|
bonsoir à tous, n'ayant pas l'impression que ma parole soit d'or, et ayant très peu de temps pour répondre, je copie / colle ici un échange avec un étudiant que je vais inviter à venir lire jrrvf. ------------ Il s'agit de l'équivalent belge de la terminale française. Merci de cette confirmation, pour la classe de rhétorique. 1/ non. voir par exemple "Tolkien et le racisme" dans le volume "Tolkien, trente ans après", que j'ai édité en 2004 je vous laisse surtout réfléchir à l'orientation a priori de votre réflexion... ps pour jrrvf : je sais que certaines réponses doivent être développées ; mais à questions abruptes (et mal posées, pour certaines), réponse laconique. cordialement à tous |
|
Ce qui est troublant, c'est qu'un étudiant puisse baser un travail sur de telles questions. Je ne crois pas qu'on puisse les balayer d'un revers de main, d'autant que la plupart d'entre elles ont donné lieu à des tas de discussions ici même... 1) Le Seigneur des Anneaux est-il une œuvre qui véhicule des idées racistes ? 2) Avec l'aide du personnage “Golum” Tolkien se moque-t-il du combat gauchiste ? 4) L'intrigue du Seigneur des Anneaux est-elle calquée sur la seconde guerre mondiale? 5) Tolkien aime l'idéologie germanique, excuse-t-il Hitler d'avoir voulu intertionaliser celle-ci à travers le Seigneur des Anneaux ? 6) Rend-il “le mal” attirant et vraiment beau dans ce but là? 7)Comment expliquez-vous son attrait pour le mal après toutes les horreurs qu'il a vécu lors des deux guerres en Europe ? 9) Les nains étant très peu nombreux, peut-on les associer aux Juifs ? |
|
Mmh... l'angle d'approche est assez étonnant. Certains préjugés ont la vie dure. J'espère qu'une lecture, même superficielle, de notre site préféré et de ses voisins (mais peut-être ce jeune étudiant belge devrait-il simplement lire le Seigneur des Anneaux ?) permettra de faire comprendre que l'univers de Tolkien ne se borne pas aux "Camps Hobbits" et aux maladresses ambiguës des films de Peter Jackson... I. |
|
"les réponses laconiques mais justes ", merci jean :-). trop laconiques, c'est certain, vu l'enjeu. mais j'ai l'impression d'avoir répondu bien des fois à certaines de ces questions. à vrai dire, lambertine, je ne suis absolument pas d'accord avec ce genre de concession, même si je comprends pourquoi tu la fais : les lecteurs de Tolkien sont tellement habitués à entendre des horreurs, que l'on peut croire anodin de faire des concessions. Alors que la vérité est : absolument non. quand on écrit (et je ne te prends absolument pas à partie, d'accord ?) : "Idées racistes" ? Oui, un peu, si on reste à la surface (les Elfes sont beaux et gentils et les orcs sont laids et méchants). Un peu moins, si on creuse 50cm sous la surface." on oublie que 1/ l'opposition binaire ("manichéenne" dans un sens vague) entre les Elfes blonds et les Orques noirs, c'est chez Jackson qu'on la trouve. sur la question de la "race", j'avais oublié (mea maxima culpa) ce passage du texte "L'anglais et le gallois", dans Les "Monstres & les Critiques" où Tolkien note amicalement |
|
|
|
Bonjour, Je me permets de revenir sur la question 2, en proposant une interprétation possible. Le lycéen a écrit : 2) Avec l'aide du personnage “Golum” Tolkien se moque-t-il du combat gauchiste ? Cette question est un peu pernicieuse, jeune homme... Mon opinion là-dessus est très précise... |
|
Ouaip... ben, comment dire... je ne comprend pas l'intérêt de faire un exposé sur un auteur qu'on n'a pas lu. Du coup je ne comprend pas, moi, la problématique du travail en question. Surtout qu'en faisant de toutes petites recherches sur internet, le minimum du travail préparatoire avant de lire le bouquin, il aurait trouvé réponse à ses questions. |
|
ne soyons pas trop durs avec le "jeune homme" : tout le monde a le droit à l'erreur. Mais je crois que le problème est lié à une mauvaise lecture initiale ; les choses se précisent, par email. |
|
Laegalad > voudrais tu donc donner « une volée de bois vert » à ce jeune lycéen ? |
|
Petite parenthèse historicisante... ...la nouvelle génération, abreuvée jusqu'à la limite de l'écoeurement de documentaires télévisuels et de films sur la Deuxième Guerre mondiale (avec ou sans couleurs, avec ou sans résistants, avec ou sans collabos, avec ou sans... etc.) voit son horizon historien terriblement rétréci. La démarche d'I. Smadja en était une de ces preuves éclatantes: de l'Histoire on ne connaît et l'on ne raisonne qu'au travers de la Deuxième Guerre mondiale. Tout ce qui s'est passé avant est de la Préhistoire. La 2e GM, c'est l'Age Sombre et barbare et forcément (?!) manichéen qui est LE mauvais souvenir de notre civilisation. En réalité, on peut même dire que 1945 est LA date fondatrice de notre monde dit civilisé... Avec une telle approche de l'Histoire, il est effectivement très difficile de comprendre de quoi on parle quand on évoque Tolkien et sa Terre du Milieu! Fin du coup de gueule de la prof d'Histoire... ;) FdN |
|
Jean : taquin ^_^ Mais il y a une nuance. Là, grosso modo, il nous demandait plutôt de faire le travail à sa place - et on sera d'accord que ce n'est pas formateur - et avec une grille de... lecture ? analyse ? qui ne tient pas 10 secondes de recherches préliminaires. Ce n'est pas comme s'il avait proposé de nous rencontrer pour faire une interview sur ce qu'on pensait de Tolkien ;) |
|
(Laegalad prend goût aux interviews, on dirait !) Notre ami lecteur est un jeune étudiant belge - il ne peut se déplacer facilement. cordialement, |
|
> "il est tombé sur Bonnal et Smadja." Arf, mauvaise pioche ;-) > "Je lui ai conseillé I Fernandez / I Pantin, pour remettre la balance à l'équilibre..." Et V Ferré, il est pas mal non plus ;-) Toutefois, à la question 9/, il faut bien répondre non -- mais... : Et immédiatement remarquer trois choses : (b) par la même occasion, il faut se rendre compte que cette triple description de ce qui fait le commun du peuple nain et du peuple juif est aussi et en réalité un autoportrait ! Ce qui évacue pas mal de sous-entendus qu'on voudrait donner a posteriori dès qu'on renvoie à un auteur qui parle des "Juifs". (c) Enfin, pour répondre aussi bien à 1/ qu'à 5/ |
|
Quelles concessions, Vincent ? Je ne crois pas avoir fait de concessions : j'ai dit qu'on peut considérer Tolkien comme raciste si on ne creuse pas 50 cm sous la surface, autrement dit, si on en reste à une lecture superficielle (et, oui, si on en reste à une lecture superficielle, on peut le considérer comme "raciste". Ce n'est pas une concession, juste une constatation basique : des tas de gens considèrent Tolkien comme raciste. Ce n'est pas pour ça qu'il l'est, mais il peut le paraître, même sans les Elfes blonds de Jackson - qui sont très antipathiques, au passage...) |
|
j'ai pourtant l'impression qu'une phrase comme '"Idées racistes" ? Oui, un peu, si on reste à la surface '
"des tas de gens considèrent Tolkien comme raciste. Ce n'est pas pour ça qu'il l'est" sur le net, on est lu par des personnes qui ne peuvent pas toujours sentir les nuances, lambertine ! amicalement |
|
Vincent a dit : C'est tout-à-fait ça de mon point de vue aussi. Tolkien disait d'ailleurs :Chez Tolkien, la correspondance comme L'Histoire [de la Terre] du Milieu m'amènent à dire que chacun des "peuples" (terme préféré à race par Tolkien ; raison de plus pour ne pas l'importer en français, où il a des connotations différentes) représente une des facettes de l'être humain [...] Elfes et Hommes ne sont que des aspects différents de l'humain [...]. Dans ce monde mythologique, les Elfes et les Hommes sont, dans leurs formes incarnées, de la même famille, mais représentent, dans la relation de leurs « esprits » avec le monde temporel, des « expériences » différentes, chacune possédant sa propre orientation naturelle, et sa faiblesse. Lettres (n°181), p.334 L'on note aussi que les Elfes (qui à la différence des Hommes sont restés plus proches de leur Nature primordiale) sont liés (dans une certaine mesure, qui doit bien sûr être nuancée) au « cacractère sain et sacré » du SdA et plus largement du Conte d'Arda (cf. Lettre n°328 que je citais ici, leur association à la terre d'Aman avec le fait qu'à travers les Elfes les Hommes ont accès indirectement à la Lumière des Valar (cf. Lettre n°131), la mention de HoMe X des Elfes n'ayant pas chuté « en tant que peuple », de nombreux motifs des Laws & Custums among the Eldar entièrement superposables à l'éthique chrétienne, etc.) — tout comme les Orques sont associés à la Corruption, c'est-à-dire au péché, la séparation d'avec Dieu. D'où, dans certaines correspondances de Tolkien, l'idée que certains hommes se comportent comme des Elfes, d'autres comme des Orques — « ce qui montre que chez Tolkien, on peut passer d'un état à un autre » pour citer Vincent. Les « facettes » dont il s'agit incluent ainsi jusqu'aux aspects spirituels*, c'est-à-dire ceux du sens y compris du sens moral ... d'où des peuples plus ou moins aimables ... Ceci doit alors être compris mythologiquement. Or, il me semble que c'est là où ça coince : aujourd'hui une telle lecture n'est plus possible pour beaucoup, dans une civilisation qui ne parle plus ce langage. Et les contresens sont complets si l'on passe ces motifs au crible de dialectiques sociologiques bien de chez nous, bien de notre civilisation, en particulier sur le modèle de la lutte des classes/races/sexes etc. ... (je me demande tel n'était pas le problème de fond, précisément, avec Isabelle Smadja ...) * Lesquelles facettes sont inévitablement mêlées : ainsi les Elfes sont associés à la fois à un caractère saint et à un caractère artistique, c'est-à-dire à un rapport juste avec le Monde, tandis que les Orques le sont à la fois au Mal et à la Machine-Magia (dont ils sont issus), c'est-à-dire un rapport de domination par rapport au réel. Jérôme Au fait, Lambertine, j'y pense : tu avais écrit un super post à une époque qui mettait admirablement en valeur le SdA comme « propédeutique » à l'accueil de l'autre et des différences ... Saurais-tu nous faire remonter le fuseau ? :) |
|
Vu l'heure, il est trop tard pour une manœuvre de Heimlich ... |
|
Ainsi, c' était bien vrai...Si les belges ne pratiquent pas le ski nautique, c' est qu' ils n' ont jamais trouvé de lac en pente ! |
|
Même si les questions posées par ce lycéen, portent à polémique, il ne faut pas oublier une chose essentielle. Quand un homme ou une femme se lance dans l'écriture d'un roman, ou d'une nouvelle, il ou elle le fait par plaisir..le premier lecteur d'un roman c'est l'auteur lui-même ! |