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Un petit extrait pour introduire mes remarques : LotR, Harper&Collins, vol. I, p. 75 :
Les exemples et espèces d'arbres sont nombreux et variés tout au long des histoires de Tolkien. Je crois qu'il y aurait beaucoup à dire sur leur rôle et leur place dans son oeuvre et sa vie. Nous pourrions commencer ici ou quelqu'un se sent-il l'envie d'entreprendre l'écriture d'un article sur ce sujet ? L'écriture conjointe entre participants de ce Forum est également possible ? ;-))
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Ce qui est intéressant, c'est que les anglophones disposent d'un moyen explicite pour personnifier les "choses": remplacer le pronom indéfini 'it' par 'he' ou 'she'. Ici Tolkien s'est gardé de l'utiliser, peut-être justement pour garder à l'appréciation du lecteur le fait que l'arbre soit personnifié ou non (les autres éléments sont plutôt "implicites"), mais ça ne transparaît pas dans la version française dont la langue donne obligatoirement un genre aux choses. Cette lignée d'arbres avait une grande signification pour les peuples Anciens, à tel point que les Elfes payaient de leur vie la préservation de la descendance, et que le Mal s'entêtait à vouloir les détruires. On peu penser que c'est la lumière qu'ils produisent qui pousse Melkor à tuer les deux Ainés des Arbres, mais c'est aussi par symbolisme, puisque Sauron fera de même avec Nimloth, qui pourtant ne produisait pas de lumière. On peut aussi voir la personnification dont parle Cédric dans le fait que Melkor empoisonne les arbres, qui meurent donc, au lieu de les abattre, ce qui serait plus 'normal' pour un arbre. Par contre on ne retrouve pas de personnification dans le geste de Sauron. On peut penser qu'au cours de la quête de l'Anneau Sauron aurait employé ses moyens pour tuer le descendant de Nimloth poussant devant Minas Ithil, s'il avait eu vent de son existance. Sûrement parce que, de par sa lignée, cet arbre était un témoin de l'Histoire. Il représentait les Puissants dans les TdM 'modernes' du troisième âge, où peu d'Anciens pouvaient témoigner du passé. tout comme Aragorn, en tant que descendant de la race d'Elendil, représentait ce même passé. L'importance qu'il accorde à cet arbre serait donc légitime. D'un point de vue 'littéraire', cette lignée d'arbres pourrait symboliser le Bien. Beau, innocent et terriblement fragile, que le Mal n'aurait de cesse que de vouloir détruire. Voilà, c'est là mon avis sur ces arbres-là... Mais il en reste encore beaucoup à examiner pour voir leur rôle global pour Tolkien. A plus pour de nouvelles aventures. |
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Pour une nouvelle illustration d'une anthropomorphisation de l'arbre, quoi de mieux que le Vieil Homme-Saule, non ? La Vieille Forêt est elle-même une entité à part entière, qui cache en son centre (la Vallée du Tournesaules) the Old Man-Willow, figure maléfique et monstrueuse, dont l'apparence anthropomorphique reflète la conscience quasi-humaine qui anime l'arbre : "But none were more dangerous than the Great Willow : his heart was rotten, but his strength was green ; and he was cunning [...]" "Mais nul n'était plus dangereux que le Grand Saule : son coeur était pourri, mais sa force verte ; et il était rusé [...)" Livre I, ch. 7.
"L'arbre paraissait immense ; ses branches étalées s'élevaient comme des bras tendus aus mains pourvues de longs et multiples doigts ; son tronc noueux et tordu s'ouvrait en larges fissures, qui grinçaient faiblement au mouvement des branches." Livre I, ch 6. Vous noterez le champ lexical de l'anatomie humaine dans le 2° ex. |
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C'est une question qui peut se poser en d'autres termes : cette personification de l'arbre ne révèle t-elle pas un animisme littéraire latent dans l'oeuvre de Tolkien ? L'animisme, dont l'étymologie se rapporte au terme latin anima, l'esprit, est le fait d'octroyer un esprit ou une personnalité aux êtres inanimés, végétaux ou minéraux, comme les arbres, les montagnes etc. Nous avons le cas d'une montagne qui refuse de laisser le passage à la Communauté, le Caradras. Mais l'exemple le plus développé est certainement celui des arbres. Ainsi, non seulement les arbres développent une pensée autonome, mais ils peuvent ensuite se "fâcher". L'expérience arrive assez tôt dans le SDA, puisque dès la vieille forêt et avant même d'avoir rencontré l'homme saule, les arbres laissent tomber des branches et se reserrent; ils n'aiment pas la chanson parlant de la fin de toute forêt, et sont donc en mesure de comprendre le langage humain (du moins est-ce ce que s'imaginent les hobbits). La leçon, tant de la vieille forêt que de Fangorn, est qu'il faut apporter une marque de respect aux arbres si on veut profiter de leur bienveillance. Il semble bien ressortir aussi du discours de Sylvebarbe que les arbres ont effectivement un esprit, dont la nature se révèle quand ils se "réveillent" : certains seront doux, et d'autres mauvais. Alors... Tolkien animiste ? Certains considèrent l'animisme comme une religion "primitive", ancêtre des religion polythéistes, les religions monothéistes planant au sommet de la pyramide. L'affaire est plus compliquée que cela, puisqu'on peut croire (comme de nombreux peuples africains) en une seule divinité créatrice, et une mutlitude de divinités créées et incarnées dans le monde tangible. L'animisme est ainsi une relation triangulaire entre l'humain, la nature et le sacré, qui laisse la part belle au synchrétisme religieux. Est ce donc à proprement parler une religion ? Il s'agit d'un système de croyance, certes. Pourtant, certains considèrent les croyances animistes trop variées et trop relatives (dans certains cas, les traditions sont transmises sans que les personnes croient actuellement qu'elles fassent appel à une vérité religieuse) pour constituer une religion. D'autres voient l'animisme comme une façon de voir le monde plus qu'une explication métaphysique de sa construction et de la destinée de l'être humain après sa mort. Il n'est en effet pas nécesaire de croire que l'esprit du cerisier du jardin est en fait un grand oncle décédé il y a dix ans pour être animiste. L'animisme n'est pas la croyance en la réincarnation (qui peut accompagner un système de croyance animiste). On pourrait donc parler d'esthétique animiste, ou d'animisme poétique ou littéraire dans le cas de Tolkien par rapport à sa conception de l'arbre et de la nature en général...
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