenn' ambar-metta). Bien que ces fragments n'appartiennent pas formellement au Gloria, l'écho biblique est évident; ainsi dans une première version ter yénion yéni "through years of years" renvoit de toute évidence au latin in saecula saeculorum ("pour les siècles des siècles"). L'association de cette phrase (attribuée à Elendil et reprise par Aragorn lors de son couronnement dans le SdA) à un contexte religieux est plutôt ... intéressante ;-) Didier. |
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effectivement, Didier, très intéressante remarque ;-) |
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Déviant un peu plus du sujet initial, mais en réponse au texte de la lettre que nous a gentiment traduit Laurent, voici un autre texte, tiré de Faërie cette fois, qui montre combien Tolkien voulait prendre ses distances avec le mot « Magie » qu’il connotait négativement, lorsqu’il l’utilisait seul (et non plus dans la perspective dualiste Magia / Goeteia) : Peut-être la Faërie pourrait-elle être traduite par Magie (...) Il nous faudrait un mot pour cet art elfique (…) On a sous la main « magie » et je l’ai employé plus haut, mais je n’aurais pas dû le faire : Magie devrait être réservé aux opérations du Magicien. L’art est le procédé humain qui produit en passant […] la Créance Secondaire. Les elfes peuvent aussi utiliser un art du même ordre […] je l’appellerai, faute d’un mot moins discutable, l’Enchantement L’Enchantement produit un Monde Secondaire dans lequel peuvent pénétrer tant l’auteur que le spectateur, pour la satisfaction de leurs sens durant qu’ils se trouvent à l’intérieur ; mais, dans sa pureté, il est artistique pour tout ce qui est du désir comme du dessein. La Magie produit ou prétend produire un changement dans le Monde Primaire. Peu importe par qui elle est censée être appliquée, fée ou mortel, elle demeure distincte des deux autres ; ce n’est pas un art, mais une technique ; son désir est le pouvoir en ce monde, la domination des choses et des volontés. Faërie, Du Conte de Fées, Pocket, p.141, p.183 Sosryko |
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Ce lien (bientôt 6 ans (!) après le message précédent : les Grands Elfes ne sont donc pas tous repartis outre-mer, pour reprendre la métaphore filée par Sosryko :)) vers La Machine ou la nécessité de raser le monde réel, qui offre une suite logique (et magistrale) au thème de ce fuseau (et à quelques unes de ses digressions). |
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Un autre lien avec La question du libre arbitre :). |