|
Il y a déjà quelque temps, de longs et intéressants débats avaient été tenus sur le fuseau "Affaire de volonté", lequel avait d'ailleurs dû être doublé pour rendre un chargement et une lecture plus aisés. Malgré tout, les sujets abordés dans ces fuseaux sont loin d'avoir été épuisés. Je souhaitais rouvrir le débat en choisissant une porte d'entrée assez semblable à la première fois où il a été initié - soit une petite phrase du SDA qui concerne Frodo et dont la lecture qui m'a toujours posé question. Je vous la livre sans plus tarder.
Première réaction épidermique : il doit s'agit d'une erreur de traduction ou alors d'une formulation malheureuse de la part de Tolkien. Ce n'est pas contre sa volonté que Frodo porte l'Anneau, ni à la demande d'autres, mais parce qu'il l'a choisi (même si Eru a pu l'inspirer) et qu'il s'est proposé lui-même devant le Conseil. Personne ne le lui a demandé, pas même Gandalf ou Elrond (1)… - Une mauvaise traduction ? - Retour donc à l'original - Pourquoi donc, alors, cette réflexion "restrictive" de Faramir ? Réflexion faite, Tolkien veut peut-être nous dire ceci, par la voix de Faramir : Frodo décide bien volontairement de prendre l'Anneau et se propose lui-même pour la tâche. Mais ce que Frodo ne choisit pas, c'est le destin qui lui a été assigné. De manière, j'en conviens, un peu extrémiste, je dirais que Frodo renonce volontairement, de manière définitive (en tout cas, pour l'accomplissement de sa quête), à exercer son libre-arbitre, il renonce à la maîtrise de son destin personnel, pour entrer dans le plan que l'Instance supérieure lui a assigné ou dit autrement, pour se laisser guider par la main implicite d'Eru/Dieu. Je ne vois que deux occasions pour lui d'exercer sa liberté. Deux toutes petites occasions - mais effectivement tout à fait essentielles : Le second tout petit espace de liberté qui lui est accordé est le choix qu'il a de l'attitude à adopter envers Gollum. Il choisit la voie de la compassion (et là aussi, il a sans doute été inspiré par Eru, via Gandalf). C'est le second élément clef de la réussite de sa quête (2). Pour tout ce qui est du reste, Frodo ne l'a pas choisi. Ce destin, il ne l'a pas voulu, il lui a été assigné "malgré lui" ("unwilling"). Il le prend sur lui - ("took this thing on yourself "), suite "à la prière" - ("at others'asking"), à la très discrète sollicitation d'une Instance supérieure - discrète mais suffisante pour que Frodo ait la certitude absolue de savoir où se trouve son "devoir". Voilà cette fois, pour notre petite phrase, une interprétation qui me paraît beaucoup plus plausible - ou en tout cas, qui colle beaucoup mieux avec ma vision du SDA. Et vous ? Qu'en pensez-vous ? Ylem. (1) En fait, c'est même tout le contraire : Elrond ne dit-il pas : "But it is a heavy burden. So heavy than none could lay it on another. I do not lay it on you. But if you take it freely, I will say that your choice is right". (2) Il y a un troisième élément clef au salut de la Terre du Milieu : la Providence qui précipite Gollum dans l'abîme… De mon point de vue, ce salut dépend aussi de l'accomplissement d'autres destins, particulièrement de Sam, d'Aragorn et de Gandalf. "Destins" - dans le fond, quels sont les personnages de toute l'œuvre de Tolkien qui n’accomplissement pas leur destin ou qui le refusent volontairement ? Hm... gardons ça éventuellement pour plus tard… |
|
Ouf! La question est passionante, et inépuisable on dirait. Tu nous avais promis d'y revenir, te voilà enfin :-)) Je ne vais pas répondre à tout tout de suite, c'est trop long. Mais j'ai quelques remarques; "If you took this thing on yourself, unwilling, at others'asking, then you have pity and honour from me" others est au pluriel, il ne peut donc pas s'agir d'Eru (sinon, on aurait " Other's ". et puis Eru n'" ask " pas :-), il provoque, aide, appuie, mais on n'a aps encore vu qu'il "demandait" à Frodon de prendre l'anneau. Concernant le parallèle entre Marie et Frodon, moui... D'accord, pourquoi pas, Frodon dis bien "je détruirai l'anneau bien que je n'en connaisse pas le chemin", qui ressemble à l'abandon total de la Vierge Marie. Mais enfin, cette comparaison est-elle la seule valable ? Au sujet de la phrase de Faramir (tu pourrais nous donner la page qu'on aille voir le contexte), le unwilingly est en effet étonnant. Soit Tolkien avait prévu une version du conseil d'Elrond où Frodon manquait de liberté pour prendre l'anneau, et en la modifiant a oublier de modifier ce passage, mais c'est improbable et seriat étonnant. Enfin, Frodon aurait pu, tout au long de son chemin, abandonner sa mission (non pas l'anneau), et c'est donc librement qu'il poursuit sa route. S'il n'est pas libre vis à vis de l'anneau, il l'est vis à vis de sa mission. Attention donc ! Enfin ta dernière question m'allèche, mais on va essayer d'avancer d'abord sur ce premier point, en effet :-) A + Vinyamar |
|
Frodo, c'est celui qui est fidèle jusqu'au bout, de manière absolue, celui qui ne renonce jamais. Ce qui transparaît aussi dans les surnoms elfiques de Frodo et Sam donnés dans Sauron defeated p. 62. Frodo = Bronwe athan Harthad (Endurance beyond Hope) Sachant que "bronwe" signifie "endurance, lasting quality, faith" (mon emphase) Didier, entre deux brumes. |
|
>Ylem : je ne suis pas sûre de bien comprendre la distinction que tu fais entre la décision de prendre l'anneau et le Destin de Frodo. Pour moi les paroles d'Elrond (But if you take it freely) et de Faramir (If you took this thing on yourself, unwilling, at others'asking) ne sont pas contradictoires. On est d'autant plus louable de choisir librement de faire quelque chose alors qu'initialement on voulait pas le faire et qu'on était pas obligé de le faire. Quand il appris la vérité sur l'anneau Frodo ne s'est pas dit immédiatement qu'il lui revenait d'aller le détruire d'une part parce qu'il s'en sentait incapable mais aussi parce qu'il lui fallait renoncer à sa vie tranquille dans la Comté (He was very reluctant to start now that it had come to the point). Enfin bref ce n'est pas un Héros qui saute une occasion d'accomplir un exploit. Par exemple, mis dans la même situation un Boromir (s'il avait été convaincu de la nécessité de détruire l'anneau) aurait tout de suite pris la tâche sur lui en partie pour " sauver le monde " mais aussi (surtout ?) pour accroître sa gloire. C'est dans ce sens que je prends le " unwilling " de Faramir : lors du conseil d'Elrond, Frodo fait son choix librement (ou plutôt décide librement de se laisser guider par Eru…) mais à contrecœur, à l'encontre de sa nature de hobbit (plutôt pantouflarde pour caricaturer). Je crois que sur ces points là nous sommes à peu près du même avis. Par contre je ne te suis pas quand tu dis je dirais que Frodo renonce volontairement, de manière définitive à exercer son libre-arbitre . D'une part parce que la poursuite de la quête n'est que la suite de la décision qu'il a prise librement donc pour moi c'est aussi un acte libre (il y a pas quelqu'un qui a dit " la liberté c'est l'obéissance à la loi que l'on s'est donnée ", vieux reste d'un cours de philo…) et d'autre part parce que je pense qu'il y a toujours un combat intérieur chez Frodo. On le voit dans la scène sur Amon Hen : " the two power strove in him. For a moment, perfectly balanced between their piercing points, he writhed, tormented. Suddenly he was aware of himself again. Frodo neither the Voice or nor the Eye : free to choose ". Et même si plus le texte avance moins Tolkien nous laisse voir ce qui passe dans la tête de Frodo, le combat n'en continue pas moins, jusqu'à la défaite finale. Beruthiel |
|
Une des phrases que l'on disait souvent dans ma famille ressemble asez à celle citée par Beruthiel. C'était "La Liberté, c'est le Droit de faire son Devoir" |
|
Un petit coup de Google et voilà le résultat : le quelqu'un en question c'est Rousseau et la citation exacte c'est : "La liberté est l’obéissance à la loi que l’on s’est prescrite". |
|
Dans la même veine de pensée je crois qu'un père de l'Eglise a écrit "la vraie liberté n'est de faire ce que l'on veut mais de vouloir ce que l'on doit" |
|
>Vinyamar : Au sujet de la phrase de Faramir (tu pourrais nous donner la page qu'on aille voir le contexte), le unwilingly est en effet étonnant. - Sorry de ne pas avoir pu te répondre plus tôt... Si ça t'es toujours utile, sache que la phrase provient de la toute fin du chapitre V - Livre IV. >Vinyamar : "If you took this thing on yourself, unwilling, at others'asking, then you have pity and honour from me" - Effectivement - et ça ne m'a pas échappé non plus - ce fichu "s" est bien la faille du raisonnement. La traduction lui collait mieux ("autrui" étant un indéfini) mais mes connaissances anglaises ne sont pas suffisamment pointues pour pouvoir dire que le même type de connotation peut être donné dans ce cas. Cette subtilité est peut-être simplement inexistante. Mais bon. Tout cela est peut-être assez alambiqué. Je l'admettrais volontiers... sur présentation d'une interprétation argumentée qui me paraîtrait plus convaincante ! Ylem. NB : |
|
J'y vais de ma petite disgression : à moins qu'il y ait erreur dans la citation que tu rapportes, je m'oppose audit père ; je pense plutôt qu'il s'agissait de "la vraie liberté n'est de faire ce que l'on veut mais de vouloir ce que l'on fait", à méditer particulièrement de nos jours ;) ... Jérôme |