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La relation l’œuvre tolkienienne à l’imaginaire et plus largement à la culture celtique, semble avoir été immédiatement perceptible pour bien des lecteurs, mais finalement mal comprise. Combien d’entre nous on d’abord pensé à la littérature arthurienne comme première source de la Terre du Milieu alors qu’elle s’avère à l’étude plus faible et plus éparse que la littérature de vieil islandais ? Sur la nomenclature, on se souvient de la réaction du lecteur d’Allen & Unwin évoquant les « noms celtiques exorbitants » du Silmarillion de 1937. Certes, l’auteur précise avec un certain agacement « qu’ils ne sont pas celtiques ». Mais l’erreur d’un lecteur sans culture celtisante ne provient-t-elle pas au moins partiellement de l’influence du vieux gallois sur la création du sindarin (alors encore appelé « gnomish »). « Once he spoke to me of Ireland after he had spend part of the summer vacation working there as an examiner : “It is as if the earth there is cursed. It exudes an evil that is held in check only by Christian practice and the power of prayer” [...] He thought hatred of Catholic was commonin Britain. His mother, to whom he was most deeply devoted, wasa martyr because of her loyalty to the Catholic faith, and his wife, Edith was turned out of her guardian’s house when she was received into the Church. In 1963, he wrote in a letter : Tolkien : A Celebration, p. 13
« In this story [> La vie de St Guthlac, par Felix de Crowland] we find the term ‘british’ used. In the Anglo-saxon version of the Life the expression Bryttisc sprecende appears. This no doubt ispartly due to the Latin. But Brettas and the adjective brittisc, bryttisc, continued to be used throughout Old English period as equivalents of Wealas (Walas) and wielisc (waelisc), that the two terms were combined in Bretwalas and bretwielisc. MC ; p. 182
“In that case they are and were not either ‘Celts’ or ‘Teutons’ according to the modern myth that stillholds such an attraction for many minds. In this legend, Celts and Teutons are primeval and immutable creatures, like a triceratops and a stegosaurus (bigger than a rhinoceros and morepugnacious as popular palaentologists depict them), fixed notonly in shape but in innate and mutable hostility, endowed even in the mists of antiquity, as ever since, with the pecularities ofmind and temper which is still observed in the Irish or Welsh one the one hand,and the English on the other : the wild incalculable poetic Celt, full of vague and misty imaginations, and the Saxon, solid and practical when not under the influence of beer. Unlike most myths this myth seems to have no value at all.” MC ; p. 171-172
“A very practical man was this Pwyll, or the writer who described him. Can he have been a ‘Celt’ ? He had never heard of the word, we may feel sure ; but he spoke zand wrote with skill what now we classify as a Celtic language : Cymraeg, which we call Welsh. MC ; p.173
La sorte de « dégoût » dont parle Tolkien est-elle vraiment représentative de l’appréciation de l’auteur vis-à-vis des mythes celtiques ? Je m’avancerais à dire que non. Remise dans son contexte, on peut comprendre que par cette formule Tolkien cherche à montrer une chose : son inspiration principale n’est pas celtique contrairement à l’idée d’un lecteur qui ne s’est sans doute basé que sur ses impressions. La métaphore qu’utilise Tolkien pour évoquer la « folie » celtique rejoint le problème de la cohérence interne aux mythes. Le Silmarillion, comme le christianisme et l’ancienne religion scandinave, trouve son sens profond dans sa construction eschatologique. C’est au moins certain pour la version de 1937 soumise au lecteur de Unwin (Cf. HoME V)). Et ça l’est aussi pour les versions plus tardives puisque le centre des textes de HoME X se situe bien dans les concepts d’Arda « Marred » et de la renaissance d’une Arda post-histoirque nommée « Arda Unmarred ». Tous les mythes des jours valinoriens, toutes les légendes du Premier Age sont précisément liés entre eux : la notion du destin d’Arda est déjà présente dans la musique des Ainur et tous amènent à la Dernière Bataille. A propos de l’histoire de Maeglin , Tom Shippey parle à raison de la boule de neige qui devient avalanche – mais ce n’est qu’un exemple parmi d’autres. Tout est lié ici, comme dans les mythes scandinaves où le meurtre de Baldr par la complicité de Loki prépare à long terme le Ragnarök. Les légendes impliquant des héros humains sont également ancrées dans cette histoire supérieure dont la fin est déjà écrite. Ainsi tous les hauts faits de Sigurdr et sa mort sont encore conséquences et illustrations du destin de la Terre (lequel est conté dans la Völuspa). Il est, par exemple, facile de remonter au rôle indirect de l’Ase Loki dans la tragique histoire des Völsungs à la lecture de la Reginsmal. Comme pour le Silmarillion, on a une architecture mythologique suffisamment claire pour y trouver un sens, une raison.
Voilà donc pour mes petites réflexions. Si quelqu’un veut venir compléter (ou discuter) le sujet, vous êtes sur le bon fuseau ! Laurent. |
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He bien voila de la lecture pour ce soir... merci Laurent! |
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Deux oublis : MC renvoie bien sûr à "The Monsters And The Critics", le recueil d'essais et de conférences de Tolkien paru chez HarperCollins. "Tolkien : A Celebration" ouvrage collectif dirigé par Jospeh Pearce est publié par le même éditeur et "A Question Of Time : Tolkien's Road to Faërie" de Verlyn Flieger est publié par Kent State University Press. C. |
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Tres intéressant ton topo. J'apprend encore beaucoup de choses concernant le professeur T. Aredwin. PS: As-tu reçu mon message hier? |
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Laurent, j'ai beaucoup apprécié ton article. Non seulement il est admirablement documenté, mais il confirme également les doutes que j'avais à propos du cordial mépris que Tolkien affichait en apparence pour les cultures celtiques et en particulier galloise. Voilà bien longtemps que je souhaitais me plonger dans le Mabinogion, tu me donnes là une motivation supplémentaire. C'est une habitude chez le professeur de se contredire régulièrement à mesure que les années passent. Je n'y vois pas spécialement un "retournement de veste" mais plutôt la capacité d'un homme à accepter de se remettre en cause continuellement. Je me demande à présent si sa légendaire gallophobie (sans doute cordiale, elle aussi) n'est pas finalement à attribuer à son caractère volatile. J'ai dans l'idée que Tolkien, sans vouloir se l'avouer, adressait aux Français (en tant que peuple descendant originellement des Francs "teutons" et non des Gaulois "celtes") le même reproche qu'aux Anglais : à savoir la perte irrémédiable de leur propre "patrimoine mythologique" au cours du premier millénaire. Incidemment, la France fut christianisée dès l'aube de son histoire et l'on ne connait plus grand chose du paganisme de "nos" ancêtres (on ne l'enseigne plus en tout cas dans les écoles). Une entreprise telle que le Kalevala aurait-elle pu donner des résultats comparables en France ? C'est un peu tiré par les cheveux, mais ça mérite réflexion :-) Patrice |
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Merci Caled et Aredwin. Il y a un autre problème dans ce que tu évoques. Les anglais sont réellement les descendants des anglo-saxons, il viennent de cette culture avec une influence normande (donc française) tandis que l'empreinte germanique sur la culture française (je prend le mot au sens large et moderne) est bien moindre. Les francs au Nord ou les Wisigoths au Sud-Ouest représentaient environ 5% de la population qu'ils ont colonisés durant les invasions. Tous le reste est gallo-romain ou assimilé (les celtes par exemple, ont défendu l'empire contre les francs). Les Francs et Wisigoths ont pris la place des dirigeants romains mais n'ont certainement pas imposés leur coutume à 90% de la population! :-) Enfin, en ce qui concerne la gallophobie de Tolkien, je crois malheureusement pour nous, que c'est quelque chose de plus profond...:-) En fait, je crois que l'influence française en Angleterre via la conquète normande est mal ressentie par Tolkien pour plusieurs raisons. Peut-être est-ce en tout premier lieu linguistique et la mort du vieil anglais au profit d'une langue dont lamoitié des mot viennent du français devait lui sembler une chute. Mais il y a d'autres facteurs, par exemple, le fait que le français en Angleterre fut vraiment la langue de la noblesse, et que par voie de conséquence, il en ressortit une honte de la culture du peuple héritée des Anglo-saxons et considérée comme 'barbare'. Et sans chercher à exagerer, on peut encore ressentir cela dans les universités anglaises où les professeurs préfèrent de loin la Renaissance Elysabethaine et ses innombrables références à Catulle, Ovide ou Pétrarque au plus rude Moyen Âge anglo-saxon et gallois. Laurent |
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>>Cirdan : où les professeurs préfèrent de loin la Renaissance Elysabethaine et ses innombrables références à Catulle, Ovide ou Pétrarque au plus rude Moyen Âge anglo-saxon et gallois. c'est une tentation bien compréhensible (et digne de pardon!) :-)) |
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Merci, Cirdan-Laurent, pour ce post qui apporte une réponse fournie à l’une de mes questions autrefois posées à la lecture de ton mémoire. Je vais lire ça dès que j’ai un peu plus de temps… Ylem |
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Ah Petrarque..., il s'agit certes d'un grand poète, je ne vais pas te contredire, cher Sosryko :-) Mais justement, j'aurais tendance à croire qu'aimer la culture méditerranéenne (ce qui est mon cas) ne nécessite pas le dénigrement de la culture germanique. C'est pourtant ce que j'ai pu ressentir à l'université de Warwick dans le discours d'un professeur dont le cours se nommait... "Medieval to Renaissance Literature".
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Cirdan : « Mais il y a d'autres facteurs, par exemple, le fait que le français en Angleterre fut vraiment la langue de la noblesse, et que par voie de conséquence, il en ressortit une honte de la culture du peuple héritée des Anglo-saxons et considérée comme 'barbare'. Et sans chercher à exagérer, on peut encore ressentir cela dans les universités anglaises où les professeurs préfèrent de loin la Renaissance Elysabethaine et ses innombrables références à Catulle, Ovide ou Pétrarque au plus rude Moyen Âge anglo-saxon et gallois. Ces lignes que tu as écrites me font penser à un vieux débat qui agita l’histoire littéraire en France au XVIIe siècle, la fameuse Querelle des Anciens et des Modernes ! Aegidius de Hammo était un homme qui vivait dans la région centrale de l’île de Bretagne. Son nom complet était Aegidius Ahenobarbus Julius Agricola de Hammo, car, à cette époque, il y a très longtemps, alors que notre île était encore heureusement divisée en de nombreux royaumes, les gens étaient richement dotés de noms… NIKITA |
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Disons plutôt résistance à la suprématie gréco-latine sur la culture Européenne ... |
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Bravo pour cette mise au point, Círdan. Je pense aussi que la lettre 19 présente un point de vue relativement biaisé et doit se lire avec précaution. Le contexte dans lequel Tolkien l'écrivit, que tu as rappelé, me semble avoir quelque peu déteint sur son appréciation littéraire.Il m’y semble avant tout soucieux de défendre l’originalité de sa mythologie personnelle contre une identification trop rapide et simpliste avec les légendes celtiques, ce qui est se comprend facilement au vu de ses intentions véritables. Mes connaissances en la matière sont très superficielles, mais je hasarderai pourtant quelques remarques. Le terme de « dégoût » est certainement trop fort. Néanmoins, sans exclure que Tolkien ait évolué dans son appréciation de ces mythes, il ne me semble pas impossible qu’il ait voulu dire qu’il abordait ces récits avec plus de distance que, par exemple, les anciens mythes germaniques. La critique qu’il formule est très intéressante : "broken stained glass window reassembled without design" - une vitre salie et brisée réassemblée sans plan d’ensemble… ou sans dessein ? "Design" ne suggère pas qu’un seul sens. Il peut s’agir d’une critique sur la conception d’ensemble, qui serait certes valable pour un conte comme Kulhwch et Olwen mais pas à titre général, comme tu l’as signalé. Mais je me demande si Tolkien ne déplore pas aussi (surtout ?) la perte de la dimension profonde du mythe. Comme les légendes celtiques ont été collectées après la christianisation (et souvent en milieu monastique), on peut supposer qu’elles avaient déjà perdu leur rôle d’explication du monde et étaient devenus des contes appréciés d’abord pour leur valeur narrative. Ce n’est pas quelque chose que Tolkien méprisait - au contraire, il défendra l’évasion littéraire dans On Fairy Stories - mais je conçois que la perte du plus sérieux et du plus profond d’une mythologie ait pu, dans une certaine mesure, lui déplaire, était donné son attachement à cette dimension des contes. Au delà de la critique, il me semble percevoir quelque regret dans les termes "broken" et "stained". Je me souviens également avoir lu que Tolkien reprochait aux récits arthuriens en particulier de renvoyer trop explicitement au christianisme. Cette remarque peut paraître assez curieuse sous sa plume, mais se devrait d’être observée de près pour préciser sa vision personnelle de la sub-création, pour reprendre sa terminologie. Je suis persuadé que c’est là un point à creuser ce que je vais lâchement laisser à d’autres pour l’instant... J’aurais quelques réserves quant à la formule de Círdan selon laquelle Kulhwch et Olwen aurait fourni la trame du conte de Beren et Lúthien. Il y a certes des points communs – le plus évident me semble être le parallèle entre Carcharoth et le Twrch Trwyth, tous deux porteurs d’objets précieux, détruisant tout sur leur passage, et causes d’une chasse devenue célèbre. Mais d’autres comme le thème du mariage que tente d’empêcher le père de la jeune fille et des épreuves impossibles (ou supposées telles) me semblent trop courants pour qu’on puisse dire qu’ils proviennent explicitement de ce conte gallois. Son influence me semble nettement moins nette que celle sur le Narn i Chîn Húrin des histoires de Kullervo (on sait que Túrin sort historiquement d’un essai de réécriture de ce conte) et de Sigurdr. Ou alors... peut-être devrais-je relire Beren et Lúthien ? Pour ce qui est de l’influence du gallois sur le sindarin (et sur le « noldorin » et le gnomique qui le précédèrent, d'un point de vue externe), elle est effectivement évidente – plus que celle du finnois sur le quenya, dirais-je. Bien des caractéristiques grammaticales et phonétiques du gallois y ont leur pendant. Il y a même une parenté nette entre les changements phonétiques qu’a subi l’elfique primitif pour devenir le sindarin d’une part et ceux que l’on reconstruit entre le brittonique et le gallois d’autre part. Cela ne se limite d’ailleurs pas au vieux gallois : certains changements entre moyen gallois et gallois moderne peuvent être supposés dans l’évolution du sindarin (par exemple, â > ô ouvert > diphtongaison en au > monophtongaison en o dans certaines positions). Enfin, pour ce qui est de la gallophobie de Tolkien, les essais d’explications de Círdan ne sont pas invraisemblables. Et c’est vrai qu’en fait de mythologie, nous ne somme guère moins dépourvus qu’en Angleterre. Mais ça me semble encore plus... viscéral. A plusieurs reprises, Tolkien a affirmé que de toutes les langues qu’il avait « goûtées », le français était une de celles qui lui avaient donné le moins de plaisir – on se demande bien pourquoi. Pour autant que je sache, il n’en a pas donné d’explication . Etait-ce un dégoût trop brut, trop irrationnel, pour qu’il ne puisse s’en distancier et l’analyser ? :-P Moraldandil |
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Moraldandil: juste une petite précision:-): en fait, "stained glass" signifie "vitrail", ce qui va mieux avec les "bright colors" de la citation. Iarwain PS: sinon, je souscris entièrement à ce qui a été affirmé ici, d'autant que je m'étais déjà fait des réflexions similaires (mais très peu développées) |
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Oups... la gaffe ! J'aurais dû ouvrir mon dico :-( Cela dit, l'image d'un "vitrail brisé" évoque bien elle aussi un regret. Moraldandil, confus |
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Pour être précis, les remarques que j’évoquais sur les légendes arthuriennes se trouvent tout bêtement dans la préface à la deuxième édition du Silmarillion qui reproduit la lettre n° 131 : .… Of course there was and is all the Arthurian world, but powerful as it is, it is imperfectly naturalized, associated with the soil of Britain but not with English ; and does not replace what I felt to be missing. For one thing its “faerie” is too lavish, and fantastical, incoherent and repetitive. For another and more important thing : it is involved in, and explicitly contains the Christian religion. Moraldandil |