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Sauron, à l'instar de Beorn, semble pouvoir de changer de forme et d'apparence comme il le désire. Page 229 : Ceci n'a peut-être rien d'étonnant étant donné sa qualité de Maiar. Soit... Mais ce qui m'étonne davantage, et même si un Maiar est un esprit avant tout, c'est qu'il puisse quitter son corps comme il le désire et en retrouver un autre. Même si cela n'est pas toujours chose souhaitable, et qu'il peut éprouver de la difficulté à trouver une nouvelle apparence, un nouveau corps. Nous le savons, un esprit est associé à un corps. Mais je croyais qu'une fois ceux-ci dissociés, seule l'intervention d'Iluvatar pouvait recréer une telle association. Mais cette apparence, représentation de leur esprit est-elle unique ? D'ailleurs, autre question, les Balrog, eux-aussi des Maiar, rejoignent-ils les Cavernes de Mandos ? Ou un quelconque lieu en Valinor qui leur seraient réservés ? Doivent-ils faire "pénitence" tout comme Melkor et être enchaînés durant quelques siècles ? En attendant la fin d'Arda ? |
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Ne sont concernés par les Cavernes de Mandos que les esprits des Elfes et des Hommes (voire ceux des Nains). Les Maiar ne sont pas destinés à les rejoindre s'ils sont "tués", c'est-à-dire si leur esprit est séparé de leur enveloppe corporelle. Lorsque Gandalf disparaît dans la Moria, il ne va pas dans les Cavernes de Mandos, mais "hors de la pensée et du temps" (SdA, III, 5 ; Pocket, vol. 2, p. 136). |
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Chers amis, Je souscris pleinement à ce qu'a dit Fangorn. Mandos ne concerne que les elfes et les hommes. Il faut relire l'Ainulindalë en un autre endroit encore, sans doute y pensais-tu Cédric : "Les Valar se mirent à prendre forme et couleur (...) cette forme venait de la connaissance qu'ils avaient du Monde, visible, plutôt que du Monde lui-même, et ils n'en avaient pas besoin, sinon comme nous-mêmes d'un vêtement, alors que nous pouvons aller nus sans rien perdre de notre substance. Ainsi les Valar peuvent marcher, s'ils le veulent, dénudés (...)" (éd. reliée illustrée, p. 21). Il ne s'agit pas vraiment d'incarnation au sens où pour les elfes la fëa et le hroä sont intimement unis. L'âme est dans la chair (in-carnation) de façon substantielle. Pour les Valar et Maiar, ce sont avant tout des esprits, seuls, ou essentiellement, leur corps n'est qu'un accident (pour employer une catégorie aristotélicienne), ce qui explique naturellement qu'ils peuvent en changer comme de chemise. C'est un vêtement. As-tu interroger toutes les occurrences de "forme" dans le Silmarillion ? |
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Je rajoute un point qui me vient à l'esprit mais que je n'ai pas le temps de développer ici assez au long. |
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On trouve, dans le Conte du Soleil et de la Lune (Livre des Contes Perdus, I, 8), le syntagme "corps glorieux" au sujet des suivantes d'Urwendi, la Maia du Soleil (qui deviendra Arien dans le Silmarillion). Pour pouvoir conduire le Galion du Soleil, elles entrent dans le bassin Faskalan, empli de la lumière de feu du fruit du midi. Lorsqu'elles en sortent, "(...) leurs corps étaient devenus lumineux et brillaient d'une ardeur intérieure (...) et aucun habit ne put jamais plus endurer de recouvrir leurs corps glorieux. Comme de l'air étaient-elles, et elles marchaient aussi légèrement que le fait la lumière du Soleil sur la Terre (...)" (FrHome I, 248). Ce corps glorieux renvoie, dans la théologie catholique (qui s'appuie sur Ph 3, 21 et 1 Co 15, 44), au corps ressuscité, c'est-à-dire au corps spirituel. Urwendi et sa suite sont entrées dans le bassin de feu et ont consummé leur vêtement corporel ; d'où la frayeur des Dieux ( Ibid.) à cette vision (ou plutôt, à cette absence de vision, car elles disparurent de leur vue dans ce bassin). Elles connurent donc une forme de mort en se débarrassant de leur corps. Tolkien reprend ce point un peu plus bas, lorsque Silpion se vit refuser la conduite du Navire de la Lune : "(...) il n'était pas des enfants de l'air et ne put trouver un moyen de rincer son être de cet aspect qui l'attirait vers la Terre comme le fit Urwendi" (FrHome I, 254). Ainsi, "rincer son être de cet aspect qui l'attirait vers la Terre", c'est se défaire de son corps mortel pour gagner son corps spirituel. Le corps glorieux des demoiselles du Soleil est ici l'analogue d'un rayon de lumière ou d'un souffle : on peut alors comparer avec l'ombre de l'esprit de Sauron ou la brume de celui de Saruman (voir supra.). Il ne s'agit bien entendu que d'un rapprochement, car ce Conte a été considérablement réduit dans les versions ultérieures. Cependant, tant qu'il n'y a pas de contradiction directe, rien n'interdit d'éclairer une question par un texte antérieur. Le corps glorieux des Maiar range Tolkien du côté de certains théologiens et Pères de l'Eglise qu'évoquait Eruvikë, partisans d'un corps subtil angélique (notamment Origène et Grégoire de Nysse). Même si, en rigueur de termes, le corps glorieux est celui des hommes ressuscités (ce qui expliquerait que Tolkien ait abandonné ce point par la suite), le Conte du Soleil et de la Lune fournit une pré-grille de lecture des récits ultérieurs : les Maiar posséderaient un corps subtil, spirituel, qui peut quitter ses vêtements corporels dans la mort. |
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Sur la mort des Maiar: les Ainur d'Eä sont condamnés à y rester jusqu'à la fin des temps. Le cas de Morgoth posait donc problème. Tolkien l'évoque dans le texte "Notes on Motives in the Silmarillion", p.403 de HoME10, indispensable pour toutes ces grandes questions : A contrario, Gandalf a réellement bénéficié d'une intervention divine directe. Tolkien y consacre une partie d'une lettre au Père Murray en 1954 (Letter 156): Le corps des Valar : |
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Déjeunant avec Edouard jeudi, nous avons parlé de ce problème. Voyant qu'il est parti à Oxford (pour consulter les manuscrits de Tolkien) sans avoir eu le temps de livrer ses réflexions sur le sujet ici proposé, je les rapporte : J'ajoute (Eruvikë) que c'est symétrique avec l'évanouissement du corps des elfes. Plus ils vieillissent, et moins leur corps apparaît. En attendant le retour d'Edouard avec des trouvailles - à n'en pas douter... |
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Eruvike, tu disais : Je t'avouerai que j'apprends, en même temps que je la lis, cette propriété assez particulière. |
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La référence est Home X, 214 et 219 pour les corps évanescents. Un peu plus loin, p. 224, on trouve l'idée selon laquelle Sauron a commis le crime de voler un corps. |
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Pour reprendre le sujet des corps évanescents, il existe une autre référence qui le mentionne explicitement. Cette référence présente dans Le Livre des Contes Perdus témoigne d'ailleurs que cette "propriété" des Elfes était depuis longtemps adoptée par Tolkien puis conservée tout au long de l'évolution des écrits de Tolkien. LCP étant les premiers écrits DE JRRT. Le Livre des Contes Perdus, Tome II aux Editions Christian Bourgeois : |
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Fangorn, dans ton message du 16.01.2000, tu as écrit: "lorsque Silpion se vit refuser la conduite du Navire de la Lune" J'en suis désolé pour les autres lecteurs du forum qui vont trouver ça bien futile mais je ne pouvais pas ne pas corriger cette citation en rappelant que c'est Silmo qui se vit refuser la conduite du Navire de la Lune, et non Silpion :-))) Bah oui, quand on se chosit un pseudo qui n'a que deux occurences dans tout l'oeuvre de Tolkien, on peut se permmettre ce genre de coquetterie. En tout cas, cher Fangorn, n'y voit pas un reproche parce qu'en règle générale, je suis plutôt ébahi quand je lis tes interventions ,par ton érudition bien sûr mais aussi par ton esprit de synthèse. Silmo |
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Ouaiiis! |
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:-) .....et ce soir (12 février 2002) c'est le début d'un nouveau cycle lunaire : le vaisseau de Silpion ne sera pas visible. Profitez-en pour regarder les étoiles, et bien sûr faire de beaux rêves ;-). Silmo |
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Chers tous, Je suis en admiration devant l'érudition de vos propos sur la nature angélique des Maïar et sur ces implications concernant l'apparence de Sauron. A ce propos justement, j'ai retrouvé un texte dans HomE XI, 54 (Grey Annals, §154) repris dans le Silmarillion au chapitre de la fin du siège d'Angband, qui me semble à la fois compléter et enrichir vos propos et surtout montre à quel point la capacité de méta-morphose spécifique de Sauron est clairement exposée par Tolkien: "But Sauron took Minas-tirith and made it into a watch-tower for Morgoth, and filled it with evil; for he was a sorcerer and a master of phantoms and terror." (Home XI, 54, souligné ici). Un maître des "phantoms": difficile de trouver un équivalent français à ce mot encore riche de sa racine grecque (phainomenon, phainestai) que l'on retrouve bien sûr dans phénomène et même dans le "fantôme" français, ici insuffisant à traduire "phantoms", bien sûr... Je vous avoue par contre ma totale incompétence face au terme de "sorcerer": hapax ? équivalent "morgothien" des Istari (anachronisme à la clé...) ? Sorcier (insuffisant) ? Nécromancien (sur-déterminé?) ? Bien à vous, RR |
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> RR: Je vous avoue par contre ma totale incompétence face au terme de "sorcerer": hapax ? équivalent "morgothien" des Istari (anachronisme à la clé...) ? Sorcier (insuffisant) ? Nécromancien (sur-déterminé?) ?
En tout cas, il ne s'agit pas d'un 'hapax' (pourquoi les grand mots, tout de suite). J'ai trouvé d'autres références au 'Sorcerer' à l'entrée correspondante de l'index de HoME XII ainsi que dans le Silmarillion.
Cette entrée correspond à l'entrée T.A. 'vers 1100' de l'Appendice B du SdA sans référence ni à Sauron ni au Sorcier.
L'entrée T.A. 2063 de Ap.B-SdA remplace le Sorcier par Sauron.
La notice de la mort de Thrain à Dol Guldur en Ap.A-SdA ne fait référence ni au Sorcier ni à Sauron.
L'entrée correspondante dans Ap.B-SdA est T.A. 2941, le Sorcier étant remplacé par Sauron.
L'entrée correspondante dans Ap.B-SdA est T.A. 2942, le Sorcier étant remplacé par Sauron.
Quant au mystère dont tu entoures le mot, RR, je pense que parfois Sorcier veut tout simplement dire Sorcier sans qu'il soit lié forcément à Sauron. Tolkien, effectivement, fait disparaître complètement ce pseudonyme de Sauron dans le Seigneur de Anneaux parce qu'il utilise un autre sorcier, le chef des Neuf. Cf. SdA : Dans le SdA, il semble que le sorcier ne peut être que le serviteur d'une puissance supérieure. Ce ne pouvait être Sauron, donc. Certain dirons que l'argument ne tient pas la route car, dans la version originale du Seigneur des Anneaux0, le Roi-Sorcier se traduit certainement par Witch-King ou Wizard-King…Quelqu'un pourrait-il vérifier? La désignation est-elle toujours la même? Mais : (a) Sauron est lui-même qualifié de 'wizard' en HoME V p.296 : "Gorlim fut capturé par la fourberie de Sauron the wizard"(qualificatif qui disparaît dans le texte parallèle Quenta Silmarillion XIX [Silm., HarperCollins, p.162; ed.Pocket pp.210-11]). (b) ailleurs encore [HoME VI, p.215], Sauron est même appelé 'le Magicien'1 : "Now in the dark days sauron the Magician [first written Necromancer(…)] had been very powerfull in the Great Lands, and nearly all living things had served him out of fear." (c) Tolkien considérait sûrement les trois mots ('witch', 'wizard' et 'sorcerer') comme étant interchangeables puisque renvoyant tous trois, avec une orthographe visiblement très libre (majuscule(s) ou minuscule(s), trait d'union ou pas) au même Roi-Sorcier dans ses écrits : Toutefois, je crains (pas le temps de démêler les notes parfois confuses de Christopher Tolkien; d'autant plus qu'il n'a pas toujours la réponse…) que les textes cités ci-dessus, où Sauron apparaît en tant que Le Sorcier, soient postérieurs à la rédaction du SdA. Sosryko.
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sosryko, Tout d'abord merci pour tes réponses érudites et tes références fouillées qui m'ont permis de voir à quel point je me suis "emballé" au sujet d'un terme si fréquent sous la plume du professeur. 1) tout d'abord la profusion des emplois d'équivalents de "sorcier" pour des entités diverses (que Tolkien appelle Sauron "wizard" m'a profondément atterré, moi qui pensais qu'il l'avait réservé aux Istari..), cette diversité ne fait que renforcer l'ambiguïté et l'ambivalence du sens de ce terme, 2) enfin, et c'est directement lié, il m'est difficile de mettre quoi que ce soit derrière le terme de "sorcerer" lui-même. >>> sosryko: "Je me demande alors pourquoi Tolkien serait revenu à une telle désignation minimisant finalement le personnage." Je ne peux donc que m'associer à ta perplexité. RR |
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Relecture lamentable de ma part: "à cette heure obscure" Lire: "à cette heure obscureS !!! |