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hiswe-category/pletter.gifRevues de presse - De l'argumentation d'une critique...

De l'argumentation d'une critique...

Article issu de Hiswelókë, Quatrième Feuillet, pp. 133-134.
© 2001 Didier Willis.

Sans qu'il soit utile de s'y attarder plus que nécessaire, la « Solderie [sic] de Patrick Besson » à propos de J.R.R. Tolkien, parue sous le titre « Le seigneur des fachos » dans Le Figaro du 15 mars 2001 (rubrique « La vie littéraire »), appelle quelques commentaires.

« De 1936 à 1956, J.R.R. Tolkien écrit la véritable histoire de la seconde guerre mondiale » indique l'article en guise d'introduction. Sans doute faudrait-il d'abord rectifier les imprécisions de l'auteur sur les dates. La publication du premier volume date du 29 juillet 1954, et le dernier fut publié le 20 octobre 1955. Il faudrait aussi rappeler que Tolkien avait déjà achevé l'essentiel de son roman aux alentours de 1947-1949, sans parvenir à le publier sous la forme qu'il souhaitait à cette époque. Ses difficultés avec les éditeurs sont bien connues par sa correspondance avec Waldman et Allen & Unwin. Quant à Bilbo Le Hobbit, il fut publié en septembre 1937, et Tolkien ne commença pas sa « suite » avant décembre 1937. C'est cette année-là que les chapitres qui ouvrent Le Seigneur des Anneaux, révélant « L'ombre du passé » incarnée par Sauron, furent rédigés et envoyés Unwin pour avis. Sauron lui-même avait été inventé au début des années 30, quand Tolkien travaillait à son Silmarillion, bien avant la montée du nazisme.

Les dates ne sont pas si importantes, pourra-t-on objecter. Sauf que la rigueur intellectuelle devrait exiger une certaine prudence face aux velléités d'une interprétation hâtive. D'autant qu'en l'occurrence M. Besson se sert plus loin de ces mêmes dates pour lancer des piques toutes polémiques : « le Seigneur Ténébreux, autrement dit Hitler ». Dans les années 30 ? Plus loin encore, « Et si Sauron était Staline et que le livre racontait en fait la guerre froide ? ». En 1947 ? Allons bon... A en croire M. Besson, J.R.R. Tolkien serait un visionnaire !

Du reste, Tolkien répondit à ces « rapprochements » -- tout en expliquant pourquoi il nie toute lecture allégorique -- dans ses lettres, comme dans son avant-propos à la seconde édition du Seigneur des Anneaux, en 1966. Nous n'en répéterons pas les éléments ici, laissant le soin au lecteur de les confronter de lui-même aux allégations de M. Besson. Allégations typiques, faut-il le rappeler, de ce que l'on pouvait déjà lire dans la presse américaine il y a plus d'une vingtaine d'années : M. Besson reprend, sans originalité et sans autre talent que son verbe gouailleur, des critiques largement réfutées depuis.

Plus loin, nous lisons que « Les Elfes [sont des] campagnards russes écolos ». Un autre journaliste, Nicolas Bonnal, dans son Tolkien, les Univers d'un Magicien (Les Belles Lettres, 1998, p. 214), clamait haut et fort qu'il « n'y a pas d'Elfes paysans dans l'univers de Tokien ». Où est la vérité ? Au demeurant, le livre de M. Bonnal n'est pas davantage une référence, et mériterait une sérieuse lecture critique... Néanmoins, on ne peut que s'étonner de la ferveur toute particulière que les journalistes d'aujourd'hui mettent dans leurs thèses interprétatives, cherchant à dénicher, derrière la magie d'un récit, d'une fiction avant tout, l'allégorie socio-historique...

« Un pamphlet souterrain contre le mariage », conclut sans transition M. Besson. Cela resterait à argumenter. Certes, la position de la femme dans l'oeuvre de Tolkien a souvent été mise à mal par les critiques, non sans fondement. Nous pourrions y opposer, en détail, les remarques formulées par Vincent Ferré dans son excellent Tolkien, sur les rivages de la Terre du Milieu (Bourgois, 2001, notamment « L'amour », pp. 202-204). Sans aller jusque là, le récit de Tolkien s'inscrit, sur ce point précis, dans la lignée définie par Vladimir Propp dans son Morphologie du conte (1928). On ne compte pas, à la fin de l'histoire, qui des héros sera couronné, qui se mariera. Aragorn et Sam, à eux seuls, participent de cette fin « traditionnelle » du conte légendaire.

Au final, le roman de Tolkien n'est probablement pas inattaquable. Dans cette optique, devant une oeuvre dont le succès n'a fait que croître depuis sa publication, les lecteurs français liraient probablement avec intérêt des critiques argumentées et éclairées, afin d'en comprendre les clefs. A l'approche de l'adaptation cinématographique du Seigneur des Anneaux (décembre 2001), l'entreprise serait louable. Mais nous devons reconnaître que le but de la diatribe de M. Besson nous échappe, et que nous ne voyons pas à quelle conclusion il souhaite aboutir. Le désir de provocation, même au second degré, ne vaut que s'il est clairement justifié. Tout laisse à penser, au vu de cet article tout de bric et de broc, tissé de préjugés mille fois rebattus, que M. Besson n'a pas lu l'ouvrage qu'il commente si vivement, ou ne l'a pas compris. On pourra se demander quel intérêt trouve Le Figaro à publier ce genre de clabauderies vaines, dont le profit pour ses lecteurs est moins que certain.


Date de création : 16/12/2007 @ 14:18
Dernière modification : 20/12/2007 @ 18:56
Catégorie : Revues de presse
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