|
Plutôt que de discourir longuement sur les écarts dans la forme de l'adaptation par rapport à l'oeuvre original comme la suppression de la scène avec Saruman ou l'absence du nettoyage de la comté, je vais parler du fond de l'oeuvre et des sens de l'histoire, qui sont plus importants, à mes yeux, que la forme (Bien que celle ci influe forcément sur le fond puisque c'est par la première que deuxième s'exprime). J'estime en effet que si une adaptation cinématographique ne peut parfois se permettre d'être une transcription littérale, elle doit au moins respecter l'oeuvre original dans les thèmes, le fond et idéalement aussi dans le ton. La possibilité de repentance de Gollum L'histoire est structurée autour du voyage de Frodo et de ses compagnons pour détruire l'Anneau de Sauron, instrument de pouvoir et de domination, capable de corrompre son porteur, ce qui implique que l'utilisation de cet objet est impossible sous peine que le porteur devienne lui même un seigneur ténébreux (pour peu qu'il arrive à maîtriser l'Anneau). Dans l'histoire originale, la destruction de l'Unique avait pu se faire en fin de compte grâce à Gollum, ancien porteur de l'Anneau. Le sens, intrinsèque à ce dénouement, est que sans la pitié de Frodo et de Bilbo à l'égard de Gollum, l'Anneau n'aurait pas pu être détruit (à moins que Frodo se jette lui même dans le feu de la Montagne du Destin). Cette pitié avait "rattrapé" la faiblesse de Frodo face à la puissance irrésistible de l'Unique. Ce sens, est il conservé dans le film? Alors que le texte de LotR fournit des indices pour emmener le lecteur à comprendre que Gollum allait se repentir sans la réaction de Sam, qui exemplifiait une absence regrettable de pitié, nous voyons dans le film que la trahison de Gollum (ou plutôt la défaite de Smeagol) était due à un malentendu: Smeagol avait cru, à tort, que Frodo l'avait trompé (au lac interdit) alors que ce dernier avait empêché Sméagol de se faire tuer. Notons une différence notable dans la forme entre le film et le texte qui a une importance.
Dans le livre, il avait tenu son serment ( de ne pas laissre Sauron résupérer l'Unique) en fin de compte alors que dans le film, Gollum avait bel et bien trahi Frodo et brisé son serment. Revenons au texte. les choses auraient elle pu se dérouler autrement? Alors que la patience et la bonté de Frodo envers Sméagol allait changer ce dernier (dans une certaine mesure), le manque de pitié de Sam et son extrême méfiance (en cela, Sam était l'opposé de Frodo) avaient poussé Sméagol définitivement vers le mauvais coté.
Il est étonnant que les scénaristes du film aient négligé le sens de cette scène et changer la cause du basculement de Smeagol.(Manque de pitié dans le texte et... un malheureux malentendu dans le film) sans compter que les dialogues de cette scène dans le film ont été détournés. Le Sméagol du film aurait-il pu se repentir et donner sa vie volontairement pour Frodo?
Les autres thèmes de fond de LotR sont l'immortalité et de la mortalité, thèmes récurrents dans la mythologie de Tolkien. Qu'avons nous dans le film?
Bien que la scène de sa mort soit présente en "flash forward" dans le deuxième film, d'une manière belle et poétique, les scénaristes semblent avoir manqué les points essentiels: La mort d'Aragorn était volontaire et ses derniers mots, phrase clé qui exprime l'Estel, l'espoir ou plus précisément, la confiance en Eru, dans leur destiné au delà des cercles du Monde, après leur vie sur Terre. En relation avec cela, il y a le choix d'Arwen qui manque de clarté dans le film. En effet, Elrond apparaît dans le film, comme un elfe ordinaire (et non comme un demi elfe). Les scénaristes semblent avoir décidé d'ignorer le thème de la mortalité qui est pourtant le fond de toute l'oeuvre de Tolkien et qui fait son "esprit". En somme, si les écarts dans la forme paraissent relativement peu nombreux, le respect du texte dans le film n'est que superficiel et illusoire: les fonds de ces deux oeuvres diffèrent complètement sur plusieurs points. Atmosphère et ton A présent, d'un point de vue personnel, ces films de Peter Jackson possèdent, à mes yeux, une très bonne qualité esthétique au niveau des paysages, des décors, des accessoires des personnages, des effets spéciaux. Personnellement, j'apprécie beaucoup les habitats des Toujours d'un point de vue subjectif, je trouve que le rythme est un peu trop rapide, elliptique et l'intérêt, trop centré sur l'action et le combat par rapport au roman qui est plus lent, voire contemplatif par moment et surtout, plus poétique. Conclusion Malgré quelques moments qui sont des réminiscences du texte original, le mauvais rendu de l'immortalité des elfes, la simplification des contextes (situation géopolitique et historique) et surtout, l'absence des thèmes de fond, font que ces films sont beaucoup trop réducteurs par rapport au roman. Evidemment, on peut toujours justifier et expliquer la nécessité des simplifications car aucun film ne peut être aussi riche et détaillé qu'un livre telle que LotR mais le fait est là: ces films sont réducteurs. Si on considère que le public est juge de la réussite d'un film, ces films sont des réussites indéniables, tant commerciales qu'artistiques, remplissant leur rôle de divertissement, ce qui est le but premier pour une oeuvre cinématographique. Une adaptation respectueuse consisterait à ne pas idéaliser les elfes, montrer que le temps et leur mémoire leur sont des fardeaux dus à l'"immortalité" et leur tentation d'y échapper. Ceci, associé à quelques allusions au don d'Iluvatar pour les hommes et leur erreur de le renier, donnerait une oeuvre plus profonde, mieux centrée sur les thèmes chères à Tolkien, respectueuse dans l'esprit de la mythologie. Ainsi, même à défaut d'avoir un film fidèle dans la forme, il le serait dans le fond. Aux personnes qui voudraient connaître le legendarium de Tolkien, je leur conseillerais vivement de ne pas voir ces films avant de lire ses livres sous peine de se faire une idée fausse de LotR et de se laisser imposer une vision superficielle, aussi impressionnante soit elle. En deux fois deux mots: bons films, mauvaise adaptation. |
|
Parfait,100% d'accord. |
|
A Lothiriel Tu oublies un détail important: le serment de Gollum. Frodo, incapable de se sacrifier? Il s'était déjà sacrifié en acceptant de porter l'Anneau! |
|
Stalker : ok sur le serment de Gollum, même si quand il jure "de ne jamais le laisser l'avoir, de le SAUVER", c'est une formulation suffisamment ambigue pour laisser la porte ouverte au refus de voir Frodo jeter l'Anneau. Il me semble d'ailleurs que dans le livre il y a un passage où Gollum réalise que Frodo veut détruire l'Anneau et que cela le bouleverse complètement, le faisant douter de sa fidélité. me trompé-je ? |
|
A Lothiriel Oui, question d'interprétation personnelle... Encore que Tolkien avait écrit à ce sujet. Dans la lettre 246, Tolkien avait imaginé ce qui se serait apssé si Sméagol s'était repenti juste avant Cirith Ungol. The interest would have shifted to Gollum, I think, and the battle that would have gone on between his repentance and his new love on one side and the Ring. Though the love would have been strengthened daily it could not have wrested the mastery from the Ring. I think that in some queer twisted and pitiable way Gollum would have tried [not maybe with conscious design] to satisfy both. Certainly at some point not long before the end he would have stolen the Ring or taken it by violence [as he does in the actual Tale]. But 'possession' satisfied, I think he would then have sacrificed himself for Frodo's sake and have voluntarily cast himself into the fiery abyss. |
|
sur Gollum, je ne suis pas d'accord. dans les films également, c'est la dureté de Sam, puis la violence des Hommes, qui pousse Gollum à reprendre le dessus sur Sméagol ; pour ma part, en lisant le livre, j'ai toujours conçu le passage avec Faramir comme important dans l'échec de la rédemption de Sméagol. PJ avance cet échec, mais l'annonce avec des éléments proches de ceux de Tolkien. sur le fait général que la fin de l'Anneau est une victoire de la pitié, j'ai déjà indiqué dans un autre fuseau que c'est à mes yeux plus compliqué que cela. si Gollum avait été définitivement "vaincu" par Sméagol grâce à la pitié de Frodo, l'Anneau n'aurait pas été détruit. c'est l'échec de la rédemption qui sauve la Terre du Milieu, si on pousse la logique au bout ! alors oui la pitié sauve le monde, mais au prix de la vie de celui dont on a eu pitié et qui ne s'est cependant pas sauvé. Gollum se sacrifiant pour Frodo ? mouais. alors Gollum meilleur au bout du compte que Frodo, incapable de se sacrifier lui-même ? mazette ! |
|
Stalker, en écrivant mon post précédent ce matin, je pensais bien qu'il y aurait un érudit pour m'éclairer sur le point de vue de l'auteur, merci donc ;-) Mais désolée pour le professeur, moi je n'y crois pas. Tolkien m'a trop convaincu de la force de l'Anneau ou a trop noirci ailleurs le trait sur Gollum, que sais-je ? j'imagine beaucoup plus l'Anneau reprenant toute son autorité sur celui qui l'a possédé si longtemps et qui en est rongé si fortement. et puis, en termes de rédemption, je préférerais voir Sméagol mourir tranquillement de la vieillesse qui l'aurait enfin rattrapé que d'un suicide fut-il salvateur pour la terre entière. |
|
pardonnez-moi de prendre le fil de la conversation au vol, je n'ai il est vrai pas eu l'occasion de tout lire, mais je voudrai réagir et apporter un point de vue.. j'espère ne pas avoir répondu trop à côté... au fait stalker, un petit bonjour au passage, si tu te souviens de moi ;) |
|
Bravo, Stalker : critique très pertinente, bien construite, instructive et sans polémique inutile (avec débat intéressant à la clef). Bref, une lecture aussi plaisante qu'une chronique de Semprini (à propos : pourquoi ne pas en avoir écrit une pour la version longue des "Deux Tours" ? Semprini, à ta plume ! :)). |
|
je crois que je me suis mal exprimé Gil Fustuor, je ne concevais pas la mort de gollum comme une délivrance de l'anneau, loin de là, mais plus comme justement le moyen de demeurer avec lui dans la mort, donc dans cette optique, une immortalisation de leur relation, vu que pour lui ils ne pourront plus jamais se quitter... |
|
Oui en effet, bravo! Aryador, pour répondre à ta remarque, je dirais simplement que Gollum, dans le passage de la destruction de l'anneau était tellement obnibulé par la pensé de sauver et de retrouver son anneau qu'il n'a certainement pas put penser au moyen de se délivrer de celui-ci (En se jettant au feu par exemple) Pour le reste, voir le message d'introduction. |
|
Mouais... on peut disserter sans cesse de ce que Gollum aurait pu faire " après" s'il n'était pas tombé. Je ne le vois pas, moi, se suicider en détruisant l'anneau. Je ne le vois pas réussir là où Frodon et Isildur ont échoué. Je suis sans doute plus pesimiste que le Profeseur.... Gollum, lorsqu'il réussit à s'emparer de l'Anneau, est heureux. Il est fou de joie. Il n'est pas suicidaire, loin de là !. Il a réussi, enfin ! Et il aurait agi comme celà même si Sam avait agi autrement ( entre parenthèse, je ne comprends pas bien pourquoi il est si important que ce soit l'attitude de Sam plutôt que celle de Faramir qui le détourne de la rédemption... ). Et l'anneau est plus fort que Gollum. Suffisamment fort pour lui faire comprendre qu'il ne doit pas être détruit. |
|
Argh ! J'aimerais beaucoup participer à ce fuseau, le post de Stalker est très intéressant et invite à la discussion. Mais pour ne pas répondre "hors sujet", encore faudrait-il que j'arrive à saisir exactement les propos de Tolkien dans la lettre citée ... (ceux qui me connaissent savent mon peu de maitrise de l'anglais !) Quelqu'un pourrait-il me traduire l'extrait cité par Stalker ? Merci ! |
|
A Lothiriel: La même lettre que j'ai citée parlait d'une "logique" de l'histoire qui fait que Sam ne pouvait réagir autrement (Et j'extrapole qu'il en est de même pour Gollum). ... His repentance is blighted and all Frodo's pity is (in a sense ) wasted. Shelob's lair became inevitable. A Aryador (et aussi pour Lambertine): Pour Lambertine: A Sylvae: "Je crois que qu'il y aurait eu une lutte entre sa repentance et son nouvel amour d'un coté et l'Anneau de l'autre. Bien que l'amour était renforcée quotidiennement, elle n'aurait pas pu prendre le dessus sur l'Anneau. Je crois que d'une façon bizarre et pathétique, Gollum aurait essayé (sans avoir un plan conscient) de satisfaire les deux. Il aurait certainement volé ou prit l'anneau peu avant la fin (comme il l'a fait dans l'histoire actuelle). Mais une fois la possession satisfaite, je crois qu'il se serait sacrifié pour le bien de Frodo et se serait jeté volontairement dans le feu. |
|
Sméagol était attaché à Frodon et Frodon à Sméagol, parce qu'ils étaient réciproquement les seuls à pouvoir comprendre ce que signifiait l'annneau et la souffrance qu'il engendrait pour son porteur. Mais il y avait aussi Gollum, Gollum qui voulait l'anneau au moins autant que Sauron et qui prit le dessus sur Sméagol dès que l'anneau revint en sa possession. Gollum est un hybride issu de l'anneau et de Sméagol, il est un infime morceau de Sauron. |