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Contes & fiction - Fée noire
Fée noire, pensée disloquée
Petite fée noire, pensée hallucinée, tu es belle et pourtant destinée au trépas. Je dois être fatiguée, sinon je ne t’aurais pas même laissé entrer. Éclats de rire brisés. Te voilà ? Sais-tu que je t’ai vue naître, qu’à tout moment j’aurais pu t’écraser, sans que le remords ne retienne ma main. Je suis, apprends-le, comme cette araignée des jardins qui tisse un cocon autour de sa proie en partie digérée, pour y répandre ses fluides gastriques et pondre par centaines ses œufs englués... Elle ne survivra pas à l’hiver, le sais-tu, ne connaîtra pas sa progéniture grouillante. Je te ressemble, dis-tu... Certes. Tu es sortie de ta pupe, visqueuse, dépliant tes ailes déchirées. Et alors, crois-tu briller, à présent ? Je ne t’observe que par curiosité vaine. Te regarder te débattre m’évite un bref instant toute autre considération d’un ennui fatal... Oh, un murmure maintenant ! Je respire. Non, tu es à peine une ombre animée d’un souffle involontaire, un miasme sans vie issu d’un cloaque d’idées disloquées. Une simple petite fée noire, porteuse d’une lumière ternie par les ombres épaisses de mon inexistence... Que clames-tu silencieusement dans les ténèbres assourdis ? J’apporte l’espoir. Mais... regarde toi ! Tu n’as pas même la décence de venir au monde dépouillée de tes reliquats désagrégés de chair poisseuse et de chiasse fétide. Où crois-tu aller maintenant ? Je trouverai... Tiens donc ! Née d’un tremblement chaotique, entre deux rêves obscurs, tu erres sans but dans une forêt enténébrée. Tu crois, folle, que ta lanterne te gardera des démons protéiformes qui la dévorent ! Est-ce là le charnier de mes sœurs assassinées ? Oui. Ne soit pas tant pressée de les rejoindre, je m’en chargerai bien assez tôt... Tu ne trouveras rien en ces terres que tu n’aies toi même apporté. Ici, pourtant, coule une source... N’y bois pas, petite fée, ne trempe pas tes lèvres dans le fiel de mon âme. Son goût est amer et mortel pour les êtres de ta sorte. Le pus de tes angoisses ? Ou le saint chrême, peut-être. Le liquide amniotique qui me nourrit tout en m’empoisonnant, sûrement. Je suis autant prisonnière que toi, à la différence que j’ai patiemment bâti cette demeure fragmentée. Mais... Silence ! Poursuis ta visite, avant que je n’y mette un terme brusque. Cette plaine est désolée et stérile. Ah, prends-moi sous tes ailes, fée noire. Ne suis-je pas semblable à ces cadavres que tu penses emporter, dans la pâleur faiblissante de ta lampe ? Tu regardes ma vie enfuie avec une innocence charmante. Couverte des ruines de tes illusions passées. Crois-tu que j’aie jamais rêvé ? Tu te trompes de nuance... Je me suis laissé croire que je rêvais, c’est tout. Dehors, ces songes miroitants feraient des fenêtres magnifiques. Oh que non... Dehors, les anges déchus sont morts, bien qu’ils s’illusionnent aveuglément de vivre, d’une inlassable copulation, dans un monde respirant la putréfaction. Rien que des visages de cire et de parchemin. Mais il suffit, maintenant... Laisse-moi souffrir de n’être comme eux. Je suis morte sans être née, quoique que tu me croies vivante. Un embryon mort-né, un fœtus avorté, sacrifié à des à dieux injustes. Toi, tu n’es qu’une idée, et les idées, même charmantes, ne résistent pas au temps. Version : « Fée noire, pensée disloquée » [1.0] Date : Fin juillet 2001 Date de création : 16/12/2007 @ 13:44 |