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Divers fuseaux abordés ces derniers temps (Rêves et Télépathie, roue de feu, etc.) montre finalement qu'il est beaucoup de choses qui ne doivent rien au hasard mais bel et bien à une intervention divine (Eru, Aïnur ?). On pourrait donc se demander si chacun des personnages principaux du Seigneur des Anneaux n'est pas un de ces instruments ? Et dans quelle mesure la découverte de l'Anneau par Bilbo n'est pas la première d'une longue série d'interventions qui mènera à la destruction de l'Unique ? On pourra objecter qu'au moment d'écrire Bilbo le Hobbit, Tolkien n'avait aucune idée du devenir de cette découverte dans Le Seigneur des Anneaux. Mais Tolkien y revient précisément dans le prologue : il arriva ainsi que Bilbon fut perdu pendant quelque temps dans les ténébreuses mines orques au plus profond de la montagne; et là, en tâtonnant vainement dans le noir, il posa la main sur un anneau qui gisait sur le sol d'une galerie. Il le mit dans sa poche. Cela ne lui sembla sur le moment qu'un simple hasard. Cette précision "Cela ne lui sembla sur le moment qu'un simple hasard" annonce la couleur en quelque sorte et vient infirmer le sentiment premier de Bilbo : cette découverte ne doit rien au haard comme les évènements dépeints dans Le Seigneur des Anneaux le montrent. Cette trouvaille n'est en réalité que la première partie du grand Dessein d'Eru...
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"On pourrait donc se demander si chacun des personnages principaux du Seigneur des Anneaux n'est pas un de ces instruments ?" Avant de commencer à réfléchir sur le sujet, je signalerai que j'ai un petit problème avec ça. Le libre-arbitre a une grande importance; est-ce compatible avec l'idée d'"instrument" ? Ou alors Eru poursuivrait-il son dessein parce qu'il sait d'avance, selon les personnages, quel choix ils vont faire ("He who knows each and every soul", disait Tolkien) ? Cela veut-il dire que la personnalité était inscrite déjà et impliquait le choix, auquel cas la liberté ne serait qu'apparente ? Ou qu'Eru s'adapte en fonction des créatures qu'il rencontre ? Mais dans se cas se servir d'eux impliquerait qu'il les mette en face d'une situation dans laquelle leur choix ne fait pas de doute, ce qui ne revient pas exactement à dire qu'ils sont libres, bref, je ne m'en sors pas trop. Je vais essayer d'y réfléchir un peu mieux. |
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arf, je sens qu'on va bien rigoler encore... je te livre en résumé ma reflexion sur le sujet (ça m'a beaucoup agité les neurones depuis pas mal de temps) histoire je l'espère de débroussailler une fausse incompatibilité. pour pousser plus loin que Cedric, je pense que toutes les créatures sont des "instruments" d'Eru. les bonnes comme les mauvaises, les petites comme les grandes. maintenant, y a-t-il des créatures qui ne sont pas des instruments d'Eru? j'introduisais l'idée plus tôt: l'instrumentalisation par Eru de ses créatures est en bonne partie comparable à celle de Tolkien avec ses personnages. |
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Shnogul : "pour moi la seule chose qui permette au libre-arbitre d'exister dans cet univers, c'est que les créatures font des choix sans avoir vu la Création Achevée (Eru se garde bien de tout montrer aux valar). c'est de l'ignorance et de l'incertitude que naît la valeur du choix, et non pas la capacité à influer ou non sur le futur." Si j’ai bien compris ce que tu veux dire (et je préfère le reformuler pour être sûr d’avoir bien saisi ton argumentaire) tout est écrit à l’avance, chacun a son rôle à jouer dans le dessein d’Eru et chaque action est déjà connue du Créateur avant même qu’elle ne soit envisagée. Mais comme nous ne connaissons pas ce qui doit être, nos choix se font librement ; personne ne nous pousse à choisir telle ou telle option même si ce choix est déjà connu de tout temps par Eru. Mais si Eru a voulu que le libre arbitre soit tributaire de notre ignorance du futur, comment lire le fameux passage de la roue de feu ? Si c’est Eru qui s’exprime à travers cette roue, Il prive de facto Gollum de sa capacité de faire un choix car Il lui dévoile son avenir. Gollum n’est plus alors un instrument, il est devenu une marionnette. J’y vois une certaine contradiction. A te lire ;-) Vinch’ |
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Dieu omniscient et libre arbitre demeure pour moi effectivement difficilement compatible ! Si le libre arbitre est la possibilité de choisir entre le Bien et le mal, c’est aussi la possibilité de suivre ou de repousser le dessein d’Eru. Cette idée me semble en outre convenir à la tapisserie de Vairé qui ne tisse les fils qu’au fur et à mesure de l’accomplissement des destins. |
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Shnogul a, à mon sens, parfaitement bien exprimé cette difficile omniscience de Dieu. Je le rejoint parfaitement dans ce qu'il a tenté d'expliquer, pour y avoir beaucoup réfléchi et en avoir beaucoup discuter. "maintenant, il y a un piège dans lequel il ne faut pas tomber, c'est de penser Eru d'un point de vue anthropomorphique. JE ne suis donc pas d'accord avec le "tout est écrit à l'avance" que tu utilises pour traduire sa pensée. C'est trop réducteur dans un esprit d'aujourd'hui. Tout est écrit à l'avance, si tu veux, mais c'est moi qui ai tout écrit ( et pas à l'avance). Chacun de mes choix est fait librement, mais Dieu qui est hors du temps embrasse à la fois le temps présent et le temps passé... et le temps futur. Il voit à l'avance les choix que je prendrai quand le futur deviendra présent. Pourtant je suis libre de les avoir pris. Tu cite maintenant l'exemple de son intervention dans un de mes choix. Comme déjà dit, il voit tout à l'avance, et savais donc, au moment même de créer le monde, quels choix je ne serai pas enclin à faire au moment ou il faudrait pourtant les faire. Sans violer ma liberté, il a alors inclu son intervention à ce moment du temps, quelle qu'en soit la forme, dans son projet. Son intervention pèsera sur ma décision, m'aidera à m'y retrouver (ou parfois m'y contraindra... cela arrive mais alors je n'ai pris aucune décision (comme de rencontrer telle personne ou de perdre tel ami). (attention, je ne dis pas que le moindre événement a pour cause Dieu, ce n'est qu'un exemple qui peut arriver). Jje ne crois en aucun cas que c'est Eru qui intervient lors de la roue de feu. Mais la nuance est que, tout comme lorsque quelqu'un va voir madame Irma, Gollum ne SAIT pas que c'est le futur. Ce n'est pour lui (tout comme pour le lecteur) qu'une menace, rien ne prouve qu'elle sera réelle, et rien de toute façon n'empêche Gollum de poursuivre son destin, si c'est réellement son destin. Enfin, c'est un peu dialectique non tono intervention ? |
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oups, Mj je m'adressais à Vinchmor |
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Pour te répondre, MJ (et mon post précédent devais déjà y contribuer), |
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Celà reste très obscur pour moi !Eru sait tout ce qui sera ; Il sait les choix qui seront faits en toute liberté(apparente) Mais il est vrai que dans le Silmarillion je n'ai pas lu d'allusion à l'Enfer ou à la damnation!Ma vision est peut-être faussée par quelque assimilation.:-))(:-)) = sourire si je n'ai pas oublié!) Car si l'on suspend la notion du bien et du mal telle que nous en avons l'habitude et de là, l'idée de sanction tout devient plus clair et acceptable: |
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Merci Vinyamar; apparement, je suis tombé dans le piège énoncé par Shnogul. Je vais encore y cogiter ;-) Vinch' |
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Tout cela est bien intéressant...Providence ou Destin ? Volonté dirigée ou libre arbitre ? Et puis d'abord qu'appelle t'on libre arbitre ? Est ce de faire ce que je veux indépendemment de toute autorité ou est ce que c'est de choisir le bien...j'ai là dessus quelques références...mais je gage qu'elles ne plairont pas à tout le monde... |
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Pour répondre à tout le monde, j'ai le sentiment qu'il y a un Destin manifeste. C'est vrai qu'une chaîne de "coincidences" sont troublantes. D'ailleurs, Gandalf dit bie qu'il sent que Gollum a encore un rôle à jouer en bien ou en mal. Sauron sent aussi qu'il y a quelque chose à l'oeuvre quand les vents de la mer dispersent ses nuages sombres. On pourrait presque parler de "mektoub". Il est clair qu'Eru est à l'oeuvre tel un joueur d'echec. |
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j'aurais aimé faire long mais j'ai pas le temps. le domaine d'Eru est "timeless". dans les derniers posts, j'ai relevé un certain nombre de termes qui sont un non-sens appliqués à Eru et faussent la reflexion. c'est pour ça que je réfute l'image du joueur d'échec. Eru ne réagit pas à une situation, il agit/a agit/agira UNE fois. pour illustrer ça de manière simple, je dirais que l'Histoire est un maelstrom pour ceux qui sont soumis au temps, alors que pour Eru c'est comme un tableau figé(image antropomorphisée, donc bancale). ce qui fait qu'il inter-agit sans jamais ré-agir. quant à la roue de feu et Gollum... mince je voulais faire court... |
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je t'accorde le jeu d'échec. |
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Mj : "Je me demande si Ylla progresse ?" Hélas, vu le peu de temps que j'ai pour aller sur Internet en ce moment, je n'ai toujours pas pu trouver les autres fuseaux consacrés au libre-arbitre, j'ai peur de n epas avoir tous les éléments... On va essayer quand même ! Shnogul, tout à fait d'accord avec ce que tu dis de la création déjà effectuée sur un plan intemporel, notre fameux "timeless void". Seulement, quand tu dis : "pour moi la seule chose qui permette au libre-arbitre d'exister dans cet univers, c'est que les créatures font des choix sans avoir vu la Création Achevée (Eru se garde bien de tout montrer aux valar). c'est de l'ignorance et de l'incertitude que naît la valeur du choix, et non pas la capacité à influer ou non sur le futur.", ça ne me paraît pas si évident. Tu sous-entend que pour toutes les créatures d'Arda le destin est déjà scellé, ce qui en un sens est vrai si on quitte le plan temporel, mais qui pose un autre problème : quelle différence faire dans ce cas entre le destin des Elfes et celui des Hommes ? La différence principale entre eux est censée être que les Elfes sont déjà déterminés dans la Musique, alors que les Hommes ont le pouvoir de façonner leurs vies (je reviendrai sur ce que cela donnerait vu depuis le "timeless void"). Or les Elfes ne sont pas au courant de la Musique non plus, si je ne me trompe. A quel niveau situer la différence alors ? Désolée si la question est déjà sortie trente fois, comme je l'ai dit je n'ai pas trop le temps de faire des recherches. Il est vrai aussi que le post initial confond la situation de Gandalf (un Maia) et Boromir (un homme). Bref, si je suis en train d'enfoncer des portes déjà ouvertes, prévenez moi. En fait ceci pose surtout le problème de l'individu, de la manière dont cet individu est maniable, et c'est un problème qui se complique encore quand on prend en compte les différences fondamentales entre Elfes, Hommes, Maiar... Je crois qu'il faut être extrêmement prudent et faire attention avant de les mettre tous dans le même sac. Voilà pourquoi, Cédric, je ne te suis pas tout à fait quand tu alignes Gandalf et Boromir. Pour moi, l'intervention de Gandalf peut s'apparenter aux interventions des anges dans la Bible (j'ai développé dans "Monothéisme et théogonie : synthèse", il me semble). Pour le rêve de Boromir, c'est plus délicat, surtout que, les rêves étant le domaine de Lorien, je ne vois pas pourquoi il faudrait faire intervenir Eru pour celui-ci. Enfin, pour commenter une autre remarque de Shnogul : "pour pousser plus loin que Cedric, je pense que toutes les créatures sont des "instruments" d'Eru. les bonnes comme les mauvaises, les petites comme les grandes. Je crois qu'on peut même le prendre au premier degré : les créatures d'Eru sont les "instruments" qui jouent sa musique. Cela dit, difficile d'affirmer que ces instruments sont tous manipulés par quelqu'un, qu'ils ne jouent pas selon leur propre volonté. Au moins il ne serait pas invraisemblable de penser que cela peut être le cas pour les hommes, si le thème qui leur correspond est aussi désuni et discordant ;-). Les instruments auraient été donnés par Eru, d'où le fait que tout ce qu'ils jouent prend sa source en lui. Mais j'ai du mal à voir comment on peut affirmer qu'Eru les manipule un par un. Il affirme avoir un dessein, certes. Ce dessein n'aurait-il pas pu être simplement de l'ordre de secouer un kaléidoscope et d'en tirer une belle image ? ;-) |
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Bonjour à tous! Cela fait bien deux-trois mois que je suis avec attention les divers sujets du site et les participants dont certains me sont devenus familiers à force de les lire volontiers. J'ai progressé du début pour "grimper" jusqu'à ce sujet-ci, et je suis surpris de tomber précisément sur un thème qui me travaille depuis ma rencontre avec l'univers de Tolkien. Merci à toutes et tous pour la qualité de ce site, chapeau aux hôtes et bonne route. |
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Bienvenue à toi, Corbeillon!! Sosryko |
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Bonjour Corbeillon, mae govannen* :-) dit Silmo qui se met à citer des langues inventées auxquelles il n'entend pourtant rien.....mais à défaut d'entendre, ce qu'il aime bien écouter de temps à autre, c'est "l'Art de la fugue" (c'est aussi le titre d'un bon bouquin mais rien à voir ni avec JRRT ni avec JSB) et la comparaison que tu proposes est très intéressante. A propos de "il y avait plus d'un pouvoir à l'oeuvre", il y avait sûrement celui de l'Anneau qui abandonne volontairement Gollum (Eru est-il derrière cela?)et puis un magicien qui, quelques temps plus tôt avait, contre toute attente, embarqué un petit hobbit tranquille dans une aventure impossible avec une bande de nains (et là je dis: Eru est vraisemblablement derrière cela!). Silmo * Heureuse rencontre (il parait que ce serait du Sindarin) |
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A propos du libre-arbitre, il en avait déjà été question dans le fuseau Ainulindale fait la nique a la genese de la bible dans lequel Cathy (Szpako) avait aussi signalé que le thème était abordé dans les fuseaux suivants: Destinée, sort et tout ça..., Neutralité , luvatar est-il omniscient? (Archives), et Le Manichéisme du SdA et du Silm Bonne lecture |
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Je remonte ce fuseau parce que Shnogul y avait développé une intéressante image de la non-applicabilité du temps envers Eru. En vadrouillant sur Internet, j'ai trouvé un résumé d'une pensée de Saint Augustin sur le sujet. Je ne sais si ce texte est fidèle à l'idée de son auteur aussi je vous la livre stricto senso: Dans Les Confessions, Saint Augustin développe une intéressante conception du temps. S'opposant à la conception classique, qui faisait du temps une dimension des choses, Saint Augustin montre que le temps n'a pas d'être puisque le passé n'est plus, l'avenir n'est pas encore et le présent est cet instant infinitésimal immédiatement retourné au néant. Ainsi le temps n'a pas d'autre réalité que la réalité subjective que lui confère ma conscience, par ma mémoire (passé), mon attente (avenir) ou mon attention (présent). Il n'est nulle part ailleurs que dans l'esprit des hommes. Ce qui distingue le temps de l'éternité divine est que cette dernière échappe à la succession. Vinch' |