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Deux petites questions auxquelles je ne trouve nulle part réponse : Le jeu des énigmes, qui voit s'affronter Gollum et Bilbon, est dit être très ancien, à ce point que même les créatures mauvaises hésitent à y tricher. Je cherche depuis un moment un autre exemple de ce jeu chez Tolkien, ainsi que son origine, et je ne trouve rien. Quelqu'un aurait-il des renseignements ?
Silmo, dans un fuseau sur Tom Bombadil : "et surtout pas Aulë dont la légendaire impétuosité le pousserait à intervenir". Je vous laisse assez vilainement, car je ne pourrais préciser mes interrogations et défendre mes points de vues (si besoin est) avant une semaine. Désolé... Bonne journée |
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Salut Norendil Attention : un fuseau / un sujet, et les vaches seront bien gardées... :-) Pour ce que tu dis du fuseau sur TB, je te propose d'aller en discuter là-bas (surtout que tu as bien raison de me rappeler à l'ordre sur ce point), d'accord?? Pour ta question sur les énigmes, Tolkien, en disant que c'était un jeu très ancien, ne faisait sans doute pas référence à son propre imaginaire. Bilbo le Hobbit, Chap. V. Enigmes dans l'obscurité, Page 96 Le Hobbit, à l'origine, n'était pas fait pour s'ancrer avec toute la rigueur que cela aurait nécessité, dans le reste du Légendaire des Terres-du-Milieu. Le caractère sacré des énigmes semble évoqué ici de manière générale. La seule référence à laquelle on peut songer est le thème des énigmes dans l'antiquité greco-romaine, et plus particulièrement l'énigme entre Oedipe et le Sphynx (si tu ne réponds pas, je te mange) énigme à laquelle un écho plutôt humoristique est donné dans la question "Sans-jambes repose sur une-jambe, deux-jambes s'assirent sur trois-jambes, quatre-jambes en eut un peu". Silmo |
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Pour ceux que la question Bombadil intéresse, le fuseau dont parle Norendil est celui-ci: |
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Pour ce qui est des énigmes, c'est une tradition immémoriale dans l'humanité; Silmo a évoqué les exemples gréco-romains, mais les traditions celtes en comprennent aussi (euh, pour les exemples, comptez sur moi un autre jour ...) et il me semble en avoir un vague souvenir dans la mythologie scandinave chère à Tolkien. |
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Avant de fournir quelques références sur les énigmes, il serait bon de rappeler les deux courtes lettres de Tolkien qui traite du sujet [traductions glosées et bancales de ma pomme]: L25 [1,p.32/ datée du 16/01/38]
"Et qu'en est-il des Enigmes? Du travail reste à faire sur les sources et les (énigmes) équivalentes. Je ne devrais pas du tout être surpris d'apprendre qu'aussi bien le hobbit que Gollum verront rejetées leurs prétentions d'avoir inventé n'importe laquelle de ces énigmes." Ce qui ne tarde pas à arriver, Tolkien devant défendre l'originalité de son travail sur les énigmes devant son éditeur (Allen & Unwin) qui lui en conteste la paternité : L110 [1,p.123/ datée du 20/09/47]
"En ce qui concerne les Enigmes : elle sont "toutes (issues de) mon travail personnel" hormis "Trente Chevaux Blanc" qui est traditionnelle, et "Sans-Jambes". Celles qui restent, bien que leur style et leur méthode soient ceux des énigmes de la littérature ancienne (mais pas du "folklore"), n'ont pas de modèles à ma connaissance, à part seulement l'énigme de l'œuf qui apparaît dans certains livres de "comptines", livres américains en particuliers.[…]" Mais quelles sont ces 'sources' et 'énigmes de la littérature ancienne'? Il faut remarquer que Tolkien parle 'des' énigmes comme un tout aussi, dans la recherche des sources je me limiterai à la recherche de textes qui ne contiennent pas une seule énigme mais toute une série, comme le chapitre qui voit l'affrontement de Bilbo et Gollum. La Bible recèle, elle aussi son lot d'énigmes. Pensons à Samson (Juges 14:12-18) qui lance un défi aux Philistins en leur posant une question dont lui seul à la réponse :
"De celui qui mange est sorti ce qui se mange, et du fort est sorti le doux" pour désigner la carcasse d'un lion contenant des abeilles et du miel. (L'énigme est ponctuelle, je viens donc de faire une entorse à l'esprit de la recherche que je m'étais fixé. Disons que c'était une mise en jambe et que ce sera le seul écart.) Mais surtout, bien sûr, pensons à Salomon, le roi plein de sagesse, don divin, que tout le monde vient mettre à l'épreuve (1 Rois 5:14). La fameuse reine de Saba est décrite comme venant "éprouver celui-ci par des énigmes" (1 Rois 10:1 // 2 Ch 9:1-2). Cette tradition perdurera jusqu'au Moyen Age puisque entre les VIIème et XIIème siècles, des moines irlandais et anglais ont rédigé plusieurs dialogues, en prose comme en vers, dont quatre nous sont parvenus, entre Salomon et Saturne, un mystérieux voyageur. Là encore, dans ces apocryphes, Salomon est celui qui est interrogé, celui qui a la connaissance et répond aux nombreuses énigmes ou questions. Le recueil de ces dialogues sera appelé Salomon et Saturne [2]. La première énigme que pose Saturne dans un de ces poèmes est tout à fait dans le style des énigmes anglo-saxonnes (cf. [2,p.65] qui renvoie à une étude sur l'Exeter Book [3]) :
Saturne dit : La description de la "chose" à deviner (des livres) est assez curieuse, elle fournit des détails assez précis, sous forme de métaphores, dont le sens n'est pas évident. Une telle technique se retrouve dans les énigmes de l'Exeter Book [4] que Tolkien connaissait très bien puisqu'il aimait citer le manuscrit dans ses lettres (L54 et L90 [1,p.66,102-3]).
Je me permets de citer [2,p.152-3] qui a de fortes chances de renvoyer à des textes qui devaient être, eux aussi, connus de Tolkien : "Ce dialogue [de 'Salomon et Saturne'] est un élucidaire, une liste de questions et de réponses portant sur des connaissances bibliques et autres sans qu'il y ait nécessairement de relation thématique entre elles. N'aurions-nous pas là, avec l'Exeter Book, certains des ouvrages auxquels pensait Tolkien lorsqu'il évoquait les "énigmes de la littérature ancienne"? Après ces élucidaires, rédigés souvent par des clercs, il faudrait faire référence à certaines des énigmes d'origine purement celtiques (d'autres références celtiques suivront). Ainsi CuChulainn (l'Achille irlandais) et Emer, la femme qu'il courtise, se parlent sous forme d'énigmes [5, p.259, 265-6] car Emer n'acceptera d'épouser qu'un homme qui l'égale en naissance, en beauté et en sagesse. On trouve les énigmes suivantes dans la Cour faite à Ailbe [5,p.350]:
Qu'est-ce qui est plus doux que l'hydromel? - Une conversation intime. Chaque réponse repose sur une transmutation métaphorique de l'adjectif situé dans la question. (suite au prochain post)
[1] The Letters of J.R.R. Tolkien, édition paperback 2000 Houghton Mifflin. [2] Salomon et Saturne, trad. Robert Faerber, 1995 Brepols (Apocryphes 6). [2bis] soit, en gros, 'Florilège d'extraits, de questions et de récits tirés des Pères'. [3] F.Tupper, The Riddles of the Exeter Book, 1910 Boston. Mais cf. un ouvrage plus récent, donc plus accessible, The Exeter Book Riddles, traduit par Kevin Crossley-Holland, 1993 Penguin Classics.
[4] On trouve toutes les énigmes de l'Exeter Book avec leurs solutions sur internet à l'adresse : Exeter Book [5] Celtic Heritage, Alwyn Rees & Brinley Rees, 1998 Thames and Hudson. |
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Bonjour Sosryko, Avant toute chose, je te souhaite la bienvenue parmi nous sur ce Forum. J'utiliserai bien sûr ma formule pour souhaiter te lire souvent.
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Quant à me lire souvent, je ne pourrais certainement pas répondre à de telles attentes, faute de temps bien sûr, faute de connaissance de l'Oeuvre également, par besoin de réflexion par nature et par désir de ne pas intervenir mal à propos... mais je lirai tout (ou presque), pour bénéficier de la sagesse des anciens ;-)
D'ailleurs, pour les lecteurs intéressés, afin de gagner de la place, la numérotation des notes de la suite poursuivra celle des notes des messages précédents, considérant qu'il s'agit d'un texte unique sur les joute par énigmes dans la mythologie et leur comparaison avec le chapitre V 'Enigme dans l'Obscurité' de Bilbo le Hobbit. |
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(suite du post écrit le 21-03-2002 03:31 )
Le dialogue des deux sages (Immacallam in da thuarad) est un autre texte celtique (irlandais).
Jusqu'à présent, nous avons vu des dialogues sous forme de questions d'une partie et de réponses à ces questions par l'autre partie. On est loin, formellement et sur le fond, de l'affrontement entre Bilbo et Gollum qui prend la forme d'une véritable joute oratoire chacun posant une série d'énigmes à l'autre, le vainqueur remportant une mise en jeu qui ne peut être partagée. Cette mise en jeu, d'un point de vue narratif, celui du conte, c'est la vie de Bilbo : si Bilbo gagne, il a la vie sauve et se voit indiqué la sortie, sinon, Gollum le mange. Mais en réalité, cette victoire est liée à la possession de l'Anneau Unique. C'est l'Anneau qui est l'objet de la dernière question de Bilbo et gagner le concours d'énigmes revient à acquérir définitivement l'Anneau pour Bilbo ou à le récupérer pour Gollum (qui aurait fini par fouiller les poches de Bilbo avant même la fin de son repas…).
"Dans la version originale […] Gollum a réellement l'intention de donner l'Anneau à Bilbo une fois que le hobbit a gagner le jeu des énigmes, et il se répand en excuses lorsqu'il découvre sa disparition : Cherchons donc des récits mythologiques d'affrontement par énigmes avec enjeu à la clef et si possible la notion de réciprocité dans l'échange… Ceci va nous transporter très loin dans le temps et dans l'espace, aux débuts de la civilisation, en … Mésopotamie, quelques 2050 ans av. J.-C (!), date à laquelle on estime la rédaction d'une épopée sumérienne, Enmerkar et le seigneur d'Aratta appelé encore Epopée d'Enmerkar ([7,p.285-6] et [8, p.291]). Enmerkar est le deuxième roi de la première dynastie d'Uruk après le Déluge (le cinquième sera le fameux Gilgamesh; on est autour de 2800 av.J.-C. [7,p.890]). Enmerkar et le seigneur d'Aratta sont tous deux des "rois-prêtres" et sont, à ce titre, époux de la déesse Innana qui devient l'objet de leur lutte. [9] Enmerkar gagnera les faveur de la déesse puisque la tradition fait de la déesse Inanna à la fois sa cousine et son épouse et la patronne d'Uruk. Dans l'Enmerkar et le seigneur d'Aratta, Enmerkar voudrait construire pour la déesse Innana un temple plus magnifique que celui édifié par le seigneur d'Aratta.
1) lui faire parvenir du grain transporté dans des récipients troués, A chacun de ces défis, l'ingéniosité d'Enmerkar trouve une solution :
1) il envoie du grain germé, qui ne peut s'échapper des paniers de transport, En réalité l'ingéniosité d'Enmerkar n'a dû s'exprimer que pour le troisième défi; il lui aura fallu l'aide de Nisaba, la déesse de "la répartition du grain", pour résoudre la première énigme et celle d'Enki, dieu des eaux douces, associé à la magie et à la sagesse, pour résoudre la deuxième. On peut donc dire que le héros de la première joute par énigmes, vieille de 5000 ans, ne s'en sort pas par sa seule intelligence mais qu'il use d'artifice : il a de son côté le soutient d'Innana, de Nisaba et d'Enki, comment pourrait-il perdre? Attention, je ne dis pas que Tolkien s'est inspiré de la mythologie mésopotamienne pour rédiger le chapitre V de Bilbo le Hobbit! Il me semblait simplement nécessaire (à y être…) de faire référence à la plus antique trace que nous possédions d'une dispute sous forme de suite d'énigmes. Car il s'agit bien d'énigmes, épreuves intellectuelles par oppositions aux travaux, épreuves physique. Notons que l'enjeu de la dispute par énigmes entre deux hommes est une femme, ce qui nous ramène quelques 4000 ans plus tard, chez les celtes (voir ci-dessus) et les scandinaves (à venir).
[6] Les Druides, Françoise Le Roux et Christian-Joseph Guyonvarc'h, 1986 Editions Ouest-France Université. [7] Dictionnaire de la Civilisation Mésopotamienne, Francis Joannès et al., 2001 Robert Laffont (Bouquins). [8] L'Orient Ancien, B. Hrouda et al., 1991 Bordas (Civilisations). [9] La lutte entre le seigneur d'Aratta et Enmerkar, seigneur d'Uruk pour l'amour de la déesse Innana (et donc le patronnage de la ville par elle) est détaillée dans une autre œuvre sumérienne : Enmerkar et Enshukesdanna. [7, p.286-7] [10] Pour la suite, cf. le résumé et l'interprétation [7,p.286] ou, en anglais, un résumé et une traduction du texte original 'Enmerkar et le seigneur d'Aratta' (obscur car lacunaire et difficile d'interprétation par endroits). |
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Ce qui va suivre n'est pas parfait, car il faudra peut-être y revenir, ayant il y a deux jours découvert un détail que je ne connaissais pas (mais que vous étiez en mesure de connaître puisqu'il apparaît sur ce site) et qui nous sera des plus utiles (woaaa, le suspense…). Mais ne sachant pas quand je pourrai compléter ce message, je livre la suite des précédents dans l'état où elle se trouve
On trouve des récits tout aussi intéressants que les précédents, si ce n'est plus, dans la mythologie nordique. Il faudra garder à l'esprit les résumés des situations et les noms des personnages qui vont suivre (enfin, savoir y revenir ;-)) car ils nous seront utiles. Dans les dialogues des poèmes et chants scandinaves, les questions ne prennent pas forcément une tournure énigmatique au sens fort : ce sont souvent des "colles", des questions de connaissance (assimilée à la 'sagesse'), l'ensemble ayant la forme de dialogue didactique; certainement, le but de ces textes était de transmettre au lecteur un savoir mythologique ou religieux.
1) Ainsi en est-il de la première partie de l'Edda de Snorri Sturluson (autour de 1220), dite la Fascination de Gyfli (la Gylfaginning). Gylfi est un roi de Suède légendaire qui, sous un déguisement et sous le pseudonyme de Gangleri, se rend à Asgardr, la demeure des dieux pour y faire la connaissance des Ases et de leur sagesse. Dans une salle, il rencontre trois dieux qui répondent à ses questions : Harr (le Très-Haut), Jafnharr (l'Egalement haut) et Pridi (le Troisième). Dans leur réponse, Snorri nous offre une présentation systématique de la mythologie nordique qui constitue notre source essentielle sur le sujet. [11, p.29-102]. Par contre, on revient à une matière plus proche des énigmes avec la seconde partie de l'Edda en prose, la Poétique (les Skaldskaparmal), là encore sous forme de questions-réponses entre Aegir (l'apprenant) et Bragi (l'instructeur).
Pourquoi l'or est-il appelé 'chevelure de Sif'? [11, p.117] Ces questions ne sont pas encore des énigmes puisque leur but étant de demander des explications, à un connaisseur, sur des circonlocutions de poésie scaldique (les kenningar) qui sont impossibles à résoudre si on ne connaît pas les mythes auxquels elles se réfèrent. Mais elles peuvent facilement le devenir si on les reformule ainsi:
Qu'est-ce que la chevelure de Sif? 2) Passons à l'Edda poétique maintenant. C'est un recueil anonyme de nombreux chants mythologiques et héroïques qui ont servi de source à Snorri puisque composés entre le VIIIème et le XIIIème siècle (Liste en [13,p.18]). Certains de ces chants sont des plus intéressants pour notre recherche. Premièrement, considérons les Dits de Fjölsvinnr (les Fjölsvinnsmal [15,p.504-516]) qui, avec un poème (le Grodaldr, [15, p.584-7]), forme les Dits de Svipdagr. Svipdagr est le héros de ces deux poèmes. Dans le Groladr, il ressuscite sa mère et lui demande des formules magiques afin de mener à bien le périlleux voyage qu'il va entreprendre pour demander la main de la vierge Menglöd; sa mère prononce sur lui neuf formules magiques pour le protéger en toutes occasions. 3) Dans les Dits d'Alviss (Alvissmal), poème de 35 strophes, Thor entreprend de mettre à l'épreuve la science du nain Alviss, dont le nom signifie 'Qui sait tout' [14.I]. On s'éloigne à nouveau des énigmes, les questions étant en fait des questions de vocabulaire. Par exemple, en Alvissmal 11-12, Thor demande
"Comment ce ciel s'appelle, Et Alviss de répondre :
"'Ciel' s'appelle chez les hommes, (a) Toutes les autres interrogations de Thor sont de ce type. Point donc de devinettes, les questions sont directes. Mais, là encore, la formulation peut facilement se renverser pour donner naissance à des énigmes (Il est un toit qui tisse les vents, qui est-il?). (b) Et ici aussi, il y a une différence essentielle entre la didactique Fascination de Gyfli et les Dits d'Alviss; en effet, il existe un enjeu terrible entre Thor et Alviss : si Alviss ne répond pas à une seule question, il perd son droit d'épouser la fille de Thor! [17]
(c) Mieux encore! Thor, qui ne veut pas donner sa fille à un nain, use de subterfuge pour emporter le défi qu'il a lancé à Alviss. Or, nous avons vu (cf. Enmerkar) et nous verrons que c'est toujours par ruse (enfin, à ma connaissance, car il doit bien y avoir des exceptions), et non par sagesse ou intelligence, que les tournois d'énigmes entre ennemis sont gagnés.
"En un seul sein Ces deux derniers points (l'enjeu et la ruse) rapprochent donc ce dialogue de connaissance, plus encore que les précédents, du jeu des énigmes entre Bilbo et Gollum (qui repose sur un enjeu – la vie/l'Anneau, et sur la ruse qui donne la victoire finale – la dernière question de Bilbo). 4) Nous avons donc assisté à la progression (temporaire) suivante : La Fascination de Gyfli : dialogue de connaissance Nous verrons au message prochain que les personnages des ces textes ont des caractéristiques communes intéressantes pour nous et dont certaines se retrouvent dans un texte scandinave de l'Edda poétique qui se rapproche encore plus que ses prédécesseurs de celui de Tolkien : les Dits de Fort-à-l'Embrouille… tout un programme.
[11] L'Edda, Récits de mythologie nordique, Snorri Sturluson, trad. F.-X. Dillman, 1991 Gallimard (L'Aube des peuples). [12] Cette dernière question mériterait qu'on s'y attarde car je pense qu'elle a été une (petite) 'source' pour Tolkien dans son élaboration du Seigneur des Anneaux. Mais ce n'est pas l'objet de ce message. [13] Dieux et Mythes Nordiques, Patrick Guelpa, 1998 Presses Universitaires du Septentrion (savoir Mieux). [14] Dictionnaire de la Mythologie germano-scandinave, tomes I et II, Rudolf Simek, 1996 Editions du Porte-Glaive (Patrimoine de l'Europe). [15] L'Edda Poétique, traduction et présentation de Régis Boyer, 1992 Fayard. [16] Tout comme dans la 'Fascination de Gyfli', celui qui pose des questions, use d'un pseudonyme. On retrouvera ce stratagème étrange… [17] Là aussi, étrange comme le dialogue de connaissance/par énigme est lié à la séduction que ce soit chez les Celtes (CuChulainn, le prétendant d'Ailbe) ou chez les Scandinaves (Alviss, Svipdagr). Par contre les femmes celtes sont plus émancipées que les femmes scandinaves : ce sont elles qui interrogent directement leurs prétendants. |
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Et bien voilà une série de messages de très haute tenue. Bravo Sosryko! |
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Entièrement d'accord avec toi Semprini. Je me demande d'ailleurs si ce sujet ne mériterait pas de faire l'objet d'une compilation pour les Chroniques. Sosryko, vois-tu un inconvénient à ce que je reporte tes interventions dans cette rubrique ?
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quant à ta proposition qui me flatte, Cédric, pourquoi la refuserais-je? Puisqu'on parle d'aide, j'aurais fichtrement besoin de consulter le chant III du Kalevala (au moins quelques extraits de la joute) que je n'ai jamais eu l'occasion d'acheter et auquel je n'ai pas accès, ici, à Périgueux. Et toi, cher webmaster, que je crois savoir amateur, à juste raison, d'Edda et autres textes nordiques, si tu envisages quelques modifications ou conseils n'hésite pas à m'écrire (à moins que tu n'aies pour politique de tout faire passer par la partie Webmaster du forum?). portez-vous bien, tous deux, et à bientôt j'espère
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Pour la Saga du roi Heidrek, c'est bon, je viens de trouver (en cherchant bien...ou mieux) Sosryko |
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Honte sur moi! muchas muchas gracias !! |
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Tout d'abord, Sosryko, bravo pour la qualité de tes messages. Pour ta question 3, bien que je ne sois pas un "membre illustre (...)de ce forum illustre", je me permets de rajouter quelques références citées par Tom Shippey dans son livre J.R.R. Tolkien author of the century: il parle bien de Solomon and Saturn, mais aussi de la Saga of King Heidrek the Wise pour l'énigme de Gollum sur le poisson (avec une analogie dans le Layamon's 'Brut', un poème médiéval du Worcestershire que Tolkien admirait); il fait aussi remarquer que les énigmes dont les origines coïncident avec le monde ancien des sagas, des poèmes héroïques, sont prononcées par Gollum. Enfin, en ce qui concerne le Kalevala, je n'ai pas vraiment le temps de faire une réponse structurée maintenant, mais je vais essayer dès que possible de te donner mon opinion. Iarwain |
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Iarwain! c'es plaisir que je te lis et reçois tes conseils! (si j'ai dit membres 'illustres', c'est que vous l'êtes tous pour moi, ne serait-ce que par le nombre de vos interventions ... on se rattrape comme on peut ;-)) En ce qui concerne le roi Heidrek, ce sera pour la/une prochaine 'livraison' (car cette saga a une qualité qui n'a pas encore été mise en évidence jusqu'à présent et qui se retrouve dans la compétition entre Gollum et Bilbo). Malheureusement, je n'en parlerai pas en détail (ne possédant pas la traduction hors de prix des Sagas de Régis Boyer chez La Pléiade). Aussi ta remarque sur les l'origine des énigmes de Gollum (dont celle des poissons) est des plus précieuses! Idem pour le Layamon Brut (quelqu'un sait ce que ça veut dire?) qui m'était inconnu. Quelqu'un aurait-il accès à la Saga du roi Heidrek ? (ou connaissance d'une adresse en ligne?) en tout cas, par avance, merci pour ta recherche sur le Kalevala :-) Sosryko, |
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Chose promise, chose due...je vais essayer de synthétiser ce que l'on peut trouver dans le chant III du Kalevala, où l'on assiste à une joute verbale entre "le ferme et vieux Väinämöinen"* et "le jeune Joukahainen"* (comme il s'étend sur quelques 580 vers, je ne me risque pas à le recopier intégralement)
"Le jeune Joukahainen dit: Voici un petit échantillon de leurs échanges: rien de très énigmatique, à première vue (au sens de l'affrontement par énigmes entre Bilbo et Gollum); pour ma part, j'y verrais bien une source d'inspiration pour le dénombrement des êtres vivants des Ents (SdA,III,4,p.83~; désolé pour le manque de référence, mais je n'ai pas mon exemplaire sous la main, et l'outil de recherche ne donne pas le poème en totalité), notamment dans cette réponse de Joukahainen (v.191-198) :
"Je sais du pinson l'origine, Un peu redondant par moments, mais il faut dire que les connaissances de Joukahainen dans ce domaine ne doivent pas être très grandes; de plus, il aime beaucoup à se vanter, notamment d'avoir été présent à la création du monde; il en vient même à provoquer Väinämöinen en combat singulier. Le seul élément qui pourrait rappeler l'affrontement entre Bilbo et Gollum (à part l'analogie avec la lutte que mènent Joukahainen et Väinämöinen) me semble être le ton général de ces listes, un certain air archaïque. Bien entendu (v.283-476), tout ceci se termine mal pour Joukahainen, qui se retrouve envoûté par le chant de Väinämöinen, et obligé de se racheter en lui offrant sa soeur Aïno (il y a tout un long dialogue fastidieux à retranscrire, où il offre de nombreuses choses, à chaque fois refusées par Väinämöinen); il finit par retourner chez lui (v.477-580), où il est accueilli par sa mère. Iarwain * j'utilise la traduction déjà ancienne de Jean-Louis Perret parue chez Stock (il y a une autre édition plus récente chez Gallimard, dans la collection L'aube des Peuples) PS: A vrai dire, je m'aperçois que j'ai davantage paraphrasé qu'analysé le texte de ce chant, mais j'espère t'avoir été utile en quelque chose. |
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Bien sûr, Iarwain, que ce résumé de centaines de vers me sera utile! Mais j'aurais besoin d'un dernier détails (ou deux) quitte à gâcher un peu la surprise (?) de ce qui suivra (pas encore :-(...je n'ai encore rien rédigé faute de temps):
Sosryko qui te salue |
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A ton service...et à celui de ta famille! Je réponds tout de suite à tes questions, avant de m'aventurer sur d'autres territoires. 1)Le mieux, je crois, c'est que je retranscrive directement les questions de Väinämöinen :
"Mais cependant, quoi qu'il en soit, avec entre les deux celle que j'ai déjà citée. C'est vrai aussi qu'il finit par remettre Joukahainen à sa place (v.236-254, où il reprend des vers entiers de celui-ci, en les niant), mais sans rien apporter de nouveau. 2)En fait, seul Väinämöinen pose des questions: la seule fois où Joukahainen a l'initiative, c'est lorsqu'il propose à Väinämöinen une confrontation poétique ou, à la fin, un duel physique; c'est à ce moment que ce dernier, qui n'a donc pas eu l'occasion de montrer son savoir, se fâche :
"Il se mit à chanter lui-même, J'aurais également un petit ajout concernant la Gylfaginning ou Mystification de Gylfa (à ce propos, d'où vient la traduction: Fascination de Gylfa? Il me semble, mais je ne suis pas spécialiste, que le premier titre s'accorde mieux à la nature du texte): en effet, dans le deuxième chapitre, on apprend que "le Très-Haut lui déclara alors qu'il [Gylfa] ne sortirait pas sain et sauf de la halle, à moins qu'il ne se révélât être plus savant qu'eux" (p.31). Bien sûr, on sait à la fin que tout ce qu'il a vécu n'est que "mystification", mais cela m'apparaît comme point commun avec la situation de Bilbo, dont la vie est l'enjeu du concours d'énigmes. Je reviens enfin sur ce que j'avais avancé quant à la ressemblance avec le dénombrement des êtres vivants de Treebeard ("the old lists that I learned when I was young"), dont voici le texte :
"Learn now the lore of Living Creatures! "Apprenez maintenant la science des Créatures Vivantes! On le voit, un véritable poème didactique dont la forme lapidaire peut être rapprochée (sans chercher à démontrer une correspondance exacte, de toute façon impossible) de certains vers de ce chant III, outre ceux que j'ai déjà cités :
"Le lavaret a des prés lisses, Bon... je m'arrête (enfin!) là pour ne pas lasser davantage le lecteur bénévolent qui m'aura suivi jusque là... Iarwain |
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Effectivement le dialogue de La Fascination de Gylfi est précédé de l'avertissement du Très-Haut qui annonce à Gylfi qu'il met sa vie est en jeu s'il ne se montre pas plus savant que les dieux. Ce qui semble mettre en défaut la progression (vers le modèle de la joute entre Bilbo et Gollum) proposée ci-dessus. Aïe… Mais pour ma défense, je trouve que cette mise en garde est une pièce rapportée qui ne colle pas avec la suite du texte; en effet la connaissance de Gylfi n'est à aucun moment testée et les dieux; mieux, plutôt que de réclamer la vie soi-disant mise en jeu, ils se contentent d'un bon petit conseil : 'Mets à profits maintenant ce que tu as appris!' [15, p.102]… Enfin, je ne suis pas le seul à remarquer l'emprunt de l'enjeu à une autre joute scandinave: Dillmann le constate en [15, p.140, n.18] Voilà pourquoi je pensais que nous n'avions pas là une joute avec enjeu vital mais un simple dialogue de connaissance. Pour autant, ce n'est pas le lieu ici d'imaginer sa version originelle. Je reconnais que j'ai fait une erreur de méthode. Félicitation pour ton intérêt et ta lecture attentive, Iarwain. En me faisant revenir sur ce point, je viens de découvrir une nouvelle grille de lecture (fondée sur une notion de l'enjeu plus précise) qui porte déjà ses fruits sur le brouillon!
Pour le terme 'Fascination' à la place de 'Mystification', c'est que je préfère la traduction de Simek [14] et Guelpa [13] (ce dernier s'inspirant fortement du premier) à celle de Dillmann [15]. Car Gylfi n'a pas été l'objet d'une illusion de son esprit, il a réellement vécu ce qu'il lui est arrivé, en tout cas il le croit puisqu'il 'raconta tout ce qu'il avait vu et entendu' [15, p.102]; simplement il est incapable de savoir comment, lui qui s'était mis en route de lui-même pour Asgard, effectuant ce voyage en cachette [15, p.30], pénétrant dans la halle des dieux, il se voit, après un dernier conseil du Très-Haut et 'de grands bruits' traduisant l'action divine, en un clin d'œil revenu dans une vaste plaine. |
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C'est surtout mon intérêt pour la mythologie qu'il faut féliciter... Concernant "Layamon's Brut", j'ai trouvé cette référence dans le Dictionnaire des lettres françaises, Moyen Âge, à l'entrée "Wace": celui-ci est l'auteur du Roman de Brut. Iarwain |
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Mais, cher Iarwain, au vu de ton profil, je n'envisageais point d'autre intérêt de ta part que celui de la mythologie... Blague à part, merci encore une fois pour cette énième précision :-) Sosryko |
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Pour me faire pardonner, la suite...
Les Énigmes de Gestumblindi sont un poème de 29 strophes figurant dans une des 'sagas des temps anciens' [19], La saga de Hervör et du roi Heidrekr (= Hervararsaga ok Heidhreks). Heidrekr, un roi de Reidgotland, était connu pour avoir été capable de répondre à toutes les énigmes qui lui avaient été posées. A l'arrivée de Gestumblindi, le roi lui dit : "Si tu trouves une énigme que je ne peux résoudre, alors tu pourras repartir en paix".(If you wilt come with a riddle which I cannot guess, and thus procured thyself peace.)
Alors, Gestumblindi dit : Suivent 24 autres énigmes profanes (pas de résonances mythologiques, ici, à part en Ges. 12,15 et 28) auxquelles Heidrekr répond sans grande difficulté. [15, p.103-111] [23]. Puis la 26ème, la dernière, qui n'est pas formée sur le(s) même(s) modèle(s) que les précédentes [15, p.112] :
Alors Gestumblindi dit : Le roi écume de rage suite à cette dernière (fausse) énigme. il sort son épée et tente de frapper Gestumblindi. Mais Gestumblindi se transforme en faucon, sauvant ainsi sa vie. Le faucon tente de s'échapper par les puits de jour, mais l'épée du roi tranche le bout de sa queue, écourtant ses plumes. C'est ainsi que le faucon a depuis une courte queue. [24] Heidrekr ayant frappé sans faire attention, son épée atteint un homme de l'assemblée, le tuant sur le coup. Ódhinn, avant de s'envoler au loin, dit : "parce que toi, Roi Heidrekr, tu as sorti ton épée et a voulu me tuer, brisant ainsi la trêve que tu avais instituée entre nous, tes marchands d'esclaves seront les plus pitoyables des esclaves." On le verra, ce texte important est certainement celui qui a le plus inspiré, avec le suivant, le chapitre V de Bilbo le Hobbit. Ce n'est certainement pas une coïncidence s'il figure à plusieurs reprises parmi les premières études littéraires de Christopher Tolkien [25]. [20] La saga de Hervör et du roi Heidrekr traduite par Régis Boyer,Berg international,1988. [21] The Viking Age: The Early History, Manners, and Customs of the Ancestors of the English-Speaking Nations, Paul B. Du Chaillu, 1889, John Murray, London. Texte en ligne ici. [22] Ainsi 'a powerful hersir[?] in Reidgotaland' et 'a man of the hird[?]' que je transpose respectivement en 'un puissant seigneur de Reidgotland' et 'un homme de l'assemblée'. [23] On trouve, en français, mais avec des erreurs de frappe, et les solutions à part, les énigmes de Gestumblindi sur internet. . En ce qui nous concerne, nous reviendrons sur quelques unes de ces énigmes pour éclairer celles employées dans la joute entre Bilbo et Gollum. [24] Ce n'est pas essentiel pour notre propos, mais il se pourrait que cette traduction (ou ce résumé?) ne soit pas forcément la bonne (voilà ce que c'est que de travailler avec de la littérature secondaire...). Un autre article en ligne évoque Ódhinn qui se métamorphose en corbeau et non en faucon, ce qui semble plus plausible de la part du dieu nordique qualifié de 'Dieu des corbeaux' en Gylfaginning 38 (cf. Huginn et Muninn, ses deux corbeaux espions). L'article précise que Heidrek a attaqué Ódhinn avec l'aide d'un certain Tyrfing : [25] Sur le site de la Tolkien Society on trouve une sélection des publications de Christopher Tolkien, dont, parmi les premières : |
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à part le lien du site de la Tolkien Society, tout est bon et...'joli'. yesss! l'honneur est sauf :-) Sosryko |
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Good ;-))Non mais sans blague, j'aime bien le gras, la couleur et l'italique ... et le reste :-) Cathy |
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Désolé pour l'absence, mais les activités et les propositions d'Iarwain ont nécessité du temps et de la réflexion. J'ai du faire des modifications, abandonner une vision trop étroite de la notion d'enjeu. Pardonnez donc ce message qui va reprendre en partie le matériel qui précède lorsqu'il a besoin d'être complété ou d'être révisé, mais la bonne compréhension de la suite en dépend. Les ajouts dans le texte que vous avez déjà lu seront en couleur. Pour ne pas surcharger ce fuseau, les compléments plus ou moins indépendants sont donnés avec le numéro de la partie auquel vous êtes priés de vous renvoyés (…en attendant peut être, un texte plus clair et intégral si Cédric est toujours intéressé ;-)). Plan des épisodes précédents :
I – Bible, apocryphes et autres élucidaires anglo-saxons
Les poètes émérites d'Irlande ancienne participaient à des concours d'énigmes, et, selon Marbán le Gardien de pourceaux, 'prophète suprême de la terre et des cieux', de telles disputes apparurent à cause des noix qui apportent la connaissance, [noix provenant] des neuf noisetiers de sagesse qui poussaient autour du mystérieux puits de Segais. Dans un concours entre Marbán et Dáel Dulied, le 'docteur' (ollam) de Leinster, on rencontre les énigmes suivantes [5, p.349] :
– Quel bien l'Homme trouva-t-il sur la terre que Dieu ne trouva pas? – Quelle bête vit dans la mer et se noie lorsqu'on l'en sort? – Quel animal vit dans le feu et se brûle lorsqu'on l'en sort? Dáel Dulied perdra cette compétition et se placera alors sous la protection de Marbán.
Attention, je ne dis pas que Tolkien s'est inspiré consciemment de la mythologie mésopotamienne pour rédiger le chapitre V de Bilbo le Hobbit! Il me semblait simplement nécessaire (à y être…) de faire référence à la plus antique trace que nous possédions d'une dispute sous forme de suite d'énigmes. Car il s'agit bien d'énigmes, épreuves intellectuelles par oppositions aux travaux, épreuves physique. Cette précaution prise, il ne faudrait pas pour autant affirmer que Tolkien ne connaissait pas ce mythe. Une nouvelle fois, ses Lettres nous renseignent :
"Puisque naturellement, en tant que personne intéressée par l'antiquité et notamment l'histoire des langages et de l''écriture', j'ai connu et lu un grand nombre [de textes] à propos de la Mésopotamie, […]" L297 [1, p.384] Tolkien lui-même met entre guillemets, pour la souligner, la notion d''écriture'. Or, surprenante coïncidence pour nous, l'épopée d'Enmerkar et du Seigneur d'Aratta se termine avec l'invention de l'écriture par Enmerkar! Souvenons-nous que lorsque l'épopée commence l'écriture n'existait pas. Les échanges entre les deux seigneurs se faisaient donc par messagers qui récitaient de mémoire ce qu'ils avaient à transmettre. À la fin, l'ultimatum que lance Enmerkar au seigneur d'Aratta se révèle si long et difficile à mémoriser pour son messager qu'il "invente" l'écriture en rédigeant une lettre sur une tablette d'argile. Et, à ce stade, est-il besoin de rappeler toute l'activité littéraire, en tant que chroniqueur et poète, dans l'univers de la Terre-du-Milieu, de Bilbo Baggins, vainqueur d'un affrontement par énigmes tout comme Enmerkar?
"Il se mit à écrire de la poésie [...] Un soir d'automne, quelques années plus tard, Bilbo, assis dans son bureau, était occupé à écrire ses Mémoires […]".Bilbo le Hobbit, p.311 (Ed.Pocket : p.365) V – Mythologie nordique 1) L'Edda de Snorri Sturluson 1.1) La Fascination de Gyfli Ainsi en est-il de la première partie de l'Edda de Snorri Sturluson (autour de 1220), dite la Fascination de Gyfli (la Gylfaginning) [11, p.29-102]. Gylfi, "homme intelligent et versé dans la magie" [Gyl 2], est un roi de Suède légendaire qui, sous un déguisement et sous le pseudonyme de Gangleri, se rend à Asgardr, la demeure des dieux pour y faire la connaissance des Ases et de leur sagesse. Dans une salle, il rencontre trois dieux: Hárr (le Très-Haut), Jafnhárr (l'Également haut) et Thridhi (le Troisième).
Le Très-Haut demanda alors à l'arrivant si d'autres raisons [que celle de savoir qui est le souverain des Ases] leur valaient sa venue, en ajoutant que la nourriture et la boisson étaient à sa disposition comme toutes les autres personnes présentes dans la salle du Très-Haut. Il répondit qu'il voulait en premier lieu s'enquérir s'il se trouvait là quelqu'un de savant. Le Très-Haut lui déclara alors qu'il ne sortirait pas sain et sauf de la halle, à moins qu'il ne se révélât être plus savant qu'eux : "Tiens-toi debout, là, devant nous [Gyl 2] Gylfi ne se démonte pas et questionne les dieux sur l'univers : - depuis le commencement ("Quelle fut l'origine?"[Gyl 4]) - jusqu'à la fin des temps ("Qu'y a-t-il à dire du Crépuscule des dieux?"[Gyl 51]) - et au-delà ("Certains dieux survivront-ils? Et la terre et le ciel existeront-ils encore?" [Gyl 53]). À travers les réponses des dieux, Snorri nous offre une présentation systématique de la mythologie nordique qui constitue notre source essentielle sur le sujet. Puis Le Très-Haut de clore la conversation [Gyl 53] :
"À présent, je doute fort que d'autres questions puissent te venir à l'esprit, car je n'ai entendu personne décrire plus avant le cours du temps. Mets à profit maintenant ce que tu as appris!" Gylfi-Gangleri entend alors 'de grands bruits autour de lui' (le tonnerre?) et se retrouve seul dans une 'vaste plaine' où il n'y a plus 'ni halle ni fort' [Gyl 54]. Gylfi "a eu une vision, une extase, une hallucination, une fascination, d'où le titre de la Gylfaginning : 'La fascination de Gylfi'" [13, p.96] Dans cette première partie de l'Edda en prose, les questions n'ont pas la forme d'énigmes; Gylfi-Gangleri recherche la sagesse des Ases (prix intellectuel), aussi le dialogue est un dialogue de connaissances. Mais le flot incessant de ces questions (qui nécessite même le concours de trois dieux!) donne parfois à l'échange un aspect de défi. 1.2) La Poétique (rien de changé) 2) Les Dits de Fjölsvinnr (nouvelle conclusion) Les 18 questions ne sont pas énigmatiques. Elles relèvent, comme celles de la Fascination de Gyfli, de la pure connaissance. Mais le contexte est plus intéressant (pour nous) car si la joute oratoire semble tout aussi dangereuse (affronter les dieux ou affronter un géant), elle est liée, d'une manière qui nous échappe, à l'accès ou pas du héros à ce qu'il désire, sa fiancée; laquelle est un prix physique – par opposition à un prix intellectuel comme la connaissance que recherchait Gylfi auprès des dieux. 3) Les Dits d'Alvíss Dans les Dits d'Alvíss (Alvíssmál) [15, p.79-87] [18], poème de 35 strophes, Thórr entreprend de mettre à l'épreuve la science du nain Alvíss, dont le nom signifie 'Qui sait tout' [14.I]. On s'éloigne à nouveau des énigmes, les questions étant en fait des questions de vocabulaire.
"Comment ce ciel s'appelle, Et Alvíss de répondre :
"Ciel s'appelle chez les hommes, (a) Toutes les autres interrogations de Thórr sont de ce type. Point donc de devinettes, les questions sont directes. Mais, là encore, la formulation peut facilement se renverser pour donner naissance à des énigmes (Il est un toit qui tisse les vents, qui est-il?). (b) Ce troisième texte confirme que la joute oratoire chez les peuples nordiques est un affrontement extrêmement dangereux (affronter un géant, risquer sa tête devant les Ases) qui peut très bien conduire à la mort (Alvíss). Dans les trois situations, le visiteur (Gylfi, Svipdagr, Alvíss) met sa vie en jeu (Enjeu vital) (c) Mais ici aussi, comme pour les Dits de Fjölsvinnr, il y a une différence entre la didactique Fascination de Gyfli et les Dits d'Alvíss; en effet, l'avenir d'une femme est en jeu dans l'affrontement entre Thórr et Alvíss : si Alvíss ne répond pas à une seule question, il perd son droit d'épouser la fille de Thórr! [17] (d) Par contre, les Dits d'Alvíss contiennent un détail supplémentaire qu'il faut relever absolument. Thórr, qui ne veut pas donner sa fille à un nain, use de subterfuge pour emporter le défi qu'il a lancé à Alvíss. Or, nous avons vu (cf. Enmerkar) et nous verrons que c'est toujours par ruse (enfin, à ma connaissance, car il doit bien y avoir des exceptions), et non par sagesse ou intelligence, que les tournois d'énigmes entre ennemis sont gagnés. Voilà la ruse de Thórr : ne cessant poser des questions, il s'arrange pour qu'Alvíss se prenne au jeu au point que le nain en oublie le lever du soleil; or, comme tous les nains (du moins chez les scandinaves…), Alvíss ne peut supporter la lumière et sera pétrifié. Le poème se termine donc (Alv. 35) sur Thórr reconnaissant la qualité de son "opposant" avant qu'il ne meure :
"En un seul sein Ces trois derniers points (l'enjeu, le prix et la ruse) rapprochent donc ce dialogue de connaisance, plus encore que les précédents, du jeu des énigmes entre Bilbo et Gollum qui repose sur : - un enjeu vital – la vie de Bilbo, le visiteur, - un prix non vital – l'Anneau de Gollum, l'hôte, - et sur la ruse qui donne la victoire finale – la dernière question de Bilbo. Dans notre recherche d'un hypothétique modèle mythologique de la joute entre Bilbo et Gollum, nous avons, pour l'instant, la progression suivante : La Fascination de Gyfli : dialogue de connaissance + enjeu vital + prix intellectuel [18] Une traduction anglaise en ligne des Dits d'Alvíss se trouve ici.
à très bientôt et au plaisir de vous lire ;-) Sosryko |
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Ne jamais, JAMAIS, ajouter un ou deux tags au dernier moment, après avoir vérifié les autres, avec le seul prétexte que ça fera plus joli. Vraiment désolé pour l'inconfort de lecture :-(( [Edit (Yyr 2020): j'ai fait ce que j'ai pu ça et là :)] |
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Sosryko, Voilà, c'est tout pour l'instant... Iarwain PS: j'allais oublier un petit problème "technique": je ne trouve pas les Dits de Fjölsvinnr dans mon édition (anglaise) de l'Edda poétique, mais apparemment, ils sont disponibles en français (dans quelle édition?) |
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pas le temps sauf pour rappeler : Sosryko |
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Merci pour la référence, mais le problème, c'est que je n'arrive pas à trouver le livre lui-même dans les librairies; j'espère seulement qu'il n'est pas indisponible (mais je vais aller me renseigner de ce pas). Iarwain |
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rassure-toi, il est toujours disponible; ici par exemple (pub pour une librairie en ligne qui n'en a pas besoin) Sosryko |
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voilà Iarwain, encore un peu de mythologie scandinave; voilà Cathy, pour que tes longues nuits soient bien remplies; et bonjour à tous les autres!
5.1) Présentation Les Énigmes de Gestumblindi, que nous venons de rencontrer, sont en fait la version profane d'un poème de l'Edda Poétique d'une qualité littéraire exceptionnelle (enfin, je trouve ;-)): les Dits de Vafthrúdhnir (Vafþrúðnismál) [15, p.516-29] [26]. (a) Les Dits de Vafthrúdhnir commencent par une scène domestique entre Ódhinn, le père des armées et des générations [27], et sa femme Frigg. Ódhinn lui demande conseil car il veut rendre visite au sage Vafthrúdhnir (Fort-à-l'Embrouille...). Il a visiblement un projet bien précis en tête [Vaf. 1] :
Conseille-moi à présent Frigg, Frigg le met en garde, car ce géant est plus fort que les autres. Cependant, Ódhinn se met en route, avec un refrain qui reviendra dans la dernière partie du poème ('à la fin de l'envoi...') [Vaf. 3, 44, 46, 48, 50, 52, 54] :
Maints voyage j'ai faits, Il arrive chez le géant sous le pseudonyme de Gagnádhr (Bon Conseilleur) et le provoque [Vaf. 6-7] :
Ódhinn dit : Le concours est mortel et conserve une forme que nous avons déjà vue avec la Fascination de Gylfi, normal, celle-ci s'inspire de celui-là! Dans les deux textes, une joute oratoire est provoquée par un visiteur venu chercher la connaissance de son hôte (le Prix) en mettant sa vie en jeu (Enjeu vital). Les premières strophes de la joute oratoire sont consacrées aux quatres questions que Vafthrúdnir pose à Ódhinn pour savoir : Ódhinn- Gagnádhr répond à ces questions et éveille la curiosité du Géant qui (par goût du risque?) propose de renverser les rôles [Vaf. 19]! Ódhinn, qui, jusqu'à présent, a interrogé le géant sur le passé ou le présent, déplace ses questions vers le futur, révélant au lecteur la raison de sa visite : il veut connaître l'étendue des connaissances du géant sur l'avenir du monde. Par avenir, il faut comprendre la fin des temps qui, chez les scandinaves, voit les dieux mourir dans un dernier affrontement avec leurs ennemis (les géants) et provoque l'embrasement du monde. Impatient, il a déjà fait une allusion à sa véritable motivation en Vaf. 38 alors qu'il ne demandait que l'origine (et non le destin) de Njördr :
Dis ceci […] Cette impatience peut également être considérée comme une manœuvre habile pour préparer le terrain de ses dernières questions ; il renouvelle alors cette technique de la flatterie qui endort la conscience du géant en Vaf. 42 :
Dis ceci en douzième lieu, (c) Suivent des questions de la plus haute importance concernant le destin du monde après les ragnarök, en particulier : 16) le sort des hommes [44-45] Vafthrúdhnir comprend trop tard qu'il s'est fait berner par Ódhinn lui-même, dans un jeu perdu d'avance; il accepte le destin du perdant de la joute oratoire selon les règles fixées, c'est-à-dire la mort [Vaf. 55] :
Nul homme de sait Vafthrúdhnir s'est fait prendre au jeu, ne voyant pas le déplacement des questions, ne relevant pas l'intérêt de son visiteur pour les destinées divines et surtout sa nature, malgré Valf. 42, 41 et 52 qui pointaient vers Ódhinn. Finalement, Vafthrúdnir, Fort-à-l'Embrouille, le 'rusé' [Vaf. 10], ne l'était pas tant que ça ; en tout cas, pas suffisamment pour Ódhinn [Vaf. 55]:
Voici qu'avec Ódhinn j'ai fait assaut 5.2) Le prix de la connaissance Sur la forme, ce poème rappelle celui des Dits d'Alvíss : il s'agit d'une joute de connaissance (connaissance du vocabulaire pour l'un, connaissance des faits mythiques pour l'autre). D'autant plus que ce sont les deux seuls textes que nous avons rencontrés qui se terminent explicitement par la mort d'un des deux participants (le visiteur Alvíss et l'hôte Vafthrúdhnir). Mais, il demeure une différence narrative essentielle! Avec les Dits de Vafthrúdnir, pour la première et dernière fois, nous rencontrons-là une joute oratoire où les risques sont vraiment partagés, chaque participant étant soit le testeur, soit le testé, les deux risquant la mort; thème que j'ai déjà appellé thème de la réciprocité. Cette réciprocité apparaît non seulement dans les faits (réciprocité dans le questionnement et dans l'enjeu vital) mais également dans les mots que le poête utilise ou fait dire à ses personnages; d'un côté il écrit [Vaf. 5] :
Alla alors Ódhinn De l'autre, il fait dire au géant [Vaf. 11, 13, 15, 17] :
Dis ceci, Gagnrádhr, Réciprocité donc dans l'épreuve des personnages. Ce que l'on ne retrouve nulle part sauf chez Tolkien, dans l'échange d'énigmes comme, finalement , dans l'enjeu vital (Cf.VIII à venir).
[27] C'est ainsi que Frigg appelle son époux en [Vaf. 2,3] : Herjafödr (Père des Armées) et Aldafödr (Père des Générations) [15, p.517] |
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Iarwain a écrit :
la traduction n'est pas de moi mais des bien plus fiables Guyonvarc'h et Le Roux en [5, p.411] : MacKillop confirme dans le suite de la notice de l'ouvrage que tu cites : "le ollam pouvait combiner les fonctions de poète, de conteur et d'historien, ce qui incluait la récitation exacte des généalogies " Bref, un maître, un 'docteur' en connaissance à tout les niveaux littéraires voire ésotériques (cf. l'absorption des noix de connaissance). Quant à mes traductions de 'hersir' et 'hi(/e)rd', je les trouve aseez bien inspirées finalement ;-)...merci pour la recherche! Sosryko |
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Sosryko a écrit :
Moi, pour ce que j'en disais...c'est seulement que le mot me paraît un peu anachronique dans ce contexte, mais bon, je ne suis pas assez compétent dans ces matières pour rivaliser avec de si éminents spécialistes.
Ce n'est pas que je critiquais tes traductions, mais je cherchais simplement à imaginer une solution tant soit peu convaincante à ce problème. Iarwain |
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Je t'en prie, Sosryko, cesse de me couvrir de fleurs (que je pourrais d'ailleurs aisément te retourner), je sens que je vais rougir... Pour le reste: meuh non, je ne suis pas vexé (quelle idée!), même si j'admets que le caractère lapidaire de mon intervention pouvait prêter à confusion; en tout cas, je n'avais pas l'intention (ni l'impression) de passer pour un "vieux grognon" qui se met en colère à la moindre contradiction. Voilà: j'espère que ce petit malentendu est levé. Iarwain |
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oh non non non! ne prends pas ce ton vexé, Iarwain! Je n'ai jamais cherché cela. Toi, que j'apprécie de plus en plus, qui m'impressionne par ton activité (j'ai vu que tu es même sur Langues Inventées et que tu traduis!), par tes messages à propos, par tes connaissances également des oeuvres mêmes qui sont supérieures au miennes, sans fausse modestie aucune (je connais assez bien mes limites), Je n'ai aucune qualification de traducteur et n'est pas traducteur qui veut; je le veux bien, je n'en suis pas un pour autant ;-) Ce message est bien trop long déjà, mais je suis triste de t'avoir involontairement froissé. amicales salutions Sosryko |
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C'est passionant, et je voulais juste te rasurer, vous n'êtes pas que deux :-) Deuxième intervention: la Bible recèle d'autres énigmes que celle, ponctuelle dans sa forme classique, de Samson. Ce sont d'abord les songes, des images donc, pourtant compréhensibles, et il y a les paroles des prophètes, ou leurs mimes (est-ce Jérémie ou Elie ?) qui laissent leur observateur sans comprendre, jusqu'à ce qu'on leur révèle. Il s'agit bien d'énigme, mais il n'y a pas de duel, et je ne sais pas si cette forme d'énigme est intéressante ici. Pourtant, il y a un enjeu: le salut (la vie sauve parfois tout simplement). |
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Vinyamar a écrit :
Je sais que tu lis ;-), je suis encore plus heureux que tu interviennes :-)
Mais tu as tout à fait raison, ce n’est pas une énigme ! ! seulement je ne voulais pas (pour l’instant ;-)) m’y attarder car il est question d’y revenir. Mais tu relèves là un point qui me paraît essentiel, sauf que ton ‘etc…’ est intéressant : on ne peut pas y mettre beaucoup d’exemples !
« Quelle est cette boisson Ou encore plus proche de l’énigme de Samson [Ges. 22] :
« Autrefois la cane tachetée, Leur point commun : énigme tordue (il est vrai !) qui repose sur quelque chose de visible ou qui fait partie de l’expérience commune que n’importe quel bon observateur peut voir ou expérimenter, avant et/ou après que la question ait été posée. Ainsi Gestumblindi semble poser une question dont lui seul connaît la réponse (Qu’est-ce que j’ai bu hier ?) mais Heidrekr a déjà vécu la venue de la rosée en soirée. Ainsi les Philistins, pendant les sept jours qui leur avaient été impartis pour découvrir la réponse à l’énigme, étaient libres de chercher des indices dans et autour de Timma, leur ville. Or le cadavre du jeune lion se trouvait ‘aux vignes de Timma’ (Juges 14 :5), donc visible par tous. Alors que la question finale de Bilbo est de nature différente : elle repose sur une connaissance inaccessible à la vue et à la réflexion, avant comme après que la question ait été posée ; on pourrait généraliser, comme tu le fais, en remarquant que la réponse est une chose que personne d'autre que son auteur ne peut savoir ….à moins d’être télépathe !
Il y a une grande différence entre les énigmes de Samson aux Philistins ou de la Reine de Saba à Salomon et toutes les autres rencontrées dans la Bible : songes, visions, paraboles ou comportement étranges des prophètes viennent
Je crois que tu penses ( que pensé-je ?… ;-)) à Jérémie qui mime l’action de Dieu en allant chez le potier acheter une cruche et la casse à la porte des Tessons (devant témoins sinon c’est inutile !) (Jérémie 19, 1-2). Là encore, je ne pense pas qu’on puisse vraiment parler d’énigme car l’interprétation du geste énigmatique est directement donnée (v.3) (d’autant plus que la terrible menace était compréhensible sans interprétation car les cruches cassées par Dieu étaient déjà annoncées en Jérémie 13, 12-14). À bientôt Vinyamar ;-) Sosryko |
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j'allais oublier! S. |
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nan, nan, sosryko, Pour ce qui est des énigmes de la Bible, je trouve que ton exposé est très suffisant, sur un sujet que je reconnais annexe. Pour les "fausses" énigmes, je pensais en effet à celle de Bilbo, que Tolkien a l'avantage d'innocenter, en disant que c'est Gollum qui a accepté le défi alors qu'il aurait dû le refuser.
Alors Gestumblindi dit : Pas honnête ça ! |
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Mon Dieu, Quel fuseau d'exception, enfin des messages longs et lisibles (quoique je n'aie pas encore eu le temps de tout lire) et d'un qualite exceptionnelle. Moi qui me plaignait de ne plus passer par le legendaire a cause d'une chute de qualite. messieurs et mesdames, sosryko en particulier: Naanye anvoronda nurdolya. Hantale. A laitamme le Greg |
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Vinyamar a écrit :
Ouf effectivement! ;-)
Ça a déjà été abordé ponctuellement en divers endroits. Mais comme toi, je pense qu'il faudra réfléchir à en faire une synthèse.
Justement, puisqu'il n'en reste qu'un, ne serait-ce pas là la source de Tolkien que nous cherchions?? hmm?… Tirno a écrit :
Il faut croire qu'il faut persévérer et garder espoir :-). Surtout dis-le à ces chers membres qui ont fait la légende de ce forum, qu'on ne voit plus ici, et qui pourtant auraient tant à apporter encore! On a besoin de vous, nous, les jeunes arrivants, et pas que sur le forum Langues Inventées!
Oui, bon, on aura toujours besoin de vous aussi en langues inventées ;-) !! Mais c'est vrai que ce fuseau est agréable, surtout qu'il reprend un petit peu de poil de la bête avec des interventions variées. Je suis certain qu'il y a encore à dire. Alors, vous qui nous lisez, n'hésitez pas à apporter votre pierre.
Oulala, fichtrement tard, encore une fois, Sosryko PS (qui a failli être plus long que le message…) : Je ne voudrais pas me faire de la pub, ...mais après tout, comme le disait tout à l'heure Samsagace dans Divers 'ça devient sacrément dur (voire impossible) de suivre l'intégralité des discussions en cours'; alors, faisons-le quand même (!) : Si ce que tu as lu, Tirno, t’a intéressé, peut être le seras tu autant par le fuseau sur La famille de Sam 2 ou par le fuseau < a href="http://www.jrrvf.com/forum/noncgi/Forum1/HTML/000039.html" target="_new"> Réincarnations/Transformations de Sauron où RR s'interroge sur le qualificatif de 'The Sorcerer' donné par Tolkien à Sauron. 1. ce que j'ai cru comprendre : Naanye = Soyez (?); an(?)voronda=?fermes; hantale=(en vous) remerciant. Le reste? |
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Je regrette que personne (à commencer par Tirno), n'ai pu revenir sur ce fuseau pour traduire l'Elfique. A croire que les parents de cette maisonnée ne quittent jamais leur chambre...;-)
Nous pourrions arrêter là notre recherche car nous n'avons pas trouvé de textes plus proches du texte de Tolkien que ceux qui précèdent. Nous y reviendrons (cf. VIII). Quelques extraits du Kalevala III étant donnés par Iarwain plus haut dans une traduction déjà ancienne [29], je les complèterai ou les reprendrai avec une traduction plus récente, plus ‘rugueuse’, au ton plus familier [30] qui aurait certainement été du goût de Tolkien. Pour comprendre la lutte entre Väinämöinen et Joukahainen, il faut comprendre que sa forme est la parole (joute oratoire) mais que son objet est égalemlent la parole (le chant des runes). La parole chantée, le chant magique, le chant qui est connaissance et pouvoir :
La poésie populaire finnoise distingue […] un genre particulier, la " naissance " (synty), poème narratif relatant la création in illo tempore d’un être, d’un animal, d’un élément, d’une matière, etc. La connaissance des conditions dans lesquelles fut créé le prototype donne à l’homme pouvoir sur les représentants du genre. Dans le Kalevala, Väinämöinen, le ‘connaisseur éternel’, récite la ‘naissance’ du fer afin d’arrêter le sang coulant de blessures que le fer a causées. [31, p.428a] Le vieux Väinämöinen chante (v.1-14), son chant emplit l’espace et arrive aux oreilles d’un jeune maître de la parole magique, Joukahainen (v.14-30).
Le drôle en pique un mauvais sang, Joukahainen décide de ‘partir à Väinölä en joute contre Väinämöinen’, et ce malgré les avertissements de ses parents; il s'en va donc à traîneau et arrive, au bout de trois jour de voyage, aux landes du Kalevala. (v.25-85). Comme le destin fait bien les choses, Joukahainen rencontre Väinämöinen sur le chemin et lui coupe la route, les coursiers tirant leurs traîneaux entrant en collision (v.86-100)
Or les voici, pieds dans la neige, (On dirait un duel de Sergio Leone ; en plus froid…) Joukahainen se présente et provoque Väinämöinen (v.101-134) :
" Si l’un tient la pleine sagesse Väinämöinen relève le défi (v.135-142), mais c’est à Joukahainen de faire étal de son savoir (v.143-146) :
" Or mais envers et malgré tant Et Joukahainen d’affirmer sa connaissance : 1) de l’art du tirage et du feu de cheminée, 2) du brochet, de la perche 3) du labour 4) des pins, des eaux de montagnes (v.147-182).
Väinö raille, le vieux sage : Alors Joukahainen affirme sa connaissance (v.189-210): 1) de la mésange, de la vipère, de la grémille, 2) des propriétés du fer, de la terre noire, de l’eau brûlante qui fait souffrir, du feu, de l’eau qui calme, 3) de Jumala ‘aïeul des mages’, du Seigneur, 4) de l’origine de l’eau, du feu, du fer, du bronze 5) des premiers matériaux : terre (tourbe), arbre (saule), abri (soc d’un pin), marmite (rocher creux).
Le vieux Väinämöinen, Acculé, Joukahainen, au lieu d’énumérer son savoir, fait preuve d’un soupçon de mégalomanie (v.216-234) :
" Je me souviens d’âges lointains, Rien que ça ! Väinämöinen, qui était présent lors l’ensemencement du monde (Chant II) n’est pas dupe (v.235-254) :
" Piteux chanteur, fieffé menteur ! "[v.236] Jouka le jeune prend rage, Väinämöinen, répondant injure pour injure, refuse avec mépris cette joute (v.263-270). Joukahainen, oubliant à qui il a affaire, décide d’ensorceler par son chant Väinämöinen (v.271-282), lequel est désormais sur son terrain :
Mais Väinö se fâche dur, Väinämöinen, par le seul pouvoir de son chant, transforme les objets inanimés de l’attelage de Joukahainen en végétation, son cheval et son chien en pierre ; les pennes de ses flèches redeviennent ‘faucon nerveux’, la garde de son épée est transformée en éclair, son écharpe en traînée d’étoiles…(v.287-326) Quant à Joukahainen, il se retrouve s’enfonçant inexorablement dans la lande boueuse d’un marécage. Joukahainen, de plus en plus désespéré, propose, ‘en gage contre [sa] vie sauve / pour [sa] tête’, divers objets et richesses (v.327-449) : 1) deux grands arcs ; 2) deux barques ; 3) deux chevaux ; 4) un casque plein de pièces d’or, ‘rançon levée par [son] père ; 5) tous ses champs. Et, à chaque fois, Väinämöinen refuse et alourdit son emprise :
Il chante Jouka le jeune La situation est devenue critique : Joukahainen ‘vient à souffrir de pire mal / il a le menton dans la vase’ ; aussi, il ‘craque’ et donne en gage à Väinämöinen ‘le vieux barde sage’ la main de sa sœur Aino (v.450-466) :
" je te donne Aino, ma sœur, Le vieux Väinämöinen, arrivé à ses fins, ‘jubile de joie sans fin / car il a reçu la fillette’ et ‘efface les mots sacrés’, libérant le jeune Joukahainen, son cheval et son traîneau. La victoire, sadique, perverse, est totale ; on prendrait presque en pitié ce Joukahainen humilié (467-492) :
Il se hisse dans le traîneau, Tandis que son père le gronde, sa mère le soigne et le rassure : elle a toujours voulu ‘que Väinö nous soit bon gendre / et parent d’alliance, le mage’ (v.493-536). La pauvre Aino, ‘cœur piétiné, pleure ses larmes’ pendant deux jours ; ce qui n’est pas du goût de sa mère qui trouve son sort enviable (‘vivre assise à la fenêtre / sur le banc pour tenir causette’…c’est un point de vue…) (v.537-580). Voilà un ‘résumé’ excessivement détaillé pour notre propos ! Mais j’ai jugé utile de présenter ce Chant III du Kalevala car il s’agit d’une mythologie peu connue du public, qui mérite pourtant qu’on s’y arrête, non seulement pour son charme intrinsèque mais aussi pour qu’on prenne un peu mieux conscience d’un texte qui avait su toucher la sensibilité littéraire de Tolkien. Enfin, bien que l'origine de ce chant ne soit pas l'objet de notre propos, revenons sur le fait qu'il existe une relation entre le Kalevala III et les textes scandinaves précités, relation de dépendance du premier vis-à-vis des seconds. Aussi Régis Boyer relève les points de contact suivants [32]:
[…] c'est là un trait caractéristique du Nord: la magie est la science qui rend supérieur celui qui la possède. Väinämöinen n'est jamais autrement nommé que ‘l'éternel sage’ ou ‘le voyant vieux comme le temps’: par quoi il ressemble curieusement à Odhinn […]. Bibliographie et notes : [28] Cf. l’entrée Kalevala de l’index de [1], renvoyant aux pp. 7, 87, 144, 150, 214-5, 345. [29] Traduction de Jean-Louis Perret parue chez Stock, posts de Iarwain du 26-03-2002. Merci Iarwain ;-)! [30] Le Kalevala, Épopée des Finnois I, par Elias Lönnrot, trad. Gabriel Rebourcet, 1991 Gallimard (L'aube des peuples). [31] Dictionnaire des Mythologies, Yves Bonnefoy et al., 1981 Flammarion. [32] Article ‘Kalevala’ de l'Encyclopédie Universalis, Régis Boyer, accessible ici-même. Toujours sur JRRVF, vous pouvez consulter le contenu du Kalevala. |
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Encore bravo pour ce résumé que je trouve (vraiment) plus clair que le mien, et plus complet... En plus, cette nouvelle traduction me semble très vivante, par contraste avec celle plus compassée de Perret (qui date de 1929, j'avais oublié de le préciser).
Iarwain PS: Pour embrayer (tardivement) sur ce que disait Vinyamar ici et surtout dans un autre fuseau (dans la section: Tolkien dans la littérature, si je ne m'abuse): c'est dommage que Tolkien ne se soit pas inspiré de la mythologie grecque, étant donné que c'est celle que je connais (et apprécie) le mieux... |
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Iarwain, moi aussi je connais mieux la mythologie grecque (comme tous les français, je suppose), mais entre nous je truve quand même la mythologie scandinave plus complxe, les personnages m'ont l'air plus torturés entre le bien et le mal. |
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Je ne trouve pas que la mythologie scandinave soit plus complexe que la mythologie grecque : ce serait trop rapidement oublier l'apport non seulement d'Homère mais de tout le théâtre greco-romain; à mon avis, pas grand chose en mythologie ne surpasse en profondeur psychologique un Prométhée Enchainé d'Eschyle ou bien le théâtre de Sénèque. Mais nous avons un telle familiarité avec ce monde divin (encore que...) que la mythologie scandinave lorsqu'on la découvre, à la fois si proche (structure indo-européenne oblige) et à la fois si différente et brutale, nous semble une véritable bouffée d'air frais. Sosryko |
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M'en allant demain...heu...tout à l'heure... en vacances sur Toulouse, je n'aurais pas autant d'occasions de participer au forum. Sosryko
1) La version primitive d'Énigmes dans l'Obscurité (1937 : Bilbo le Hobbit I)
Nous avons vu que la chapitre V de Bilbo le Hobbit original a dû faire place, suite à un exercice de ‘ré-écriture’, à une seconde et différente version qui est finalement devenue la version définitive. Dans HoME VI [33] nous découvrons une version primitive du début du Seigneur des Anneaux (= SdA); il s'agit d'une conversation entre Gandalf et Bingo qui deviendra, en fin de compte, celle entre Gandalf et Frodo dans L'Ombre du Passé, second chapitre du premier livre du SdA. Gandalf décrit à Frodo le personnage complexe de Gollum, son origine, l'influence qu'il subit de la part de l'Anneau et, sentiment qui n'apparaît pas dans la version finale, son désir de s'en séparer en le donnant à une autre personne [VI, p.79-80] :
" Bien entendu, c'est une longue mais misérable vie que l'Anneau procure, une vie plutôt étriquée qu'une croissance continue - de celle qui s'amenuise et s'amenuise encore. Affreusement fatigante, Bingo, pour tout dire, qui finit par devenir une torture. Il avait même décidé de s'en débarrasser. Mais il était trop plein de malice. Si tu veux savoir, je crois qu'il avait envisagé un plan mais qu'il n'avait plus le courage de l'exécuter. Il n'y avait rien de nouveau à découvrir; rien que les ténèbres, rien à faire que de manger froid et se souvenir avec regrets. Il voulait s'en aller et laisser ces montagnes, sentir le plein air quand bien même cela l'eut-il tué - et il pensait que ce serait probablement le cas. Mais cela aurait signifié laisser l'Anneau. Et ce n'est pas chose facile à faire. Plus tu possèdes un [anneau] depuis longtemps et plus il t'est difficile [de t'en séparer]. Et la difficulté était particulièrement importante pour Gollum, puisqu'il possédait l'Anneau depuis des siècles, cela le blessait et il détestait ça, et il voulait, alors qu'il ne pouvait plus supporter de le garder, le transmettre à quelqu'un d'autre pour qui l'Anneau deviendrait un fardeau […] C'est en fait la meilleure manière de se débarrasser de son pouvoir. " Avant de donner naissance à L'Ombre du Passé, ce texte a été retravaillé pour devenir II : Histoire Antique. Gandalf de préciser alors [VI, p.262]:
" J'imagine qu'il [Gollum] utilisait le Jeu d'Énigmes (auquel même Gollum osait à peine tricher, tant ce jeu est sacré et remonte à la plus haute antiquité) comme une sorte de pile ou face pour décider à sa place. " Bien sûr, cette description donnée par Gandalf est une relecture de la part de Tolkien de la première version d'Énigmes dans l'Obscurité destinée à établir une succession logique aux événements qui sont censés commencer dans Bilbo le Hobbit et se poursuivre dans le Seigneur des Anneaux. Nous sommes en juillet 1947 et Tolkien reconnaît, dans une lettre destinée à Stanley Unwin, son éditeur, qu'il exécute une véritable gymnastique pour créer ce lien entre les deux œuvres (L109 [1, p.121]) :
Rayner [fils d'Unwin, premier lecteur de Tolkien depuis Bilbo le Hobbit, qui avait envoyé à Tolkien des commentaires suite à la lecture des premiers chapitres du SdA] a, bien évidemment, mis en évidence une faiblesse (inévitable) : le lien [entre Bilbo et le SdA]. Je suis heureux qu'il trouve que ce lien a dans l'ensemble été convenablement justifié. C'est ce qui pouvait être espéré de mieux. J'ai fait du mieux que j'ai pu, puisque je devais conserver les hobbits (que j'aime), et je dois encore conserver une trace de Bilbo par égard pour le bon vieux temps. Mais je ne me sens pas inquiet par la découverte que l'anneau était plus important qu'il ne le paraissait; c'est juste la [meilleure] solution parmi toutes les solutions de facilité. De même ce ne sont pas les actions de Bilbo, je pense, qui réclament des explications. La faiblesse, c'est Gollum, et son geste lorsqu'il offre l'anneau en tant que cadeau. Et de rajouter en post scriptum [1, p.123] :
Concernant la révision et la correction de Bilbo le Hobbit. Toute modification de quelque manière radicale que ce soit est, bien entendu, impossible, et inutile. L'envoi de cette lettre ayant été retardé, Tolkien l'enverra avec une autre destinée au même Stanley Unwin, le 21 septembre 1947 (L111 [1, p.124] ):
Avec elle [L109] je renvoie les commentaires de Rayner; également quelques notes sur Bilbo le Hobbit; et (pour votre éventuel amusement et celui de Rayner) un exemple de ré-écriture du Chapitre V de cette œuvre qui simplifierait, bien que sans nécessairement l'améliorer, ma tâche actuelle. Nous avons là la preuve que la notion de prix matériel (l'Anneau) donné au visiteur (Bilbo) par l'hôte (Gollum) s'il gagnait le concours d'énigmes était une notion de base que Tolkien a longtemps voulu conserver et utiliser. Cette première version du Hobbit, Christopher Tolkien nous en donne un extrait pour commenter le texte que nous venons de rencontrer [VI, p.86] (c'est moi qui souligne):
2) La seconde version d'Énigmes dans l'Obscurité (1947 : Bilbo le Hobbit II) Il s'agit de l’‘exemple de ré-écriture’ proposé en septembre 1947 mais auquel les éditeurs n'avait pas donné suite jusqu'en …août 1950. Tolkien a alors la (désagréable) surprise de découvrir que cette version alternative est celle qui a été choisie pour l'édition revue et corrigée (L128 [1, p.141]):
Bilbo le Hobbit : je retourne ci-joint les épreuves. Elles ne réclamaient pas de grandes corrections, mais nécessitaient une grande attention. L'objet m'a grandement surpris. Cela fait longtemps maintenant que j'envoyai une proposition de modification du Chapitre V, et suggérai le léger remaniement du premier Bilbo le Hobbit. J'étais alors encore occupé à essayer de mettre en place la suite, tâche qui aurait été plus simple avec la modification, évitant par ailleurs la plus grande partie d'un chapitre dans ce déjà trop long travail [34]. Pourtant, je n'en ai jamais plus entendu parler depuis lors ; et je supposai que la modification du livre original avait été rejetée. La suite actuellement dépend de la première version ; et si l'édition révisée est vraiment publiée, il devra s'ensuivre un considérable travail de ré-écriture de la suite. Cette version est donc très importante pour le personnage ‘canonique’ de Gollum et les fondements de l'action du Seigneur des Anneaux en général. Elle n'en est pas moins intéressante pour nous, car si elle abandonne un point caractérisant les joutes par énigmes mythologiques (le prix matériel), elle en introduit un autre! Le prix matériel (l'Anneau) est définitivement remplacé par le prix 'intellectuel' (la connaissance du chemin menant à la sortie). Ce lot de ‘consolation’ de la première version devient la seule récompense que propose Gollum à Bilbo s'il gagne le concours d'énigmes. La grande différence vient du comportement de Gollum après sa défaite : alors que dans la version primitive il reconnaît sa défaite et mène Bilbo vers la sortie sans problèmes; dans la version définitive, Gollum refuse de s'avouer vaincu par plus astucieux que lui et surtout de voir s'envoler un si bon repas; il envisage donc sans grande difficulté de tuer Bilbo…en utilisant l'Anneau. C'est ce qu'écrit Christopher Tolkien dans HoME VII, p.39 [35] :
Dans la version définitive d’‘Énigmes dans l'Obscurité’ de Bilbo le Hobbit, il n'était pas question que Gollum donne l'Anneau, bien entendu : le prix de Bilbo s'il gagnait la compétition était de se voir indiquer le chemin de la sortie, et Gollum ne revint à son île pour prendre l'Anneau que pour pouvoir attaquer Bilbo en étant invisible. Bibliographie et notes : [33] The History of Middle Earth, VI, The Return of the Shadow, Christopher Tolkien, 1994 HarperCollins Publishers. [34] Tolkien fait référence à L'Ombre du Passé; L131 [1, p.161] (14.09.1950) : "Une légère révision (maintenant réalisée) d'un point capital dans Bilbo le Hobbit, clarifiant le caractère de Gollum et sa relation à l'Anneau, me permettra de réduire Livre I Chapitre II ‘L'Ombre du Passé’, de le simplifier, et de l'accélérer - et également de simplifier un peu l'ouverture critiquable du Livre II." [35] The History of Middle Earth, VII, The Treason of Isengard, Christopher Tolkien, 1993 HarperCollins Publishers. |
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Comme tu t'en doutes, j'aurais bien quelques observations à faire sur la traduction que tu propose des extraits des Letters et de HoME (enfin, surtout le premier extrait), mais elles portent davantage sur des détails que sur la compréhension globale du texte anglais, que tu rends dans l'ensemble avec les nuances nécessaires (zut alors, j'ai l'impression de parler comme ma prof d'anglais, là...mais on n'est pas en cours de version, quand même); considère cela davantage comme des suggestions que comme des corrections... (d'ailleurs, je ne critique nullement le fonds de ton exposé) >Mais il était trop plein de malice >Plus tu possèdes un [anneau] depuis longtemps et plus il t'est difficile [de t'en séparer]. >cela le blessait et il détestait ça >II : Histoire Antique >enfin, je trouve le tutoiement de Bingo par Gandalf un peu bizarre...(mais c'est peut-être l'influence de la traduction de Ledoux) Pour le reste j'ai peu de choses à remarquer qui soient de l'ordre de la compréhension des textes (il s'agit plutôt de traductions 'parallèles' ou de variantes de ma part) Encore une fois, j'ai bien sûr conscience du fait que la critique est plus aisée de mon point de vue extérieur (et d'ailleurs, mes propres traductions, quand je les propose, sont également loin d'être parfaites...); mais je constate avec plaisir que tu as pris du temps pour peaufiner des détails qui apparaissent à la lecture du texte original. Iarwain |
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Je vois que tu prends des pincettes pour ne point me vexer ;-) mais je suis d'accord avec tes propositions! et en tiendrai compte pour la version définitive. Pour le dernier point de vocabulaire, j'hésite encore, car ce qui m'a initialement fait choisir c'est que ce chapitre ne se contente pas de raconter la rencontre de Bilbo et de Gollum : en réalité son objet est de raconté l'histoire de l'anneau depuis sa création, relevant ensuite sur les 500 ans de solitude de Gollum avant sa rencontre avec Bilbo...tu conviendras qu'on passe alors de l''ancien' à l'antique' dans ce cas ;-) Quant au tutoiement, je l'ai choisi volontairement pour trancher avec le ton poli de Gandalf version Ledoux que je ne trouve pas en accord avec sa personnalité de grand Sage au tempérament parfois sanguin (cf. p.ex. son énervement devant la porte de la Moria). Je l'imagine tutoyer les autres en qualité de Maître et, par déférence, être vouvoyé par ceux-ci. Après tout Bingo est censé être le fils/cousin de Bilbo, deux hobbits qu'il connaît si bien; le ton ne devrait pas choquer. Iarwain, à nouveau merci! Sosryko |
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Je met mon grain de sel :-)) |
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Sosryko>Pour le dernier point de vocabulaire, j'hésite encore, car ce qui m'a initialement fait choisir c'est que ce chapitre ne se contente pas de raconter la rencontre de Bilbo et de Gollum : en réalité son objet est de raconté l'histoire de l'anneau depuis sa création, relevant ensuite sur les 500 ans de solitude de Gollum avant sa rencontre avec Bilbo...tu conviendras qu'on passe alors de l''ancien' à l'antique' dans ce cas ;-) D'un autre côté, l'histoire ancienne est bien, au moins dans l'université française, l'histoire de l'Antiquité (mais j'admets que les deux peuvent se dire). Pour la question du vouvoiement/tutoiement, je suis plutôt de l'avis de Vinyamar.
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Sosryko a écrit :
En ce qui concerne les différences entre la première édition et les suivantes, en fait, elles sont plutôt minimes jusqu'à la fin du duel d'énigmes entre Bilbo et Gollum; Douglas Anderson présente d'ailleurs l'intégralité des variantes en Appendice, ce qui permet de constater, entre autres, que les premiers chapitres ont fait l'objet d'un sérieux "toilettage" en 1966...Pour en revenir à nos moutons, voici (en exclusivité pour jrrvf!) les premières lignes de la version de 1937 du chapitre V, là où elle commence à s'écarter du texte ultérieur (comme le texte est assez long, et que tu en as déjà donné un bon aperçu, je mle contenterai de celà) : [and held out his little sword.] But funnily enough he need not have been alarmed. For one thing Gollum had learned long long ago was never, never to cheat at the riddle-game, which is a sacred one and of immense antiquity. Also there was the sword. He simply sat and whispered. [et tendit devant lui sa petite épée.] Mais assez bizarrement, il n'y avait pas lieu pour lui de s'inquiéter. Car s'il y avait bien une chose que Gollum avait apprise il y a très très longtemps, c'était à ne jamais, au grand jamais tricher au jeu des énigmes, qui est sacré et remonte à la plus haute antiquité. Et puis, il y avait aussi l'épée. Tout ce qu'il fit fut s'asseoir et se mettre à murmurer. “What about the present?” asked Bilbo, not that he cared very much, still he felt that he had won it, pretty fairly, and in very difficult circumstances too. « Eh bien, et mon cadeau ? » demanda Bilbo, non pas qu'il s'en souciât beaucoup, mais tout de même, il sentait qu'il l'avait gagné sans tellement tricher, compte tenu de circonstances particulièrement difficiles. “Must we give the thing, precious? Yess, we must! We must fetch it, precious, and give it the present we promised.” « Est-ce qu'on doit lui donner la chose, mon trésssor? Oh oui, il le faut! On doit aller le chercher, mon trésor, et lui donner le cadeau qu'on a promis. » Par ailleurs (last but not least...), Anderson donne aussi en note l'origine précise de certaines des énigmes de Bilbo et de Gollum (que je vais m'empresser de mettre en ligne dès que j'aurai fini de les traduire -si ça intéresse quelqu'un, évidemment...mais je suis sûr que c'est le cas) Iarwain |
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Iarwain, tu n'es pas obligé de te fatiguer autant, Cédric m'a transmis les notes d'Anderson! mais pourras-tu attendre un tout petit peu avant de les mettre en ligne? Sosryko |
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Pas de problème, Sosryko, je ne voulais pas te brûler la politesse si tu avais l'intention d'en parler prochainement (quant à la traduction, je me tiens à ta disposition...) Juste une note, un peu hors-sujet mais que je trouve amusante: "Constance B. Hieatt a noté que le vieux norrois gull/goll, dont une forme infléchie serait gollum, signifie 'or, trésor, quelque chose de précieux' et peut aussi signifier 'anneau'; un élément auquel Tolkien a pu réfléchir." (The Annotated Hobbit, p.83). Iarwain |
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Où l’on complète le VII-2) avec un texte de Tolkien obtenu de manière non orthodoxe et où on propose un système de référence des énigmes (e/E) et des réponses (r/R) entre Bilbo (B) et Gollum (G) qui devrait être utile par la suite. Du coup, Iarwain, si tu veux toujours traduire, je suis toujours preneur ;-) Sinon, vivement que la prochaine édition de Annotated Hobbit sorte car ça a l'air d'être une mine! (très très belle découverte que l'étymologie probable de Gollum!!!) Tolkien, dans son désir de créer un monde cohérent, eut l’idée géniale d’un univers accessible grâce à des sources multiples dont les contradictions trouvaient leur explication dans le fait qu’elles étaient originaires de rédacteurs différents, traduisant donc des points de vue différents, chargés de subjectivité mais également plus ou moins honnêtes. Grâce à cet artifice, la version primitive de Bilbo le Hobbit n’est pas devenue obsolète : l’édition de 1937 correspondait à la version de Bilbo, un Bilbo corrompu par l’Anneau, alors que celle de 1951 rétablissait la vérité à partir des aveux de Bilbo, un Bilbo repentant (cf. le Conseil d’Elrond). C’est ainsi que Tolkien présente la modification radicale dans la préface à l’édition révisée de Bilbo le Hobbit en 1951 [36]:
Dans cette ré-édition, plusieurs erreurs mineures, pour la plupart relevées par des lecteurs, ont été corrigées. Par exemple, le texte des pages 32 e 62 correspond désormais exactement aux runes de la carte de Thror. Plus important est la cas du cinquième chapitre. La véritable histoire de la fin du Jeu d’Énigmes, comme elle fut en fin de compte révélée (sous la pression) par Bilbo à Gandalf, s’y trouve présentée d’après le Livre Rouge, à la place de la version que Bilbo donna tout d’abord à ses amis et qu’il fixa en fait par écrit dans son journal. Cet entorse à la vérité de la part d’un hobbit des plus honnêtes fut un avertissement de grande importance. Toutefois, ceci ne concerne pas le présent récit, aussi, ceux qui, par cette édition, découvrent pour la première fois le mensonge du hobbit n’ont pas besoin d’autres détails. Son explication se trouve dans l’histoire de l’Anneau telle qu’elle fut fixée dans les chroniques du Livre Rouge de la Marche de l’Ouest, et telle qu’elle est désormais rapportée dans Le Seigneur des Anneaux. [37] 3) Tableau des énigmes entre Bilbo et Gollum
E1 (eG1) What has roots as nobody sees, Qu’est-ce qui a des racines que personne ne voit, R1 (rB1) Mountain, I suppose E2 (eB1) Thirty white horses on a red hill, Trente chevaux sur une colline rouge ; R2 (rG1) Teeth! teeth! E3 (eG2) Voiceless it cries, Sans voix, il crie ; R3 (rB2) Wind, wind of course E4 (eB2) An eye in a blue face Un œil dans un visage bleu R4 (rG2) Sun on the daisies E5 (eG3) It cannot be seen, cannot be felt, Cannot be heard, cannot be smelt. On ne peut la voir, on ne peut la sentir, R5 (rB3) Dark! (L’obscurité !) E6 (eB3) A box without hinges, key, or lid, Une boîte sans charnière, sans clef, sans couvercle : R6 (rG3) "Eggses!" he hissed. "Eggses it is!" E7 (eG4) A live without breath, Vivant sans souffle, R7 (rB4) "Fish! Fish!" he cried. "It is fish!" E8 (eB4) No-legs lay on one-leg, two-legs sat near on three-legs, four-legs got some. Sans-jambes repose sur une-jambe, deux-jambes s’assirent sur trois-jambes, quatre-jambes en eut un peu. R8 (rG4) Fish on a little table, man at table sitting on a stool, the cat has the bones. E9 (eG5) This thing all things devours: Cette chose toutes choses dévore : R9 (rB5) [squeal] Time! Time! E10 (eB5) (a) What have I got in my pocket? (a) Qu’ai-je dans ma poche ? R10 (rG5) Bibliographie et notes : [36] ‘In this reprint several minor inaccuracies, most of them noted by readers, have been corrected. For example, the text on pages 32 and 62 now corresponds exactly with the runes on Thror's Map. More important is the matter of Chapter Five. There the true story of the ending of the Riddle Game, as it was eventually revealed (under pressure) by Bilbo to Gandalf, is now given according to the Red Book, in place of the version Bilbo first gave to his friends, and actually set down in his diary. This departure from truth on the part of a most honest hobbit was a portent of great significance. It does not, however, concern the present story, and those who in this edition make their first acquaintance with hobbit-lore <u>need not troupe about it</u>. Its explanation lies in the history of the Ring, as it was set out in the chronicles of the Red Book of Westmarch, and is now told in The Lord of the Rings’ [37] Il est bien regrettable que cette préface ait été abandonnée dans les éditions ultérieures pour être remplacée dans les plus récentes (cf. HarperCollins : 1995 pour le hardcover et 1999 pour le payperback) par la note de Douglas A. Anderson datée de 07.12.94 suivante : |
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grrr... |
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Sosryko,
PS: par ailleurs, je crois qu'il serait préférable (par souci de cohérence) que je t'envoie ma traduction pour tu la places en regard du texte original (en fait, dès que j'aurai réglé mes problèmes d'e-mail) |
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(Suite du post du 18/04/2002 03:29) Quelques remarques sur la traduction de Ledoux : Ledoux a oublié l'adjectif 'blancs' caractérisant les chevaux ; vu qu'ils sont l'image des dents, c'est un peu gênant... Complément pour (R10) : entre (a) et (b), Gollum envisage les réponses suivantes sans les présenter à Bilbo :
Des arêtes, des dents de gobelins, des coquillages humides, un bout d'aile de chauve-souris, une pierre aiguë pour aiguiser ses crocs, et autres vilaines choses. Remarquons les 'dents de gobelins' sur lesquelles nous reviendrons pas la suite (cf. IX).
1) Tableaux comparatifs entre Bilbo le Hobbit et les joutes oratoires nordiques J'ai dû adapter (simplifier) le tableau pour le poster ; entre autre utiliser des abréviations dont voici la liste :
Bilbo I =première version d'Énigmes dans l'Obscurité (1937)
Le tableau précédant contient neuf entrées (les entrées Visiteur/Hôte n'en constituant qu'une seule). Avec ces seules entrées, on peut comptabiliser les points communs suivants entre les deux versions d'Énigmes dans l'Obscurité :
Ces tableaux parlent d'eux-mêmes serais-je tenté de dire, tant il me semble en avoir déjà trop dit. Leur nombre de points de contact - points qui ne se retrouvent pas pour la majorité dans les autres textes recensés, établit avec force que les textes nordiques ainsi que le texte de Tolkien reposent sur un ou deux schémas narratifs communs. Mais je voudrais par la suite tout de même développer plusieurs remarques ou explications à la lecture de ce tableau comparatif, revenant sur ces points de contact et apportant des arguments secondaires, certains plus dignes de crédit que d'autres. Sosryko |
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Bilbo le Hobbit étant cité plusieurs fois dans ce qui suit, je voudrais préciser que les références correspondent à l'édition du Livre de Poche n°6615. De plus, les citations de La Saga d'Heidrekr le Sage correspondent non pas à celles que j'ai utilisées précédemment dans ce fuseau, mais à l'édition de Régis Boyer que j'ai pu consulter (du coup, j'ai révisé la partie concernée, comme vous pourrez le constater si cette recherche qui n'en finit pas se retrouve un jour sous forme d'article)
(a) Liens supplémentaires entre les textes scandinaves : Gestumblindi est un nom qu'on fait dériver de Gestr-inn-blindi signifiant "l'Hôte Aveugle" [14.I, p.135]. D'où le nom de Gest l'Aveugle dans le tableau. Il s'agit bien entendu d'une allusion à l'œil unique d'Ódhinn. Le pseudonyme est bien choisi puisque Gestumblindi se révèle être Ódhinn! L'autre pseudonyme d'Ódhinn, Gagnrádhr signifie 'Celui qui conseille utilement'; mais dans une thula (liste mnémotechnique de noms), ce nom est rendu par Gangrádhr qui signifie à peu près 'Celui qui connaît le chemin' [14.I, p.127] ou encore 'Vagabond' [15, p.516], ce qui correspond très bien à Ódhinn.
" D'où reviens-tu, D'où fis-tu voyage, Comment t'appellent les gens ?[...] " " Svipdagr, je m'appelle,[...] Je fus chassé par les chemins battus des vents glacés " (b) Tolkien rejette l'utilisation de la pseudonymie ("Je suis M. Bilbo Baggins", Bilbo le Hobbit, p.80) autant que le motif du personnage qui se déguise pour ne pas être reconnu. Pourtant, c'est un motif classique du conte. Il se trouve que cet abandon lui sera des plus utiles, a posteriori, pour justifier la découverte de l'Anneau par les sbires du Noir Seigneur au début du Seigneur des Anneaux :
Quant au nom, Bilbo le lui [Gollum] avait stupidement dit lui-même; et après cela, il n'était plus difficile de découvrir son pays, une fois Gollum sorti. (c) Mais ça ne veut pas dire qu'il n'ait pas utilisé ces pseudonymes pour les transformer en éléments narratifs :
Il poursuivit ainsi son chemin, descendant toujours ; mais il n'entendait aucun son de quoi que ce fût, hormis de temps à autre le bruissement d'une chauve-souris passant près de ses oreilles, ce qui le fit sursauter au début, mais qui devint trop fréquent par la suite pour qu'il s'en préoccupât. Je ne sais combien de temps il continua ainsi, détestant avancer, mais n'osant s'arrêter ; il continua, continua jusqu'à ce que sa fatigue devînt presque de l'épuisement. Il avait l'impression d'avoir marché jusqu'au lendemain et, par-delà le lendemain, jusqu'aux jours suivants. Autant de termes rappelant Gangrádhr (= celui qui connaît le chemin/Vagabond ), Gangleri (= Celui qui est fatigué de marcher/voyager) ou bien Vindkaldr, le 'vagabond' (cf. Fjöl. 3 [15, p.505]). Et puis, n'oublions pas que si Gangrádhr signifie "Celui qui connaît le chemin", ce nom pourrait tout à fait être le pseudonyme de Gollum qui est celui qui peut indiquer à Bilbo le chemin de la sortie!
(d) L'importance des Dits de Vafthrúdhnir apparaît évidente dans ce tableau non seulement pour la présence de la question 'impossible' mais aussi pour la notion de réciprocité dans le questionnement.
Ça devine facilement? Ça doit faire un concours avec nous, mon trésor! Si le trésor demande et que ça ne répond pas, on le mange, mon trésor. Si ça nous demande et qu'on ne réponde pas, alors on fait ce que ça veut, hein? On lui montre comment sortir, oui! Or, dans les Dits de Vafthrúdhnir, le géant a la même réaction que Gollum : il teste d'abord l'arrivant avant d'officialiser la joute (Vaf. 19 [15, p.19]) :
Savant tu es, hôte, Viens-t'en sur le banc du géant, Et parlons assis ensemble; Nous allons dans la halle Mettre notre tête en gage, Hôte, sur notre sagesse. Et cette officialisation de la joute s'accompagne de notion de réciprocité : il n'y a qu'à relever le vocabulaire de la première personne du pluriel ('ensemble', 'nous', 'notre tête', 'notre sagesse'). On pourrait dire qu'à la différence de Bilbo, la réciprocité est non seulement dans le questionnement ('notre sagesse') mais également dans l'enjeu vital ('notre tête'). Ce serait oublier que si Bilbo met sa vie en gage au cours de ce Jeu des Énigmes, Gollum risque également la sienne : à plusieurs reprises il est fait mention de l'épée avec laquelle Bilbo tient Gollum à distance :
- Qu'est-ce qu'il a dans ses mains ? dit Gollum, les yeux fixés sur l'épée, qu'il n'aimait pas trop. Sur quoi, il se mit vivement debout, s'adossa à la paroi la plus proche et tendit devant lui sa petite épée.(...) En tout cas, Gollum ne l'attaqua pas immédiatement. Il voyait l'épée dans la main de Bilbo. (e) Mais il faut reconnaître que la symétrie n'est pas parfaite entre les Dits de Vafthrúdhnir et le dialogue entre Bilbo et Gollum : dans le premier texte, Ódhinn est d'abord testé, puis c'est le tour de Vafthrúdhnir, avec une nombre de questions bien plus important (16 contre 4) ; alors que Bilbo et Gollum, dans une joute plus équitable, se posent des questions par alternance. Il y a donc réciprocité parfaite, on pourrait parler de symétrie. De plus, cette réciprocité/symétrie ne se retrouve pas que dans le questionnement, mais dans la ruse (ou sa tentative) [cf. (l)] et dans le désir de meurtre [cf. (h)]. (f) Alors ? Tolkien qui s'éloigne de ce qui semble être sa source fait-il preuve d'originalité ? Il semble que non, l'imaginaire de l'homme ne faisant bien souvent que se répéter ('il n'y a rien de nouveau sous le soleil' dit le sage et pessimiste Ecclésiaste). Pour s'en assurer, il nous faut à nouveau remonter le temps pour revenir aux source de l'occident, en Babylonie et en Égypte, vers la fin d'un IVème siècle légendaire avant notre ère. Légendaire car rapporté par Planudes, un moine byzantin du quatorzième siècle (1260-1330). Il décrit, dans sa Vie d'Esope, la guerre des énigmes entre Nectanebo, roi d'Égypte, et Lycerus, roi de Babylonie. Le roi de Babylone étant toujours vainqueur car le fabuliste Esope faisait partie de sa cour.
" Il y a un grand temple soutenu par une seule colonne, et cette colonne est encerclée par douze villes ; chaque ville possède [contre ses murs] trente arc-boutants, et à côté de chacun de ces trente arc-boutants se trouvent deux femmes, l'une blanche et l'autre noire, qui tournent autour à tour de rôle. Dis[-moi] le nom de ce temple. " La réponse de Lycurus (grâce à Esope !) fut la suivante :
"les temple est le monde, la colonne est l'année, les douze villes sont les mois, les trente arc-boutants sont les jours, les deux femmes sont le jour et la nuit. " [38] C'est cette tradition que l'on retrouve dans La vie d'Esope le Phrygien rédigée par La Fontaine :
Enfin il se mit en grand crédit près de Lycerus, roi de Babylone. Les rois d'alors s'envoyoient les uns aux autres des problèmes à soudre sur toutes sortes de matières, à condition de se payer une espèce de tribut ou d'amende, selon qu'ils répondroient bien ou mal aux questions proposées: en quoi Lycerus, assisté d'Esope, avoit toujours l'avantage, et se rendoit illustre parmi les autres, soit à résoudre, soit à proposer. [39] (g) En fait, cette légende d'Ésope est certainement liée à la notice des Antiquités Judaïques (8.5.3) de Flavius Josèphe qui rapporte une joute similaire entre Salomon, roi d'Israël, et Hiram, roi de Tyr, ville côtière phénicienne :
Une fois que Salomon eut accompli tout ceci en l'espace de vingt ans - grâce à Hiram roi de Tyr qui avait fourni énormément d'or et encore plus d'argent pour ces bâtiments, mais également du bois de cèdre et du bois de pin, il récompensa également Hiram par de riches présents; du maïs qu'il lui envoya chaque année, du vin et de l'huile, les principales choses qui lui étaient nécessaires parce qu'il habitait une île, comme nous avons déjà dit. Et en plus de tous ces dons, il lui accorda certaines villes de Galilée (au nombre de vingt) qui s'étendent à proximité de Tyr; villes qu'Hiram alla visiter, mais une fois qu'il les eut vues, il n'aima pas le cadeau, et envoya un mot à Salomon disant qu'il ne voulait pas ces villes dans l'état où elles étaient; et depuis lors ces villes furent appelées la terre de Cabul ; ce nom, interprété dans la langue des Phéniciens, signifie 'ce que ne satisfait pas'. De plus, le roi de Tyr envoya des sophismes et des énoncés énigmatiques à Salomon, et demanda qu'il en donne la solution, et les libère de l'ambiguïté qu'ils contenaient. Il se trouve que Salomon était si plein de sagesse et de discernement qu'aucun de ces problèmes se révéla trop difficile pour lui ; mais il les solutionna tous par ses raisonnements, et découvrit leur signification cachée, et mit tout en évidence. Menander, parmi ceux qui traduisirent les archives Tyriennes du dialecte des Phéniciens en langue grecque, mentionne également ces deux rois, écrivant ceci : " À la mort d'Abibalus, son fils Hiram reçut son royaume; il avait vécu cinquante trois ans et régné trente quatre. Il éleva une terrasse sur une vaste étendue, et consacra le pilier d'or qui est dans le temple de Jupiter. Il décida également d'abattre des arbres issus de la montagne appelée Liban, pour le toit des temples; et quand il eut détruit les anciens temples, il construisit le temple d'Hercule ainsi que celui d'Astarté; et il inaugura le temple de Hercule au mois de Peritius; il conduisit également une expédition contre les Euchii, ou Titii, qui n'avaient pas payé leur tribut, et une fois qu'il les eut soumis il rentra. Sous [le règne de] ce roi il y avait Abdémon, homme d'un très jeune âge, qui trouvait toutes les solutions des problèmes difficiles que Salomon, roi de Jérusalem, lui demandait [à Hiram] d'expliquer ". Dius fait également mention de [ce jeune homme], disant la chose suivante : " À la mort d'Abibalus, son fils Hiram régna. Il éleva les parties orientales de la ville encore plus haut, et agrandit la ville elle-même. Il relia également le temple de Jupiter (qui était auparavant isolé) à la ville, en établissant au milieu une terrasse entre eux ; et il la décora avec des offrandes en or. De plus, il alla au Mont Liban, et fit abattre des arbres pour la construction des temples. " Il dit également que Salomon, qui était alors roi de Jérusalem, envoya des énigmes à Hiram, qu'il voulut en recevoir de semblables de sa part, mais que celui qui ne pourrait pas les résoudre devrait payer de l'argent à celui qui les résoudrait, et qu'Hiram accepta les conditions; et comme il ne pouvait pas résoudre les énigmes proposées par Salomon, il paya beaucoup d'argent en gage; mais [Dius dit] qu'ensuite il trouva la solution des énigmes proposées grâce à Abdémon, un homme de Tyr; et qu'Hiram proposa d'autres énigmes, ce qui, lorsque Salomon ne trouvait pas de solution, le [conduisit] à payer en retour beaucoup d'argent à Hiram. Voilà ce que Dius a écrit.[40] Pour ce qui nous concerne, il peut paraître intéressant que le texte de Josèphe précise qu'Hiram habite une île... tout comme Gollum :
En fait, Gollum vivait sur un îlot de rocher gluant au milieu du lac.(...) Mais, en réalité, l'important n'est pas tant le thème de l'île que celui du 'centre' allié celui de la 'profondeur', ce qu'on pourrait appeler le 'cœur' des ténèbres. Il faut se souvenir que Bilbo se trouve sous une montagne, un Bilbo qui suivit un 'tunnel qui continuait à descendre de façon assez constante', qui 'poursuivit ainsi son chemin, descendant toujours' (p.77), avant d'arriver à un lac 'noir et profond' 'au cœur des montagnes', découvrant Gollum 'au plus profond de ces lieux' (p.78), vivant 'tapis là en bas, au centre même de la montagne', 'au milieu du lac' (p.69). On a donc une description de cercles concentriques qui s'enfoncent vers les profondeurs : la (base de la) montagne, le lac, l'île, le rocher, le creux du rocher, l'anneau. Aussi, si je suis certain de l'influence des textes nordiques, je suis moins sûr de l'influence de Josèphe, Planudes ou de La Fontaine sur Tolkien. Et quoiqu'il faille reconnaître qu'une partie importante de la structure du dialogue entre Bilbo et Gollum s'y retrouve (réciprocité/symétrie, amende/enjeu), toutes les autres caractéristiques (visiteur/hôte, enjeu vital/prix non vital, question 'impossible') en sont absentes. Une fusion des sources de la part de Tolkien est toujours possible, mais je pencherais pour une redécouverte d'une trame littéraire parfaitement adaptée à celle d'un conte. [41] (h) les Dits de Valfthrúdnir sont très importants (seule occurrence de la réciprocité du questionnement dans les textes scandinaves) mais les les Énigmes de Gestumblindi le sont tout autant car c'est le seul texte scandinave mettant en jeu un point essentiel dans Bilbo II : le désir de meurtre et la réciprocité dans ce désir. Rappelons qu'à la suite de la 'fausse' énigme d'Ódhinn (cf. §VIII.4 suivant) Heidrekr, très mauvais perdant et surtout fou de rage, tente de tuer Ódhinn.. Après la tentative de meurtre d'Ódhinn par Heidrekr avec son épée Tyrfingr, on lit la malédiction pleine de vengeance d'Ódhinn :
Ódhinn dit alors : " Parce que toi, roi Heidrekr, tu m'as attaqué et voulais me tuer, alors que j'étais innocent, les plus vils esclaves te mettront à mort. " Dans Énigmes dans l'Obscurité, la volonté de Gollum de tuer Bilbo est évidente dès le départ, volonté qui devient obsession lorsqu'il comprend qu'il a été dupé :
Il lui restait encore un ou deux os à ronger, mais il voulait quelque chose de plus moelleux. Et Bilbo, tout comme Ódhinn, est tenté de se venger :
Il devait se battre. Il devait transpercer cet être répugnant, éteindre ses yeux, le tuer. L'autre voulait le tuer, lui. Non, le combat n'était pas loyal. Il était invisible, à présent. Gollum n'avait pas d'épée. Gollum n'avait pas positivement menacé de le tuer, ni encore tenté de le faire. Et il était misérable, seul, perdu. Une compréhension soudaine, une pitié mêlée d'horreur s'élevèrent dans le cœur de Bilbo (...) Bilbo est bien naîf (il refuse de croire que Gollum a l'intention de le tuer !) et sensible...Aussi, à la différence d'Ódhinn, il n'use pas de son pouvoir sur son adversaire, ne répond pas à la tentative de meurtre par le meurtre, préférant pardonner Gollum, ou plutôt parvenant à surmonter sa peur. Un autre point important de contact entre Bilbo II et les Énigmes de Gestumblindi : dans les deux textes c'est l'arrivant, celui qui risque sa vie, celui qui remporte la joute, qui devrait donc avoir la vie sauve que l'on tente de tuer. Plus accessoirement, nous avons tous également noté la présence et l'importance dans ces deux textes de l'épée possédée par un seul des deux protagonistes, chaque épée possédant un nom qui la personnalise : Tyrfingr pour l'épée du roi Heidrekr et Dard pour l'épée de Gollum (même si cette personnalisation ne deviendra effective qu'à partir du chapitre VIII Mouches et araignées). Mais ce détail prend son importance lorsqu'on se rend compte qu'il s'ajoute à un autre, toujours commun à Bilbo II et aux Énigmes de Gestumblindi : l'arrivant (Bilbo /Ódhinn) échappe à la tentative de meurtre en volant par-dessus (ou au loin de) l'hôte ; ainsi, dans la Saga de Heidrekr [20, p.59] :
Ódhinn se métamorphosa en faucon et s'envola. et le roi donna un coup dans sa direction, et lui enleva les plumes de la queue. Et dans Bilbo II [Bilbo le Hobbit, p.95] :
Il sauta tout droit par-dessus la tête de Gollum (...) Gollum se rejeta en arrière et tendit les bras comme le hobbit volait (flew) par-dessus lui, mais trop tard : ses mains se refermèrent sur le vide (...) Bibliographie et notes : [38] Enciclopedia Universal Ilustrada, tome 19, 1966 Madrid. Référence anglaise en ligne, ici. [39] Texte trouvé sur internet. [40] Traduit de l'anglais d'après la version en ligne accessible ici. [41] Il existe toutefois un argument mettrait en évidence l'importance du texte de Josèphe par rapport à celui de la légende d'Ésope : Guillaume de Tyre, chroniqueur de la terre sainte (1130-1184), dans son Historia rerum in partibus transmarinis gestarum, au livre XIII, chapitre I, cite ce passage de Flavius Josèphe où Hiram demande à Abdimus de l'aider à résoudre les énigmes de Salomon ; il ajoute 'c'est peut-être celui que les récits populaires appellent Marcolfus.' Or Marcolfus (Marculfus, Markolf) se retrouve dans le Poème II de Salomon et Saturne (v.11 : 'le pays de Marculf'). De nombreux commentateurs allant même jusqu'à assimilé Marcolfus avec Saturne, il est tout à fait probable que Tolkien, en étudiant Salomon et Saturne, aura eu à l'esprit la légende entre Salomon et Hiram lorsqu'il a utilisé le poème en Vieil-Anglais pour rédiger Énigmes dans l'Obscurité (cf. E9) . [2, p.25-26] Sosryko |
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mouais...j'ai un peu faibli, vers la fin... alors, sans vouloir être masochiste au point de relever les fôtes, corrigeons tout de même un lien : [38] Enciclopedia Universal Ilustrada, tome 19, 1966 Madrid. Référence anglaise en ligne, ici. |
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aarRRGgll!!!c'est pas vrai! grrr... |
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(i) La question 'impossible' est une fausse énigme ; 'fausse' énigme car sans réponse possible, la réponse étant inconnue de tout être pensant de l'univers hormis la personne qui questionne. Cet artifice est essentiel dans notre quête d'une source ayant inspirée Tolkien : il n'est commun qu'à trois texte dont celui qui nous intéresse. Il met Bilbo en parallèle avec Ódhinn qui utilise l'artifice en deux occasions, contre Vafthrúdhnír et contre Heidrekr. Il s'agit d'une véritable tricherie. Pour s'en assurer, il suffit de relever la réaction du roi Heidrekr à la question 'impossible' d'Ódhinn :
Toi seul sais cela, créature monstrueuse[15, p.112] comme celle de Gollum se remémorant la question 'impossible' de Bilbo :
" Qu'avait-il dans ses poches? " disait [Gollum] " Je ne pouvais le dire, pas de trésor. Petite tricherie. Question pas honnête. Ça a triché d'abord, ça a. Ça a enfreint les règles. On aurait dû l'étouffer, oui, mon trésor. Et on le fera, mon trésor! "[SdA I.I.2, p74] et déjà, à l'époque, dans un vocabulaire plus concis car sous le coup de la surprise :
" Pas de jeu ! pas de jeu ! s'écria-t-il de sa voix sifflante. C'est pas de jeu, mon trésor, s-si ? de demander ce que ç-ça a dans ses s-sales petites poches ? " (j) Bien entendu, Tolkien dédouane Bilbo en faisant venir la question 'impossible' de manière non consciente sur ses lèvres :
" Qu'ai-je dans ma poche ? " dit-il tout haut. Voilà une circonstance qui éloigne Bilbo, héros d'un conte pour enfants - donc forcément sans malveillance, du personnage d'Ódhinn, dieu pervers qui aime à se déguiser pour surprendre, de manière préméditée, après avoir joué avec eux, ses adversaires savants par une question sans réponse. Tolkien minimise (un tantinet) cette différence lorsqu'il révise le chapitre. Ainsi, le ton de la phrase de 1937 :
mais tout de même, il sentait qu'il l'avait gagné [son cadeau] sans tellement tricher, compte tenu de circonstances particulièrement difficiles. [cf. VII-1) post du (15-04-02 02:53)] devient un peu plus critique quant au comportement de Bilbo en 1951 :
N'importe quelle excuse pourrait lui être bonne pour se défiler. Et après tout, cette dernière question n'était pas une énigme authentique selon les anciennes règles. (k) De plus, le parallèle avec les deux textes scandinaves est renforcé si on remarque que dans le cas d'Ódhinn comme dans celui de Bilbo, la réponse à la question n'est pas donnée au perdant qui ne semble pas avoir le droit de la réclamer.
" Voici qu'avec Ódhinn j'ai fait assaut Les réponses doivent être devinées, non données, dit [Bilbo]. (l) Le tableau en VII.3 [post du (18-04-02 03:29)] nous a montré que cette question est posée trois fois avant qu'une tentative de réponse soit donnée. Et en fait, Gollum arrive à fournir, avec l'autorisation de Bilbo, non pas une mais trois réponses. Voilà une remarque qui vient enrichir le thème de la réciprocité/symétrie : 3 énoncés de la question / 3 réponses permises. Thème encore et toujours renforcé en constatant que si la question 'impossible' est une tricherie de la part de Bilbo, la réponse (rG5c) est également une tentative de tricher, de la part de Gollum cette fois. Et le narrateur de faire remarquer au lecteur l'une comme l'autre :
- Une ficelle, ou rien ! cria Gollum - ce qui n'était pas tout à fait correct, puisqu'il donnait deux réponses à la fois.(...) Et après tout, cette dernière question n'était pas une énigme authentique selon les anciennes règles. Voilà qui est totalement original de la part de Tolkien : dans tous les autres textes, la ruse, la tricherie ne sont utilisées que par un seul des deux protagonistes. |
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HELP! Question à tous les lecteurs qui possèdent une édition anglaise de Bilbo le Hobbit Le moteur de recherche pour Bilbo le Hobbit donne le passage suivant pour l'édition Pocket : Chap. V. Enigmes dans l'obscurité, Page 102:
" Ça l'a dit, oui ; mais c'est malin. Ça ne dit pas ce que ça pense. Ça sait. Ça connaît un chemin pour entrer ; ça doit en connaître un pour sortir, oui. C'est parti vers la porte de derrière, oui. Le passage à l'identique se retrouve dans l'édition du Livre de Poche (p.92) Dans les deux cas il s'agit de la traduction de Ledoux qui repose, d'après le copyright, sur l'édition de Allen & Unwin de 1978 (© (...) 1937, 1951, 1966, 1978). Mais je voudrais savoir si ce passage a été convenablement traduit de l'édition originale révisée après celle de 1951. Car l'édition qu'on trouve sur Internet qui semble être l'édition de 1951 qui donne :
"It said so, yes; but it's tricksy. It doesn't say what it means. It won't say what it's got in its pocketses. It knows. It knows a way in, it must know a way out, yes. It's off to the back-door. To the back-door, that's it." J'aurais besoin de savoir si cette phrase supplémentaire (ci-dessus en gras) :
Merci pour votre aide ;-) Sosryko |
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Un petit sujet annexe. |
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Bonjour Sosryko, Je suis vraiment désolée pour toi mais cette phrase est présente dans l'édition actuelle. J'en profite pour te féliciter pour ton admirable travail. Nat |
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Merci beaucoup (malgré tout!!) Eva/Nat. Vinyamar, Je n'ai pas le temps de te fournir les textes aujourd'hui, mais peux te donner quelques références (certainement pas exhaustives) que j'ai trouvé en feuilletant l'Edda Poétique de Régis Boyer : [15] Les Dits du Très-Haut pp. 189 ('incanter'), 196 ('neuf chants'/'runes'), 198 ('Ces charmes' : au nombres de 18=9x2, catalogue de charmes qu'Odhinn se vante de pouvoir réaliser) [15] p.579-583 La Conjuration de Busla ('sur-le-champ [elle] sera chantée'; on est au niveau de la magie noire, pour 'ensorceler' l'ennemi; la strophes 6 fait référence au sort de Vaino qui embrouille les rênes de Jouka.) [15] p.584-587 le Grogaldr (les Incantations de Groa, tu sais, la mère ressuscitée de Svipdagr qui 'incante' neufs chants pour protéger son fils qui va rechercher sa Menglod par monts et par vaux). [15] p.590-599 Le Chant de Hervor : là encore, on a évoqué le récit dans lequel il se trouve puisqu'il s'agit de 'La saga de Hervor et de Heidrekr' où se trouvent les Enigmes de Gestumblindi. Le motif est similaire au précédent : Un fils (ou une fille), par des invocations magiques chantées, force son père (ou sa mère) à sortir de son tertre mortuaire pour lui remettre une arme ou lui donner/demander conseil. L'incantatrice Hervor a le contrôle : elle force Angantyr (qui chante aussi; dialogue chanté) à lui remettre l'épée Tyrfingr (épée à la soif meurtrière). Sosryko |
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Ah! Quel plaisir de retrouver ce fuseau; je sais qu'il en sera de même pour Silmo, Vinyamar, Iarwain, Eva et quelques autres...et, je l'espère, qu'il y aura occasion pour certains de le redécouvrir, et de participer...
1) Origine des neuf énigmes Toutes les remarques précédentes encouragent à penser que Tolkien quant à la forme, à la structure du dialogue entre Bilbo et Gollum s'est inspiré du schéma scandinave et en particulier des Énigmes de Gestumblindi. Mais qu'en est-il du contenu de ces énigmes (cf. VII.3)? On va le voir, la recherche des sources qui ont pu inspirer Tolkien pour quelques-unes de ses énigmes (pour tout ou partie de leur contenu) confirme l'importance des Énigmes de Gestumblindi mais également les sources anglo-saxonnes comme Salomon et Saturne et l'Exeter Book. Puisque je n'oublie pas que Tolkien, pour certaines, a fait preuve de totale création, selon son témoignage cité au début de cet article (L110), cette partie se limitera aux sources déjà mises à jour par Anderson dans son Annotated Hobbit [42] - lesquelles justifient de manière indépendante ma proposition, et à de petits compléments qui sont apparus au cours de la recherche. 1.1) Énigme (E1)
Avec cette énigme, Tolkien introduit la métaphore consistant à assimiler une montagne à un arbre et sa base à des racines qui la soutiendraient.
They very seldom did, for they had a feeling that something unpleasant was lurking down there, down at the very roots of the mountain. Ceci vient du fait que Tolkien affectionne tout particulièrement cette métaphore ; il va la réutiliser à trois reprises par la suite :
Devant s'étend la grande cave la plus profonde, le cul-de-basse-fosse des anciens nains, au cœur même de la Montagne. Il vomit son feu, la salle fuma, il secoua le cœur de la Montagne. mais ce qu'il y avait de plus beau, c'était la grande pierre blanche que les nains avaient trouvés sous la base de la Montagne, l'Arkenstone de Thraïn. Francis Ledoux, traducteur de Bilbo le Hobbit, passe à côté de ce trait littéraire ; il se rattrape en 1972 et 1973 lorsqu'il traduit le Seigneur des Anneaux qui reprend de manière récurrente et fréquente (10 occurrences !) l'image de la montagne enracinée (est-ce dû à une traduction plus 'mécanique' ou bien à la prise de conscience de l'importance de l'image pour Tolkien ?):
Bilbon descendit dans le tréfonds de la montagne (...) Les racines de ces montagnes doivent être de vraies racines. Gandalf se tut, contemplant l'est du porche aux lointaines cimes des Monts Brumeux, aux grandes racines desquels le péril du monde était demeuré si longtemps caché. Il leur semblait avoir déjà cheminé interminablement jusqu'aux racines de la montagne. En tout cas, nous nous trouvons près des racines de la Dernière Montagne. Car il est venu il y a deux jours, et il les a emportés chez lui au loin, près des racines des montagnes. (...) qui s'éloignait alors des racines noires des collines (...) (...) ils trouvèrent un creux ouvert à la racine de la montagne (...) (...) un dernier lambeau des grandes racines du Starkhorn (...) Serait-il enterré sous les racines mêmes du Mindolluin (...) Tout ceci tend à prouver que l'énigme (E1) est visiblement une pure (et belle !) création de Tolkien issue d'une image qui lui tenait à cœur. C'est certainement pour cette raison que Tolkien, à une certaine période, a envisagé de la réutiliser dans une première version du chapitre L'Ombre du Passé (appelé alors Ancient History ; cf. VII.1)) du Seigneur des Anneaux [43]:
(Bingo) - (...) Mais comment avez-vous appris ou deviné tout cela au sujet de Gollum ? What has roots that nobody sees, 'Plus ou moins juste !' commenta Gandalf. 'Des racines et des montagnes ! mais tout compte fait, je n'ai pas eu à cogiter longtemps sur des indices de ce genre. Je sais. Je sais parce que j'ai découvert Gollum.' Gandalf est sévère lorsqu'il relève l'erreur dans la retranscription de l'énigme (Bingo a remplacé 'taller' = plus grand par 'higher' = plus haut). Et il devient, à son tour, des plus énigmatiques lorsqu'il affirme que cette énigme lui a permis de retrouver Gollum ! C'est peut être à ces évidences pour les Maïar qui sont incompréhensibles pour les hommes que l'on saisi tout ce qui sépare l'intelligence des hommes de celle des anges...Par contre, retenons, pour ce qui va suivre (cf. IX.2), cette affirmation implicite de Gandalf : les énigmes posées par Gollum contiennent des informations précieuses sur sa personne.
[42] Un grand, un énorme merci à Cédric (qui m'a transmis le texte) et à Iarwain (qui a eu la gentillesse de m'éviter une traduction), The Annotated Hobbit étant épuisé; il est sur le point d'être réédité sous peu (cf. toute librairie en ligne). [43] Ce passage était initialement entre deux questions de Frodo qui ont été conservées dans la version finale : " Mais comment avez-vous appris tout cela au sujet de l'Anneau, et au sujet de Gollum ? " (SdA, p.73) et " Est-ce là que vous l'avez trouvé ? " (SdA, p.74). |
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Toujours un plaisir de te lire Sosryko. Silmo PS: prompt rétablisssement |
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Bon sang, un mois déjà!! oulalalala...
Si Tolkien a inventé de toutes pièce l'enigme (E1), est-il pour autant à l'origine de l'expression Mountain's root / roots of the Mountain ('Racine(s) de la montagne') ?
As well set your boot to the mountain's root, Cette expression a en fait une origine biblique. On la trouve une seule fois dans le texte hébreu et les traductions anglaises (King James) ou française (BJ, Bible du rabbinat, Segond) ; c'est en Job 28 :9 :
Man putteth forth his hand upon the rock; he overturneth the mountains by the roots; Peut-être ce passage a-t-il suffit... Par contre la Vulgate (la Vulgate étant la traduction latine 'officielle' de l'Église Catholique ; on parle de 'textus receptus') use systématiquement du terme 'ad radices montis' (= at the mountain's roots) en lieu et place de l'expression littérale 'au pied de la montagne' (en français, BJ donne 'au bas de la montagne'), et ce pour les 8 occurrences [Ex 19 :17, 24 :4, 32 :19 ; Dt 3 :17, 4 :11, 4 :49 ; Jos 11 :3 ; 1S 25 :20]. Or nous savons combien Tolkien aimait le latin ('j'ai (...) un amour particulier pour la langue latine', L294 [1,p.376]) et la liturgie latine (il priait en latin, L54[1, p.66] ;). N'aurait-on pas là une preuve d'une grande connaissance du texte reçu qu'est la Vulgate ? 1.2) Énigme (E2)
Thirty white horses on a red hill, Anderson [Annotated Hobbit, p.85 Note 6] écrit : " Tolkien a ici retouché une énigme très commune, la n° 229 dans l'Oxford Dictionary of Nursery Rhymes de Iona et Peter Opie :
Thirty white horses 1.3) Énigme (E3) Voilà ce qu'écrit Anderson [p.85, Note 8] : " Je n'ai pas trouvé d'énigme isolée comparable à celle-ci. Néanmoins, les énigmes traditionnelles sur le vent contiennent souvent des variantes sur les éléments " volant sans ailes " et " parlant sans bouche " " Quelles sont ces énigmes traditionnelles ?
(...) It has no hands or feet Cette énigme n'a pas de solution fixée, les commentateurs hésitant entre la parole, un rêve, la mort, le temps, la lune, un nuage, le jour...et, si on se limitait à la partie présentée, on pourrait très bien y trouver le vent.
In the hall of the High King I heard Avec cette dernière énigme (qui concerne un livre) on a en plus une référence au premier membre de (E3) ('Sans voix, il crie' = Voiceless il cries) Il n'est pas étonnant que Tolkien ait eu à l'esprit (inconsciemment ou pas) les énigmes de l'Exeter Book car celles-ci ont des liens avec les Énigmes de Gestumblindi qui, elles, étaient assurément présentent à son esprit de manière consciente. En effet la septième énigme (EG7) du chapitre X de La saga du roi Heidrekr a pour sujet un oignon tout comme EB23 et EB63. De plus EG23 concerne l'ancre d'un navire, tout comme EB14. 1.4) Énigme (E4)
Un œil dans un visage bleu Anderson [p.85, Note 9] : " Cette énigme exprime l'étymologie du mot " marguerite " [daisy] sous forme énigmatique. Le nom de cette fleur vient de l'anglo-saxon daeges éage ("l'œil du jour" [day's eye]), ce qui fait allusion à l'ouverture de ses pétales le matin (révélant ainsi la partie centrale jaune) et à leur fermeture le soir. C'est de là que vient l'expression "l'œil du jour"- la moderne marguerite. "
Je me sens forcé de remarquer que 'le Soleil sur les Marguerites' n'est pas en vers (pas plus que 'Sans-jambes') n'étant que l'étymologie du mot 'marguerite[daisy]' présenté sous la forme d'une devinette. Il se pourrait aussi que certaines des associations soleil/œil du ciel, soleil/marguerite, visage [face] bleu / ciel, visage vert [green face] /prairie correspondent à des réminiscences de deux sonnets de Shakespeare séparés par un seul autre dans le recueil :
Full many a glorious morning have I seen Shakespeare fait bien le lien entre un visage 'céleste' (même s'il s'agit toujours du soleil : 'celestial face'= 'golden face') et les 'prairies vertes' puisque le premier embrasse le second : la métaphore amoureuse du sonnet concernant deux êtres de rangs différents mais de même nature, on a là, sous-entendu, le 'visage céleste' associé à un autre 'visage', 'vert' celui-ci. De même lorsqu'il associe le soleil et la fleur, c'est avec la symbolique de l'œil et non plus du visage, symbolique appliquée, toujours par symétrie, au soleil et à la fleur : les 'grands' attirent les 'favoris' parce que l'œil attire l'œil ; en évoquant l''œil du soleil', Shakespeare évoque également l'œil de la fleur. Certes Shakespeare parle de 'soucis' (marigold) et non de 'marguerite' (daisy) ; mais les deux fleurs sont des fleurs solaires au cœur orangé. Finalement, il me semble que c'est dans ce remplacement du 'soucis' par la 'marguerite' que réside l'apport entièrement original de Tolkien ; un apport original et des plus précieux car renforçant la symétrie entre le soleil et la fleur par ce jeu sur l'étymologie anglo-saxonne de la marguerite. 1.5) Énigme (E5)
Cette énigme pourrait être entièrement originale ; Anderson ne propose aucune référence, et, après moult recherches, je ne peux faire mieux. 1.6) Énigme (E6) Anderson [p.86, Note 10] : " Tolkien qualifiait cette énigme de "réduction à un distique (le mien) d'une énigme littéraire plus longue qui apparaît dans un recueil de comptines" <L110 [1, p.123]>. L'énigme littéraire en question est sans aucun doute celle-ci :
In marble halls as white as milk, Tolkien publia une traduction anglo-saxonne de cette énigme en 1923.[...] " 1.7) Énigme (E7) Nous rejoignons Anderson [p.87, note 11] : " On trouve une énigme un peu analogue à celle-ci dans la vieille saga norroise, la Saga du Sage Roi Heidrekr , (...) :
" Qui habite dans les hautes montagnes ? 1.8) Énigme (E8) Anderson [p.88, note 12] : " Les énigmes concernant les jambes sont traditionnelles, à commencer par l'énigme posée par le Sphinx à Œdipe (Quel animal marche sur quatre pattes le matin, deux à midi et trois le soir ?) La réponse, telle que donnée par Œdipe, est l'homme [...]) L'Oxford Dictionary of Nursery Rhymes contient une énigme très commune, similaire à celle de Tolkien :
Deux jambes s'assied sur trois jambes La solution est un homme assis sur un tabouret, avec un gigot de mouton sur ses genoux. Un chien arrive et vole le mouton ; l'homme ramasse le tabouret, le lance sur le chien, ce qui lui fait rapporter le mouton. 1.9) Énigme (E9) Anderson [Note 13, p.88] avait déjà relevé qu'" il existe une énigme analogue à celle-ci dans le poème en vieil anglais, " Second dialogue de Salomon et Saturne " ". Voici la traduction française la plus récente [ 2, p.42-3] :
Saturne dit : Quelle est cette chose étrange qui traverse le monde, Salomon dit : Le temps qui passe a pouvoir sur tout sur terre : Les points de contact en effet sont nombreux ; nous reviendrons sur ce passage (cf. X.5)
[44] JRR. Tolkien a Biography, Humphrey Carpenter, HarperCollins 2002 [45] Comme le précise Anderson, dans La traversée des marais, chapitre 2 du livre IV du Seigneur des Anneaux, Gollum donne une variante plus longue de cette énigme sous forme d'une contine avec la réponse en finale :
Alive without breath; / as cold as death; / never thirsting, ever drinking; /clad in mail, never clinking. / Drowns on dry lang, / thinks an island / is a mountain; / thinks a fountain / is a puff of air. / So sleek, so fair ! / What a joy to meet ! / We only wish / to catch a fish, / so juicy-sweet! [46] Voici le texte original :
Two legs sat upon three legs / With one leg in his lap; / In comes four legs / And runs away with one leg; / Up jumps two legs, / Catches up three legs, / Throws it after four legs, / And makes him bring back one leg. Je ne résiste pas non plus à présenter l'énigme de Gestumblindi suivante qui, comme la comptine ci-dessus, peut se classer dans le genre 'énigme-domino' [EG14]:
" Je vis venir Sosryko |
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Oui, oui! il ya des fidèles qui te lisent avec un émerveillement toujours grandissant! Bravo! |
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Superbe travail. Cela valait le coup d'attendre 1 mois. Nat, toujours aussi admirative |
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Merci Cirdan! |
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Un grand merci à toi Sosryko. Ton argumentation est à la fois détaillée, très claire et, ce qui n'est pas la moindre des qualités, d'évidence justifiée. Nous apprenons beaucoup grâce à toi, merci ! ;-) Je suis assez abasourdi par le nombre de textes que tu mets ici en jeu pour expliquer ce que nous avons baptisé les Enigmes et caractères chez Tolkien. Cela montre une nouvelle fois le savoir et l'érudition de Tolkien dans ces domaines. Ce qui me surprend et me laisse admiratif, c'est le travail qu'a du fournir Tolkien pour les seules pages de Bilbo le Hobbit qui mettent en jeu ces énigmes... Je vois aussi qu'en dépit de son inimitié pour Shakespeare, qu'il "déteste cordialement" (cf. lettre 163) et les quelques griefs dont il le taxe (cf. la lettre 151 où Tolkien parle du tort dont est responsable Shakespeare à propos de la perception qu'il a donné des Elfes), il ne l'a pas entièrement renié et a su tout de même s'en inspirer. Cédric. |
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Merci Cédric pour tes remarques ;-)). à commencer (en prenant un détail) par ce qu'on aurait pu penser inimaginable: l'utilisation de Shakespeare. Un peu comme mon amour pour le dessinateur Giraud/Moebius [c'est le meilleur dessinateur français de BD vivant, rien n'y changera] et ma 'haine' pour le type [il gache son talent dans des inepties ou bacle ses travaux que ça en devient rageant et insupportable]. Puis je dois reconnaître que mon ressentiment dois beaucoup à la jalousie, avec, inconsciemment, l'idée lancinante "ahh (soupir), Que ne pourrais-je réaliser si j'avais sa technique et son talent..."; finalement, ce que je lui reproche c'est de ne pas mettre son talent à la contribution de mon imagination et de ma vision de la BD! Etr puis, c'est toujours rageant de passer après un autre et de constater qu'il vous a 'piqué' l'idée que vous avez nourri pendant des années dans votre imaginaire...et, bien, entendu, il est impossible que son traitement corresponde à vos longues et profondes attentes. Il n'empêche que je lis quasiment tout ce que fait Giraud/Moebius; il n'empêche que Tolkien avait lu certainement tout Shakespeare et qu'il connaissait des références par coeur (cf le vers du bois de Birnam en marche pour la colline de Dunsinan cité en L163 [1,p.212], et l'allusion à une réplique assassine de Puck en L219 [1,p.300]...nous y reviendrons ;-)) à très bientôt
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