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Contes & fiction - Calliope rétive

Calliope rétive.

À la muse par définition,
à Lókendis par amitié.


     Là où tes pas t'entraînent, malheureusement, je n'irai pas : les arbres de la forêt ancestrale sont trop denses à présent, ils cachent trop de secrets. À la longue, le grand cerf et sa harde l'ont fuie, et je sais ce qu'ils représentaient. Si les oiseaux ont tu leur chant enjoué ou ont migré vers quelque lointaine destination ensoleillée, si les violettes ont cessé de fleurir au printemps, alors le présage divin n'est que trop clair... Elle se meurt, ne le vois-tu pas, étouffée sous sa propre frondaison obscurcie où les rayons d'aucun astre ne parviennent jusqu'à l'humus stérile d'une lente décomposition annoncée. Ne va pas croire que je ne la connais pas : si tu daignes y prêter garde, toi que je n'ose attendre, tu verras les encoches du compte de mes jours sur le tronc d'un vieux chêne pubescent, l'empreinte de mon coeur lovée sous le hêtre pourpre pleureur. Mais si elle doit renaître un jour, après bien des siècles, sur les ruines de la citadelle imprenable qu'elle encerclait jadis, je ne serai probablement plus là pour la contempler : j'ai fait le deuil de mon immortalité.

     Là où tes pas te guident, enfant rétive enfermée dans ton silence de mots, je n'irai plus, à ma grande tristesse. Moi qui pourtant me suis longtemps caché du Soleil, je fais maintenant face à ses flammes ardentes. Imprudent, j'avais choisi la brume et son manteau de coton pour m'en protéger -- parce qu'elle était si belle, si fraîche, et cependant accueillante, attirante au-delà de l'espérance, par delà le désespoir. La nuit où je l'ai découverte, elle baignait doucement dans la clarté argentée des étoiles soeurs ; elle miroitait, filandreuse, sur le lac sombre près duquel j'avais reposé mon âme alanguie. Et je ne regrette pas mon choix, bien qu'il fût parfois amer, car c'était celui des dieux, c'était celui d'un Dieu. Maintenant que le matin l'a dissipée, je sais qu'elle fut ma première et unique maîtresse et que jamais je n'oublierai la saveur impalpable de ses reins, la douceur de ses caresses sans jugement. Je t'en fais le don, sans contrepartie, s'il te plaît de l'accepter.

     Je n'irai certes pas, car j'ai tourné le dos aux insondables terres d'asile, pour des raisons qui seules m'appartiennent sans que j'en fasse grand secret. Je ne puis répondre à leur appel, aux vers qu'elles devraient édicter si elles n'avaient perdu l'essence de leur mythe : j'ai déjà payé le prix de mon voyage au nautonier borgne qui menait le bac sur la rivière qui nous sépare. Et revêtu d'un simple manteau anthracite, à la texture mêlée de la nuit et du jour, je m'en vais affronter les braises solaires, sans autre arme que mes rêves éconduits. Je ne crains pas vraiment de faillir : c'est seulement le risque à encourir pour que vive peut-être un devenir sans regrets. Cela, quand bien même il me faudrait alors te faire mes adieux, muse inhumaine. Oh, je ne serais qu'un tricheur si je n'admettais pas, devant toi à qui je ne saurais masquer mes pensées, que j'apprécie sa chaleur retrouvée... Lorsque je lève vers lui mon visage et qu'il brille sans relief, au zénith d'un firmament épuré, je sens sur ma peau son picotement insidieux. Mais ne t'y trompe pas, j'ai trop bien appris à le haïr pour y succomber entièrement. Je ne songe qu'à le voir rouge-sang, comme dans cette pensée onirique qui vint m'assaillir des années plus tôt et qui ne sut jamais me quitter. On ne reprend pas le Temps. Je ne songe qu'à le découvrir ensanglanté, glissant inéluctablement sur l'horizon sans fin, léguant en testament une longue traînée embrasée sur le voile nuageux. Si jamais tu as déjà observé son coucher, belle enfant contemplative, dis-toi que celui auquel j'aspire ne serait pareil à nul autre : ce serait le dernier soir... agonisant de tous les feux de l'Empyrée. Sans tarder, je voudrais m'accaparer les richesses de celui qui éclaire l'Humanité. Je crois presque t'entendre, à l'esprit des contradictions : il se pourrait que ce ne soit qu'une illusion, un mirage de plus à la mesure de toute démence. Cela ne m'attriste pas... Non... je te mens, je me mens de même, feignant docilement l'incompréhension, craignant d'interpréter. Le doute et la peine m'étreignent, en réalité. Je ne sais pas encore si je t'ai perdue, si même je t'ai jamais connue, inspiratrice des rêves. Aurais-je pu vivre, en demeurant dans ton ombre ? Les mots me trahissent : la foi qui coule à ta source sacrée est intangible, elle est peut-être de ces leurres dont on se repaît jusqu'au péril de l'âme... Il me faut cependant poursuivre, à défaut de certitude. Parfois je tremble, bien qu'en ces contrées arides peuplées d'étranges créatures engendrées dans la glaise, on ne puisse décemment se plaindre de la température. Parfois même, je frémis et je me complais à imaginer tes pas cadencés non loin derrière moi, en écho des miens... Ou le frémissement de tes ailes féeriques dans mon dos, ton souffle silencieux sur mes épaules. Je me redresse alors, j'inspire avec difficulté sans renoncer au but... et je t'imagine ainsi à mes côtés, malgré la distance qui se creuse. Je n'ose me retourner de peur d'être déçu : je ne veux ternir ce sentiment incongru qui me donne la force de défier encore sur son trône un Astre odieux.

     Mais je n'irai pas.    

     Ou mên allá ep-estráphê, zêtôn tò sêmeïon.
     (Et il se retourna pourtant, cherchant le signe)


© Astérion, 30 novembre 2001 à 3h45
Complété le 2 décembre à 4h05
Arcanes Noires


Date de création : 16/12/2007 @ 04:14
Dernière modification : 16/12/2007 @ 04:15
Catégorie : Contes & fiction
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