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La lecture de la première partie des mémoires d'un certain François-René de C., obscur gentilhomme breton dont les rêveries eurent paraît-il quelque influence sur la littérature de son siècle, m'a poussé à la lecture du Paradis Perdu de John Milton (traduit, du reste, par notre bon François-René en son temps). Pour ceux qui ne connaissent pas ou peu cette oeuvre majeure de la littérature anglaise du XVIIè siècle (première parution en 1667), que l'on peut comparer aux oeuvres de Dante ou du Tasse, il s'agit d'un poème épique en douze chants, qui relate la Chute, ou plutôt les Chutes : celle de Satan d'abord, et celle d'Adam et Eve ensuite, du fait des pernicieuses manœuvres du diviseur. C'est une oeuvre très ample : près de 10 000 vers ! Quelques morceaux choisis :
Me miserable! Which way shall I fly [...]
Into this wild Abyss [...]
They, looking back, all the eastern side beheld John Milton, Paradise Lost
Deux rapports à Tolkien peuvent, à mon sens, être facilement trouvés. Mais enfin, Paradise Lost se tient en bonne place dans une anthologie de littérature en lien avec la subcréation de notre bon professeur.
Amicalement, |
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Comment d'abord, pour ma part, ne pas songer, en abordant ici ce poème épique, aux chefs d'œuvres du dessin et de la peinture qu'il a inspiré, notamment au XIXe siècle ? On peut voir exposé au Louvre un célèbre tableau de John Martin illustrant la fin du Livre I, lorsque Pandæmonium surgit soudain de l'abîme et que Satan et ses pairs infernaux y siègent en conseil.
Et il ne fallait pas moins que le génie de William Blake et celui de Gustave Doré pour mettre en images le poème de Milton :
[...] While Adam took no thought, Adam n’y prit pas garde, “Eve, now I see thou art exact of taste, « Ève, à présent je le vois, tu es d’un goût sûr et élégant, ce n’est pas la moindre partie de la sagesse, puisque à chaque pensée nous appliquons le mot saveur, et que nous appelons notre palais judicieux : je t’en accorde la louange, tant tu as bien pourvu à ce jour ! Nous avons perdu beaucoup de plaisir en nous abstenant de ce fruit délicieux ; jusque ici en goûtant nous n’avions pas connu le vrai goût. Si le plaisir est tel dans les choses à nous défendues, il serait à souhaiter qu’au lieu d’un seul arbre on nous en eût défendu dix. Mais viens, si bien réparés, jouons maintenant comme il convient après un si délicieux repas. Car jamais ta beauté, depuis le jour que je te vis pour la première fois et t’épousai ornée de toutes les perfections, n’enflamma mes sens de tant d’ardeur pour jouir de toi, plus charmante à présent que jamais ! Ô bonté de cet arbre plein de vertu ! » So said he, and forbore not glance or toy Il dit et n’épargna ni regard, ni badinage d’une intention amoureuse. Il fut compris d’Ève, dont les yeux lançaient des flammes contagieuses. Il saisit sa main, et vers un gazon ombragé, qu’un toit de feuillage épais et verdoyant couvrait en berceau, il conduisit son épouse nullement résistante. De fleurs était la couche, pensées, violettes, asphodèles, hyacinthes ! le plus doux, le plus frais giron de la terre. Là ils s’assouvirent largement d’amour et de jeux d’amour ; sceau de leur mutuel crime, consolation de leur péché, jusqu’à ce que la rosée du sommeil les opprimât, fatigués de leur amoureux déduit. John Milton, Le Paradis Perdu, édition bilingue, traduit et présenté par Chateaubriand, introduction et notes de Claude Mouchard, Paris, Éditions Belin, 1990, rééd. 2011, Livre IX, v. 1005-1045, p. 558-561 (textes anglais et français)
Il se trouve que cet épisode, inéluctable, est assez représentatif de tout ce que C. S. Lewis cherche à tout prix à éviter — de façon parfois involontairement comique à mes yeux — dans son roman Perelandra ou Voyage à Vénus (Perelandra ou Voyage to Venus, 1943), à travers l'action sur une planète "Vénus/Éden" du personnage principal, Elwin Ransom, professeur de philologie en partie inspiré de J. R. R. Tolkien, lequel avait a priori apprécié ce roman lorsque celui-ci fut présenté par Lewis lors des réunions des Inklings. Amicalement, Hyarion. [EDIT: correction de fautes et de l'affichage de citation] |


