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Bonjour. C’est la première fois que j’interviens sur ce site, où il est bien agréable de se promener. En lisant toutes vos réflexions en sens divers et tout en n’ayant pas une érudition tolkinienne aussi poussée que certains (fort impressionnant, parfois !) j’ai eu envie de vous faire partager l’une des mes visions du SDA, que je revendique comme subjective. Sorry si c’est un peu long, une fois commencé, je n’ai pas pu m’arrêter. Je me lance donc.
Je ne sais pourquoi, à chaque fois que je relis ou même que je repense au chapitre final du SDA, un méchant cafard m'envahit, dont parfois l'ampleur m'étonne moi-même. Je pense bien que je pourrai lire ou analyser tant que je veux l'oeuvre de Tolkien, je ne pourrai jamais lui pardonner la fin du SDA, et surtout, le sort qu'il réserve à son héros, Frodo. Pourquoi Tolkien fait-il le choix d’abandonner son héros ? Après avoir vécu autant d'épreuves, fait preuve d'un esprit de sacrifice et d'une générosité extraordinaire, non seulement, Frodo échoue au moment ultime, mais encore et surtout, finit abandonné dans l'indifférence quasi générale, une fois la Terre du Milieu "sauvée". A lire depuis peu, il est vrai, les commentaires des tolkiendili, il me semble qu’il n’y a que fort peu de commentaires sur Frodo, qui semble tout aussi oublié par les fans que par la Terre du Milieu. Est-ce parce qu'il n'est pas de bon ton d'aimer le héros des histoires ? Se montre-t-on plus original en soutenant des personnages secondaires ? Est-ce parce qu'il est plus difficile (moins "mode" ?) de soutenir un héros tragique qu'un personnage plus "léger", plus humoristique ou moins décrit et donc moins réel, moins impliquant ? Loin de moi de décrier les autres personnages. J'ai été, moi aussi fascinée par les elfes, par le magnifique Aragorn et son parcours qui n'est pas des plus facile non plus. Comment ne pas être sensible au parcours de chacun de ces personnages et au cheminement qu'ils doivent accomplir, de Gandalf à Pippin. Sam est effectivement une personnalité merveilleuse et fort attachante. Mais le véritable héros - au sens plein du terme - est et reste Frodo. C'est son parcours qui est le plus profond et le plus difficile, c'est lui qui accomplit le plus grand exploit car il doit lutter tout au long du roman contre un ennemi qui l'attaque durement tant physiquement que psychologiquement (ce qui est le plus éprouvant de tout). Dans cette épreuve, Frodo n’abandonne jamais, même lorsqu’elle le conduit bien au-delà de ses propres limites, tant physiques que psychologiques. Il continue, alors même qu’il a perdu la chose la plus importante dans une quête : l’espoir. C'est aussi le seul de toute l'aventure qui ne retire aucune récompense de toutes ses souffrances et ses sacrifices. En effet, de la manière dont le récit est fait, il m’est difficile de voir le départ de Frodo vers l'Ouest comme une récompense. Même si, on peut, pour rendre l'histoire plus optimiste, imaginer qu'il va enfin y trouver le bonheur et la plénitude à Valinor. Pour moi, le départ de Frodo est présenté comme s'il s'agissait de sa mort ou en tout cas, son renoncement définitif à la vie matérielle et réelle, à tout ce qui faisait de lui un "parfait" hobbit, heureux des choses de la vie réelle. Un jour que Bernard Pivot le recevait sur le plateau d' `Apostrophes´ et qu'il lui demandait ce qu'est le bonheur, le philosophe Raymond Aron eu cette réponse bouleversante qu'il y a des circonstances dans la vie qui font perdre tout son sens à ce mot. L'anneau n'a pas détruit non plus sa simplicité et sa profonde modestie, lesquelles se manifestent dès le début du récit. Frodo ne se vante jamais, ne se glorifie jamais de ce qu'il fait, même lorsqu'il s'agit de véritables exploits. Mais ainsi, n'assurant pas sa propre pub, il les accomplit dans l'indifférence ou au moins, ceux qui se soucient de lui, ne n'en mesurent pas la grandeur. Ainsi, lorsqu'il sauve ses amis de l’Esprit des Galgals, jamais il ne le raconte. Gandalf n'en est informé que parce qu'il a parlé dans son sommeil, durant sa convalescence à Rivendell. Ses amis eux-mêmes ne s'en soucient guère et ne l'interrogeront jamais. Pourtant, lui, se soucie bien de connaître les exploits de Sam, vainqueur de Shelob. Je pense que Tolkien devait être quelqu'un de fort amer pour conclure son œuvre sur la pensée que le monde est profondément injuste envers ceux qui sont les plus généreux, les plus sincères, les plus honnêtes, les plus modestes. Tout d'abord, pourquoi les forts, les puissants, ne se chargent-ils pas de détruire l'Anneau ? La question posée est moins anodine qu'il n'y paraît. Aussi forts, aussi sages qu'ils puissent être, ils ne sont pas même foutus de s'entendre et de se faire un peu confiance pour accomplir la mission. Il faut que ce soit quelqu'un de petit, de pur, qui s'en charge, alors qu'il n'a ni la force des guerriers hommes, elfes ou nains, ni les pouvoirs d'un magicien ou les qualités d'un elfe. Même si l'on admet que Frodo était le seul de toute la Terre du Milieu à pouvoir accomplir la mission, il est incontestable que la Terre du Milieu tout entière a une dette à l'égard de Frodo,. Or, elle l'oublie sitôt l'aventure terminée et les lauriers remis. Qui se soucie de Frodo, à part Sam, une fois chacun occupé par ses propres affaires ? Nulle part le récit ne nous dit que Legolas, Gimli, Aragorn ne s'en inquiète, une fois que la Communauté se dissout. Ni même Gandalf, alors que lui, sait très bien le prix que Frodo a payé pour accomplir sa quête (cf. l'épisode du malaise de Frodo lors du retour à Hobbiton). Merry et Pippin ne semblent se souvenir de l'existence même de Frodo qu'au moment où celui-ci quitte la Terre du Milieu. Qu'en est-il de la belle solidarité de la Communauté ? Elle ne résiste pas au temps et au quotidien. Personne n'est venu aider Frodo à vivre, personne n'a essayé de le comprendre, n'a reconnu véritablement la portée de son sacrifice. Je modère un peu mes propos. Il est vrai qu’ils sont un peu injustes vis-à-vis de Sam. Pour moi, Sam remplit en quelque sorte le rôle de l’ange gardien de Frodo : toujours présent à ses côtés, il est l’esprit positif, le souffle d’espoir quand Frodo a épuisé le sien. Il marche aux côtés de Frodo mais il ne peut pas agir à sa place. Sam est aussi le rayon de soleil de la fin du récit, car, lui, retrouve ses marques et démarre vraiment une vie pleine de félicité. Comment ne pas aimer Sam ? Mais voilà, pour moi, aussi grand est son cœur, il n’est pas suffisamment fin, il lui manque cette dimension « spirituelle », qui lui aurait fait réellement comprendre Frodo. (C’est peut-être ce qui lui permet de reconstruire sa vie… Il est dur, voire paralysant de ressentir le monde dans sa complexité…). Pour terminer, outre toutes les autres conclusions que l'on peut tirer du SDA sur l'initiation, le pouvoir, la mort et même le destin (ou quelle est la part de notre vie qui est dictée par le destin et celle qui relève d'un choix libre véritable - question qui reste sans réponse à la fin du livre), qui est, à mon humble avis de néophyte, la grande question philosophique qui traverse tout le récit, il transparaît à mes yeux, ces conclusions amères : - quoi qu'il fasse, aussi grandes que peuvent être les choses qu'il accomplit, celui qui reste modeste et ne se met pas en avant, sera ignoré par tous et n'aura pas sa place dans le monde, - les plus forts se déchargeront toujours sur ceux qui sont le plus altruistes, pour les jeter dès qu'ils n'en ont plus besoin, les abandonnant à leur propre sentiment de culpabilité (cf. la fable des animaux malades de la peste), - la véritable amitié et la véritable compréhension sont des chimères. (En cela, je ne suis pas d’accord avec la thèse qui affirme que l’amitié et la solidarité sont les grandes leçons du SDA – pour moi, elles ne se manifestent que de manière très partielle et fort imparfaite, et ne supportent pas l’épreuve du quotidien) Je m’excuse de conclure de manière aussi pessimiste. Il y a de nombreuses autres choses beaucoup plus positives à retirer du SDA. Toutefois, c’est sur cette note que Tolkien a choisi de terminer le récit et qui, de mon point de vue subjectif, imprime un fort sentiment tristesse à la fin de la lecture. Amicalement, |
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Salut Ylem, Avant même de lire ton message, je tenais à te souhaiter la bienvenue sur ce Forum et, formule consacré, j'espère te lire souvent ;-) A bientôt pour une réaction à ton message, |
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Bonjour à toi, Ylem-lailoken Il y aurait certainement long à dire en réaction, mais le fait est que tu as raison, Frodo, de tous les personnages, a le sort en apparence le plus ingrat; il fait tout le boulot, et si peu lui sont redevables... Tu relèves : qui fait écho à : Les parallèles, bien entendu, sont loin d'être parfaits; Tolkien n'a pas calqué la vie de Frodo sur celle du Christ, loin de là; mais leurs actions (ils donnent leur vie pour leur peuple, sans rien en contrepartie et dans l'indifférence la plus totale pour Frodo, la haine pour Jésus) sont bien similaires. La grande différence, c'est que Jésus va au bout de sa mission, alors que Frodo, au dernier moment, faibli. c'est que la vie sur terre n'est pas joyeuse, même pour le juste, même pour le pur (cf. Ecclésiaste; cf. 'dans le monde, vous aurez à souffrir. Mais gardez courage!' de Jean 17:21), Tolkien l'a vécu qui a perdu sa mère tout jeune, qui l'a vue souffrir l'exclusion à cause de sa foi catholique. Tu te demandes pourquoi un petit hobbit pour sauver le monde ? c’est ridicule, non ? Je ne puis continuer à développer, malheureusement, mais j’espère que cet éclairage partiel aura été utile. À bientôt ;-) PS : zut, zut, je ne peux partir sans m'inscire en faux contre ton jugement sévère sur l'amitié; l'exemple de Frodo et de Sam ne peut être aussi durement mis de côté (cf. le fuseau qui leur est consacré); idem pour l'amitié entre Legolas et Gimli. Tout de même! |
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Salut Ylem ! Bienvenue sur le forum ! Ylem : « Je ne sais pourquoi, à chaque fois que je relis ou même que je repense au chapitre final du SDA, un méchant cafard m'envahit, dont parfois l'ampleur m'étonne moi-même. Je pense bien que je pourrai lire ou analyser tant que je veux l'oeuvre de Tolkien, je ne pourrai jamais lui pardonner la fin du SDA, et surtout, le sort qu'il réserve à son héros, Frodo. » Moi aussi le cafard m’envahit mais j’estime que je n’ai rien à pardonner à Tolkien. Tu sembles lui reprocher d’avoir achevé son œuvre sur une note inhabituelle et triste alors que j’y vois toute l’originalité et le génie de Tolkien. Il a su s’éloigner des schémas habituels des récits d’heroïc-fantasy en ne consacrant pas la gloire de son héros (malgré lui !) et il a ainsi touché une des vérités de la condition humaine d’après les Chrétiens : la véritable récompense des justes n’est pas sur terre et ne vient pas des hommes, elle intervient dans un au-delà (le paradis ou Valinor). C’est un constat amer, certes, mais aussi plein d’espoir car il suggère que tout n’est pas fini, qu’il reste encore de l’espoir même après les épreuves et la souffrance : la mort n’est plus à redouter, elle devient une délivrance. Ylem : « A lire depuis peu, il est vrai, les commentaires des tolkiendili, il me semble qu’il n’y a que fort peu de commentaires sur Frodo, qui semble tout aussi oublié par les fans que par la Terre du Milieu. » Je ne crois pas du tout que Frodo soit négligé, beaucoup de fuseaux traitent de ce personnage. Maintenant toutes les sensibilités cohabitent sur ce forum et le SDA offre tellement d’autres personnalités à explorer qu’il est normal que tout ne tourne pas autour de Frodo ! Même si, pour moi, sa figure est centrale et incontournable pour saisir le sens de l’œuvre ! Ylem : « Pour moi, le départ de Frodo est présenté comme s'il s'agissait de sa mort ou en tout cas, son renoncement définitif à la vie matérielle et réelle, à tout ce qui faisait de lui un "parfait" hobbit, heureux des choses de la vie réelle. » Là tu abordes le problème délicat du statut de la mort pour Tolkien. Dans nos sociétés modernes, la mort est devenue un tabou car elle fait peur, or ce n’est pas le cas d’autres civilisations où les morts sont fêtés et non plaints : ne me demandez d’exemples précis, je ne suis pas ethnologue. Ce que je veux dire, c’est que la mort pour Tolkien n’est pas forcément négative au départ. Ainsi dans le Silmarillion, il est dit à propos de la création des humains mortels : Ylem à propos de Frodo : « En somme, non seulement il se trouve devant un vide de sens à sa vie, mais il a perdu complètement le peu d'estime qu'il avait de lui-même, victime malgré-lui de sa nature profondément altruiste, que l'anneau lui-même n'a pas su détruire. » Evidemment Frodo n’est plus le même après son épreuve et c’est bien compréhensible : tout personnage évolue dans une intrigue ! Plus est grande est sa mission, plus grande sera sa chute ! Frodo paie le prix de son sacrifice et de sa faute, si terrible que cela te paraisse, nous sommes ici dans une optique chrétienne de péché et de rédemption. En cela je suis tout à fait pour la comparaison de Sosryko avec Moïse ! Mais Frodo n’est pas un personnage christique car il a failli, même si sa mission est loin d’être un échec ! Ylem : « Pourquoi Gandalf, Aragorn, un seigneur elfe ou un seigneur nain, les aigles, ou qui que ce soit de puissant ne pouvait-il assurer la mission ? Ils avaient tous de meilleures armes pour y arriver sans casse et plus rapidement. Est-ce que seul Frodo était de force à résister au pouvoir de l'anneau ? » Ah, la force des faibles ! Vaste sujet dont on trouve pas mal d’illustrations dans la Bible : David contre Goliath, Moïse contre Pharaon, Jésus face à ses accusateurs. Bien sûr on pourrait t’objecter que si Gandalf refuse de porter l’anneau, c’est pour ne pas finir comme Saroumane et que le pouvoir de l’anneau parvient justement à corrompre toute forme de puissance, d’où l’intérêt de le confier à un personnage sans pouvoir particulier : un hobbit par exemple ! Mais je préfère te convaincre en te montrant qu’une des leçons du SDA, c’est que l’humilité, la pitié (en un mot, la force des « faibles ») est le seul moyen de lutter contre le mal. Ce qui sauve in extremis la Terre du Milieu du pouvoir de Sauron, c’est la pitié de Frodo et de Sam (ne l’oublions pas !) pour Gollum : le tuer aurait été facile mais ce refus de verser le sang sera finalement bénéfique pour toute l’humanité ! Tolkien rend sa dignité et sa valeur, à travers Frodo, à tous les « petits » parmi les hommes… Ylem : « Qu'en est-il de la belle solidarité de la Communauté ? Elle ne résiste pas au temps et au quotidien. Personne n'est venu aider Frodo à vivre, personne n'a essayé de le comprendre, n'a reconnu véritablement la portée de son sacrifice. » Qu’attendais-tu précisément ? Je trouve que la décision d’Aragorn de se faire couronner par Frodo est un geste très fort et symbolique. Quant à la dissolution de leurs liens ,elle est inévitable, une fois leur mission achevée, chacun poursuit sa route. Il est toujours amer de quitter un groupe avec lequel on a vécu une expérience forte mais c’est la vie : la nostalgie est inhérente à notre condition mais ne doit pas nous empêcher d’avancer. Franchement tu t’attendais à de joyeuses retrouvailles avec soirée diapos ? Je pense que cela dénoterait avec l’ensemble de l’œuvre qui est parcourue par un souffle de nostalgie : l’âge des elfes se termine pour laisser la place à un autre âge, un nouveau cycle commence qui doit faire table rase du passé. Tout ne tombera dans l’oubli évidemment puisque les aventures de Frodo sont consignées dans un livre qui conservera la trace de sa mission… Voilà, mes remarques sont à l’image de ton post, longues mais, je l’espère, pas ennuyeuses ! Merci en tout cas d’avoir ouvert le débat sur un thème qui me tient à cœur… |
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Bonsoir Ylem ! Et moi, je m’en vais aussi apporter qq dièses à la suite de Sosryko et NIKITA ;-)) >>> Est-ce parce qu'il est plus difficile (moins "mode" ?) de soutenir un héros tragique Peut-être bien ? ? « cert. Sam is the most closely drawn character … the genuine hobbit. Frodo is not so interesting, because he has to be highminded, and has (as it were) a vocation. The book will prob. end up with Sam. Frodo will naturally become too ennobled and rarefied by the achievement of the great Quest, and will pass West with all the great figures ; but Sam will settle down to the Shire and gardens and inns. » (Lp.105)
Mais ;-)) : NIKITA >>> Ylem à propos de Frodo : « En somme, non seulement il se trouve devant un vide de sens à sa vie, mais il a perdu complètement le peu d'estime qu'il avait de lui-même, victime malgré-lui de sa nature profondément altruiste, que l'anneau lui-même n'a pas su détruire. » J’irais encore plus loin car si la vie n’a plus de sens pour Frodo, c’est que le souvenir de l’anneau le hante, car oui, il LE regrette; lorsqu’il tombe malade pour la première fois, à demi perdu dans un songe, il dit « Il a disparu à jamais … et maintenant tout est sombre et vide ». (Livre VI, ch IX) (« Il » renvoie à l’anneau évidemment). Sinon la connaissance de l’origine du prénom de Frodo peut nous aider à éclairer la complexité du personnage de Frodo (comme c’est souvent le cas avec Tolkien). « Frodo is a real name from the Germanic tradition. Its Old English form was Fróda. Its obvious connection is with the old word ‘fród’ meaning etymologically ‘wise by experience’, but it had mythological connexions with legends of the Golden Age in the North ….. » (L168, p.224) Cette légende, je l’ai retrouvée dans le livre de Shippey, Author of the Century< /i>, chapitre IV, § The myth of Frodo. Bon rapidement … Sur ces petits détails complémentaires A+ |
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Bonjour(s). Salut Nikita. C’est toujours bien agréable de rencontrer quelqu’un qui partage, semble-t-il, un même sentiment. NIKITA : « Quant à la dissolution de leurs liens ,elle est inévitable, une fois leur mission achevée, chacun poursuit sa route. Il est toujours amer de quitter un groupe avec lequel on a vécu une expérience forte mais c’est la vie : la nostalgie est inhérente à notre condition mais ne doit pas nous empêcher d’avancer. Franchement tu t’attendais à de joyeuses retrouvailles avec soirée diapos ? … » Plus sérieusement, je concède bien volontiers que mes propos étaient un peu outranciers. Nier que l’amitié est un thème central et une valeur forte dans le SDA serait refuser l’évidence. On pourrait dire que la solidarité s’exerce entre les membres de la Communauté, et s’achève ou n’a plus lieu d’exister, une fois la guerre de l’Anneau terminée – et que, d’autre part, il existe une amitié fidèle entre Sam et Frodo et entre Gimli et Legolas. Si les choses sont formulées de la sorte, je suis d’accord avec les remarques. Et merci de me permettre ainsi de clarifier mes propos à ce sujet. Enfin, je ne partage pas tout à fait ton point de vue, repris par Cathy, lorsque tu parles de « faute » de Frodo. Tolkien précise en quoi l’Anneau tente Gollum, Galadriel et même Sam, lorsqu’il le porte un instant – à savoir : la puissance, le pouvoir. Mais, il ne le dit jamais pour Frodo. Cette habile omission laisse la porte ouverte à toutes les interprétations. (C’est aussi pour ça que j’adore Tolkien !) Pour ma part, j’en retire que le pouvoir ne peut tenter Frodo. Il ne rêve pas de détrôner Sauron ou de pourfendre ses ennemis à coups d’épée. Je pense que l’Anneau prend possession de Frodo. Après avoir annihilé sa joie de vivre (il devient de plus en plus grave et fermé), sa vitalité, son énergie vitale (il est de plus en plus épuisé), puis son espoir, l’Anneau s’occupe à détruire sa propre identité (à mesure qu’il s’enfonce en Mordor, tous ses souvenirs s’effacent – l’Anneau finit pas occuper toute sa pensée, il ne peut plus voir que lui). Sur le point d’atteindre le sommet du Mont Doom, la possession a quasi achevé son œuvre puisqu’il ne peut plus contrôler lui-même ses mouvements (A ce propos, il manque dans la traduction française une réplique qui me semble fort importante pour décrire la progression du mal : lorsqu’il s’écroule alors qu’il est presque au sommet, Frodo murmure « Aide-moi, Sam ! Aide-moi, Sam ! Tiens ma main. Je ne peux pas l’arrêter » (*). Et la pensée comme quoi c’est la fin des fins, c’est Sam qui l’a – ce qui est aussi important dans l’évolution de Sam – Enfin, je suis loin d’avoir parcouru tout ce site. L’erreur est sûrement connue de la majorité d’entre vous). Lorsqu’arrive le bout du chemin, l’Anneau casse le dernier fil qui permettait encore à Frodo de continuer cad sa volonté et achève ainsi de détruire son être propre. Je ne dirais donc pas que Frodo faute en se laissant tenter, mais bien que Frodo échoue car l’Anneau vient à bout de sa résistance et achève sa possession. C’est cette profonde destruction qui laisse Frodo inguérissable, vidé, au sens littéral. Autrement dit, l’Anneau qui avait finit par prendre toute la place chez Frodo en anéantissant tout le reste, est finalement détruit lui-même. Il ne reste à Frodo qu’un grand vide. D’où la réplique citée par Cathy. Pour moi, Frodo est bien plus « victime » que « pécheur ». Bien sûr, il s’agit-là d’une interprétation toute personnelle, mais qui me semble aussi pouvoir tenir la route, vu le silence de Tolkien à ce propos. Sur ce, les autres commentaires éventuels attendront un certain temps, vacances obligent – si vous voyez ce que je veux dire… La pensée de lire la suite de toutes ces cogitations à mon retour, me réjouit déjà ! A bientôt. (*) « Sam knelt by him.. Faint, almost inaudibly, he heard Frodo whispering : ‘Help me, Sam ! Help me, Sam ! Hold my hand ! I can’t stop it’. Sam took his master’s hands and laid them together, palm to palm, and kissed them; and then he held them gently between his own. The thought came suddenly to him :’He’s spotted us ! It’s all up, or it soon will be. Now, Sam Gamgee, this is the end of ends.’ Again he lifted Frodo (…)” (book 6 chap. 3). |
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Nous voilà donc lancés dans un autre débat : qu’est-ce que le péché, la faute d’après le christianisme ? Tu penses peut-être que Frodo n’a pas fauté car il n’a commis aucun acte délictueux mais sais-tu que l’on peut pécher « en pensée, en parole, par action et par omission » (Acte de contrition) ? Ylem : « Tolkien précise en quoi l’Anneau tente Gollum, Galadriel et même Sam, lorsqu’il le porte un instant – à savoir : la puissance, le pouvoir. Mais, il ne le dit jamais pour Frodo. » Je ne suis pas d’accord avec toi : à mon avis, l’anneau n’agit de la même manière sur tous ces personnages ! Certes Galdriel et Sam ont à son contact des visions de mégalomanes, avides de pouvoir mais tel n’est pas le cas pour Gollum, Frodo et Bilbo. Ces trois personnages ont souvent été rapprochés car ils représentent un peu les différents stades de destruction de l’anneau sur son porteur : |
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ras |
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nul ne peut lutter contre le pouvoir de l’anneau, pas même Gandalf ou Galadriel ! Que neni... ;) N'oublions pas ce cher Tom. EJK |
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Effectivement, Edouard, sauf Tom Bombadil! Mais ça, c'était juste pour voir si tu suivais...:-) |
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JE vous trouve tous bien intéressant. Le sort de Frodon est dramatique en soit, mais tisse un lien avec toute la nature de l,histoire ... nous sommes dans le dramatique, pas seulement dans un conte frivole et léger.... Mais en fait, Frodon reçoit une grande récompense, soit la permission de passer à l'ouest (destin réservé seulement aux elfes en principe), c'est en fait une récompense, un baume sur les blessures, la tâche a nécessité de grands efforts et Frodon a payer le prix, on ne peut rien effacer, mais seulement amoindrir les douleurs restantes, le passage à l'ouest permettra ce soulagement et amène en plus un petit extra, soit de vivre aux pays des Valars avec les elfes (frodon qui selon Sam a toujours eu un ptit côté elfe en lui..:)) De plus il ne quitte pas dans l'anonimat, il quitte avec Gandalf, Elrond, galadriel et autres... ce n'est pas rien comme co-voiturage. Bien sûr l'ensemble des hobbits ignorent tout de son aventure, mais n'est-ce pas là justement la nature des hobbits, c'est ce qu'ils sont et ce qui fait en quelques sorte leur particularité et leur force, n'est-ce pas pour cela des le départ que les hobbits (de part leur isolement au monde extérieur) son le talon d'Achille de Sauron :):)
voilà
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Frodon, figure christique, mais aussi peut-être un Saint. Ces humbles, qui sont-ils sinon les Hobbits de la Compagnie et surtout Frodon ? Mais je comprends tout à fait l'"indignation" initiale de Ylem, on peut concevoir une certaine tristesse et amertume à la lecture du sort de Frodon...
1. Voir The Letters of JRR Tolkien by Humphrey Carpenter, p. 232-237. 2. "... [The Lord of the Rings] is planned to be 'hobbito-centric', that is, primarily a study of the ennoblement (or sanctification) of the humble." |
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Tout à fait d’accord avec toi, Cédric : il y a quelque chose de saint en Frodo qui force l’admiration et le respect ! Je reviens à la préoccupation d’origine d’Ylem : quel sens a voulu donné Tolkien à la fin de Frodo ? Voilà peut-être un élément qui apportera un éclairage nouveau sur la vision qu’avait Tolkien de cette fin. En effet, il avait rédigé un épilogue au SDA qui ne sera jamais publié. Je cite ici un passage de cet épilogue que vous pouvez retrouver en entier à cette adresse : « -C'était triste, Elanorellë, dit Sam, embrassant ses cheveux. Ca l'était, mais ce ne l'est plus désormais. Pourquoi ? Et bien, d'une part, M. Frodon est parti là où la lumière elfique ne faiblit pas; et il a mérité sa récompense. Mais j'ai eu la mienne également. J'ai reçu de grands trésors. Je suis un hobbit très riche. Et il y a une autre raison que je te chuchoterai, un secret que je n'ai jamais dit à quiconque auparavant, ni encore inscrit dans le Livre. Avant de partir, M. Frodon a dit que mon heure pourrait venir. Je peux attendre. Je crois que, peut-être, nous ne nous sommes pas dit adieu pour de bon. Mais je peux attendre. J'ai au moins appris ça des Elfes, en tout cas. Le temps, ça ne les tracasse pas. Ainsi, je pense que Celebom est toujours heureux parmi ses arbres, d'une façon elfique. Son heure n'est pas venue, et il n'est pas encore fatigué de son pays. Quand il le sera, il pourra s'en aller. Nous y apprenons deux choses : |
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Bonjour à tous, Nikita, j'ai effectivement trouvé le passage dont tu parles (merci pour l'adresse) mais je me pose la question: est-ce vraiment de Tolkien ou est-ce de l'intox. Si c'est de lui, ce que je pense, comment interprêter la dernière ligne: Sam quitera-il sur le champ la comté? Ou n'est-ce que l'espérance de retrouvailles avec frodon? A plus Vinch', décidément très présent sur le forum. |
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Bonjour à tous ! Je voulais réagir à un de tes messages, Nikita. Tu voulais nous montrer que la fin du " Seigneur des Anneaux " n'est en fait pas si triste que ça, ainsi tu dis, parlant de Tolkien : C'est sans doute le " message " que voulait Tolkien mais ça ne rend pas la fin plus heureuse à mes yeux : quand on lit un livre on l'interprète avec sa propre sensibilité, ses propres croyances et donc on ne perçoit pas forcément les choses de la même façon que l'auteur. Même si pour Tolkien la fin est porteuse d'espoir, je n'en retiens moi que le côté amer. Mais pourtant j'aime bien cette fin, je la trouve belle et du coup la tristesse que j'éprouve est aussi mêlée de joie. |
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>Vinchmor : Je ne pense que cet épilogue soit de l'intox même s'il peut surprendre à certains égards (notamment au niveau du style et du ton assez différents de la fin "officielle", c'est pourquoi peut-être, il n'a été retenu…). Par ailleurs je ne comprends pas ton interrogation : "Sam quittera-t-il sur le champ la Comté ? Ou n'est-ce que l'espérance de retrouvailles avec Frodon ?" >Beruthiel : Je te rassure tout de suite, à la fin de la lecture-fleuve du SDA, j'ai mouillé mon oreiller comme tout le monde ! Même quand l'espoir est assuré, la séparation est toujours un moment très douloureux, surtout pour deux amis comme Sam et Frodo. Mais une fois passée l'émotion, on peut tenter de comprendre le sens de tout cela et s'apercevoir que Tolkien n'a pas voulu donner que dans le mélodrame ! Enfin j'essayais d'apporter des arguments pour défendre un peut Tolkien dans le "procès" que lui dressait Ylem… |
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Je suis tout à fait d'accord avec le fait que Sam a acquis suffisamment de sagesse pour ne pas se précipiter avant le signal du départ pour rejoindre Frodon. En fait, mon interrogation repose sur la structure de la dernière phrase : l'auteur, sans doute Tolkien donc, stipule bien que c'est au moment précis de fermer la porte que Sam entend la mer. C'est ce mot "précis" qui me met mal à l'aise et qui, à mon oreille me fait penser qu'il s'agit là du signal du départ prédit par Frodon 14 ans plus tôt et qui interviendrait (j'insiste sur le conditionnel), malgré sa pléiade d'enfants et la venue d'Aragorn. Mais peut-être ce point mérite un fuseau à part. Vinch" |
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Je comprends mieux ce que tu voulais dire, Vichmor. En effet, cette dernière phrase est énigmatique et ton hypothèse séduisante mais les appendices de Tolkien au SDA apportent une information qui met fin à tes interrogations : Sam ne quitte la Comté pour les Havres Gris que l'année 1482 du Quatrième Age soit 46 ans après l'épisode décrit dans cet épilogue et 60 ans après la fin de la Guerre de l'Anneau. De quoi avoir le temps d'élever sa progéniture et d'attendre la mort de sa femme en 1482 ! |
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Suilad, C'est vrai Nikita, c'est une belle fin. Et ça m'apprendra à recouper les différentes informations avant de poser des questions. Dans tous les cas, merci de m'avoir fait découvrir cet épilogue. Vinch' |
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Nikita : J'avais bien compris ta démarche, je voulais juste insister sur le fait que pour ce genre de choses c'est la sensibilité du lecteur qui l'emporte sur les intentions de l'auteur. A propos de l'épilogue : j'ai aussi trouvé qu'il y avait une rupture de ton par rapport au reste, et que ça "sonnait faux". Par contre j'aime beaucoup la dernière phrase :-) |
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Bonjour, me revoici et, maintenant que tous les morceaux de ce fuseau ont pu, par bonheur, être recollés (merci Cédric !), voici les réflexions que m'ont inspirées les vôtres.
Parfaitement d'accord avec toi, Beruthiel. La richesse d'un roman n'est-elle pas de permettre à ses lecteurs de se l'approprier ? L'histoire, les personnages échappent ainsi quelque peu à l'auteur lui-même. Le SDA et les récits de Tolkien en général, qui sont amplement "ouverts, remplissent tout à fait cette fonction - pour notre plus grand bonheur à tous ! ****** NIKITA : " Ces trois personnages ne sont pas rongés par l'ambition du pouvoir mais par la convoitise et la possession jalouse de l'anneau (une forme bien particulière d'avarice). Convoitise, avarice, ça sent le péché capital" C'est une interprétation possible et que je respecte, mais que je ne partage pas. Voici pourquoi. 1. "Nikita : Galadriel et Sam ont à on contact des visions de mégalomanes, avides de pouvoir mais tel n'est pas le cas pour Gollum, Frodo et Bilbo." 2. Nikita : "Quand Frodo revendique l'anneau sur le Mont Doom, ce n'est pas le pouvoir qu'il revendique mais la possession d'un objet qui ne lui appartient pas et dont il connaît tous les méfaits." 3. Nikita : Or il (Frodo) est tenté par Sauron bien sûr mais aussi par ses propres démons intérieurs car l'anneau a ce pouvoir de réveiller le "côté obscur" de tout être."
Lorsque Bilbo marque son désir de reprendre l'Anneau, Frodo voit devant lui un vieillard agressif. Lorsqu'il constate que Sam porte l'Anneau, c'est un orc qu'il croit voir. Comme soumis à une drogue, Frodo hallucine. Il n'est pas maître de sa réalité. Blessé sur l'Amon Sûl, Frodo retire l'Anneau de son doigt car sa volonté reprend le dessus. Comme noté dans mon précédent message, alors qu'il est presqu'au but, Frodo s'écroule et appelle Sam à son aide car il ne peut plus maîtriser sa propre main qui cherche à enfiler l'Anneau. Mais il lui reste encore cette pensée comme quoi il ne le peut pas et il est impératif d'aller jusqu'au sommet. Ce n'est que ce mince fil d'Ariane qui le pousse à continuer encore et lui permet quelques instants encore, de résister à la volonté extérieure qui tente de s'imposer à la sienne. (A ce moment, c'est tout ce qui lui reste, d'ailleurs). Une fois l'Anneau détruit, Frodo est redevenu lui-même. C'est ce que note le texte, et deux fois en quelques lignes : "Et voilà que Frodon se trouvait là, pâle et usé et pourtant redevenu lui-même" - "Son maître avait été sauvé, il était de nouveau lui-même, il était libre". (Livre VI).
Pour terminer mon intervention, j'ajoute que je suis tout à fait d'accord sur l'aspect "Saint" de Frodo. Dans la tradition chrétienne (et contrairement à la connotation donnée dans le langage courant), les Saints ne sont pas des gens parfaits qui ne se trompent jamais. Au contraire. Mais ils savent sublimer leurs peurs, leurs imperfections, leurs erreurs, pour accomplir le plan de Dieu. La différence est que, contrairement à Frodo, les Saints sont reconnus comme tels, élevés au titre d'exemple à suivre pour les croyants et d'intercesseurs entre Dieu et les hommes… Frodo, lui, n'a que le droit de s'effacer. Ce n'est pas la séparation de Sam et Frodo, ni la fin du 3e Age qui rend le récit si triste à mes propres yeux, mais, on l'aura compris, le sort de Frodo. La fin du SDA est très belle... désespérément belle... Ylem. NB : l'épilogue non publié du SDA est également disponible sur http://www.numenoreen.com/lastwords.html |
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Welcome home, Ylem ! Ton argumentation se tient à quelques détails près. Je suis d’accord avec toi quand tu démontres à quel point l’esprit de Frodo est aliéné et soumis à Sauron ! Cela dit, l’un n’empêche pas l’autre : ce n’est pas parce que Frodo est aliéné qu’il n’y a pas en lui de la convoitise et une part plus « obscure ». Comme tu le dis, même les saints sont imparfaits, ce qui les rend admirables, c’est qu’ils arrivent à se dépasser malgré leur peurs et leurs mauvais penchants ! Ylem : « Frodo convoiterait-il un objet qui ne lui appartient pas ? Mais l'Anneau, le mal chosifié, appartient-il vraiment à quelqu'un ? N'a-t-il pas plutôt sa vie propre - il n'hésite pas à trahir son porteur quand il estime son temps venu ? D'ailleurs, poussant le raisonnement jusqu'à l'absurde, si l'Anneau était propriété de Sauron, le seul comportement véritablement honnête ne serait-il pas de le lui rendre !!! ;-) » On convoite toujours ce qui ne nous appartient pas ! C’est le principe même de la convoitise : désirer ce qui est à l’autre, ce qu’on n’a pas ! Observe les spots publicitaires, beaucoup fonctionnent sur ce sentiment humain : je suis jaloux du bonheur de mon voisin alors j’achète ce qui va combler ce décalage. Je ne résiste à citer ici Jean-Jacques Goldman qui se pose ici en bon observateur de ce qui motive nos sociétés occidentales : « J’envie ce que les autres ont Je cite la suite car décidément, on y trouve d’étranges échos à la situation de Frodo : « Je prie les choses, elles comblent ma vie Il y est question de manque, de disgrâce et du regard posé sur soi : n’est-ce pas là le sort de Frodo après l’épisode du Mount Doom. Evidemment Goldman ne nous commente pas le SDA mais il parle de la convoitise et je crois sincèrement que l’on peut appliquer ce terme à notre héros sans minimiser ses efforts et sans porter atteinte encore une fois à sa « sainteté » ! Voilà, pour ce qui de faire court, c’est raté ! |
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Bonjour je suis tout nouveau sur ce forum et j'avoue après avoir lu quelques échanges être impressionné par la qualité des contributions. Il y a bien longtemps que je cherchais un site de ce type en français, cela va me reposer des sites en anglais que je consultais. J'interviens tardivement dans le débat et ne reviendrai pas sur beaucoup de choses qui ont déjà été dites cependant pour répondre à la première contribution de Ylem, je souhaite temporiser son jugement très négatif sur la fin de Frodo. Il est faut de dire que Frodo "finit abandonné dans l'indifférence quasi générale" Sur le fait de savoir si cette fin un peu amère était voulue par Tolkien la réponse est clairement oui. Dans l'history of ME C Tolkien a donné les différentes versions du rôle de Frodo. Au début il devait finir en grand guerrier quasi invincible, vaincre en duel le Roi Sorcier en personne sur les pentes de l'Orodruin, se battre en héros lors de la dernière bataille de la Conté et affronter et tuer en combat singulier le cher des brigands. Volontairement et au cours de plusieurs révisions Tolkien est arrivé à la formulation actuelle. Il s'agit donc bien d'une démarche volontaire et consciente. Sur la réalité de l'épilogue non publié ou son coté "apocryphe" il n'y a pas de doute non plus, cet épilogue est publié par C. Tolkien dans l'history of ME Sur la "faute" de Frodo sur le mont du destin il y a une réponse très claire de Tolkien dans une de ses lettres à un lecteur qui lui reprochait ce passage en disant que Frodo était un traître qui aurait du être fusillé à son retour (nous étions encore proche de la guerre et le problème des agents doubles et des déserteurs avait plus d'importance que maintenant). Je vous renvoie à ce passage faute de temps (lettre n°191 et aussi 192) Sur le pessimisme lié à sa foi de Tolkien de même voir la lettre n°195 ou il déclare " Je suis un chrétien et même un catholique, par conséquent je ne peux considérer l'histoire que comme une longue défaite même si parfois elle contient des échantillons ou des aperçus de la victoire finale" Il y aurait encore bien des choses à dire mais le temps me manque a bientôt, cordialement |
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Juste un petit mot pour souhaiter la bienvenue à Jean et le remercier pour cette première intervention. Jean, j'espère que tu trouveras sur JRRVF ce que tu as pu te manquer.
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Bonjour. Mieux vaut tard que jamais, mes humbles réflexions reprennent la suite du débat de ce fuseau ;-) Tout d'abord, sorry Nikita, mais, si je saisis parfaitement ton point de vue au sujet de la convoitise, il n’est pas parvenu à me convaincre. Un tout grand merci, Jean, pour les références dans HoME et dans la correspondance de Tolkien. Cela me surprend qu’il ait pu imaginer une fin héroïque pour le SDA. Même « The Hobbit » laisse déjà entrevoir un épilogue en demi teinte. Sinon, pour te répondre, - Gandalf saisit effectivement que Frodo souffre d’un mal inguérissable, mais « il ne répondit rien » et après leur séparation, jamais il ne revint dans la Comté. « Quand ses outils ont rempli leur tâche, il les laisse tomber », dit Saroumane. C’est une peu excessif, d’accord, mais pas tout à fait faux. - Oui, tu as raison, Gandalf et Aragorn qui sont justes et sages, savent ce que la Terre du Milieu doit à Frodo et font en sorte que les honneurs lui soient rendus à l’issue de la Quête. Mais une fois l’exaltation de la victoire passée, il ne reste plus, au mieux, qu’un souvenir. En Terre du Milieu comme ailleurs, la toute puissante « insoutenable légèreté de l’être » règne sur le quotidien et ne laisse guère de place, dans la durée, à la profondeur des relations. - On peut effectivement voir le départ de Frodo à l’Ouest comme une récompense suprême et exceptionnelle. On peut aussi y voir une allégorie de la mort. Le départ de Frodo, cela veut dire aussi qu’il n’est plus utile, plus intéressant pour la Terre du Milieu. Quel dommage, alors que « le nettoyage de la Comté » montre amplement la sagesse et la grandeur qu’il a acquises lors de sa Quête. N’avait-il pas encore beaucoup de choses à apporter ? C’est un peu comme si la Terre du Milieu n’avait rien à faire de son discours humaniste, mais préfère être éblouie par les armures étincelantes de Merry et Pippin. Cela aussi fait partie de l’amertume de la fin du récit. Pour conclure, d’accord pour mettre un bémol à mon jugement,… mais alors, un tout petit bémol ;-) |
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.. Comme il est dit que l'on n'est jamais si bien servi que par soi-même, voici, pour ceux que ça intéresse (et qui, comme moi, n'ont qu'une bibliothèque tolkiennienne réduite), deux extraits des Lettres de Tolkien, finalement dénichées lors de pérégrinations sur la Toile (en espérant qu'elles soient exactes !). "If you re-read all the passages dealing with Frodo and the Ring, I think you will see that not only was it quite impossible for him to surrender the Ring, in act or will, especially at its point of maximum power, but that this failure was adumbrated from far back. He was honoured because he had accepted the burden voluntarily, and had then done all that was within his utmost physical and mental strength to do. He (and the Cause) were saved - by Mercy: by the supreme value and efficacy of Pity and forgiveness of injury." [Letter #191] "Frodo was in such a position: an apparently complete trap: a person of greater native power could probably never have resisted the Ring's lure to power so long; a person of less power could not hope to resist it in the final decision. (Already Frodo had been unwilling to harm the Ring before he set out, and was incapable of surrendering it to Sam.) Au delà de toute interprétation, il apparaît clairement : ...choses déjà abordées par Cédric dans un ancien fuseau tout en bas de la (longue) liste et que j'aurais mieux fait de consulter avant de vous abreuver de ces mots (cf. "Frodon à Orodruin" 22-12-2000) ! ...Quoique... Voilà qui me fait "ajouter une petite couche" à mes développements antérieurs, sur la soi-disant "faute" de Frodo au Mont Doom ! Il me semble personnellement très clair qu'au moment fatidique, le pouvoir maléfique de l'Anneau, au sommet de sa puissance, se substitue à la volonté de Frodo - montrant ainsi la fondamentale différence entre Eru-Dieu, qui laisse l'homme libre de ses choix et le Mal, qui asservit. Ylem. |
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Bien vu, et à ce moment "fatidique" l'Anneau est une Roue de Feu ;-) Cathy |
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Nikita, Le passage auquel fait référence Ylem, je suppose, est celui-ci : "Puis, soudain, comme auparavant sous les surplombs de l'Emyn Muil, Sam vit ces deux rivaux sous un autre jour. Une forme ramassee sur elle-meme, à peine plus que l'ombre d'un être vivant, une créature à présent complètement défaite et vaincue, ms cependant pleine de rage et d'une hideuse convoitise; et devant elle se dressait, sévère, inaccessible maintenant à la pitié, une figure en blanc; mais sur la poitrine elle tenait une Roue de Feu. Du feu, parla une voix de commandement. Je t’invite à lire aussi le fuseau de Curufinwe, que personne n’a daigné répondre et matière à réflexion Une roue de feu? Que dire? Moi, j’ai ma petite idée personnelle sur cette Roue, mais vue l’heure, à plus tard ;-)) Cathy |
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>Ylem « D'ailleurs, alors qu'il fait face à Gollum, sa voix se confond clairement avec celle de l'Anneau lui-même. Fais-tu allusion à cette phrase précise ? « Frodon bougea alors et il parla d’une voix claire, d’une voix plus claire et plus puissante, en fait, que Sam ne l’avait jamais entendu employer, et elle dominait le vrombissement et le tumulte de la Montagne du destin, qui se répercutaient sur la voûte et les murs. » (Edition Folio Junior, p.354) Parce que je ne vois pas vraiment ce qu’il y a de clair ni de comparable avec le fameux « comme si quelque autre volonté se servit de sa petite voix ». Entends-moi bien, je ne nie pas le fait que Frodo soit totalement asservi par l’anneau mais s’il est une victime, c’est une victime « consentante » ou en apparence complice ! Sinon il ne dirait pas… « Il ne me plaît pas, maintenant, de faire ce pour quoi je suis venu. je n’accomplirai pas cet acte. L’Anneau est à moi ! » (Edition Folio Junior, p.354) mais quelque chose qui pourrait ressembler à : « Nul ne peut se soustraire au pouvoir de l’anneau! ». En fait, j’avance l’hypothèse qu’au moment où il revendique l’anneau, il cherche toujours à le sauver des mains de Sauron, seulement il prend la plus mauvaise décision, celle contre laquelle on l’avait mis en garde… Ce qui me fait penser cela, c’est la réaction de Sauron quand il découvre que Frodo possède l’Anneau : on ne peut pas dire que cela le réjouisse ni que cela arrange ses plans : « Le Seigneur Ténébreux fut soudain averti de sa présence, et son Oeil, perçant toutes les ombres, regarda par-dessus la plaine la porte qu'il avait faite; l'ampleur de sa propre folie lui fut révélée en un éclair aveuglant et tous les stratagèmes de ses ennemis lui apparurent enfin à nu. Sa colère s'embrasa en un feu dévorant, mais sa peur s'éleva comme une vaste fumée noire pour l'étouffer. Car il connaissait le péril mortel où il était et le fil auquel son destin était maintenant suspendu. » (Edition Folio Junior, p.354-355) La dernière phrase est assez étonnante car on a l’impression que le destin de Sauron est désormais entre les mains du hobbit et qu’il (Sauron) perd tout contrôle, et non l’inverse ! |
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Je continue ;-)) Par contre le passage que tu cites, Nikita, donne dans la version originalle ceci : « Then Frodo stirred and spoke with a clear voice, indeed with a voice clearer and more powerful than Sam had never heard him use, and it rose above the throb and turmoil of Mount Doom, ringing in the roof and walls. ‘I have come,’he said. ‘But I do not choose now to do what I came to do. I will not do this deed. The Ring is mine !’ » Première remarque, notons dans ces 2 passages les tournures « a commanding voice » qui semble provenir de la roue de feu et « a clear voice » qui s’opposent à celle utilisée au conseil d’Elrond : « his small voice ». A Imladris c’est bien Frodo qui décide (même s’il y a un petit coup de pouce de la main divine ;-)). Lorsque Frodo, usé, se rend maître de l’Anneau, il dit « I do not choose » et non « I choose not to do » ; ceci impliquerait donc qu’il n’a plus la capacité de choisir, le choix a été fait à sa place. Le fait de dire au contraire « I choose not to do » confirmerait l’affirmation de sa propre volonté. Et la providence, grâce à Gollum, se charge du reste, comme l’avait prédit d’ailleurs la roue de feu ;-)) L’acte final de Gollum est loin d’être un accident, cela tient plutôt d’un événement prodigieux qui évoque les « abîmes de richesses » qui caractérisent les intentions divines : une Frodo à 9 doigts qui fait écho à un Sauron à 9 doigts aussi. L’ironie du Sort ? ;-) Frodo, coupable, non coupable ? Echec du libre-arbitre ou plutôt le constat lucide qu’avec le mal, on ne fait et on ne fera jamais que ce que l’on peut : « But one must face the fact : the power of Evil in the world is not finally resistible by incarnate creatures, however ‘good’ ; and the Writer of the Story is not one of us ». (Lp.252). Que l’on soit dans le monde primaire ou le monde secondaire … A + Cathy PS Je donne la version anglaise du passage cité par Curufinwe : « Then suddenly, as before under the eaves of the Emyn Muil, Sam saw these two rivals with other vision. A crouching shape, scarely more than the shadow of a living thing, a creature now wholly ruined and defeated, yet filled with a hideous lust and rage ; and before it stood stern, untouchable now by pity, a figure robed in white, but at its breast it held a wheel of fire. Out of the fire there spoke a commanding voice. |
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Je suis d'accord avec toi Spzako sur le fait que Frodon agit à la fin contre sa volonté n'ayant plus de volonté propre .Comme l'indique très bien la version originale Frodon n'a pas le choix , il est complètement dominé par l'anneau . il ne commet donc pas de faute , il est tout simplement trop faible pour combattre la puissance du mal . |
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je suis tout à fait d'accord avec toi Owina. On pourrait en plus ajouter la pitié de Bilbo qui épargne Golum au début du hobbit et celle de Gandalf qui enseigne à Frodo l'utilité de cette miséricode, et celle des elfes qui laissent échapper Golum car ils voulaient lui laisser respirer de l'air pur au lieu de l'enfermer dans une prison, et celle D'Aragorn qui bien qu'ayant détecté Golum des la Moria l'a laissé faire... L'EOucatastrophe de l'intervention de Golum est donc due à longue chaine de compassion et de pitié. Il aurrait suffit qu'elle soit rompue en un seul point pour ne pas se produire. Ta remarque est donc encore plus fondée qu'il nèy parrait au premier abord. Je pense même que l'on pourrait probablement évoquer là la croyance de Tolkien en la communion des Saints mais je laisse cela à plus compétent que moi cordialement |
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Sur la liste des gens qui ont épargné Gollum, il faut ajouter Sam, qui l'a laissé sur les flans même de la montagne du destin, et Faramir, qui a accepté de lui laisser la vie sauve à Amon Hen. On pourrait même ajouter Shelob à la liste, puisqu'elle a epargné Gollum elle aiussi, contrairement à ses habitudes, voir Sauron, qui l'a eu en son pouvoir et l'a laissé repartir. Evidemment, ces deux la ne l'ont pas fait par pitie, mais dans l'espoir que Gollum apporterait plus de mal libre et vivant que mort, ce en quoi ils se sont trompés. Si on ajoute à cela les tentatives ratées (les elfes de la Lorien, les orcs de Mordor,...) ca fait beaucoup Ainsi, malgré les nombreuses occasions, le destin de Gollum semblait-il bien traçé : lui aussi était un élément important de la quête. Ce n'est donc pêut être pas Frodo qu'il faut réhabiliter (puisque son rôle a été reconnu) mais plutot Gollum : de la même façon que Bilbo et Frodo étaient destinés à porter l'Unique, lui était destiné à le détruire non ? Keren, Venfeur Nain |
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... pour l'instant, pas grand chose de neuf à ajouter à ces commentaires, si ce n'est : - qu'il s'agissait bien du passage auquel je faisais allusion, Szpako. Merci à toi pour la citation et ta réponse qui, à peu de choses près, aurait pu être la mienne - que tes propos, Owina, m'apparaissent personnellement irréfutables - qu'à la chaîne de compassion décrite par Jean, pourrait encore s'ajouter, celle dont Sam fait finalement preuve à l'égard de Gollum tout au bout de la Quête, alors qu'il le tient au bout de son épée - mais je vois, Maître Nain, que tu m'as devancé sur le sujet ! (Ajouter Faramir ? Ca se discute... Ce n'est pas vraiment la pitié qui le retient d'éliminer Gollum, il me semble...) Ylem. |
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Ouppps, qu'ai-je dit ??? Faramir à Amon Hen !!! Bien sur, il s'agit de Henneth Annun !!! Honte sur moi ! Je m'arrache la barbe de honte et de desespoir... Sur le fait que Faramir ne montre pas de pitié, que penser de ce passage ? T2, Chap. VI. LE LAC INTERDIT, Page 402: Pour moi, Framir est touché par l'apparence de Gollum (et son discours précéden) et cela fait partie de sa décision. Keren, Vengeur nain |
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Excellents tous ces commentaires ! Grâce à eux, des fuseaux injustement oubliés (« Frodo à Orodruin » et « Une roue de feu ? Que dire ? ») reprennent vie ! C’est tant mieux ! >Ylem et Spzako >Owina : Bienvenue sur ce forum et dans l’Education Nationale ! Tu va voir, les deux sont passionnants !:-) >Jean : Je ne vois pas trop le parallèle que tu veux dresser entre le sujet de ce fuseau et la Communion des Saints. Certes nous avons employé le terme de « saint » (plutôt que christique) pour qualifier Frodo mais la Communion des Saints est un dogme qui concerne la vie des saints après leur mort et qui a fait débat au sein de l’Eglise d’ailleurs... Mais peut-être veux-tu parler de l’existence de Frodo à Valinor ? |
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NIKITA, je ne crois pas que la communion des saints concerne uniquement les saints après leur mort. Au contraire, dans la foi catholique, il s’agit d’une solidarité matérielle et spirituelle entre les saints déjà au paradis, les âmes du purgatoire et les vivants y compris les pécheurs car “comme ils appartiennent toujours au corps de l’Eglise et que, semblables à des membres momentanément paralysés, ils pourront reprendre vie et mouvement, ils ne sont donc pas privés des avantages de la communion des saints “ [FC n°140] En ce sens la communion des Saints est donc bien une solidarité entre les vivants et les morts mais surtout parmi les vivants entre eux, les bonnes actions accomplies par les uns pouvant servir à la rédemption des autres. Un des exemple le plus souvent cité de ce type de communion des saint est celui de sainte Thérèse offrant ses souffrances pour obtenir la conversion d’un condamné à mort. En ce sens je pense que l’on peu parler de “communion des saints” dans le cas Frodo sur le mont du destin. La somme de toutes les bonnes actions accomplies par tous ceux qui ont montré de la pitié pour Golum permettant de sauver Frodo au moment crucial. Ps d’autres exemples de “communion” spirituelle peuvent être trouvé dans le SdA, par exemple sur Amon Hen lorsque Gandalf donne la force à Frodo de retirer l’anneau juste au moment ou Sauron va le découvrir |
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C'est mon premier message sur ce forum et je risque de passer pour une béotienne qui ne connaît pas Tolkien à fond. Bon, d'accord, je ne connais pas Tolkien à fond et je n'ai pas les livres à portée de main ... La fin Du Seigneur des anneaux est à mes yeux profondément triste pour Frodon, mais pas amère. Il est évidemment une figure assez " christique" , l'agneau autosacrifié, en quelque sorte. Sacrifié en toute connaissance de cause. Frodon en ce sens est un martyre et non une victime. Sacrifié, mais pas abandonné ou oublié. S'il se retire " de la vie publique" , c'est de par sa propre volonté. Il a été trop blessé, physiquement et moralement, par sa quête, pour être "le grand Frodon de la Comté". Je reviens sur le couronnement d'Aragorn. J'ai toujours vu ce passage, non comme une quelconque "remise de récompense, de médaille", accordée par le Roi, mais au contraire, quelque part, comme une allégeance spirituelle d'Aragorn à Frodon. Ce n'est pas seulement le couronnement du Chef suprême, c'est celui du Roi ET du Porteur de l'Anneau. Aragorn n'a pas oublié Frodon. Par ce geste, il dit au monde entier : c'est par lui que je suis là. C'est vrai que les autres personnages "furent heureux" (les survivants, du moins. C'est vrai qu'ils connurent tous les bonheurs terrestres, et la gloire, et l'amour (pour certains). Mais le sacrifice de Frodon n'en est que plus exemplaire. Tout ce qu'il a fait, il ne l'a pas fait pour rien. |
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Jean : « je ne crois pas que la communion des saints concerne uniquement les saints après leur mort. » Effectivement je le découvre grâce à toi en relisant le catéchisme de l’Eglise catholique. Je n’avais envisagé que la dimension eschatologique de ce dogme. Les « biens spirituels » dont les fidèles bénéficient dans la communion des saints ne sont pas réductibles à un simple rachat : la bonne action d’un Saint = le rachat d’un péché. Dieu merci, on est sorti de ce mode de raisonnement qui faisait des Indulgences un commerce pas très catholique ! Il me semble que ce qui peut racheter un péché, c’est la contrition sincère de son auteur et le pardon du Père. Les Saints ont en ce domaine un rôle d’intercession et d’exemple à donner mais sans la Rédemption du Christ, tout ceci serait vain. C’est le Christ qui sauve les croyants, pas les Saints, même s’ils ont leur rôle à jouer. Jean : « En ce sens je pense que l’on peut parler de “communion des saints” dans le cas Frodo sur le mont du destin. La somme de toutes les bonnes actions accomplies par tous ceux qui ont montré de la pitié pour Gollum permettant de sauver Frodo au moment crucial. » Voilà je me suis hasardée dans les méandres de la théologie sans faire, je l’espère, de contre-sens. Si c’est le cas, « rachetez »-moi ! |
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Dans le cas de Frodo sur Mount Doom et de son échec, on pourrait y voir une autre interprétation plus biblique (pessimiste pensera sans doute Owina ;-)), si l’on considère que l’Anneau est le symbole de la Tentation, révélateur de la part d’ombre des êtres, interprétation (en gras) faisant écho aux paroles de Paul dans son Epître aux Romains : « En effet, nous savons que la loi est spirituelle ; mais moi je suis un être de chair, vendu au pouvoir du péché. Vraiment ce que je fais je ne le comprends pas ; car je ne fais pas ce que je veux, mais je fais ce que je hais…. en réalité ce n’est plus moi qui accomplis l’action, mais le péché qui habite en moi. Car je sais que nul bien n’habite en moi, je veux dire dans ma chair ; en effet, vouloir le bien est à ma portée, mais non pas l’accomplir : puisque je ne fais pas le bien que je veux et commets le mal que je ne veux pas. Or si je fais ce que je ne veux pas, ce n’est plus moi qui accomplis l’action, mais le péché qui habite en moi » (Rom., 7, 14-20).
A+ |
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Je ne suis pas entièrement d'accord avec ta comparaison,Szpako , mais , même si on interprête ainsi "l'échec" final de frodon , cela ne remet pas en cause l'essentiel de mon interprétation à savoir : m^me si l'Homme ne peut pas combattre le mal ancré en lui par sa volonté, il le peut par un autre moyen : la compassion. Donc il y a bien un espoir .On peut aussi à ce propos remarquer que ce qui est proner par de nombreuses religions ( chrétienne, boudhisme ) est justement la compassion / l'amour du prochain .. |