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Pourquoi certains livres plaisent-ils autant ? - Lambertine - 13/06/2007 "Non, je ne crois pas que tous les livres s'adressent à l'inconscient humain. Du moins je ne crois pas que tous les livres s'adressent volontairement à l'inconscient humain. Certains (je pense particulièrement au Nouveau Roman, ou à certaines biographies d'hommes politiques) parlent, ou veulent parler à la raison. Mais admettons que tous les livres parlent à l'inconscient. Et que (je ne le nie pas) la treès grosse majorité des best-seller soient écrit dans un style "facile", que leurs sujets "caressent dans le sens du poil" etc... c'est aussi le cas d'un grand nombre d'autres livres qui malgré une reconnaissance médiatique n'accrochent pas le public Parce que les "best seller" "nous confortent dans notre image de nous" ? Ou disons qu'ils nous permettent de nous identifier à une image "idéalisée" de nous, plutôt ? C'est probable, c'est même certain pour un bon nombre d'entre eux : les romans "à l'eau de rose" à la Marc Levy ou à la Barbara Cartland, les romans "initiatiques" à la Eragon ou Harry Potter ou même les polars "féminins" de Mary Higgins Clark ou d'Agatha Christie, où l'on trouve généralement un couple "idéal" parmi les personnages. Mais c'est aussi le cas d'autres livres qui marchent nettement moins bien, voire pas du tout... Parce qu'ils nous permettent d'avoir peur sans vraiment avoir peur ? Ou d'être malheureux sans vraiment êtte malheureux ? Peut-être aussi : de nous situer "à contrario" par rapport aux horreurs décrites par Patricia Cornwell ou Stephen King, mais aussi par les fameuses pseudo-autobiographies que je critiquais (euphémisme !) dans le fuseau voisin. Ces histoires de meurtres, de viols, de violence conjugale, de guerre ou d'inceste (surtout si elles touchent des personnes célèbres) nous renvoient à notre "cocon" personnel, où "nous ne sommes pas si malheureux que ça. Il y a pire ailleurs". Mais c'est ausi le cas de plein d'autres bouquins qui ne marchent pas... Parce qu'ils nous "situent" parmi les "initiés", ceux qui ne sont "pas dupes" des complots menés par "le pouvoir", "le gouvernement", "l'Eglise" ? Qu'ils nous permettent donc de nous sentir plus intelligents que le monsieur-tout-le-monde crédule ? Je pense au DVC, mais aussi aux livres de Thierry Meyssian sur le 11 septembre, des "enquêtes" sur tel ou tel fait divers ou historique (la mort de Marilyn Monroe par exemple) ou de séries comme X-Files ou Prison Break Mais là encore, ça ne suffit pas... Alors, pourquoi ? Ces ingrédients sont certainemnt indispensables, mais ils ne sont pas suffisants, pas plus que le marketing. Donc, il doit y avoir autre chose, de "magique", d' "alchimique" (pour paraphraser Paulo Coelho). C'est encore plus vrai, selon moi, pour les romans qui "durent", qui ont du succès - je parle de vrai succès, pas de succès "gonflé par l'Education Nationale" - à travers les années et parfois les siècles. Le Seigneur des Anneaux ou Le Petit Prince, Le Comte de Monte Cristo (qui est quand même loin d'être le meilleur Dumas) ou Les Hauts de Hurlevent. Qualité ? Peut-être que dans ces cas, la qualité y est (quoique pour Monte Cristo...) mais là encore, il y a bien d'autres livres dans le cas. Alors..." C'est la dernière réflexion que j'ai mise en ligne sur le forum des "Rivages Maudits" dans le fuseau "Littérature et marketing". La question que je me pose est "pourquoi certains livres - parfois excellents, mais parfois aussi objectivement mauvais - "fonctionnent"-ils auprès du public et d'autres pas ? La question vaut pour Tolkien ("The Children of Hurin" est me semble-t-il une des meilleurs ventes aux USA et le SdA un "best-seller intemporel") mais aussi "en général" et vaut d'ailleurs aussi pour d'autres "média artistiques" comme la musique et le cinéma. Marketing ? Il y en a une part, c'est certain, mais encore ?Tout expliquer par le marketing ne me convainc pas (surtout pour les succès "intemporels"). Donc, je pose la question.
Pourquoi certains livres plaisent-ils autant ? - Lambertine - 13/06/2007 Et zut, mon ordi se plante encore... Pourquoi certains livres plaisent-ils autant ? - Gurth - 14/06/2007 ""pourquoi certains livres - parfois excellents, mais parfois aussi objectivement mauvais - "fonctionnent"-ils auprès du public et d'autres pas ?" La question ne semble guère avoir attiré de contributions jusque là, sans doute parce que la réponse qui vient immédiatement à l'esprit est : "je n'en ai pas la moindre idée". ;-) Cependant, je vais essayer d'y répondre car si c'est complexe c'est néanmoins intéressant. Je crois qu'il faut tout d'abord séparer les succès actuels dont on ne peut prédire la postérité et les "succès intemporels". En ce qui concerne ces derniers, ce sont des oeuvres qui ont subi un processus de légitimation. Une fois légitimées, leur succès est, il me semble, immortel (toute proportion gardée). Ainsi Homère, Shakespeare, Joyce... Par contre on peut du coup poser la question : pourquoi ces oeuvres ont elles été légitimées et d'autre pas? Et d'abord, qui a légitimé? Ce peut être un pouvoir religieux ou politique, un groupe d'intellectuels ou d'universitaires influents, un ou des amis bienveillants et acharnés (on peut penser à Kafka ou Lovecraft), etc. La question du pourquoi est plus difficile. Et puis, qu'est-ce qu'une oeuvre légitime? Eh bien c'est une oeuvre qui répond ou s'inscrit dans une problématique elle-même considérée comme légitime, c'est à dire cruciale pour une société et une époque donnée. Au fond, même si les motivations sont différentes, on n'est pas si loin du marketing. (A vrai dire contrairement à toi Lambertine je dirais que tous les "succès intemporels" le sont par "marketing".) Si les oeuvres de James Joyce n'avaient pas été tellement encensées par le cercle parisiano-américain dans lequel il évoluait on peut se demander quelle aurait été la postérité de l'auteur irlandais. Quant à la question : quelle postérité pour Kafka si Max Brod avait été un exécuteur testamentaire plus rigoureux, la réponse est : aucune. En fait donc, pour les "succès intemporels", il me semble qu'ils fonctionnent parce que d'une façon ou d'une autre nous sommes conditionnés à les considérer comme valables, d'ailleurs je ne crois pas qu'il me soit arrivé de lire un livre un tant soit peu ancien qui ne soit pas un succès, parfois plus restreint, mais succès quand même - de fait le succès ou le non-succès d'un ouvrage contemporain me parait plus difficile à expliquer. Je tenterai d'y réfléchir dans un prochain message... Pourquoi certains livres plaisent-ils autant ? - Vinyamar - 15/06/2007 Un sujet passionnant, merci de nous le partager ici Lambertine. D'abord, je ense que si on le savait, la recette serait appliquée par tout le monde, et ça ne marcherait plus.
Pourquoi eux et pas d'autres : c'est une coïncidence, entre le bon public qui a porté au triomphe le bon livre. Pourquoi certains livres plaisent-ils autant ? - Sylvae - 16/06/2007 N'y a-t-il pas une différence entre le livre qui "plait à UN lecteur" et le livre qui "se vend bien" ? Bien sûr, avant que le livre "plaise" à un lecteur, il faut qu'il soit édité, commercialisé, acheté ! Et le potentiel lecteur, perdu entre les rayonnages surchargés d'une librairie, se dit qu'il a plus de chances d'acheter un livre "bof" qu'un livre "j'adore". Et encore ne pense-t-il pas à tous les manuscrits qui ont été refusés pour des raisons qui n'ont pas forcément de rapport avec leur qualité ! Pour la question "pourquoi ce livre se vend-il aussi bien à une foule de lecteurs tous différents", je pense aussi (et entre autre) que le succès d'un livre est beaucoup affaire d'adéquation (voulue ou pas) entre le moment de parution et le public visé, mais pas seulement. A la question "Pourquoi ce livre entre-t-il tant en résonnance avec moi, lecteur X avec tout son vécu", la réponse est sans doute encore plus difficile à trouver car dépend bien évidemment du lecteur et de son vécu. Mais le principal est, quand même, ce bonheur qu'on trouve dans certains livres !!! |