| À dame S. |
| I |
| Glisse un flocon d’hiver, un dessin étoilé Fait de givre et de gel un reflet ciselé, Dans tes yeux endormis sous la lune songeuse. Tisse un flocon d’hiver de son rêve irréel, |
5 | Fait d’espoir et de joie à ton image belle, Délivrant son filet de journées bienheureuses |
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| Crépite un feu d’hiver, une chaleur chantante, Braise au coin de l’âtre et bûches rougeoyantes, D’une mandorle d’or baignant ta chevelure. |
10 | Enflamme un feu d’hiver de ses passions charmées, Et sous la cheminée d’un sourire enchanté Esquisse dans tes yeux un éclat qui perdure. |
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| Souffle un vent hivernal, la bise délicate Avivant sur tes joues leur couleur incarnate, |
15 | Sa douce caresse t’enlaçant d’une écharpe. Siffle un vent hivernal de froide incandescence, Que de résolution ton rire d’espérance Tel une clochette tinte, ainsi qu’une harpe. |
| II |
| Passe un renard méfiant, tous les sens en sommeil, |
20 | Ne chassant seulement que lapins ou corneilles, Et errant sans raison, au hasard du destin. Cherche un goupil curieux à la fourrure éparse, Laissant dans la forêt sur la neige ses traces, Jusqu’à ce qu’un abri rencontre son chemin. |
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25 | Guette un renard peureux lové sous la fenêtre, Sans oser s’avancer et troubler ton bien-être, Dressant ses oreilles à chacun de tes mots. Charme un goupil farouche à la mine réjouie, Par ton verbe attendri, par ton rire ébloui, |
30 | À contempler sans fin de tes yeux les émaux. |
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| Chasse un renard surpris d’un geste de la main S’il convient à ton âme, à ton libre dessein, De ne point déranger sa quiétude paisible. Vois un goupil défait au regret s’éloigner, |
35 | T’adressant du museau un espiègle baiser, Un clin d’œil amical vers un rêve intangible. |
| III |
| Virevolte un flocon d’une ronde éternelle… Flambe une cheminée d’une douceur charnelle… Tourbillonne un blizzard en murmurant des vers… |
40 | C’est le temps qui s’écoule au doux Pays d’Hiver. |
| IV |
| Assoupir un doute dans la blancheur brumeuse Au devant d’un miroir à l’image trompeuse… N’est-il pas bienheureux, ce pays tant aimé ? S’empêcher sans remords d’y songer dans la nuit, |
45 | Mesurant les années et le temps qui s’enfuit… N’est-il pas merveilleux, ce pays sublimé ? |
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| « Mais les esprits-chagrins à la sentence grave S’empressent d’édicter en mensonge une entrave – De m’imposer un sens ou un but en ce monde, |
50 | À la vanité feinte de leur fière faconde. » |
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| Allons ! Que dit le vent des contrées hivernales ? |
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| Au temps de ton enfance, à l’écoute d’un conte, Un sourire, insouciant, se dessinait sans honte, Zeste de déraison, sur ta mine si sage… |
55 | Quand un héros d’antan terrassait un dragon, Envolant la princesse ainsi qu’un parangon, Un doux ravissement naissait sur ton visage… |
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| « Mais les temps ont changé, la jeunesse a passé — Les augures mauvais au regard meurtrier |
60 | Se repaissent, cruels, de ma foi qui vacille, De l’espoir hésitant qu’ils tiennent pour vétille. » |
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| Allons ! Que dit le givre aux lueurs matinales ? |
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| Ignore de l’hiver son sinistre murmure, Et ses cris de banshee à la sombre figure. |
65 | Au devant du miroir, de soi-même à douter, Instant d’égarement, devant sa propre image, Le courage parfois fait défaut aux plus braves, Qui en viennent à douter de leurs capacités. |
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| « Au cœur du royaume, au milieu de mes terres, |
70 | Où une âme s’embaume, un esprit se libère : Un mot que l’on quémande à la Dame d’Hiver, Ce serait l’annonce, déjà, d’un printemps fier. » |
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| Allons ! Que chante le feu, la flamme joviale ? |
| V |
| C’est bien audacieux pour un goupil plaisantin |
75 | De rimailler – en train – sur ce ton cabotin ! |