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À propos du "Livre I - Chapitre 6. La Vieille Forêt" |
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Je remonte ce fuseau pour discuter d'une hypothèse en lien avec ce chapitre.
Pendant la traversée de la Vieille Forêt, nos Hobbits se retrouvent confrontés à des dépressions de terrain à propos desquelles Tolkien a une formule intéressante "comme des ornières d'immenses roues de géants" (trad. Ledoux). Puis de profonds replis de terrain se découvrirent à l'improviste, comme les ornières d'immenses roues de géants ou de larges fossés et des routes affaissées, depuis longtemps hors d'usage et obstruées de ronces. Ces replis s'étendaient pour la plupart en travers de leur ligne de marche et ils ne pouvaient les franchir qu'en jouant des pieds et des mains pour descendre et en ressortir, ce qui était incommode et difficile avec les poneys. A chaque descente, ils trouvaient le creux rempli d'épais buissons et de broussailles emmêlées qui, de curieuse façon, refusaient de céder sur la gauche et ne livraient passage que si les voyageurs se tournaient à droite; et ceux-ci devaient parcourir une certaine distance dans le fond avant de trouver un moyen de remonter de l'autre côté. Chaque fois qu'ils avaient escaladé la pente, les arbres paraissaient plus profonds et plus sombres; et toujours sur la gauche et vers le haut il était des plus difficiles de trouver un chemin Seigneur des Anneaux, I, 6, La vieille Forêt (mon emphase) Je me suis demandé, après avoir étudié récemment la question des fossés antiques qui parcourent certains paysages d'Angleterre, si ces "ornières" ne constituaient pas une sorte de prolongement de l'autre grand fossé rencontré par les Hobbits, celui qui constitue la "frontière" (présentée comme telle par Tom Bombadil) le long de la Route de l'Est, au nord des Hauts des Galgals. La ligne sombre qu'ils avaient vue n'était pas une rangée d'arbres, mais des buissons qui poussaient au bord d'un profond fossé avec un mur escarpé de l'autre côté. Tom dit que cela avait été la frontière d'un royaume, mais en un temps très lointain (...) Ils descendirent et remontèrent avec peine, puis passèrent par une brèche du mur. Seigneur des Anneaux, I, 8, Brouillard sur les Hauts des Galgals Dans Promenades au Pays de Bree, je n'avais pas envisagé ce lien possible entre les deux systèmes de fossés. Ce mur semble avoir été, si on en croit les dires de Tom Bombadil dans Le Seigneur des Anneaux, la frontière d’un ancien royaume . Dans les Appendices du roman, il est signalé que la Grande Route de l’Est formait la frontière entre les royaumes d’Arthedain et de Cardolan. Sans doute la plus puissante des deux monarchies a-t-elle édifié un rempart un peu au sud de la route afin de créer une zone tampon pour la libre circulation des marchandises et des troupes. Compte tenu de l’orientation du fossé vers le sud et les collines, les princes du Cardolan se retrouvèrent certainement privés de l’accès à la route. Dans sa fonction de frontière, notre vieux mur pourrait bien évoquer le célèbre Mur d’Hadrien, édifice romain construit en pierres et en tourbe au IIème de notre ère, et qui s’étendait sur toute la largeur de la frontière nord de la province romaine de Britannia (soit 73 milles). Mais l’histoire ancienne de l’Angleterre offre au lecteur d’autres possibles références, telle la fortification linéaire connue sous le nom de Wansdyke, qui traverse les comtés de Somerset et de Wiltshire, et qui séparait au VIIème siècle l’ancien royaume breton de Dumnonia de ses ennemis saxons du Wessex , ou bien la célèbre Offa’s Dyke qui depuis le VIIIème siècle, forme une frontière discontinue de 150 milles de long entre les terres galloises et l’Angleterre. Il peut rappeler aussi plus modestement les nombreux murs de pierres sèches (dry stone walls ou dry stone dykes) qui parsèment depuis la nuit des temps les hautes terres des campagnes anglaises, mais dont les vocations premières sont souvent plus agricoles que militaires. Votre serviteur dans Promenade au Pays de Bree (2013)
Je trouve toutefois cette hypothèse assez séduisante, d'imaginer qu'une ancienne frontière oubliée, à l'image des fossés antiques d'Angleterre (Wansdyke, Offa's Dyke, etc, mais aussi les mystérieuses Aberford Dykes à l'est de Leeds) s'étende le long de la Route de l'Est jusque sous l'ombre des bois de la Vieille Forêt. Qu'en pensez-vous ? I. |
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Hypothèse très séduisante en effet ! ;-)
Quelques éléments de réflexion à vous soumettre. On pourrait aussi imaginer que ce fossé en est véritablement un, sorte de douve où une forêt de buissons inextricable faisait office d'obstacle à ceux qui seraient mal intentionnés. Le fait que ces buissons refusaient de céder sur la gauche et ne livraient passage que si les voyageurs se tournaient à droite me fait inévitablement penser au Vieil Homme-Saule. Cette "particularité" me fait croire qu'un vestige de magie persiste en ces lieux... |
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Mmm ... Hypothèse intéressante mais probablement infirmée par l'histoire de la Vieille Forêt elle-même, si elle constitue bien ce vestige d'une forêt autrefois plus vaste et surtout jamais conquise par l'homme ? |
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L'idée est intéressante et pas forcément aberrante : on peut imaginer une défense très rudimentaire, faite d'un simple fossé et d'un mur de terre, y compris sans doute à travers une forêt autrement inexploitée. Deux problèmes toutefois : compte tenu de la géographie et du fait que la Comté faisait anciennement partie de l'Arthedain, il serait plus logique d'envisager une ligne de défense courant immédiatement au sud de la Grande Route de l'Est de Brie jusqu'au pont du Brandevin. Le fleuve aurait ensuite fait office de frontière naturelle. Je ne vois guère pourquoi les rois de l'Arthedain auraient jugé utile de faire dévier cette défense pour y inclure une partie de la Vieille Forêt. Au pire, ils auraient plutôt fait courir ce mur au sud de la forêt s'ils avaient voulu l'annexer. Par ailleurs, les Hobbits rencontrent ces fameux fossés à plusieurs reprises, et toujours suivant la même direction (le bord opposé est systématiquement le plus haut). Même en admettant qu'ils serpentent dans la forêt et perdent leur orientation, il leur faudrait normalement passer alternativement du côté Arthedain au côté Cardolan, donc être alternativement sur le bord le plus haut et sur le plus bas, ce qui n'est pas le cas. Pour ma part, j'ai toujours considéré que ces fameux fossés devaient être des fossés secs appartenant au bassin versant de l'Oserondule, fossés bien sûr susceptibles de se remplir d'eau en cas de pluie (en somme, ce que l'on nomme des vallats dans ma région). Cela expliquerait naturellement le fait que la végétation cède plus facilement vers la droite (aval) et que les Hobbits se retrouvent inévitablement poussés en direction de la rivière. Au passage, le fait que le versant opposé à eux soit systématiquement plus haut pourrait s'expliquer par une montée progressive du terrain en direction des Coteaux des Tertres. (Toutes ces explications naturelles n'excluent évidemment pas une action supplémentaire du Vieil Homme-saule.) D. |
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Isengar, tu parviens toujours à raviver l'imaginaire géographique, et je t'en remercie :) Il est vrai que cette mention de "fossés" suivie de "larges routes affaissées" est suggestive. Mais sans aller aussi loin que les réponses de Cédric ou d'Elendil, j'ai eu la même pensée qu'Yyr en pensant à l'antiquité de la Veille Forêt. |
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Yyr a écrit :
En effet, considérer que ces étranges fossés pourraient être le résultat de travaux réalisés par la main de l'homme nous amènerait vers le risque de relever une contradiction (légère) dans ce que nous savons de l'histoire de la forêt. ...like the ruts of great giant-wheels or wide moats and sunken roads long disused and choked with brambles. LoTR, I,6 Pragmatiquement, l'hypothèse de fossés secs évoqués par Elendil se tient, évidemment. Et pourquoi pas des fossés créés par la Forêt elle même par le jeu des réseaux racinaires ?
Relire Le Seigneur des Anneaux n'en finit pas de faire rêver, n'est-ce-pas ?
Quoiqu'il en soit, merci pour vos retours I. |
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Merci surtout à toi ! Une chose est sûre aussi (ou c'est une autre façon de le dire) : les descriptions tolkieniennes, avec leur pouvoir d'évocations multiples (encore comme une lumière qui se réfracte ?) ne lassent pas de nous enchanter ! |
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Je pencherais plutôt pour un plissement géologique naturel, les plis du terrain finissant par définir de profonds fossés favorables à l'irrigation des forêts qui se forment à proximité. S. |
