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Bonjour à tous! Or je lis dans le passage que j'évoque plus haut (excusez la longue introduction, je suis parfois bavard), dans lequel Gandalf narre l'histoire de Gollum, originairement Smeagol, je cite: Une famille hobbite, gouvernée par une femme. La structure familiale semble très matriarcale. Or rien de tel ne transparaît ailleurs chez les Hobbits. Certes, Lobelia Sacquet et Mme Magotte, chacune à sa manière, sont des personnalités fortes qui gèrent leur petit monde. Mais la tonalité matriarcale est moins explicite. Alors qu'en est-il? La société hobbite est-elle fondamentalement matriarcale? Le peuple de Smeagol fait-il exception? Est-ce une ancienne tradition délitée au fil du temps? Qu'en pensez vous? Amicalement... |
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Société matriarcale...je ne sais pas, société à tradition monarchique anglo saxonne plutot je m'explique: les traditions anglo saxonne du gouvernement divergent de l'idée que l'on se fait en France. En effet nous avons en France la loi de la masculinité (je fais comme si nous étions encore en monarchie pour que ce soit plus pratique)...en Angleterre (contrairement à la France) une femme peut devenir reine. Ainsi ce n'est ni une société matriarcale ni patriarcale, mais une société qui donne une place politique à chacun des deux sexes. Peut on appliquer cela à la société hobbite ou pré-hobbite? Sans doute, puisque Tolkien me semble t'il voyait dans la Comté, l'Angleterre... |
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Ne pas oublier aussi, pour les personnages hobbits féminins à fort caractère, une certaine riche grand-mère dans un fauteuil roulant... Mais Didier vous en parlera mieux que moi ;-) |
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Bonjour à tous aussi! |
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On peut préciser également que dans le chapitre 2 du livre I, Frodo est appelé "'the' Mr Baggins of Bag End" ; le 'the', en anglais, désigne justement un chef de clan, ce qui montre que la société des hobbits s'inspire bien des sociétés claniques. Cependant je ne suis pas tout à fait d'accord avec l'idée de l'infuence de l'ère victorienne. C'est sans doute plus simple que cela : en Ecosse, quoique la société soit incontestablement patriarcale, il est depuis toujours tout à fait possible à une femme d'être chef de clan, pour peu qu'aucun héritier mâle ne soit disponible (évidemment la chose était rare, mais il est arrivé plus d'une fois que les femmes succèdent sans que cela déclenche une guerre de cent ans ;-)). La grand-mère de Sméagol pourrait bien être dans ce cas. Cela dit, on peut toujours se demander si le choix d'un personnage féminin en l'occurence a une signification quelconque. |
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Le modèle écossais : très juste, Ylla, bien vu. |
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Merci à tous pour ces interventions fort intéressantes. Laegalad d'ailleurs a suggéré une opposition intéressante entre civilisation agricole / matriarcale, civilisation guerrière / patriarcale, même si la véracité historique n'est pas attestée. Les Hobbits sont plus agrestes, liés à la nature cyclique et nourricière. Ils sont loin d'être des guerriers, même s'ils savent se défendre et faire preuve de tenacité. Mais une telle grand-mère serait-elle seulement envisageable chez les nains, plus industrieux, telluriques et guerriers? Bien à vous tous. |
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Si l'on s'en tient au texte de Tolkien, une opposition société agricole-matriarcale/société guerrière patriarcale n'apparaît nulle part. Les sociétés naines sont présentées avant tout comme des sociétés d'artisans, de mineurs et de marchands, la guerre n'est pas leur occupation première, mais leur force physique et leur caractère intransigeant et susceptible les prédispose à la bagarre. Les sociétés humaines paraissent à première vue plus patriarcales et guerrières : les rohirrims sont décrits comme guerriers tout autant qu'éleveurs, puisque les hommes répondent en masse à la levée des troupes, abandonnant champs et troupeaux. Les gondoriens sont organisés de façon plus classiquement hiérarchisée, un peu sur le modèle féodal européen : une caste de guerriers, de rang élevé, chez qui sont à l'honneur des valeurs militaires : force, vaillance, loyauté, - protégeant et règnant sur une population de paysans et d'artisans. Les Elfes de la fin du Troisième Age apparaissent comme pacifiques - peut-être assagis par des millénaires de guerre, car ce n'était pas le cas autrefois -, soucieux avant tout de préserver les restes de leur art de vivre condamné à terme. Mais où est le rapport patriarcat/matriarcat? Chez les Rohirrims, si Eowyn revendique un rôle de vierge-guerrière plutôt que de princesse-consorte, c'est - sous-entendu - que ce statut existe bien chez eux, et que d'autres femmes ont pu participer aux combats. C'est son rang qui l'en empèche, plutôt que son sexe. La fameuse grand-mère de Smeagol fait donc exception. D'autant plus exception, que si l'on relit les passages où Gandalf l'évoque (merci, Moteur de Recherche!), elle apparaît réellement comme chef de clan, elle détient bien l'autorité. Il suffit de s'en tenir aux termes utilisés : |
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Bon matin à tous! |
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Rien à redire! (Quant à l'opposition féminité/masculinité (principes anima/animus repris par les nouvelles écoles de psychanalyse), il y aurait des choses à dire mais ce serait, à défaut d'être hors sujet, trop connexe ici. Peut-être dans un nouveau fuseau...) Je ne dispose que du Hobbit, du Silmarillion et du SdA. Qu'en disent les autres ouvrages et que savons-nous d'une éventuelle aïeule de Tolkien qui eût pu faire référence? Amicalement. |
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Une partie de la solution pourrait peut-être se trouver dans le 1er chapitre du SDA quand Tolkien évoque l’origine des Hobbits. |
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On trouve des éléments dans la lettre 214, ou Tolkien écrit justement à son correspondant : “you should feel inclined to enquire further about Sméagol's 'grandmother'” Cette lettre est une vraie mine d’or en ce qui concerne le pouvoir des femmes chez les hobbits. Selon Tolkien, le “family arrangement” des Hobbits est plus patrilinéaire que patriarcal. Quand le chef de famille (homme) meurt, sa place n’est pas prise par son fils mais par sa femme, jusqu’à sa mort, sauf si elle abandonne volontairement sa position de chef de famille/clan… Donc les Hobbits reconnaissent sans problème l’autorité d’une femme. La lettre donne également un certain nombre d’exemples de femmes ayant en quelque sorte dirigé des clans ou des familles de Hobbits : Laura Baggins, Lalia le Grande (ou la Grosse) Par ailleurs, je traduis ici grossièrement la fin de la lettre, qui s’intéresse tout particulièrement au peuple de Sméagol : ”Il n’y a pas de raison de penser que les Forts des terres sauvages aient développé un système matriarcal strict. Aucun trace d’une telle chose ne peut être trouvé parmi les Forts du quartier Est et du pays de Bouc, bien qu’ils maintiennent des lois et des traditions différentes. L’utilisation par Gandalf du terme “matriarcal” n’avait pas un sens “anthropologique” mais désignait simplement une femme qui dirigeait de fait le clan. Sans doute parcequ’elle avait enterré (vous excuserez la traduction pour outlived :-) )son mari et parcequ’elle était une femme de fort caractère. Il est vraisemblable que dans le pays décadent des Forts dans les Terres sauvages, les femmes (comme cela s’observe souvent dans de telles conditions [– à quoi Tolkien fait-il allusion ici? Des éléments historiques des pays nordiques? Peut-on y rattacher ce que nous dit MJ sur les différentes cultures européennes? ]) avaient tendance à préserver une meilleure condition physique et mentale, et donc devenaient plus importantes. Mais il n’y a pas lieu de croire qu’ […] une société matriarcal ou polyandrique se soit développée (même si cela pourrait expliquer l’absence de référence au père de Sméagol.)” Et en anglais : “There is no reason to suppose that the Stoors of Wilderland had developed a strictly 'matriarchal' system, properly so called. No trace of any such thing was to be found among the Stoor-element in the Eastfarthing and Buckland, though they maintained various differences of custom and law. Gandalf's use (or rather his reporter and translator's use) of the word 'matriarch' was not 'anthropological', but meant simply a woman who in fact ruled the clan. No doubt because she had outlived her husband, and was a woman of dominant character. Tout ceci dit très brièvement - mais il y a sans doute beaucoup à extraire de cette lettre, et je suis sûr qu'elle intéresserait MJ et d'autres au plus haut point :-) |
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La question du pouvoir féminin dans l'univers tolkienien a semble-t-il été déjà amplement débattue. Par contre, le personnage lui-même de la grand-mère est intéressant à un autre titre : il peut nous apporter un nouvel éclairage sur la personnalité de Smeagol, avant l'anneau, avant qu'il ne devienne Gollum. Le lecteur ne se le représente généralement que comme il apparaît dans le SdA, une créature dégradée, dégoûtante, corrompue et misérable. On a toujours fait l'impasse sur son passé. Tolkien en effet ne l'évoque qu'en quelques lignes et la seule chose que l'on retient généralement de ces quelques lignes est qu'il commence sa carrière par un meutre. Or, ce meurtre ne fonde pas le personnage, c'est le premier acte qu'il commet sous l'influence de l'anneau. Bilbo lui, est tenté également par le désir de tuer Gollum dans la grotte. Même Frodo, lorsqu'il retrouve son vieil oncle, pourtant aimé, à Rivendell, maîtrise difficilement l'envie de le frapper. Pourquoi ces deux-là arrivent-ils à réfréner leur pulsion, et pas Smeagol? |
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Aaaah, hé bien voilàààà! |
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Evidemment que cette lettre 214 me fait grandement défaut ! encore une ! Merci Gurth ! Dans un vieux livre d’un historien allemand, contemporain de Tolkien,(Rudolf Pötler) « la Saga des Vikings »on trouve une description féminine qui me semble assez compatible avec l’extrait donné par Gurth : Cette tradition peu habituelle dans les sociétés du haut Moyen Age ne peut venir que de peuples où l’absence totale d’hommes au village est fréquente du fait des guerres ou de la nécessité de longs déplacements constants comme il en va des marchands, seconde activité essentielle des vikings. (L’activité commerciale expliquant peut-être aussi le fait qu’ « ils craignaient moins les hommes »que les autres branches Hobbites) Les « Forts » seraient-ils l’héritage viking des Hhobbits ? |
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Oh oui! Merci Gurth! Comme quoi ça aide un max de posséder ou d'avoir lu les Letters et autres HoME! On devrait tous, ... mais bon! Et merci MJ! C'est vrai qu'on peut facilement se représenter les femmes hobbittes comme de rudes gaillardes, costaudes, travailleuses, débrouillardes et dures à l'ouvrage. Mais leur caractère est sans doute plus joyeux et bon vivant que celui des tes nordiques intraitables et renfermées. Par contre, je ne me rappelle pas que les Hobbits aient été décrits par Tolkien comme une société marchande. D'après mes souvenirs, mais je peux me tromper, ils commercent entre eux, ils sont plutôt casaniers et lorsqu'ils voyagent pour affaire, c'est au maximum jusqu'à Bree. Si des marchandises en provenance de la Comté ont été découvertes parmi les ruines de l'Isengard, au grand étonnement des deux hobbits présents d'ailleurs, c'est que les sbires de Saroumane avaient déjà mis le pays en coupe réglée. Les Hobbits n'étant pas non plus des guerriers, ce n'est donc pas forcées par l'absence de leurs hommes que les femmes prennent une part active à la vie sociale et à la gestion des biens, c'est à leurs côtés, de plein accord des deux parties si j'ose dire. Voilà qui devrait te plaire! |
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Melilot : tu sais ma théorie est loin d’être au point !!!et je n’en voudrai à personne de la trouver « farfelue » ! Pourtant je m’efforce de la défendre : caractère dur intraitable et renfermé me semble convenir à celui de la grand’mère de Sméagol, n’a-elle pas de sa seule autorité chassé celui dont l’acte criminel pouvait nuire à l’honneur de la famille sans en référer à une quelconque autorité supérieure et sans recours possible pour le fautif banni du domaine(du clan) et condamné à errer sans ressources dans des terres hostiles ou le seul refuge sera ces sombres grottes ou Gollum demeurera 500ans malgré la possession de l’Anneau Ce que nous connaissons du caractère joyeux des Hobbits est celui qu’on observe dans une Comté, où la prospérité et la paix règnent depuis de nombreuses années : « ils étaient, du temps de leur paix et de leur prospérité, de joyeuses gens». Je ne cache pas que cette phrase me gène beaucoup : « Jamais les Hobbits d’aucune sorte n’avaient été belliqueux et ils ne s’étaient jamais battus entre eux » Mais je n’ai pas l’intention de prétendre que Tolkien a voulu transposer dans les origines des Hobbits l’histoire de l’Angleterre ; je n’espère trouver que des clins d’œil, la reprise de thèmes qui lui étaient chers comme sa préférence pour les origines anglo-saxonnes du peuple anglais et dans certaines limites également sa filiation aux celtes. Si l’on retient sa volonté initiale de construire une mythologie pour son pays, idée à laquelle il n’a probablement renoncé que par réalisme et non sentimentalement, il me paraît logique qu’il ait éprouvé le besoin d’ancrer son œuvre à une population dans laquelle transparaissent des traits spécifiquement anglais. |