Note
Les archives déplacées sont les références des articles qui ne sont plus hébergés sur le site. Archives deplacées
Articles & essais
Visites
|
![]() D'Argeleb Ier à Aragorn II : |
Argeleb I 1226-1356 | Roi Argenté Ar- et celeb « argent », avec mutation du c en g. |
Arveleg I 1309-1409 | Puissant Roi Ar- et beleg « grand, puissant », avec mutation du b en v. |
Araphor 1391-1589 | Poigne Royale Aran et paur « poing », avec assimilation du p au contact du n, et abrégement de la diphtongue finale. Le nom du célèbre forgeron Celebrimbor « Poing d'Argent », présente le même abrégement. Pour des détails sur l'assimilation n+p > ph, se reporter à la discussion relative à Araphant ci-dessous. |
Argeleb II 1473-1670 | Voir Argeleb I. |
Arvegil 1553-1743 | Epée Royale Ar- et megil « épée », avec mutation du m en v. A comparer avec le surnom de Túrin, Mormegil « Epée Noire ». Dans ce cas, le second mot ne subit pas de mutation, parce que le premier élément (mor-) dérive en fait de morn « noir », cf. Aravorn plus bas. Pour un autre cas où la lénition est annulée, voir Araglas ci-dessous. |
Arveleg II 1633-1813 | Voir Arveleg I. |
Araval 1711-1891 | Roi Doré Ara- et une forme courte de l'adjectif mallen « doré, d'or ». Le brouillon de l'appendice donne d'ailleurs la forme Arvallen. |
Araphant 1789-1964 | Roi Plein Aran et pant « plein », avec assimilation totale du p au contact du n. Araphant serait donc un « roi de plein titre ». Peut-on supposer qu'il eut quelques difficultés à asseoir son autorité, pour mériter un tel nom ? Le premier élément ne peut pas être ara- ici, sinon nous devrions observer une mutation du p en b. En revanche, l'assimilation ne fait aucun doute, nous la retrouvons d'ailleurs dans d'autres constructions sindarines, à l'exemple de l'adjectif pluriel in devant Periannath, qui donne i Pheriannath « les Hobbits » (Tolkien parle de « mutation nasale »). |
Arvedui « Dernier Roi » 1864-1975 | Dernier Roi Ar- et *medui « dernier, final », avec mutation du m en v. Le roi Arvedui porte donc particulièrement bien son nom, un titre prédestiné. Cet adjectif n'est pas attesté seul, mais nous pouvons le rattacher sans hésitation à la racine MET qui possède plusieurs autres dérivatifs, par exemple methed « fin » (dans Methed-en-Glad, « L'Orée du Bois »). Lorsque Glorfindel vient à la rencontre des Hobbits et d'Aragorn, il s'exclame ai, na vedui « Ah, Enfin ». La terminaison adjectivale -ui est très fréquente en sindarin. |
Aranarth 1938-2106 | Noble Roi ou Noblesse Royale (?) Aran et *arth « noble » (?). Ce mot de sens inconnu se retrouve peut-être dans Arthedain (ce qui serait assez logique dans ce contexte) et Arthael (dans un brouillon de Tolkien, remplacé par Saelon « Sage »). Il est très difficile d'en préciser le sens. L'Arthedain étant une division de l'Arnor, « Pays Royal », David Salo a suggéré qu'Arthedain pourrait signifier « (pays) des hommes (edain) nobles (*arth-) », en dérivant ce mot de l'elfique primitif *arâtâ. Le dérivé régulier de cette racine est cependant arod. Tout ceci reste donc très hypothétique. |
Arahael 2012-2177 | Roi Sage Ara- et sael « sage », avec mutation du s en h. L'adjectif sael se retrouve dans d'autres noms comme Saelon, Perhael, Panthael et Iorhael. Les trois derniers sont les noms donnés à Sam et à son fils Frodon en sindarin, dans la lettre du roi Aragorn (épilogue rejeté du Seigneur des Anneaux). Ils signifient respectivement « à demi sage », « pleinement sage » et « vieux sage ». |
Aranuir 2084-2247 | Roi Eternel Probablement aran et uir « éternité ». |
Aravir 2156-2319 | Trésor Royal Ara- et mîr « joyau, trésor », avec mutation du m en v. |
Aragorn I 2227-2327 | Valeur Royale L'un des rares noms dont Tolkien a précisé la signification : « (qui a une) valeur royale ». |
Araglas 2296-2455 | Joie Royale Aran et glas « joie ». Le premier élément ne peut pas être ara- ici, sinon nous devrions observer une disparition du g. Comme dans le cas d'Araphant (ci-dessus), le premier élément est donc indiscutablement aran. En effet, au contact d'un n, il s'avère que le g ne subit aucune mutation : Tolkien prend comme exemple le nom de l'étoile Borgil, dérivé de born « chaud, rouge » et gil « étoile ». La même résistance au phénomène de lénition s'observe dans le surnom de Túrin, Mormegil « Epée Noire », composé de morn « noir » et megil « épée ». |
Arahad I 2365-2523 | La signification de ce nom demeure obscure (quelques hypothèses peuvent être avancées, mais elles restent trop hypothétiques pour être présentées avec un degré de certitude convenable). |
Aragost 2431-2588 | Terreur Royale (?) Deux options sont possibles : soit ara- et cost « querelle, dispute » (avec lénition du c en g), soit aran et gost « terreur » (avec maintien du g au contact du n, voir Araglas ci-dessus pour les détails). La seconde alternative est sans doute la plus probable, Aragost serait un « roi terrifiant » plutôt qu'un « roi querelleur »... |
Aravorn 2497-2654 | Roi Noir Ara- et morn « noir », avec mutation du m en v. On retrouve le second élément dans l'interjection de Túrin dans les Contes & Légendes Inachevés : Lacho Calad, Drego Morn. Il figure aussi, avec la même mutation qu'ici, dans le toponyme Eryn Vorn « Bois Noir ». |
Arahad II 2563-2719 | Voir Arahad I. |
Arassuil 2628-2784 | Salut Royal Aran et *suil « salutation », avec assimilation partielle du n au contact du s. Le mot suil n'est pas attesté seul, mais on retrouve les infinitifs/gérondifs suilad et suilannad dans la lettre d'Aragorn à Sam (épilogue rejeté du Seigeur des Anneaux). Pour les raisons qui nous conduisent à considérer que le premier élément est aran et non ara-, voir Araphant et Araglas ci-dessus. Avec ara- comme préfixe, nous aurions observé une mutation du s en h comme dans le cas d'Arahael. |
Arathorn I 2693-2848 | Aigle Royal Ar et thoron « aigle », avec abrégement. Arathorn aurait le profil d'un « aigle royal ». Cette étymologie est confirmée par Tolkien. |
Argonui 2757-2912 | Roi Valeureux Ar et *conui « dirigeant » ou « valeureux », avec lénition du c en g. Dans l'incertitude nous trancherons pour « roi valeureux ». Ce mot n'est pas attesté dans nos sources, mais il s'agit selon toute vraissemblance d'un adjectif (terminaison -ui) formé à partir du mot caun. Malheureusement, caun ne possède pas moins de quatre sens très différents... Au nombre des plus probables, on compte « valeur » ou « prince, dirigeant » - ce dernier est lui même hypothétique, puisque nous le déduisons du pluriel conin « princes ». |
Arador 2820-2930 | Seigneur Royal Probablement Ara- et taur « roi », avec mutation du t en d et abrègement de la diphtongue finale. Selon toute apparence, Arador se donne pompeusement les traits d'un « seigneur royal ». Pour un abrègement semblable, voir Araphor ci-dessus. |
Arathorn II 2873-2933 | Voir Arathorn I. |
Aragorn II 2931-3141 (F.A. 120) | Voir Aragorn I. |
Les appendices du Seigneur des Anneaux, réduits pour des raisons éditoriales, nous apportent très peu d'informations sur les règnes de ces rois. Au demeurant, J.R.R. Tolkien n'a esquissé que quelques-uns d'entre eux dans ses brouillons. Nous chercherions donc en vain dans les textes du professeur les raisons qui ont conduit tel ou tel roi à prendre un titre plutôt qu'un autre...
Cependant, les luttes intestines qui conduisirent à l'éclatement du royaume d'Arnor et à la formation de l'Arthedain, du Rhudaur et du Cardolan fournissent une trame idéale pour de nombreuses parties de jeux de rôles. Je ne doute pas un seul instant qu'un meneur de jeu un peu astucieux saura tirer profit de cette liste de noms pour enrichir ses scénarios de nouvelles perspectives historiques et politiques.
Plus sérieusement, l'étude de cette liste constitue aussi une bonne introduction aux mutations qui caractérisent la langue sindarine. En s'inspirant des règles esquissées ici, il devient en effet possible d'interpréter plusieurs autres noms du Seigneur des Anneaux, comme
Malvegil « Epée dorée » (voir Araval et Arvegil) ou Menelvagor « Epéiste du ciel » (à comparer avec Magor, le grand-père de Hador, surnommé « L'Epée »)... La langue des Elfes Gris se dévoile dans toute sa complexité, mais aussi dans toute sa beauté.
Rien ne nous retient, pour conclure, d'inventer quelques noms à la façon de Tolkien : Arvellon « Ami Royal » (ar- et mellon), Arvenel « Roi Céleste » (ar- et menel), Arahir « Roi du Fleuve » (ara- et sîr), ou encore Aragon « Roi de Pierre » (aran et gond, avec un abrégement du nd final). Je vous laisse poursuivre !
SOURCES
Le Seigneur des Anneaux, appendice A.I.(ii)
The Letters of J.R.R. Tolkien, lettre n°347 à Richard Jeffery, pp. 426-427.
The Peoples of Middle-earth, pp. 193-196 et 209-211 (brouillons de l'appendice A).
The Lost Road, « The Etymologies », pp. 341-400.
Sauron Defeated, lettre d'Aragorn à Sam, pp. 129-131.
Date de création : 21/12/2007 @ 18:06
Dernière modification : 21/12/2007 @ 18:06
Catégorie : Linguistique
Page lue 3700 fois