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Tolkien dit des Noldor (Silm., pocket, p.73) : Si cette phrase qualifie les Noldor, on pourrait dire également que c'est un détail autobiographique. Qui, plus que lui-même, cherchait et modifiait chacun des mots ? Remaniant à l'infini les variations de sens et de grammaire... Voyez-vous d'autres passages qui sembleraient plus définir Tolkien lui-même que ses personnages ?
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Je sais que Tolkien a dit, et ça tout les tolkiénophiles le savent : "En vérité, je suis un hobbit". Humphrey Carpenter cite Tolkien et montre combien le hobbit est l'archétype d'un anglais "pantouflard". Je citerai le passage plus tard, je n'ai pas le texte sous la main. KOUROUFINOUET. |
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Sans prétention ni certitude je proposerais ces quelques passages ( que la plupart d'entre vous, j'en suis sûr, connait déjà par coeur ;> ) " II y eut Eru, le Premier, qu'en Arda on appelle Iluvatar; il créa d'abord les Ainur, les Bénis, qu'il engendra de sa pensée, [...] " " [...] Le son des mélodies qui se fondaient sans fin l'une dans l'autre s'éleva pour tisser une harmonie qui dépassa les limites de l'ouïe en hauteur comme en profondeur, les demeures d'Iluvatar furent pleines a déborder d'une musique dont les échos atteignirent le Vide, et ce ne fut plus le vide. Jamais plus les Ainur ne composèrent une telle musique, bien qu'il soit dit qu'une musique encore plus grande, celle des choeurs des Ainur et des Enfants d'Iluvatar, doive s'élever devant Eru après la fin des temps. Alors les thèmes d'Iluvatar seront joués dans leur vérité et adviendront à l'Etre au même moment, car tous alors comprendront pleinement la partie qu'il leur a destinée, chacun atteindra a la compréhension des autres, et Iluvatar satisfait, accordera le feu secret a leurs esprits. [...] " Personnellement je doute que Tolkien aie pu avoir assez d'orgueil pour s'investir avec ostentation du rôle même du créateur ( ce qu'il est pourtant en tant qu'artiste ;> ) mais je trouve, en lisant ces extraits, qu'Eru me fait énormément penser à Tolkien. J'ai lu quelques uns de vos messages a propos d'Iluvatar. => exemple : J'ai également regardé vos remarques au sujet de la " multiplicité de lectures différentes " de l'oeuvre de Tolkien. => exemple : On pourrait presque repérer la même démarche ? PS : peut-on utiliser les balises html sur ce forum ? |
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La réponse pour ce qui concerne Eru tient en un concept propre à Tolkien : subcréation, comme l'expose l'essai "Sur les contes de fées" |
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Salut Uvatah ! Je reviens sur ce que Eruvike n'a pas eu le temps de développer (à cause d'une connexion limitée ;-), à savoir le concept de subcréation (ou sous-création). Dans son essai « Sur les contes de fées » (publié et traduit en français dans le volume intitulé _Faërie_), Tolkien définit son rôle de subcréateur. Le préfixe « sub- » n'est pas à prendre en un sens péjoratif. Il signifie que tout homme, au sein de la Création, possède la capacité d'imiter son Créateur. La Création authentique reste donc l'apanage de Dieu, mais, grâce au langage (et à la faculté d'abstraction qu'il offre), l'homme peut façonner et inventer de nouvelles œuvres dans ce cadre. D'une certaine façon, Tolkien répond lui-même à ta suggestion, notamment dans la lettre n° 153 de septembre 1954 à Peter Hastings (passage du brouillon, p. 188, que je traduis) : Mais Tolkien ne tient pas le rôle d'Eru Ilúvatar. Il attribue une réalité à ce monde secondaire et s'en fait l'intermédiaire, de la même façon qu'il considérait l'Histoire chrétienne comme un mythe, qui aurait comme privilège d'être vrai. Je cite à nouveau l'Epilogue : "Mais cette histoire [i.e. l'Histoire chrétienne] est suprême ; et elle est vraie. (...) Dieu est le Seigneur des anges et des hommes - et des elfes. Légende et Histoire se sont rencontrées et ont fusionné" (ibid., p. 203). Il ajoute que les mythes (inventés par les hommes) n'entrent pas en contradiction avec ce Mythe, mais qu'au contraire ce dernier les "consacre". Cela signifie que les mythes recèlent une part de vérité, ils en sont un échantillon, un fragment. Il s'agit donc de concevoir le rôle de l'écrivain par analogie avec celui de Dieu. Le propre de l'analogie, c'est de rendre proportionnelles des choses qui n'ont pas de rapport en tant que telles. Comme le rappelle Tolkien (ibid., p. 202), l'homme se caractérise par sa finitude, tandis que Dieu est infini. On ne peut donc pas comparer leurs actions sur un même plan. Il faut renoncer à la similitude (c'est-à-dire l'égalité) et passer à l'analogie. De même que Dieu est le Créateur du monde primaire, l'homme a un pouvoir de subcréation de mondes secondaires. Ils ne sont pas identiques ; bien au contraire, les mondes secondaires s'inscrivent dans le monde primaire. S'il fallait voir dans l'un des personnages du Légendaire l'analogue de Tolkien, ce serait peut-être Aulë. Le Vala présente la bonne attitude du subcréateur : il désire imiter son Créateur en subcréant. C'est ce qu'Aulë passe son temps à faire (il est forgeron, c'est-à-dire qu'il produit, confectionne, réalise des ouvrages). Il sera même appelé "the Maker" par les Nains (Quenta Silmarillion, ch. 2). Or, lorsqu'il est découvert par Ilúvatar qui déboule pour l'engueuler ;-), il prend conscience que son désir est allé trop loin et fait preuve d'humilité en les offrant à Eru. Le subcréateur doit garder à l'esprit que, si son désir est d'imiter son père, il n'en a ni le pouvoir ni l'autorité (cf. Quenta Silmarillion, ch. 2 ; Pocket, p. 50). Il ne doit pas prétendre que ces œuvres lui appartiennent.
Sébastien |
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Il existe un personnage que Tolkien rapproche explicitement de lui : Faramir. Dans la lettre n° 180 à 'Mr Thompson' (un lecteur non identifié) du 14 janvier 1956, Tolkien énonce déjà les points communs entre les Hobbits et lui (ce qu'il déclarera dans la lettre n° 213 à Deborah Webster du 25 octobre 1958 (The Letters, pp. 288-289), que Curufinwë citait plus haut). Il poursuit en disant qu'il a attribué à Faramir la vision de la Grande Vague, qu'il avait eue lui-même (ainsi que son fils Michael ; voir sur ce point surprenant la lettre n° 163 à W.H. Auden du 7 juin 1955, The Letters, p. 213 - c'est à rapprocher de The Lost Road). Faramir confie à Eowyn avoir souvent rêvé d'une grande vague qui lui rappelle la submersion de Númenor (SdA VI, 5 ; Pocket, vol. 3, p. 329). Mais il faut également souligner la définition que Tolkien donne, dans cette même note de la lettre n° 180, à propos de son statut d'écrivain du Seigneur des Anneaux : "I am not Gandalf, being a transcendent Sub-creator in this little world" (The Letters, p. 232). Sébastien |
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Merci beaucoup ! |