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Lorsque les Hobbits quittent le (je m'adapte à la nouvelle traduction ;-) ) Comté, à plusieurs reprises, l'on peut lire que les Cavaliers Noirs les reniflent. Les pistent.
Peut-être le sujet a-t-il déjà été évoqué (cela ne m'étonnerait évidemment pas) mais comment interprétez-vous ce "humage" ? Dans Le Seigneur des Anneaux, les héros fréquentent des endroits d'où le mal irradie ou sentent une présence, une personnification du mal. Mais dire que l'Anneau, le Mal, laisse une trace de son passage, voilà qui est un peu différent.
Qu'en pensez-vous ? |
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Peut-être faut-il mettre en relation le "humage" et le Souffle Noir? Ils sont proches de nature... Les pouvoirs des Cavaliers Noirs semblent liés au souffle/respiration/voix: Souffle Noir/humage/cri. Peut-être aussi le humage est-il une illustration de leurs capacités surhumaines. Il me semble encore avoir lu qu'en tant que Spectres, ils vivent à cheval (héhé) entre deux mondes. Le humage peut aussi bien être lié à un sens "spectral" bien différent du sens animal... Quant à l'influence de l'Anneau, si son effet sur les êtres vivants est prouvé, à aucun endroit Tolkien ne mentionne un effet durable ou une trace laissée dans les lieux qu'il traverse (à ma connaissance). |
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Il me semble qu'il s'agit plutôt d'une illustration de la traditionnelle hiérarchie des cinq sens.
A choisir un sens qui les distingue, Tolkien a sans doute préféré le plus trivial pour les éloigner le plus possible des créatures les mieux dotées (les elfes) en rendant ses nazguls quasi aveugles de jour (privés d'un sens noble) mais avec un odorat affuté qui les fait renifler les sentiers et l'air comme s'ils étaient capables d'y détecter l'odeur de la peur, bien plus que celle de l'anneau.
Silmo |
Cette hypothèse est très intéressante... Cette hiérarchie des sens est peut-être aussi présente dans Bilbo le Hobbit avec Smaug dont le sens le plus aiguisé est l'odorat. Je dirais que de façon générale Tolkien dote les êtres mauvais de sens hiérarchiquement bas, et cela sans forcément prendre en compte leur "bestialité". Les Nazgûls n'ont rien de bestial.
Le "humage" reste cependant un sens assez peu efficace si on le compare à la vision des Elfes. Peut-être est-ce dû à l'origine humaine des Cavaliers Noirs? Lodwing |
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Dans Home XIII, Christopher Tolkien rappelle qu'à l'origine les Spectres de l'Anneau étaient nommés les Nose-gull, c'est-à-dire littéralement les Dupe-nez.
Fangorn (à peine entré, déjà sorti |
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Lodwing a écrit :
Mmmh. I. |
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Bel automne que cet automne décidément : un Fangorn tout espiègle qui arpente les sentiers d'un JRRVF revigoré... si la Fraternité de l'Anneau a le succès qu'elle mérite, on pourra espérer plus que jamais voir un jour la traduction de ce fameux Home XIII, d'autant que la prophétie sur Ents (que nous résumait Yyr ans un P.S. en 2008) semble sur le point de se réaliser avant la fin de l'année -- un bel automne que je vous dis |
On peut aussi y voir une volonté de Tolkien de laisser le lecteur dans un flou inquiétant quant à la nature de la menace qui pèse sur les héros. Peut-être faut-il aussi nuancer la signification de la combinaison Cavalier/monture. Si elle revient souvent, ce peut être simplement parce que les Cavaliers sont toujours aperçus loin de leur demeure, en voyage ou en guerre. La présence d'une monture avec eux peut découler de leur besoin de voyager rapidement, sans autre signification. Mon affirmation portait cependant plutôt sur le fait que les Nazgûls ont une nature à part de celle des autres serviteurs de Sauron. Leur comportement et leur apparence restent nettement moins empreints de caractéristiques bestiales comme les Orcs par exemple. |
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En effet, à comparer, la bestialité est plutôt l’apanage évident des orques. A propos d'orques, le Retour du Roi met en scène deux orques qui se chamaillent en Mordor, tout près de Frodo et Sam. L'un d'entre eux est une sorte de renifleur : Tolkien a écrit :
Peut-être un indice supplémentaire étayant la proposition très intéressante de Silmo ?
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Merci pour ces échanges très intéressants.
Je ferai deux autres citations notables qui apportent - ou pas - de l'eau au moulin : "L'Apprivoisement de Sméagol" a écrit :
Ici, Gandalf : "Un Voyage dans l'Obscurité" a écrit :
Ici, nous sommes plus dans l'idée d'une intuition de Gandalf m'est avis, plus qu'une véritable odeur.
Je me faisais un parallèle avec le "Sixième Sens", en plus de 5 sens "classique".
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Cédric a écrit :
Il est vrai qu'on peut noter la présence de ce sens chez plusieurs personnages. Ainsi Gandalf se repérant dans la Moria, mais aussi lorsqu'il pressent le rôle à venir de Gollum dans la Quête. Aragorn détient lui aussi cette clairvoyance/intuition/prescience en prédisant un malheur pour Gandalf si la Fraternité passe par la Moria. Dès lors la théorie de Cédric sur un sens "négatif" mais proche détenu par les Nazgûls ne me semble pas illogique, encore que nettement moins exprimé que le "positif". Si le "humage" pourrait bien être la forme maléfique de la prescience des personnages bons, le fait que les Cavaliers Noirs détectent l'Anneau est plutôt explicable par leur lien privilégié avec Sauron, et non avec le Mal en général. Je reviens encore sur cette clairvoyance: sixième sens ou forme avancée de vision? Le sens de la vue des Elfes et des Edain étant déjà surhumain, on ne peut dire avec certitude que la prescience soit un sens différent et non pas une "extension" de la vue propre au plus puissants parmi ces deux races... Si on admet ce don de clairvoyance comme extension du sens de la vue, le "humage" lui pourrait être son équivalent pour le sens de l'odorat.
P.S. |
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C'est exact : "[Smeagol] acquit une vue perçante et une ouïe fine pour tout ce qui était nuisible. " ; comme souvent chez Tolkien, les dichotomies ne sont jamais absolues |
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Coucou Laegalad, c'est un plaisir de te voir ici
Lodwig, je pense qu'on est plus sur un possible modèle "hiérarchique" des sens que sur un modèle strict vue=bien et odorat=mal. Un exemple comme celui que j'ai pioché dans "l'Antre d'Arachne" (LDT, livre IV, chapitre 9) semble peut-être aussi aller dans ce sens : Tolkien, encore traduit par Ledoux (mais plus pour longtemps, tabernacle !) a écrit :
I. |
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Cédric a écrit :
A prendre avec beaucoup de pincettes
Silmo |
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Silmo a écrit :
Je cite le dernier message de Cédric: Cédric a écrit :
Il me semble que c'est bien ce 6ème sens qui est ici le sujet À nous de voir s'il s'agit bien d'un 6ème sens où d'un odorat particulièrement développé en lien avec une possible reprise par Tolkien de la hiérarchisation des 5 sens. |
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À la question de Merry, qui s’interroge si les Cavaliers Noirs peuvent voir (après avoir constaté qu’ils « semblent se servir surtout de leur nez, non de leurs yeux, comme pour nous flairer, si flairer est le mot juste », Lauzon, p. 250), la réponse de l’Arpenteur est sans équivoque : « Eux-mêmes ne voient pas le monde de lumière tel que nous le percevons, mais nos silhouettes jettent des ombres dans leur esprit que seul le soleil de midi parvient à détruire ; et dans le noir, ils distinguent beaucoup de signes et de formes qui se dérobent à nos regards » (ibid.). Tout comme Gollum, aveuglé par la lumière du soleil et de la lune, les Nazgûl sont dans un état de quasi-cécité en plein jour, mais ont une vue perçante dans les ténèbres. Et, de nuit comme de jour, ils se servent de leur odorat pour « [sentir] à tout moment le sang des êtres vivants, le désirant et le haïssant » (ibid.). Il existe cependant un autre sens selon Aragorn, plus important encore : « il est d’autre sens que l’odorat et la vue. Nous pouvons sentir leur présence : elle a troublé nos cœurs sitôt que nous sommes arrivés ici, avant que nous les ayons vus ; ils sentent la nôtre encore plus nettement. » (ibid.) De fait, alors que la vue perçoit les êtres, cet « autre sens » permettrait de distinguer leur essence – autrement dit, ce qui est en leur cœur. On retrouve cette articulation un peu plus loin dans le même paragraphe lorsque Sam avoue avoir « senti quelque chose monter en catimini le long de la pente » et que Frodo lui demande s’il a vu quelque chose – ce à quoi il lui répond que « non ». Les Cavaliers Noirs semblent d’ailleurs troubler la vue des hobbits, puisque Merry croit avoir vu quelque chose lui aussi, mais sans en être certain : « j’ai cru voir deux ou trois formes noires » (Lauzon, p. 256). Un peu plus loin encore, la peur que suscite la présence des Nazgûl semble même priver les Hobbits de la faculté de voir ce qui se passe autour d’eux, puisque Pippin et Merry se jettent « face contre terre » (ibid.). Si la terreur peut être/rendre aveugle, il n’en demeure donc pas moins que l’on peut encore voir avec le cœur, comme lorsque les hobbits « sentirent plutôt qu’ils ne virent une ombre monter », et qu’en plissant les yeux (autrement dit, en ayant une vision plus réduite), « les ombres parurent grandir » (ibid.) |
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J'avais oublié ces passages, merci Tilkalin!
Après lecture des mêmes pages en anglais, je crois qu'on peut résumer les choses ainsi: |
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