|
La lecture de l’Ainulindalë est un plaisir toujours renouvelé ; il est manifeste qu’il y a là un des plus beaux textes de Tolkien. La beauté ne se démontre pas, et « elle rend fort improbable que rien puisse être ajouté, retranché ou changé » (Alberti). Au-delà de la beauté que chaque lecture donne à éprouver, je voudrais aller au cœur du texte, de sa structure, de l’agencement réfléchi et poétique de ses mots, car « les mots diversement rangés font un divers sens, et les sens diversement rangés font divers effets » (Pascal). Un paragraphe parmi d’autres servira d’exemple à cette lecture narrative et mettra à jour « les sens diversement rangés » :
But when the Valar entered into Eä they were at first astounded and at a loss, for it was as if naught was yet made which they had seen in vision, and all was but on point to begin and yet unshaped, and it was dark. For the Great Music had been but the growth and flowering of thought in the Timeless Halls, and the Vision only a foreshowing; but now they had entered in at the beginning of Time, and the Valar perceived that the World had been but foreshadowed and foresung, and they must achieve it. So began their great labours in wastes unmeasured and unexplored, and in ages uncounted and forgotten, until in the Deeps of Time and in the midst of the vast halls of Eä there came to be that hour and that place where was made the habitation of the Children of Ilúvatar. And in this work the chief part was taken by Manwë and Aulë and Ulmo; but Melkor too was there from the first, and he meddled in all that was done, turning it if he might to his own desires and purposes; and he kindled great fires. When therefore Earth was yet young and full of flame Melkor coveted it, and he said to the other Valar: 'This shall be my own kingdom; and I name it unto myself!' Toujours convaincu par une liste d’exemples sans cesse plus longue de l’intérêt de Tolkien pour les structures ternaires (et ce, à toutes les échelles du texte), je proposerai d’isoler trois sections dans ce paragraphe :
(1) Sosryko |
|
Les articulations ne sont pas arbitraires :
(1) |
|
Les Valar arrivent dans un univers plongé dans les ténèbres (1), en des âges oubliés et sans témoins (2), mais le Mal est au milieu d’eux, Melkor apportant les feux de la destruction (3). L’équilibre (ou plutôt le savant déséquilibre) est parfait.
Cet exemple est manifeste de la variété avec laquelle Tolkien use de la structure ternaire. regardons maintenant chaque section d’un peu plus près :
(1) (B) and all was but on point to begin AND yet unshaped, (B) For the Great Music had been but the growth AND flowering of thought in the Timeless Halls, Sosryko |
|
Commentaire : Valar/Vision/Dark/ X ? / Great Music/Vision/they Bien entendu, cette inconnue qui ne se nomme pas, mais d’où procèdent à la fois les Valar, la Grande Musique et la Vision ne peut être qu’Ilúvatar ; Ilúvatar qui, ne supportant pas les Ténèbres, à créé la Grande Musique pour créer Lumière et Couleurs : Vision qui éclaire (B1) et Vision qui remplit de joie à l’avance (B3).
|
|
Mais quel bosseur ce Sosryko :-))) |
|
Sosryko a écrit :
Hmmmmm... alléchant :-) B. |
|
Le don de soi
(B) For the Great Music had been but the growth AND flowering of thought in the Timeless Halls, (c) So began their great labours |
|
Analyse et commentaire de la section (2) : La transition entre la section (1) et la section (2) est parfaite. Premièrement parce qu’il s’agit d’une même phrase qui court de (B3) à (b1), et ensuite parce que la transition est le centre même de cette phrase dont la structure est concentrique : The Great Music Le centre narratif de la section (2), tout comme le centre de gravité de la section (1) est une inconnue X : and they must achieve it. / X ? / So began their great labours Les Valar sont confrontés à la réalité qui s’impose à eux : tout est ténèbres, tout reste à faire, et personne d’autre ne façonnera le Monde à leur place. Nous connaissons la manière dont ils ont réagi, acceptant la tâche, quelqu’en soit le prix. Mais, dans ce vide central narratif, je vois l’instant, qui peut-être dura une éternité « en ces âges oubliés et sans nombre » (b2), où les Valar ont véritablement décidé de s’approprier la Vision. Les « immenses travaux » des Valars, immenses par l’échelle et par la durée sont triplement soulignés en (b2) : (i) in wastes unmeasured and unexplored, and in ages uncounted and forgotten, Les expressions sont de plus en plus courtes de (i) à (iii) : au fil de la lecture, le lecteur assiste réellement à une création qui va jusqu’à son terme ; dans un Monde où, initialement, tout était à faire, les « immenses travaux » devenant de moins en moins « immenses », il est normal que les expressions décrivant ces travaux deviennent de plus en plus sobres. Si on regarde la répartition des personnes dans cette section (2) , une autre inclusion s’impose avec force par la dissymétrie qu’elle contient : (a1) Valar Ainsi, avec la vitesse croissante dans la description de (i) à (iii), arrive la conclusion qui s’impose : tout ce travail, tous ces efforts des Valar étaient destiné aux seuls Enfants d’Ilúvatar. Sosryko |
|
(2) : Commentaire (suite) et ouverture : L'accomplissement, l' « achèvement » d'une œuvre, c’est-à-dire, en suivant Le Petit Robert, ce qui la conduit à la perfection demandera toujours des efforts semblables à d'« immenses travaux ». Pour autant, si on désire ardemment l’achèvement de l’œuvre, ces immenses travaux ne s’effectueront ni dans la peine ni sous la contrainte mais bien dans l’amour ; car seul l’amour pousse à la perfection, et l’amour seul est « accomplissement » (Ro 13:10 : « L’amour ne fait pas de mal au prochain: l’amour est donc l’accomplissement de la loi. »)
And many among them became enamoured of its beauty, and of its history which they saw beginning and unfolding as in a vision. Il ne faut pas chercher ailleurs qu’en soi-même cette beauté et cette Histoire, car la Vision est personnelle : « Voyez votre Musique ! » dit Ilúvatar aux Ainur. Il ne faut donc pas dire : « ‘Voyez, elle est ici’, ou : ‘Il est là’ », « Car voyez, le royaume de Dieu est au-dedans de vous. » (Luc 17:21) Ce « votre » et ce « vous » s’adressent à tous (les Ainur ; les hommes) mais également à chacun en particulier (Manwë comme Melkor ; toi comme moi). Si la Vision est commune, chacun chante la mélodie qu’il désire, et il est seul responsable du souvenir fidèle de la Vision. Aussi, deux choses sont sûres : « la vision des soirs et des matins dont il s’agit est véritable » (Dn 8:26), et cette vision est vitale, car « faute de vision, le peuple périt » (Pr 29:18[KJ]). Ce n’est pas pour rien que le texte présente Irmo, « maître des visions et des rêves », comme « le plus jeune » des Fëanturi, alors que l’aîné, Namo est « le gardien de la Maison des Morts » (Val.,p.29). La vision est source de vie, elle est le moteur de la vie. |
|
Aussi, à chacun de se laisser interpeller et de s’entendre dire : « toi, tiens (…) cette vision », quand bien même « elle se rapporte à des temps éloignés » (Dn 8:26). Quand bien même tu serais le seul ; le texte dit : « Pour toi, tiens… », « quant à toi », en ce qui te concerne, et sans t’occuper pas des autres.
L’alpiniste développe sa propre puissance et se la prouve à lui-même ; il la sent et la pense en même temps ; cette joie supérieure éclaire le paysage neigeux. Mais celui qu’un train électrique a porté jusqu’à une cime célèbre n’y peut pas trouver le même soleil. C’est pourquoi il est vrai que les perspectives du plaisir nous trompent ; mais elles nous trompent de deux manières ; car le plaisir reçu ne paie jamais ce qu’il promettait, alors que le plaisir d’agir, au contraire, paie toujours plus qu’il ne promettait. travailler sans relâche Mais pour qui ? Laisser de côté son égoïsme. Donner de soi, de son temps, de ses forces à d’autres comme les Valar qui préparent la Terre pour les Enfants d’Ilúvatar qui ne sont pas encore nés. Travailler pour préparer un héritage. Pour ceux qu’on ne connaît pas encore aussi bien que ceux qu’on ne connaîtra jamais. Travailler sans même savoir comment son travail sera accueilli et respecté (cf. les craintes justifiées de Yavanna en QS II) Se donner ainsi à l’Autre, pour que la vision de ma beauté et de mon histoire n’efface pas la Vision qui est la Vision de la beauté et de l’Histoire de l’Autre. Se donner à l’Autre, pour ne pas se perdre soi-même. Pour ne pas devenir Melkor. Ou lorsque se perdre revient à refuser la Vision pourtant « véritable », qui demeure, que je le veuille ou non. Travailler « laborieusement », comprendre : avec diligence. Comme si tout dépendait du travail d’aujourd’hui et de moi seul. Voilà le secret. Car tout dépend réellement du travail d’aujourd’hui, de mon amour de ce jour pour la création, de mon désir de la rendre parfaite pour les Enfants qui l’habitent, qui l’habiteront. Et si Melkor lui même venait à « le détruire ou le corrompre », mon travail « ne serait pas vain » pour autant (Ainul., p.23); il reste toujours la trace de la flamme dans l’étincelle, et la plus petite étincelle est un flambeau dans les ténèbres. Sosryko |
|
;-)) aller, tout le monde au lit, y a école demain, on verra ça la semaine prochaine :-)) "Sleep tight, and don't let the bed bugs bite"[*], cher Yyr S. |
|
Yyr >>> en effet, je t'ai trouvé particulièrement déchaîné ce soir Lol, mais bienvenue chez les insomniaques ;-)) Cathy |
|
|
|
Merci pour cette lecture de l’Ainulindale, Sosryko, éclairante comme toujours… |
|
Merci Beruthiel :-)), j'espère que le reste te plaira autant! Le texte (1-2)/(3) (1) (B) and all was but on point to begin AND yet unshaped, (B) For the Great Music had been but the growth AND flowering of thought in the Timeless Halls, (c) So began their great labours (3) (a) and he meddled in all that was done, (a) When therefore Earth was yet young AND full of FLAME |
|
Analyse et commentaire de la section (3) : ● Ici encore, la transition entre (2) et (3), bien que moins prononcée que celle entre (1) et (2), est soignée et réelle : Depps of Time On peut également ajouter le groupe Manwë/Aulë/Ulmo présenté comme le trio des principaux artisans des immenses travaux s'étalant dans la triplication (i/ii/iii). ● Parallèlement à un mouvement du mythique vers le physique : (1) Eä > (2) the World ; le texte va de la totalité du Monde créé vers un lieu bien précis, « parmi les étoiles innombrables » (p.18, 24), la Terre : (1) Eä > (2) the habitation of the Children of Ilúvatar Ce double mouvement (du mythique vers le physique, du général vers le particulier) participe d’une narration qui conduit le lecteur à voir la Création se dérouler sous ses yeux, dans le temps et dans l’espace, et à comprendre son but : la Terre, notre Terre et la Terre du lecteur, est une « habitation » — c’est-à-dire un refuge, destinée aux les Enfants d’Ilúvatar. ● D’un seul regard, nous comprenons que la structure de la section (3) se désolidarise des deux structures concentriques précédentes ; confirmant ainsi le rythme (1-2)/(3) annoncé dès le début. D'ailleurs la structure ternaire interne à la section (3) joue elle-même sur ce mode asymétrique, les délimiteurs (And-And/When therefore) conduisant à (a1-a2)/(a3). De plus (a3) introduit un doublement final (b3-c3-b'3c'3) par rapport aux deux premières séries (b1-c1) et (b2-c2). it(Earth) ↔ this (Earth) Mais aussi entre les membres (c3) et (c3') : he ↔ I, the other Valar ↔ myself ● Cette différence de structure entre (1-2) et (3) correspond à la fracture qui s’opère parmi les participants à cette Création : dans cette section, la Terre devient l’origine et l’enjeu de la lutte entre les Valar et Melkor. Le feu (Melkor) se révolte contre l’air (Manwë), la terre (Aulë) et l’eau (Ulmo). Le lecteur est surpris par la révolte de Melkor. Il la découvre seulement en (3), alors qu’elle était présente « dès le début », c’est-à-dire au sein même des sections (1-2) ! Pour rendre la surprise complète, le narrateur joue sur l’accumulation : aux 8 mentions des Valar réparties uniformément à travers les trois sections (3/3/2), Melkor n’apparaît qu’en (3) et ce, à dix reprises (0/0/10) ! ● Si la Terre est l’objet de cette révolte, le texte nous dit que son origine est à chercher dans la « convoitise » (3b3). Mais cette convoitise a sa source dans la jalousie. |
|
4ème |
|
« ... and he KINDLED great FIRES ». ●Nous avons déjà remarqué que les actes de révolte de Melkor qui ont existé dès le commencement de l’organisation du monde n’apparaissent qu’à partir de la section (1) et (2). Ce choix narratif donne l’impression que la révolte n’a eu lieu qu’une fois « l’habitation des Enfants d’Ilúvatar » achevée (2a2), « alors que les Valar se reposaient de leur travaux (...) et contemplaient ce qu’ils avaient imaginé puis formé » (QS, I, p.40). La révolte de la section (3) semble alors éclater à une époque équivalente au septième jour de la Création biblique, le jour du repos, le jour du sabbat.
● L’acte central de Melkor dans la section (3) nous conduit donc, dans une volonté de relever les indices laissés par Tolkien pour comprendre cette révolte par ses résonances théologiques, à nous déplacer du récit de la Création dans les premiers chapitres de la Genèse vers le récit des Dix Commandement au chapitre 20 de l’Exode ; récits qui se trouvent justement liés entre eux par le 4ème Commandement :
Mais mettons plutôt en évidence la structure de ce passage dans la traduction que lisait Tolkien (King James Version) :
La structure concentrique montre bien combien le jour du sabbat est associée d’une part au septième jour de la Création du Monde, d’autre part à Dieu. Car « le sabbat de l’Éternel, ton Dieu » est à comprendre comme « le sabbat pour l’Éternel, ton Dieu ». « De plus, (...) les cadres externes nous invite à interpréter le ‘pour Yahvé, ton Dieu’ au sens de ‘pour le sanctifier’. Dans cette perspective, le sabbat est avant tout le jour consacré à Yahvé » (F. García Lopez) Quant au vocabulaire (« thou labor », « all thy work », « made »), il renvoit directement au vocabulaire de l’organisation du Monde par les Valar (« greats labours », « was made », « this work », « all that was done »). ● Ainsi, ce qui est en jeu dans cette section (3) qui pourrait s’appeler la section du Septième jour, c’est le sabbat du « ciel et de la terre », le repos du Monde.
[*] Ésaïe 50:11 « Behold, all ye that kindle a fire, that compass yourselves about with sparks! Walk in the light of your fire and in the sparks that ye have kindled. This shall ye have from Mine hand: ye shall lie down in sorrow. » |
|
Rats!!... Nous avons déjà remarqué que les actes de révolte de Melkor qui ont existé dès le commencement de l’organisation du monde n’apparaissent qu’à partir de la section (3), c'est-à-dire à la suite de (1) et (2). Sosryko :-( |
|
« ... and he kindled GREAT FIRES ». Ayant lu la révolte de Melkor comme une opposition au 4ème Commandement, il nous reste à comprendre comment cette révolte face au commandement central[1] du décalogue devient révolte contre les Dix Paroles dans leur ensemble. « Melkor la convoita... » ● Comme nous l’avons vu dans l’analyse, dans cette section-clé se trouve les raisons (mais également les graves conséquences) de la révolte de Melkor : les désirs et la convoitise.
Neither shalt thou desire thy neighbor’s wife, neither shalt thou covet thy neighbor’s house, his field, or his manservant, or his maidservant, his ox, or his ass, or any thing that is thy neighbor’s. ou en Exode 20:17 :
Thou shalt not covet thy neighbor’s house; thou shalt not covet thy neighbor’s wife, nor his manservant, nor his maidservant, nor his ox, nor his ass, nor anything that is thy neighbor’s. ● Arrêtons-nous sur cette formulation, car elle est un résumé du triple péché de convoitise de Melkor. (i) En effet, dans cette section (3), ce que convoite Melkor, c’est la Terre, c’est-à-dire une « habitation », une « maison » qui n’est pas la sienne mais celle des « Enfants d’Ilúvatar » (2a2) [3] . (ii) De plus, Melkor est bien connu pour les désirs qui l’ont porté vers Varda, Arien et Lúthien[4] , trois femmes étaient attachées à un autre. (iii) Enfin Melkor souhaite régner sur des serviteurs et servantes :
Melkor (…) désirait ( desired) soumettre à sa volonté les Elfes et les Humains : il enviait ( envying) les dons qui leur avaient été promis par Ilúvatar, il voulait pour lui-même avoir des serviteurs et des sujets ● Ainsi, Melkor est avant tout « Celui qui Convoite », désirant ce qui ne lui appartient pas. Rúmil l’annonçait déjà dès le début de l’ Ainulindalë (p.18) : But HE DESIRED rather Que ce soit dans ce dernier passage ou dans la section (3), Melkor, en succombant au désir de posséder ce qui ne lui appartient pas confond l’être et l’avoir, ce qu’il est (**) et ce qu’il possède, ou voudrait posséder (*) ; ne pouvant être Ilúvatar, il croit pouvoir le devenir en cherchant à « posséder », à asservir, à avilir le plus bel héritage d’Ilúvatar : ses Enfants[5] . Note: [1] « Le trait le plus visible du 4ème Commandement est son extension même, puisque non seulement il est le plus long de tous, mais il occupe, à lui seul, un tiers de tout le Décalogue. De plus, ce précepte du sabbat (...) effectivement au centre, (...) constitue aussi, d’une certaine façon, la clef de voûte de l’ensemble. » (Félix García Lopez, Le Décalogue, Cahier Évangile 81) [2] Dt 4:36 « Out of heaven He made thee to hear His voice, that He might instruct thee; and upon earth He showed thee His great fire, and thou heardest His words out of the midst of the fire. » Dt 5:25 « Now therefore why should we die? For this great fire will consume us; if we hear the voice of the LORD our God any more, then we shall die. » Dt 18:16 « according to all that thou desired of the LORD thy God in Horeb in the day of the assembly, saying, ‘Let me not hear again the voice of the LORD my God, neither let me see this great fire any more, that I die not.’ » [3] « For he coveted Arda and all that was in it, desiring the kingship of Manwë and dominion over the realms of his peers. » ( Valaquenta, Of the enemies, p.34) [4] Pour Varda : « Elle sortit des profondeurs d’Eä grâce à l’aide de Manwë, après avoir connu Melkor avant la grande musique et l’avoir rejeté. » ( Valaquenta, Sur les Valar, p.26) Pour Arien : cf. HX, MythsTransformed, p.405. Pour Lúthien : « Then Morgoth looking upon her beauty conceived in his thought an evil lust, and a design more dark than any that had yet come into his heart since he fled from Valinor. » ( QS, XIX. Of Beren and Lúthien, p.180) [5] “Yet this is held true by the wise of Eressëa, that all those of the Quendi who came into the hands of Melkor (...) were put there in prison, and by slow arts of cruelty were corrupted and enslaved; and thus did Melkor breed the hideous race of the Orcs in envy and mockery of the Elves, (...) the Orcs had life and multiplied after the manner of the Children of Ilúvatar (...) And deep in their dark hearts the Orcs loathed the Master whom they served in fear, the maker only of their misery. This it may be was the vilest deed of Melkor, and the most hateful to Ilúvatar.”
= « Pourtant, on dit en Eressëa que tous ceux des Quendi qui tombèrent entre les mains de Melkor (...) furent jetés en prison, qu'ils y furent corrompus et réduits en esclavage après de longues et savantes tortures, et c'est ainsi que Melkor créa la race hideuse des Orcs, dans sa haine jalouse des Elfes, (...) Les Orcs étaient vraiment vivants et se multipliaient comme les Enfants d'Ilúvatar (...) Au plus profond de leur âme noire les Orcs haïssaient en retour le maître qu'ils servaient par peur et qui ne leur apportait que souffrances. Ce fut peut-être l'acte le plus vil de Melkor, celui qui le rendit le plus détestable à Ilúvatar. » ( QS, III, p.60-1) Sosryko |
|
« Il voulait s’entendre appeler Seigneur » Le triple péché de Melkor contre le 10ème Commandement a mis en évidence sa volonté de se révolter contre la personne même d’Eru Ilúvatar. Cette révolte prend la forme d’un triple blasphème et d’un triple négation de l’unicité d’Eru : (i) Melkor veut créer comme seul Ilúvatar peut créer :
Melkor (...) avait en lui un furieux désir d’amener à l’Être des œuvres de sa propre volonté (...) Mais il ne trouva pas le feu, partage d'Ilúvatar. (p.14) L’enjeu majeur, pour Melkor, est la possession de l’Impérissable Flamme, la seule source de vie dans la Création[6] : Melkor veut dispenser la Flamme comme Eru ! On comprend alors pourquoi, au cœur de la section (3), Melkor allume des « feux » qu’il voudrait aussi « grands » que possible sur une Terre « pleine de flamme » : Melkor veut à la fois combattre la Flamme d’Ilúvatar, mais aussi l’imiter : il ne faut pas oublier que, dans l’Ainulindalë, la première personne à « allumer/enflammer » (kindled) est Ilúvatar !
I have kindled you with the Flame Imperishable (Eru, p.13) Quelle triste imitation ! car elle pousse Melkor dans la moquerie et la caricature. Poussé par son orgueil mais limité par sa nature, Melkor ne peut que singer Ilúvatar. (ii) Ce désir de créer est lié au désir de Puissance : Melkor veut l’autorité d’Eru sur la Création.
« Le plus grand des Ainur qui descendit sur le monde était d’abord Melkor, mais Manwë est plus cher au cœur d’Ilúvatar et comprend mieux ses intentions. Il fut destiné à être, dans la plénitude des temps, le premier des Rois : seigneur du royaume d’Arda » Melkor dévoile ainsi l’origine même du péché et sa racine : se prendre pour Dieu et « connaître le Bien et le Mal », c’est-à-dire choisir ses propres valeurs selon « ses propres désirs », choisir son Bien et son Mal. Faire comme bon il lui semble. (iii) Une fois qu’on s’est donné la capacité de fixer le Bien et le Mal, on devient son propre Dieu. C’est à cela que désire arriver Melkor ! Melkor veut effacer le nom d’Ilúvatar pour le remplacer par le sien, poussant le péché contre le Nom jusqu’à son extrémité. Melkor, avide de puissance, veut donc tout ce qui représente la personne d’Eru : son Nom, son autorité, sa capacité de créer et de donner la vie.
Note: [6] « This is actually already glimpsed in the Ainulindalë, in which reference is made to the 'Flame Imperishable'. This appears to mean the Creative activity of Eru (in some sense distinct from or within Him), by which things could be given a 'real' and independent (though derivative and created) existence. The Flame Imperishable is sent out from Eru, to dwell in the heart of the world, and the world then Is, on the same plane as the Ainur, and they can enter into it. But this is not, of course, the same as the re-entry of Eru to defeat Melkor. It refers rather to the mystery of 'authorship', by which the author, while remaining 'outside' and independent of his work, also 'indwells' in it, on its derivative plane, below that of his own being, as the source and guarantee of its being. » (HX, Athrabeth Finrod ah Andreth, Note 11, p.345)
|
|
grr... comme bon « La malveillance le dévorait » Avec le péché contre le Nom, la révolte est totale, avec le péché de convoitise, la chute est entière. Ainsi, du premier au dernier commandement, depuis le péché contre le Nom jusqu'au péché de la convoitise, c’est la Loi de Dieu entière que Melkor rejette et combat. Melkor le Marisseur, ou le Renversement : Comprendre le Décalogue, c’est entre autre comprendre que si les Dix Paroles du Sinaï commencent par le mot anokhi signifiant « Moi-je suis (l’Éternel ton Dieu) » (Ex 20:2), elles se terminent par le mot leréakha signifiant « pour ton prochain » (Ex 20:17). « Ton prochain », c’est-à-dire l’Autre, celui qui n’est pas nommé et en qui se retrouve tout homme. Ainsi, « les Dix Paroles se déploient entre le ‘je’ [de Dieu] et ‘l’autre’ » (Ouaknin). Dans son amour, Dieu s’efface, Dieu propose, sans jamais imposer sa volonté. Notes: [7] Péché trifonctionnel même, puisque pour posséder ce qui ne lui appartient pas — le monde, ses habitants et ses richesses (péché contre la 3ème fonction), Melkor se lance avec traîtrise dans une guerre « le jour du repos » (péché contre la 2ème fonction), poussé par sa volonté de nier l’autorité divine de la personne d’Ilúvatar (péché contre la 1er fonction). [8]1Jn 2,16 : « La convoitise de la chair (lust of the flesh), la convoitise des yeux (lust of the eyes) et la confiance orgueilleuse dans les biens (pride of life) ; » ● « la convoitise de la chair » indique les désirs déréglés de la nature humaine (« il alluma de grands feux ») ; ● « la convoitise des yeux », le besoin d’avoir à soi tout ce que l’on voit (« Melkor coveted it » ; « This shall be my own kingdom ») ● tandis que « la confiance orgueilleuse dans les biens » désigne l’assurance satisfaite de l’homme installé dans une existence fastueuse, qui le détourne de se confier en Dieu (« and I name it unto myself ! »). (note (l) de la TOB) Sosryko |
|
Le brasier et la Flamme ● Ainsi, la section (3) est la section de Melkor, de sa convoitise (« Melkor coveted it ») et de ses machinations (« purposes ») pour satisfaire ses désirs pervers (« his own desires »).
À première vue, il s’agit de la Terre ; traduction française à compris ainsi la phrase en choisissant de lire « Melkor convoitait la Terre, encore jeune et pleine d’ardeur ». En réalité, ce choix est malheureux puisqu’il fait disparaître le couple young/flame dont l’importance est mise en valeur par une double allitération (Yet/Young et Full/Flame).
● L’objet de la convoitise peut donc être compris comme la Terre mais aussi comme l’Impérissable Flamme qu’Ilúvatar a placée en son sein. Ou plutôt, convoitant premièrement la Flamme, Melkor en vient à convoiter toute manifestation de la Flamme. Une telle affirmation n’est pas gratuite, mais bel et bien contenue dans une sous-structure concentrique de la section (3) :
(b2) turning it if he might to his own desires and purposes; ● Cette convoitise de la Flamme est originelle, antérieure même à la fin de la Grande Musique et à la Vision, comme nous l’avait rappelé Rúmil auparavant dans son récit :
Melkor était l’être le plus doué des Ainur en savoir comme en puissance et il partageait les talents de tous les autres. Souvent, seul, il s’était aventuré dans les espaces du vide pour chercher l’Impérissable Flamme, car il avait en lui un furieux désir d’amener à l’Être des œuvres de sa propre volonté, et il lui semblait qu’Ilúvatar n’avait aucune pensée pour le Vide, alors que lui-même ne pouvait souffrir qu’il restât vide. Mais il ne trouva pas le feu, partage d'Ilúvatar. Et la solitude lui fit concevoir des pensées à part, différentes de celles de ses frères. (Ainulindalë, p.14) ● Le drame de Melkor : Melkor cherche, mais il cherche mal, Melkor veut, mais il veut mal. Tout comme Simon le magicien, qui désirait le Saint-Esprit pour sa satisfaction personnelle et pensait pouvoir posséder « à prix d’argent » la présence divine (Actes 8). Mais « son cœur n’était pas droit devant Dieu » (v.21), tout comme celui de Melkor ; tous deux n’avaient pas compris qu’il n’y a qu’un seul chemin pour recevoir le Saint-Esprit et sa Flamme : celui de l’humilité et de l’amour. Melkor voulait être seul à posséder la Flamme, voilà pourquoi il parcourait seul le Vide à se recherche ; mais c’était ne pas comprendre ce que représente la Flamme, c’était ne pas comprendre que l’amour ne supporte pas l’égoïsme et qu’il fuit la satisfaction personnelle; c’était également rejeter toute humilité en refusant d’accepter que la Flamme ne se trouvera jamais dans le Vide mais seulement dans la présence d’Ilúvatar (« Mais il ne trouva pas le feu, partage d'Ilúvatar. », p.14). [9] Pire. ● L’égarement du plus puissant des Ainur est complet.
Notes:
[9] Les recherches fréquentes et solitaires de Melkor dans le Vide, me font penser aux errances de Caïn :
« Ainsi Caïn s’éloigna de la face de Dieu et habita dans la terre de Nod, à l’orient d’Éden. [Mais] le pays de Nod c’est en traduction littérale [...] la pays de l’errance. (...) C’est après s’être éloigné de la face de l’Éternel que Caïn s’est mis à habiter la terre de l’errance. Comment ne pas relier les deux choses [...] ? L’aiguillon perpétuel qui est planté dans son cœur, c’est l’absence de Dieu. Retrouver Dieu. (...) Il ne peut donc trouver le repos. S’il trouvait le repos, il cesserait d’être Caïn. Il est donc condamné à rechercher à jamais la face de l’Éternel, de ce Dieu dont il ne veut pas, auquel il ne croit pas, et sa condition même fait qu’il ne peut en aucune manière le rencontrer. Quoiqu’il fasse, il ne peut aboutir, et c’est bien là ce qui est désespéré. » (Jacques Ellul, Sans feu ni lieu, La Petite Vermillon, p.32) De plus, Melkor subira un bannissement du Royaume d’Arda en d’« autres régions » où il se retira (p.22) : ces « autres régions » de Melkor ne sont pas bien différentes du « pays de l’errance » de Caïn ; et enfin, Melkor ne sera-t-il pas le premier meurtrier, tout comme Caïn ? [10] de l’aveu de Tolkien ? j'ai tout à coup un doute là...;-)) mais ce n'est pas grave du tout.
Sosryko Ta-Dam ! Bien heureux d'avoir fini ce qui n'était qu'une petite remarque au départ Comme toujours...:-)) |
|
Rque : Il est évident que ce commentaire nécessitait l'utilisation de la version originale; tout comme il est évident (si cela ne l'était pas déjà depuis longtemps!) que la traduction française actuelle passe souvent à côté des rythmes du texte anglais ou brise l'unité du paragraphe original en isolant les propos de Melkor (retour à la ligne). Voici la traduction française de la section étudiée (pour les curieux qui voudront comparer ou bien ceux qui ne disposent pas du texte sous la main) :
Quand les Valar pénétrèrent dans Eä, ils furent en même temps surpris et désorientés, car il en était comme si rien encore n'existait de ce qu'ils avaient perçu dans la vision, comme si tout était sur le point d'advenir sans avoir nulle forme, et tout était ténèbres. Car la Grande Musique n'avait été que la naissance et l'épanouissement de l'esprit dans les Espaces Eternels, la Vision elle-même un présage, mais maintenant ils étaient arrivés au commencement du Temps et les Valar surent que le Monde n'avait été qu'Annonce et Prophétie qu'ils devaient désormais accomplir. Alors ils entreprirent d'immenses travaux dans les déserts inexplorés et sans limites, en des époques sans nombre et sans souvenirs, jusqu'au moment où, dans les profondeurs du Temps, au sein des grands espaces d'Eä, advint le moment et le lieu où fut créée la demeure des Enfants d'Ilúvatar. De cette œuvre, Manwë et Aulë et Ulmo firent la plus grande part, mais Melkor aussi était là dès le début qui se mêla de tout, faisant quand il le pouvait selon ses désirs et ses projets; et il alluma de grands feux. Melkor convoitait la Terre, encore jeune et pleine d'ardeur, et il dit aux autres Valar: - Ceci sera mon propre royaume, et je le nommerai d'après moi-même! Merci pour ta patience et ton courage, compagnon de route qui m'a suivi jusque là :-) J'espère que le chemin, bien que sauvage et tortueux, t'auras amené à considérer l'art et la pensée de Tolkien sous un jour nouveau. Si tu penses que j'aurais dû prendre la voie de droite plutôt que celle de gauche, parlons-en; ou bien peut-être auras-tu envie de nous faire partager ta joie devant la beauté d'une fleur découverte en chemin ou tes interrogations devant la nature de cette roche ramassée en route et déposée dans ton sac à dos... Peut-être même auras-tu envie d'autres randonnées, et te proposeras-tu comme guide pour certaines ! :-))
Sosryko |
|
... et il y a ausi ça: "- Et durant les quarts, j'ai pris ma décision, dit-il. Je n'aime pas l'idée de la voie du milieu; et je n'aime pas l'odeur de la voie de gauche; il y a une atmosphère viciée par là, ou je ne suis pas un guide. Je prendrai la voie de droite. Il est temps de recommencer à grimper. :-)) |
|
Excellent! :-)) Sosryko |
|
Now far ahead the Road has gone, :-))) (The road goes ever on...) Merci Sosryko pour ce boulot qui m'a l'air, une fois de plus considérable. Silmo ;-) |
|
Grrr, que d'erreurs de frappe..."La route n'est peut-être pas de droite mais le pentecôte m'a l'air d'être forte"... (hi, hi... parodie d'un titre récent d'un journal satirique qui lui-même parodiait une phrase désormais *légendaire*) |
|
Cathy > Yyr >>> en effet, je t'ai trouvé particulièrement déchaîné ce soir Lol, mais bienvenue chez les insomniaques ;-)) Hi ! Hi ! Ce soir-là, j'étais triste de la rencontre malheureuse avec "feu" Ithiliel, donc, logique : représailles par des bonds et des rires un peu partout :) Ce soir, les bonds vont être moins vifs : en Faërie comme ici, je suis malade, beerk : |
|
Yyr : magnifique :) ...
Je corrige au plus vite : MAGNIFIQUE ! ! ! Impressionné déjà par le découpage que tu révèles, je dois avouer être complètement ébahi ensuite par les commentaires que tu en donnes, tel un maître-orfèvre. 3ème section A part un grand ravissement, donc, je ne peux faire beaucoup de commentaire sur ces chemins qui te sont si familiers. Mais, ne serait-ce que pour te tenir compagnie, je peux donner ici le découpage de la section 3) auquel j'aurais procédé de moi-même (en fait : celui auquel j'ai procédé, par exercice, avant de lire ce que tu en proposais). Cet "autre chemin" n'est pas très éloigné et mène finalement au même endroit ...
Dans cette nouvelle structure, nous pouvons y lire que : Au sein de cette œuvre (A/A'), vue selon les uns ou les autres comme this work / my kingdom, commence à se dérouler le Drame d'Arda (B/B') there from the first / when therefore Earth was yet young, où l'on sent qu'il se passe quelque chose de terrible, et en gagnant le centre de cette structure, on découvre l'origine de ce quelque chose de terrible (C): [Melkor] kindled great fires ! |
|
MERCI MERCI MERCI pour ces "joyaux" découverts et si bellement présentés. ...MAIS IL FAUT TE REPOSER ! reprendre des forces et ne pas grimper trop vite lorsque le corps est fatigué et tremblant ;-) Tu as produit le parfait prolongement, passant par le plus beau sentier rencontré dans cette montée, celui de l'amour. Très belle remarque que celle de l'opposition forme passive/forme active. Tu as su la developper et l'utiliser mieux que je ne l'aurais fait peut-être. heureux aussi je fus (non, je ne me prends pas pour Yoda, mais à force de lire Tolkien, le mots ne viennent pas toujours dans l'ordre habituel ;-)) de lire ta proposition de structure pour la section (3). On pourrait penser que tout est possible et qu'une personne atteinte de fièvre chiasmique aigüe ou d'hallucinations triplicatives ne voit que ce qu'il veut voir. Sosryko un ou trois articles On s'y remet quand, cherc Sosryko? |
|
grrr...juste parce que celle-là, je ne la supporte pas à la vue : |
|
A partir de ce découpage, j'ai relevé quelques rares joyaux qui n'étaient pas autant visibles sur le chemin emprunté par Sosryko ;) - encore que, je ne doute pas qu'on eut pu les y mettre à jour pareillement : A / A' Dans le cercle extérieur, nous ne sommes pas encore entrés en Arda ; les perspectives des Valar et de Melkor sont strictement partagées. En A, et ce n'est pas une surprise, c'est la reprise des deux précédentes sections, les Valar se font serviteurs d'une œuvre ; ils sont plusieurs, et l'on considère un travail dans lequel ils ont part, tandis qu'en A' Melkor seul agit, en vue d'établir son propre royaume. A partir d'ici, il sera révélateur de considérer au sein de toute la 3ème section le mode des verbes utilisés : Tous ceux qui concernent l'action des Valar sont à la voie passive : une œuvre est réalisée, à laquelle ils ont part, mais cette part was taken by .... Le premier terme de la structure est tout en délicatesse ; si les Valar agissent, pourtant on a l'impression qu'ils laissent faire, qu'ils se font serviteurs ... et de qui, sinon de l'inconnue X mise en évidence au centre des deux premières sections, c'est-à-dire d'Eru. Il n'est sans doute pas exagéré d'aller jusqu'à considérer que les Valar laissent agir Eru à travers eux ; Eru serait l'unique véritable acteur. A l'opposé, les actions de Melkor se font toutes sans Eru, et ne lui laissent aucune place, comme les verbes qui marquent son action sont tous à la voie active. Pire : La seule occurrence où Melkor conçoit la passivité, c'est lorsqu'il s'agit de considérer le service d'une toute autre manière ... être au service de Melkor : This shall be my own kingdom ! On retrouve ce que Sosryko a si bien montré par ailleurs, l'usurpation de la place d'Ilúvatar ... ici dans l'attribution des modes, puisque la voie passive appelle d'ordinaire Eru, tandis qu'ici elle est clairement détournée vers Melkor, et contrainte par lui. Attention dès lors, en parlant de " voie passive ", sorti du contexte, à ne pas penser " voie passive → les Valar n'agissent pas " mais plutôt " voie passive = voie de service " ... celle-ci, sans paradoxe, est bien la même que celle des précédentes sections, décrite plus haut
Sosryko : Les Valars découvrent ce qu’est une Vision : non pas un miracle qui ne demande rien à celui qui le reçoit, mais une impulsion, une mise en mouvement qui pousse à « entrer », « entrer dans le commencement » [...] Par rapport à la " voie active ", la voie du serviteur reçoit, se laisse pousser ... le serviteur prend son impulsion à partir d'Eru et non à partir de ses désirs et compulsions personnels. B / B' Lorsqu'on pénètre dans le deuxième cercle de cette structure narrative, le partage ne se fait plus strictement d'un terme à l'autre B/B'. Car nous sommes entrés dans le Drame d'Arda, et le Bien et le Mal sont maintenant entremêlés, quasi inextricables : he meddled in all that was done. Pourtant, à qui sait regarder, il est toujours donné de discerner le Mal du Bien. Le premier est toujours marqué par la voie active ; il trouve en lui-même la justification de son action, et s'il considère le service, ce n'est jamais que le service des autres. Alors que le second, marqué encore et toujours par la voie passive, est le chemin de ceux qui agissent en se faisant serviteurs de l'Autre. Ici, bien des choses apparaissent et sont mises à nue. Lorsque l'on considère l'affrontement du Bien et du Mal, il n'y a pas deux principes "équivalents" : Le Bien n'a pas besoin du Mal pour exister ; il n'a besoin que d'Eru, car celui-ci en est la source, invisible, absence-présence, pour reprendre les mots de Sosryko, révélée par la question posée : qui agit, si au final les Valar ne sont que serviteurs dans la Création ? Le Mal en revanche, aussi terrifiant et impressionnant qu'il soit, tellement visible, ne peut exister que par rapport au Bien : turning it / meddled in all / coveted it / name it ... Le Bien, encore, est toute douceur ; il se propose, et sa source est ultimement libre, au point même que celui qui ne veut la voir est libre de ne pas la voir. Le Mal est toute violence ; il s'impose autant qu'il y parvient, affronte et prend la liberté. Mais comme il est éternellement tributaire de l'existence du Bien, on réalise logiquement que son but ultime est dans la destruction de tout, seule "victoire" possible. Voilà pourquoi :
Thus, as 'Morgoth', when Melkor was confronted by the existence of other inhabitants of Arda, with other wills and intelligences, he was enraged by the mere fact of their existence, and his only notion of dealing with them was by physical force, or the fear of it. His sole ultimate object was their destruction. [...] Hence his endeavour always to break wills and subordinate them to or absorb them into his own will and being, before destroying their bodies. This was sheer nihilism, and negation its one ultimate object [MR/395-396] L'existence du Monde vient d'Eru, et ce qu'on appelle le Bien garde cette existence, tandis que le Mal est ce qui s'en détourne et détourne, il est ce qui va à Melkor, à l'inexistence. C Enfin, le centre de la section révèle l'essentiel de la Rebellion de Melkor : Celui qui ne supporte pas l'existence et l'exécution d'autres volontés que la sienne va tenter d'imposer la sienne de manière grandiose et terrifiante. Celui qui veut trouver la Flamme Impérissable d'Ilúvatar va allumer lui-même de grands feux. Mais comment le Nihiliste, celui qui a fait le choix du visible, du matériel, et de l'égocentrisme, peut-il espérer la trouver ? Elle est dans l'invisible et non dans le visible, dans le spirituel et non dans le matériel, elle vient d'Eru et non de soi, même si Eru l'a envoyée vers nous. Elle est dans la voie passive, et non dans la voie active. Seuls ceux qui acceptent de devenir les filles et les fils d'Eru peuvent la recevoir Mais Sosryko n'a-t-il pas déjà tout dit et parfaitement dit à ce propos :) ? On pourra, par rapport à ce commentaire plus particulièrement ...
Melkor dévoile ainsi l’origine même du péché et sa racine : se prendre pour Dieu et « connaître le Bien et le Mal », c’est-à-dire choisir ses propres valeurs selon « ses propres désirs », choisir son Bien et son Mal. Faire comme bon il lui semble. ... penser à la la référence suivante :
It does however seem best to view Melkor's corrupting power as always starting, at least, in the moral or theological level. Any creature that took him for Lord (and especially those who blasphemously called him Father or Creator) became soon corrupted in all parts of its being, the fëa dragging down the hröa in its descent into Morgothism: hate and destruction. [MR/410] |
|
Comme il me paraît bien difficile et au demeurant inutile d'ajouter beaucoup de chose aux commentaires qui avaient déjà été faits par Sosryko de la 3ème section, et en particulier du péché de Melkor, j'enchaînerai maintenant volontiers un commentaire (à la volée) à partir de la 2ème section. Naissance à l'Amour et à la Liberté Je repartirai pour ce faire des propos suivants - tout simplement superbes - de Sosryko :
Ainsi, avec la vitesse croissante dans la description de (i) à (iii), arrive la conclusion qui s’impose : tout ce travail, tous ces efforts des Valar étaient destiné aux seuls Enfants d’Ilúvatar. [...] Cette étincelle, c'est la Flamme Impérissable qu'Eru a envoyée dans le Monde, et que Melkor ne trouva jamais et ne pourra trouver. Cette flamme, les Valar l'ont reçue en se faisant serviteurs, tandis que Melkor l'a perdue en cherchant à l'atteindre par lui-même. Les Valar se sont faits serviteurs dès le Commencement, et voilà la chose extraordinaire que montre la Narration de l'Ainulindalë : la Création et le travail des Valar furent un pur travail de Charité ! Où les Valar se sont donnés (cf. le titre et le thème donnés par Sosryko en la 2ème section : le don de soi), entièrement, sans compter, par l'Amour d'Eru, et pour l'Amour de Ses Enfants. Arda est née en Charité ! Arda est née par Charité ! La Charité ne peut être que si elle est laissée libre ; le don de soi ne peut l'être que librement. Et c'est pourquoi si elle est née en Charité, ni plus, ni moins, Arda est née en Liberté ! La Charité, qui commence par l'acte créateur suprême d'Eru, se poursuit ensuite, dans le Monde, par l'exercice de la Liberté à choisir la "petite voie", la voie passive, celle du serviteur humble qui se laisse inspirer par Eru, qui se fait son instrument, comme les Valar l'ont fait à la Création d'Arda (l'usage du passif section 3) montre par ailleurs que le pouvoir de création n'est pas dans les Valar eux-mêmes ...) ; cette "petite voie", qui n'est ni grandiose, ni facile, est néanmoins le chemin, qui, librement consenti, mène à la perfection (sainteté) en ce monde marri, et la Narration de l'Ainulindalë annonce tout le mystère du Conte d'Arda qui viendra à se dérouler. C'est bien dans cette "petite voie" que puit s'achever dans la perfection la vertu de Charité. Quelle émotion par exemple à suivre le roi bien-aimé de Nargothrond se dessaisir lui-même de sa royauté, de son royaume, et de sa vie, pour l'Amour des Hommes en général, et de Beren en particulier. Frodo aussi, dans son abandon aussi, ce "lâcher prise", se laisse conduire, et à la fin véritablement porter. Dans cet abandon, naît un discernement et une puissance de générosité qui le gardent longtemps de l'Anneau. Dans cet abandon naît aussi la compassion. On ne peut pas ne pas penser aussi à ses compagnons, qui tous, font l'expérience parfois douloureuse mais toujours victorieuse, de la Charité, lorsque s'engageant sur la petite voie du service, de l'abandon, et de la Confiance : Merry et Pippin écuyers de Theoden et Denethor ; Aragorn, dans le secret en parcourant si longtemps en serviteur la Terre-du-milieu, et, la Guerre de l'Anneau venue, non seulement dans le don de soi, bravant tous les périls à la tête de ses hommes quand l’Ennemi poussait devant lui ses esclaves en furie, mais aussi dans la perfection du don, qui est le pardon (Chemins des Morts, col de Cirith Ungol). Quelle lumière encore dans le dernier don du fier et vaillant Boromir, lorsqu'il s'abandonne enfin à être serviteur et offre sa vie pour sauver celle des hobbits, après avoir tant et tant cherché à vaincre activement dans sa vie - et donc finalement et naturellement à (se faire) posséder (par) l'Anneau. La voie active n'est pas aisée à éviter. Sam n'est-il pas dès le départ et jusqu'à la fin parfait serviteur ? Pourtant, que ne se fît-il serviteur dans sa confrontation avec Gollum ! Hélas ! Et je ne puis m'empêcher de penser encore à l'histoire de Míriel et de Finwë : que n'ont-ils vécu et supporté leur souffrance en patience ? Finwë de demander, d'exiger presque, un remariage et de futur enfants ! S'il pouvait sembler juste de voir cette demande permise, combien la Charité seule eût été bien supérieure que l'action de la justice. Ainsi les paroles explicites d'Ulmo ...
'Thus Finwë was aggrieved and claimed justice. But when he called her and she did not return, in only a few years he fell into despair. Herein lay his fault, and failing in Hope. But also he founded his claim mainly upon his desire for children, considering his own self and his loss more than the griefs that had befallen his wife: that was a failing in full love. 'The fëar of the Eldar, as Niënna hath said, cannot be broken or forced, and the motion of their will cannot therefore be predicted with certainty. Yet it seemeth to me that there was hope still that after repose in Mandos the fëa of Míriel should return of itself to its nature, which is to desire to inhabit a body. This strange event should issue, rather than in dissolving their union, in the use by Finwë of the patience of full love, and the learning of Hope; and in the return of Míriel, wider in mind, and renewed in body. [MR/243] ... et celles de Manwë :
Thus, as […] And Manwë spoke to the Valar, saying: 'In this matter ye must not forget that you deal with Arda Marred - out of which ye brought the Eldar. Neither must ye forget that in Arda Marred Justice is not Healing. Healing cometh only by suffering and patience, and maketh no demand, not even for Justice. Justice worketh only within the bonds of things as they are, accepting the marring of Arda, and therefore though Justice is itself good and desireth no further evil, it can but perpetuate the evil that was, and doth not prevent it from the bearing of fruit in sorrow. Thus the Statute was just, but it accepted Death and the severance of Finwë and Míriel, a thing unnatural in Arda Unmarred, and therefore with reference to Arda Unmarred it was unnatural and fraught with Death. The liberty that it gave was a lower road that, if it led not still downwards, could not again ascend. But Healing must retain ever the thought of Arda Unmarred, and if it cannot ascend, must abide in patience. [...] [MR/239-240] Car Arda est née dans la Charité, et sera Guérie dans la Charité. La vertu de Charité est l'Amour qui ne demande rien, qui n'exige rien. Elle est aussi indissociable de la Liberté. Quel Amour y aurait-il à être conduit contre sa volonté ? Avec la liberté, le Mal devient possible. Mais il n'est ni voulu, ni permis. Dans ce monde blessé, le mal est enduré. Si l'on en croit le narrateur de l'Ainulindalë, ainsi que les récits (rapportés) des Eldar, Eru n'est pas un Dieu qui tolère le Mal. Au début, le fait de donner vie à Melkor est chose parfaitement bonne - Cf. section 3 : Melkor too was there from the first (noter l'usage narratif du passif). Le Mal ne naît que lorsque he meddled in all that was done [...] ! (noter l'usage narratif de l'actif) (noter aussi tout simplement l'enchaînement narratif : d'abord vient le Bien, et ensuite et seulement, et uniquement avec les choix qui n'appartiennent qu'à Melkor, la naissance du Mal). Non, Eru demande à Ses Enfants d'endurer en patience, lorsqu'ils ne peuvent pas vivre dans une joie parfaite. Et cette demande peut s'appuyer sur un don qui est fait aux Eldar et aux Atani, celui de croire en Lui, et sur la promesse qu'implique son Amour ...
(Finrod) If we are indeed the Eruhin, the Children of the One, then He will not suffer Himself to be deprived of His own, not by any Enemy, not even by ourselves. This is the last foundation of Estel, which we keep even when we contemplate the End: of all His designs the issue must be for His Children's joy. […]' [MR/320] Cette promesse, c'est celle selon laquelle Arda sera Guérie de tout mal :
(Andreth) They say that the One will himself enter into Arda, and heal Men and all the Marring from the beginning to the end. [MR/321] Et ce qu'elle implique est extraordinaire :
'Arda Healed' is thus both the completion of the 'Tale of Arda' which has taken up all the deeds of Melkor, but must according to the promise of Ilúvatar be seen to be good; and also a state of redress and bliss beyond the 'circles of the world'.) [MR/405] Extraordinaire car elle promet de tout Guérir, du Commencement jusqu'à la Fin ... elle promet de réparer ... Mais comment réparer le traumatisme de la souffrance, le traumatisme de la violence ? Aux Enfants c'est impossible, mais les Eldar, visiblement, restent dans l'Estel que cela est possible à Eru, dans son mystère. Ne l'a-t-il pas promis Lui-même :
'And thou, Melkor, shalt see that no theme may be played that has not its uttermost source in me, nor can any alter the music in my despite. For he that attempteth this shall be but mine instrument in the devising of things more wonderful, which he himself hath not imagined.' [MR/10] Même si et néanmoins Melkor poursuit encore et toujours un formidable combat contre Eru, ainsi que Sosryko le montre si bien, le parfait renversement de la Charité :
Melkor le Marisseur, ou le Renversement : | ||
| Comprendre le Décalogue, c’est entre autre comprendre que si les Dix Paroles du Sinaï commencent par le mot anokhi signifiant « Moi-je suis (l’Éternel ton Dieu) » (Ex 20:2), elles se terminent par le mot leréakha signifiant « pour ton prochain » (Ex 20:17). « Ton prochain », c’est-à-dire l’Autre, celui qui n’est pas nommé et en qui se retrouve tout homme. Ainsi, « les Dix Paroles se déploient entre le ‘je’ [de Dieu] et ‘l’autre’ » (Ouaknin). Dans son amour, Dieu s’efface, Dieu propose, sans jamais imposer sa volonté. Ce grand mouvement de Dieu vers les hommes est doublement actif dans notre texte : premièrement dans la présence-absence, au cœur de la section (1), de la personne d’Ilúvatar qui envoie les Valar et leur propose de prendre part à la Création, mais aussi avec cet élan qui va des Valar (le début de la section (1)) jusqu’au Enfants inconnus (fin de la section (2)), cet Autre vers qui tout porte. Or que fait Melkor si ce n’est renverser totalement ce mouvement du Moi vers l’Autre? En effet, alors que la fin de la section (2) concerne les Enfants, Melkor conclue la section (3) en s’attribuant le Royaume d’Arda, ramenant toute la Création à sa personne, à son Moi : « je le nommerai d’après moi-même ! » Melkor habité par la haine et la jalousie s’oppose de tout son être à une Création fondée sur l’amour et refuse l’effacement du Moi pour l’Autre qu’impose l’amour. Mais c'est le Combat du Mal qui est perdu d'avance et sans espoir (excusez le raccourci, mais la fatigue vient :)) :
Melkor's final impotence and despair lay in this: that whereas the Valar (and in their degree Elves and Men) could still love 'Arda Marred', that is Arda with a Melkor-ingredient, and could still heal this or that hurt, or produce from its very marring, from its state as it was, things beautiful and lovely, Melkor could do nothing with Arda, which was not from his own mind and was interwoven with the work and thoughts of others: even left alone he could only have gone raging on till all was levelled again into a formless chaos. And yet even so he would have been defeated, because it would still have 'existed' independent of his own mind, and a world in potential. [MR/396] Le chemin qui mène a cette promesse merveilleuse est ce chemin, certes difficile, qui, « lorsqu'il ne peut (s')élever, doit endurer en patience » [MR/240] ; parce que ce chemin est celui du serviteur, qui emprunte la « petite voie », et se garde de l'autre qui, selon les mots de Sosryko, engage à se prendre pour Dieu et « connaître le Bien et le Mal », c’est-à-dire choisir ses propres valeurs selon « ses propres désirs », choisir son Bien et son Mal ; et ce chemin enfin, s'appuie sur la Confiance en Dieu ... « la confiance mise en Eru le Seigneur éternel, qu’il est bon, et que ses oeuvres finiront toutes en bien. Cela le Marrisseur l’a nié, et dans ce déni réside la racine du mal, et sa fin est dans le désespoir. » [MR/245] |
|
Mes excuses par avance pour le dernier post qui a été écrit plus vite qu'il n'aurait dû, un peu grippé (grrr... le marrissement d'Arda) aussi voulais-je abréger et me sentir "libre" de me reposer : maintenant posté, je ne pourrai plus y revenir sans cesse, et je pourrai m'obliger à prendre un repos salvateur :). Aussi j'espère n'avoir pas écrit dans un langage trop personnel ... mes excuses entre autre car je n'ai pas pris la peine de traduire la plupart des citations :) encore qu'elles le seront toutes dans un ou trois articles à venir ;) * (et aussi - vraiment très bientôt - l'explication du choix de traduction de mar et ses membres par la famille de marrir ...) * j'avais dû donner une indication de mois pour l'estel mais heureusement, là non plus, je n'avais pas donné l'année :) :) :) on s'y remet quand, cher Sosryko ? |
|
Chouette!!!! Encore des plaisirs de lecture. et puisque vous cheminer dans des sentiers trop escarpés pour moi, je tenais à vous dire, depuis le bord du chemin, que je prends un sincère plaisir à ne rien faire d'autre que lire votre carnet de route sans trouver quoi que ce soit à y ajouter... je reste assis là, heureux du bonheur de mes amis voyageurs... "And I must follow, if I can" Silmo ("weary feet".... but happy head :-))) |
|
Yyr (Ecrit le 04-12-2003 00:16) : (et aussi - vraiment très bientôt - l'explication du choix de traduction de mar et ses membres par la famille de marrir ...) L'explication en question est en ligne sur Hiswelókë : Le Marrissement d'Arda (ici tout en bas :)) Yyr |
|
A ce sujet, ce serait bien de faire une version imprimable de cet excellent essai, parce que ça passe très mal pour le moment, et lire 18 pages à l'écran ça me rebute un peu. :-/ En tous bravo Yyr, pour ce que j'en ai lu (c'est à dire le début, jusqu'à ce que j'aie trop mal aux yeux ;-) c'est vraiment remarquable. :-) |
|
Heu ... dis donc c'est limite vexant là :) c'est du format pdf : il n'y a pas grand chose de mieux pour une impression - je te donne suite en privé par mail ;) |
|
Repêchage de fuseau, puisque Yyr l'Etoilé (et tiens, grippé ici aussi ;)) en reparlait dans la place du don dans le Conte d'Arda. Je ne peux m'empêcher d'applaudir : c'est très belle et très bonne lecture :) tant de trésors cachés -- ou, non pas cachés, mais endormis, le temps passant, automne après automne, feuillage après feuillage... J'avais fini par l'oublier, quoique je me souvienne l'avoir lu :) C'est aussi bon que la boisson... arf, galadhéenne, ou ornéenne ? de Fangorn :) Galadhéenne, je dirai, car nourriture pour l'esprit. Mais ornéenne, car elle élève, aussi :) S. |